COMPTE RENDU DU CONCERT
Comme cette influence de la musique pourroit peut-être paroitre extraordinaire à certaines personnes, il ne sera pas hors de propos de citer ce que rapporte à ce sujet un auteur moderne des plus accrédités 1 .
Or, il est à remarquer que le but de la réunion des artistes musiciens de la garde nationale parisienne est absolument le même que celui des anciens, et c’est sur ce point de vue que cet établissement mérite, de la part d’une nation aujourd’hui convaincue que sans mœurs il n’est point de gouvernement, d’être encouragé de la manière la plus spéciale. Mais, si à cette considération politique il en falloit ajouter une autre non moins importante, dans un moment où un si grand nombre de généreux guerriers versent leur sang pour le maintien de la République, et pour faire triompher la cause de la liberté et de l’égalité, nous nous étayerions de l’autorité suivante, que nous puisons dans le Dictionnaire de J.-J. Rousseau 2 .
Ne semble-t-il pas que Jean-Jacques ait écrit ce passage en faveur de l’Institut national dont nous nous occupons; et, si le citoyen Sarret, qui montre un zèle si éclairé pour cet établissement, avoit guidé la plume du philosophe guerrier, auroit-il pu lui faire écrire quelque chose de plus avantageux pour la réunion des artistes musiciens, qui non seulement forme et a formé de bons trompettes, mais encore d’excellcns artistes pour les instrumensà vent?
Le zèle que montre cette institution pour le perfectionnement de ces sortes d’instrumens est donc bien louable; et nous aimons à croire que s’il est encouragé, nous lui devrons bientôt une musique nationale pour les fêles publiques, comme au théâtre nous devons aux Philidor, aux Grétry, aux Dalayrac, une muse nationale dramatique, qui a déjà fait oublier les grands maîtres d’Italie, comme les artistes musiciens de l’Institut, dont il est question, feront oublier les musiciens allemands.
Le citoyen Sarret nous apprit ensuite que nous devions à l’établissement dont il est question la découverte de plusieurs instrumens à vent, qu’il nous montra et nous lit entendre 3 4 .
En attendant, témoignons-lui au nom de tous les bons patriotes — car les vrais patriotes sont ceux qui cherchent à faire briller la Patrie par les mœurs, les arts et le bon goût — la recontioissance que nous lui devons, relativement à la réunion des artistes musiciens, prions-le de porter à chacun de ces citoyens l’hommage de notre admiration et remercions-le au nom des arts, d’avoir couronné Gossec et d’avoir encouragé le jeune Gatel, que sa modestie déroba à nos applaudissemens
Il n’y aurait qu’à s’associer pleinement à ce témoignage de gratitude si l’œuvre de barrette avait été à ce moment entièrement aclie-
1. Ici une longue citation des auteurs grecs, qui ne nous apprend rien de particulier.
2. Suit un fragment de l’article Fanfare : « De toutes les troupes. », consta¬
tant la nullité des musiques militaires françaises.
3. Il s’agit des trois instruments qui sont mentionnés dans la précédente citation du Journal de Paris . Pour autres détails, voir notre recueil Musique exécutée , etc.
4. Journal des Spectacles , t. III, n° du 3 frimaire an II, p. 1140.
vée; mais, puisque, plus heureux que ses contemporains, nous pouvons l’envisager dans son ensemble, n’épuisons pas à chaque phase les formules laudatives, réservons-les jusqu’à ce que nous puissions constater que le hut final est atteint.
Le lendemain de cette audition mémorable, les Comités de Salut public et d’instruction publique autorisaient l’adjonction provisoire, à la musique, de 13 artistes supplémentaires, savoir :
Compositeurs à i 5oo livres : Lesueur ' (J.-François), so retira vers 1801 : Méhul- (Étienne).
Professeurs de i le classe, 85o 1. : Blasius :i (Frédéric), violon, jusqu’en août 1801 ; ** Blasius (Pierre), violon; ‘Cornu* (Jacques), serpent, basson; Domnich :i (Henry), cor; **Gebauer° (François), basson, entré le i cr avril 1790 ; ‘Hardy 7 (Alexandre), basson; Kreutzer 8 (Rodolphe), violon; Levasseur 8 (Henry), violoncelle; **Marciliac 10 (Pierre), solfège, trombone; Rogat" (Joseph), solfège, basson; Sallantin 1 - (François), hautbois.
La date d’admission de ces artistes est établie d’une façon absolue : 1° par le registre du personnel du Conservatoire en ce qui concerne Lesueur; 2° par les états de services joints aux dossiers de liquidation de pension de cinq d'entre eux, conservés aux Archives, qui indiquent tous le 21 novembre 1793 comme jour d’entrée en fonctions. Cette date est confirmée par le montant de l’indemnité qui leur fut accordée en 1795 (v. p. 35) pour 20 mois et 18 jours. Ils comptaient donc douze jours de moins que les titulaires, c'est-à-dire ce qui restait à courir du mois de brumaire (du 18 au 30); conséquemment ils prennent rang du 1 er frimaire-21 novembre.
Comme les anciens, ils furent à la solde de la Ville pendant quelques mois; mais, sur les réclamations de barrette, le Comité d Instruction publique décida en mars 1794 de les mettre à la charge de l’État (v. ]). 57), et le Comité de Salut public rendit le mois suivant
1. La date d’entrée de Lesueur. donnée inexactement par Ducancel, se trouve ainsi rectifiée (Cf. Le Magasin, etc., p. 20, note 2).— 2. L’époque de l’entrée de Méhul dans cette musique était inconnue, ainsi que l’a constaté M. J. Tiersot ( Les têtes de la Révolution , dans le Ménestrel du 10 décembre 1893, p. 394). — 3. Compositeur et virtuose, chef d’orchestre de TOpéra-Comique. — 4. En 1789, était serpent et basson à Notre-Dame; en 1794, basson au théâtre Feydeau, trombone à l’Opéra de 1805 à 1826, sous-maître de musique à la cathédrale. — 5. A 1 Opéra de 1787
à 1817. 6. Musicien dans la garde suisse, à l’Opéra de 1798 à 1826, rentré au
Conservatoire en 1824. — 7. Basson au théâtre des Amis de la Patrie en 1794. — 8 A la Chapelle royale en 1783; au théâtre italien, 1790; soliste à l’Opéra, An IX, chef d’orchestre en 1817. —9. A l’Opéra de 1782 à 1836. — 10. Trombone au théâtre de la Cité, à l’Opéra de 1794 à 1812. - 11. En 1789, basson et serpent à Notre-Dame. — 12. A l’Opéra de 1770 ù 1785 et de 1786 à 1812.
ADMISSION D’ARTISTES SUPPLEMENTAIRES.
un arrêté conforme (v. p. 75, note 2) à compter du 1 er ventôse (19 février 1 ).
Jusqu’à la constitution définitive, il n’y eut que deux admissions régulières, celles de Ch. Duret (v. p. 37) et de Cherubini (v. p. 36), ainsi qu’il appert d’un rapport fait en l'an III (v. p. 113) et du décompte de l’indemnité accordée en 1795*. Ce nest donc qu’à titre exceptionnel et momentané que firent tout d’abord partie de l’Institut national de musique plusieursartistes tels que Dalayrac(compositeur), Hermann (claveciniste), L. et H. Jadin, Berton, P. Rode, etc., qui ont signé différents documents, dans le cours des années 1794 et 1795.
Quinze jours seulement se sont écoulés depuis l’admission des supplémentaires, que nous revoyons Sarrette au Comité d’instruction publique, auquel il demande « de faire déclarer en état de réquisition expresse les citoyens composant la musique de la garde nationale pour rester auprès de la force année 3 ». Guy ton est aussitôt chargé d’en conférer avec le Comité de Salut public h
Le 27 frimaire suivant (17 décembre 1793), Sarrette fait vraisemblablement partie de la députation des professeurs venant présenter une pétition « tendant à faire déposer dans la bibliothèque de l’Institut national de musique les instruments et livres de musique qui se trouvent parmi les effets vendus au profit de la nation 5 ». Cette demande fut réitérée par la suite (v. p. 56).
1. Les états émargés, de ventôse an II à messidor an III inclus, existent aux Archives nationales ; ils portent pour titre : « Institut national de Musique : Appointements des 13 musiciens supplémentaires à la musique de la garde nationale. »
2. Duret ligure à l’état cité, p. 35, pour 14 mois et 18 jours, et Cherubini pour 13 mois et 18 jours.
3. Procès-verbaux . séance du 15 frimaire an II—5 décembre 1793. (Àrch.
nat., AF*, I, 17, p. 206.) — Sur un état de dépenses arreté le 30 frimaire an III (20 novemhre 1794), nous constatons l’impression, à la date du 27 frimaire an II (17 décembre 1793), de 100 réquisitions. (Arch. nat., F» 7 , 1291.)
4. Quelques mois après (22 avril 1794) paraissait la réquisition suivante du Comité de Salut public, dont l’expédition originale portant pour manchette les mots « Égalité , Liberté , Gouvernement révolutionnaire » disposés aux côtés et audessous d’une ligure ovale, à 1 intérieur de laquelle on lit *. « République française — activité, pureté, surveillance — Comité de Salut public », est conçue en ces termes : « Paris, le 3 floréal" l’an 2 e de la République... Le Comité de Salut « public, en vertu du décret du 27 germinal, concernant les mesures de police géné- « raie de la République, requiert les citoyens artistes , composant VInstitut na- « tionalde musique établi par la Convention nationale , pour être employés aux a travaux patriotiques dont elle est chargée. La présente réquisition sera in- « sérée au Bulletin de la Convention} nationale . Les membres du Comité.... : « Barère, C.-A. Prieur, Carnot, Robespierre, Billaud-Yarennes. » (Arch. nat., D, XL, II, 1). — La Gazette française du 6 floréal an II (25 avril 1794), p. 2209, reproduit le texte de cette réquisition.