Journal de Paris du 1 er frimaire (21 nov.), p
analogue à la voix, s’amalgame avec elle, et fait mieux sentir la partie harmonique ».
Symphonie concertante , marche , par Catel; marche funèbre , Gossec; O salutaris de Gossec, transcrit pour trois cors; trio pour deux clarinettes et basson par Lefèvre 1 .
Enfin ajoutons, d’après une note de dépenses, la Ronde nationale et VHymne à la Liberté de Gossec (déjà exécutés le 15 avril 1702).
Cette audition, qui ne fut pas seulement donnée par les élèves, causa une très grande impression, sur laquelle Sarrette avait certainement compté; mais, en homme pratique et avisé, il ne voulut pas laisser aux assistants le soin d’en tirer eux-mèmes la conclusion. Profitant donc de la présence de certains membres de la Convention et du Comité d’instruction publique, avec lequel il allait être en relations fréquentes, il prononça, entre les deux parties du concert, un long plaidoyer pro clomo sua. C’était agir en quelque sorte comme l’amphitryon qui, au dessert, met insidieusement ses invités à contribution; il ne paraît pas que les auditeurs de Sarrette s’en soient fâchés : il sut, d’ailleurs, leur tenir le langage qu’ils aimaient à entendre. Le texte de son discours n’a pas été conservé; néanmoins, grâce à l’analyse qu’en firent deux journaux, on en connaît la substance, que nous donnons ici, telle qu’ils nous l’ont transmise :
Nous ne croyons pas pouvoir rendre un meilleur compte de l’Institut de cet établissement, qu’en rapportant le précis du discours qui a été prononcé, entre les deux parties du concert, par Sarrette, commandant cette musique.
11 a exposé avec beaucoup de clarté qu’il fallait considérer cet Institut sous trois rapports : Fêles nationales , Musique militaire et Instruction.
Point de République sans fêtes nationales, point de fêtes nationales sans musique. La première de ces vérités est prouvée par la nature même de ce gouvernement et par l’exemple de tous les peuples qui nous ont précédés. Elle a été si bien sentie, qu’un décret la consacre d’une manière positive.
Tout le monde connaît les effets de la musique et sa puissance sur les esprits et avec quelle force elle agit sur les caractères les plus foibles. Il faut donc une musique militaire. Ces deux points accordés, l'instruction est de première nécessité, car toute musique en général n’est pas propre au genre d’effet que l’on doit se proposer et pour les fêtes et pour les combats, et tous les instrumens ne doivent pas y être employés indifféremment. C’est dans lTnstitut que les compositeurs discutent, adoptent ou rejettent les différens caractères h donner à leurs compositions, suivant l’objet qu’ils se proposent; c’est chez lui que Ton forme les sujets propres à l’exécution et qui doivent
1. Cf. Const. Pierre, Le Magasin de Musique , etc., p. 137 et 139.
être envoyés, soit clans les départemens pour les fêles, soit dans les armées pour les combats et pour entretenir dans les garnisons l’esprit guerrier.
Les spectacles devant être dirigés à l'avenir de manière à exciter ou nourrir dans l'àme des spectateurs l’esprit républicain et l’amour de la Patrie, la musique doit y jouer un grand rôle, et l’instruction (l’Institut?) servira également à placer des sujets bien exercés dans ces diffère ns élablissemens publics. Enfin cet Institut sera le point central, et présentera un corps d’orchestre toujours prêt à exécuter les fêtes nationales.
Les fêtes nationales n’ayant et ne pouvant avoir d’autre enceinte que la voûte du ciel, puisque le Souverain, c’est-à-dire le Peuple, ne peut jamais être renfermé dans un espace circonscrit et couvert, cl que seul il en est et l’objet et le plus grand ornement, les instrumens à cordes ne peuvent pas être employés : l'intempérie de l’air s’y oppose d’une manière absolue, et la qualité de leur son ne comporte pas d’ailleurs qu’ils soient entendus au loin; il faut donc préférer, et préférer exclusivement, les instrumens à vent, sur lesquels l’air n’a pas la même inlluence et dont le volume de son, pour la partie du chant, est huit fois plus considérable que celui des instrumens à cordes.
Déjà cet Institut a prouvé son utilité, non pas seulement par les sujets qu’il a formés, mais par ses découvertes en instrumens. Les compositeurs accoutumés à ne produire des effets que dans des salles de spectacles ou de concerts, se sont apperçus qui leur manquoit des instrumens qui pussent faire produire à leur musique les mêmes effets en plein air. Ils ont cherché chez les anciens et parmi les peuples qui exécutoient sous la voûte du ciel, s'ils ne pouvoient pas rencontrer ce qui leur manque. Ils ont trouvé chez les Grecs le tuba corva et le buccinus chez les Hébreux. Le premier faisoit partie des ornemens du char antique de Voltaire. Sa forme donnée et les dimensions calculées par les compositeurs et les facteurs réunis, on est parvenu à produire le son qui manquoit et dont on fait un usage heureux. Le second, c’est-à-dire le buccinus des Hébreux, produit un son absolument nouveau et terrible. Ce son d’ailleurs est tel qu’il peut s’entendre à un quart de lieue. Il n’a que trois notes, mais avec Davantage d’une construction qui permet de changer de ton.
On sait que la clarinette a remplacé avec un grand avantage le clairon, dont le son étoit trop aigre ; Hostié vient de créer un contre-clairon destiné à nourrir la partie de basse. Ce dernier instrument a besoin encore d’être perfectionné : il le sera bientôt sans doute à l'aide des lumières des artistes placés à la tète de cet InstitutL
A cet article du Journal cle Paris , nous pouvons en joindre un autre non moins curieux que nul n'a encore signalé. Il analyse et commente des passages du discours de Sarrette qui ne figurent pas dans
1. Journal de Paris du 2 frimaire an II (22 novembre 1793), p. 1311.
la précédente citation, et lui décerne, ainsi qu’aux principaux exécutants, un juste tribut d’éloges :
La réunion des artistes de la garde nationale parisienne offre sans contredit la réunion des talcns les plus parfaits de l’Europe et conséquemment du monde entier. Si nous avions pu douter de cette vérité, le concert de décadi dernier nous en auroit convaincu.
Si nous voulions parler de tous ceux qui méritent des éloges dans ce concert, et rendre hommage à leurs talens distingués, il nous faudroit employer trop de terris et d’espace; mais nous allons mettre nos lecteurs à portée de nous suppléer, en nommant les principaux artistes qui s’y distinguèrent, et nous défions qui que ce puisse être, s'il se pique d’impartialité, de n’avoir pas quelque chose d’agréable à dire sur chaque nom. Voici quels sont ces artistes : Schneitzhœffer, Solère, Delcambre aîné, Horace, Schwcnt, Dclcambre jeune, Buch, Ph. Schwcnt, Frédéric Duvernoy, Ozi, X. Lefèvre, Ch. Duvernoy, L. Lefèvre, Perret, llugot, Devienne, Sallantin, Garnier, Tulou, Mathieu et Hostié. Nous pourrions en citer beaucoup d’autres, mais alors il faudroit donner le catalogue entier des artistes musiciens de la garde nationale, il vaut mieux que nous rendions compte de l’intéressant exercice auquel étaient invitées la Convention nationale et toutes les autorités constituées de Paris. Telle fut la réunion, ou si l’on aime mieux, le rassemblement qui, révolté de la tyrannie dont l’ignorance et le méchant goût menaçoient les arts, se leva en masse contre ces deux monstres, et leur porta des coups dont ils ne reviendront pas de longtemps.
Le citoyen Sarret le fit remarquer avec raison, entre la première et la seconde partie du concert, et il rendit compte d’une manière intéressante des soins qu’il s’étoit donnés pour parvenir à former l’Institut national de musique, auquel chaque section avoit fourni trois élèves. On éprouva le plus grand plaisir, lorsqu’après avoir fait un juste éloge des professeurs qu’il avoit choisis, on lui entendit dire avec toute l’énergie de la vérité proférée par un ami des arts, qu’aucune recommandation, aucune prière, ne l’avoicnt déterminé dans ses choix, et que le talent seul avoit motivé la préférence qu'il avoit donnée à tel ou tel artiste. Nous pouvons donc espérer le voir naître, cet âge d’or, où le mérite modeste et la vertu timide l’emporteront enfin sur la remuante cabale et l’intrigue tortueuse! Le citoyen Sarret parla ensuite des tentatives qu’avoit faites l’institut national pour suppléer aux importations annuelles de musiciens allemands et italiens, qu’on étoit obligé de faire venir en France pour former nos jeunes gens dans l’exercice des instrumens à vent, et il prouva que la République pourroit se passer désormais de pareils recrutemens, et même que l’Institut enverroit bientôt de ses élèves dans les départemens.
Mais c’est surtout pour les fêtes nationales, dit le citoyen Sarret, # que la réunion des artistes musiciens se rendra recommandable et nécessaire, et si, comme l'on peut l’espérer, ces fêtes servent un jour à l’épurement des mœurs et à la propagation du bon goût, on ne doit pas douter un seul instant que la réunion des artistes ne fasse tous les efforts imaginables pour parvenir à un but si désiré.