FÊTE DU 14 JUILLET
lions le permettent de te rendre à cette répétition qui aura lieu à l’Institut, nous t’invitons à y venir à 8 heures du matin.
Sarrette, Delcambre, Gossec.
La répétition générale se fît aux « cy-devant Petits-Pères », et le concert eut lieu comme il avait été dit. Les instrumentistes supplémentaires (instruments à cordes et à vent) furent au nombre de 135, empruntés aux théâtres de TÉgalité (15), des Arts (39), Feydeau (21), des Amis de la Patrie (11), du Vaudeville (3), de la Cité (3), de la République^), Favart (16), et pris parmi les artistes libres d’engagements (23), coût, à 15 livres chacun : 2 025 livres 1 . Les 98 choristes appartenaient à ceux de ces théâtres qui s’adonnaient au genre lyrique; ces chanteurs se partagèrent I 470 livres; quant aux violons pour la danse, ils reçurent 656 livres. La dépense pour le personnel extraordinaire s’éleva donc à 4151 livres; à cette somme il faut ajouter le montant de la copie (582 livres), la fourniture de musique par le Magasin (862 livres), les frais de personnel et de copie spéciaux à l’exécution de la Prise de la Bastille , confiée à liochefort (460 livres), etc., ce qui fait un total général de 6 507 livres 18 sous 2 * * * * . Ce dernier, qui fut chef d’orchestre à l’Opéra, ne faisait pas partie de la phalange de Sarrette; il avait été chargé de tout ce qui concernait l’exécution de l’œuvre de Désaugiers, que l’Institut, malgré l’invitation de la Commission d’instruction publique, n’avait pas comprise sur son premier programme, peut-être parce qu’elle n’émanait pas d’un de ses membres.
Nous nous sommes un peu étendu sur ce concert — encore que bien des documents n’aient été que mentionnés ici — afin de donner un aperçu des nombreuses formalités et des multiples détails qui incombaient à Sarrette et à son personnel, pour la préparation et l’organisation de la musique, dans les fêtes publiques.
A peine une solennité était-elle terminée qu’il fallait souvent songer à la suivante. Depuis le 18 floréal (7 mai 1794), Barère avait
1. Citons, parmi ces artistes, Janson (du théâtre Égalité); Lahoussaye, Grasset, H. Jadin, Bréval (de Feydeau); Pradere, Kreutzer (de Favart); Eler, NVunderlich, Jadin, Rode, Dalayrac (libres).
2. V. ces mémoires détaillés d’après les pièces des Archives nationales (F ie , 1, 84,
et F' 7 , 1291), dans notre article précité La Musique à la Fête du 14 juillet, dans
le Magasin de musique , p. 45, et une lettre du 24 messidor (12 juillet) relative à
l’hymne La Bataille de Fleurus, dans Musique exécutée aux Fêtes de la Révolu¬
tion , p. 66.
fait décréter que les honneurs du Panthéon, accordés à Para, le 8 nivôse (28 décembre 1793), seraient également rendus à Viala, le 30 prairial (18 juin)*. Cette date se trouvant à trop peu d’intervalle de la fête célébrée à la gloire de l’Être suprême, le Comité proposa à la Convention (séance du 4 juin) de reporter au 30 messidor (18 juillet) la cérémonie civique consacrée à ces jeunes héros 1 2 . Huit jours plus tôt (23 messidor-11 juillet), David avait présenté le plan qu’il avait été chargé d’élaborer 3 , Méhul avait composé, et le Magasin de musique avait publié l’hymne qui devait être chanté par le peuple, et que les membres de l’Institut devaient aller lui apprendre dans les sections (v. p. 84), quand, pour une cause ignorée, la cérémonie fut renvoyée au 10 thermidor (28 juillet). On conçoit qu’au lendemain du jour où Robespierre vit s’écrouler son autorité, et que dans la journée même où il portait sa tête sur l’échafaud, il ne pouvait être question d’une fête quelconque. Elle fut encore remise au décadi suivant (20 thermidor), ainsi qu’il résulte d’un état de dépenses produit par l’Institut 4 ; mais, finalement, elle n’eut pas lieu, cette dernière date (7 août) se trouvant trop proche de l’anniversaire du 10 août. Sans compter les dérangements des membres de l’Institut, 1131 livres 12 sous furent dépensés, en pure perte, pour la musique, suivant état fourni par les administrateurs provisoires de l’Institut, Sarrette, Gossec, Devienne et Delcambre, le 25 thermidor.
Par suite des événements politiques, on se trouvait encore pris presque à l’improviste pour la fête du 10 août. Le 18 thermidor seulement (5 août) Barère, au nom du Comité de Salut public, présenta à la Convention le projet d’une fête simple, dans lequel on avait « cherché à concilier la possibilité d’exécution avec la dignité du peuple français ». Ce fut encore en un concert que consista la partie principale de la fête : « l’Institut national de musique, placé sur la tribune, exécutera un grand concert et des chants républicains ». Comme de coutume, des danses et chants civiques firent suite au concert 5 . Les documents sur ce concert, un instant com-
1. Collection des lois (dite du Louvre), t. XVII. p. 36, n° 2018, et p. 772, n° 2351. — Arch. nat., AD, VIII, 19.