PORTRAITS
B. Sarrette par Isabey (4700-4704).
— en 183k.
ET
PRÉAMBULE
Objet de cet ouvrage. Une tradition erronée. Le centenaire du Conservatoire
Bernard Sarrette est le fondateur du Conservatoire, peu de musiciens et d’amateurs l’ignorent; combien en est-il qui savent ce qu’il lui a fallu déployer d’activité, d’énergie et de fermeté, pour parvenir à la réalisation du projet qui lui a valu ce titre? Personne jusqu’ici n’a pris soin de le dire; on a simplement constaté le fait, sans se préoccuper des diverses particularités qui l’accompagnent.
De meme, pour ce qui est des origines du Conservatoire, on est resté dans l’ignorance des multiples détails de l’évolution qui s’est effectuée pendant la période de formation. Tous les écrivains se sont contentés de noter les phases principales, généralement résumées en quelques lignes conçues à peu près en ces termes : « Quarante-cinq « musiciens provenant du dépôt des gardes françaises, réunis par « Sarrette après le 14 juillet 1789, formèrent le noyau de la musique « de la garde nationale. Au mois de mai 1790, la Municipalité de « Paris la prit à sa charge, et en porta l’effectif à 78 musiciens; « mais les embarras financiers de la Commune ayant fait supprimer « la garde soldée, Sarrette retint près de lui les artistes et obtint de « la Municipalité, au mois de juin 1792, l’établissement d’une école « gratuite de musique. Les services rendus fixèrent l’attention du « Gouvernement, et, sur les démarches de Sarrette, l’école fut con- « vertie en Institut national cle musique le 18 brumaire an II, par
« décret de la Convention, puis définitivement organisée sous le nom « de Conservatoire, par la loi du 16 thermidor an III. »
Que d’événements pourtant se déroulèrent, que d’incidents se produisirent dans l’intervalle qui sépare chacune de ces étapes! On conçoit donc que la concision de cet historique ne soit point pour satisfaire l’analyste qui tient à remonter des effets aux causes, ou même le curieux s’inquiétant des moindres détails relatifs à l'objet qui l’intéresse.
Lassahathie, en son Histoire du Conservatoire — la première qui ait été consacrée à cet établissement — ne s’étant pas attaché à l’intégrale reconstitution de la période primitive, un vaste champ restait ouvert aux recherches, qui nous a déjà fourni la matière d’un volume se rattachant à l’un des épisodes de cette époque : Le Magasin de musique à l’usage des fêtes nationales et du Conservatoire, auquel s’ajoute le présent travail, et un historique de l 'École royale de chant et de déclamation, à paraître.
Il n’y avait pas que des lacunes à combler. Des erreurs ont été répandues dans divers récits ou dans quelques notices biographiques. Beaucoup ne méritent pas évidemment d’être relevées; il en est d’autres, au contraire, qu’il est nécessaire de rectifier non pas absolument en raison de leur gravité, mais parce que, sans cesse répétées, elles prennent une importance qui leur donne une apparence de vérité et les fait accueillir par des écrivains dont la sûreté d’informations se trouve, par suite, suspectée.
Alors qu'il était commandant de la musique de la garde nationale, transformée en Institut national de musique par décret de la Convention, Bernard Sarrette fut incarcéré dans les prisons de la Terreur. La tradition veut que ce soit parce qu’un élève de l’École « avait fait entendre sur le cor l’air proscrit : O Richard, ô mon roi!... » Cette tradition a été recueillie par Zimmermann' et reproduite sans indication de source par Escudier 2 , Lassahathie 3 , A. de Pontécoulant * et M. A. Pougin 5 , qui l’ont admise sans conteste et très probablement sans avoir procédé à une vérification qui, à la vérité, ne s’imposait pas aux deux derniers écrivains autant qu’à Lassahathie, le fait étant rapporté par eux tout à fait incidemment.