Méhul, 1892, p
PRÉAMBULE
Une autre version, qui s’est moins propagée, a été donnée par Ad. Adam. D’après les détails qu’il aurait reçus de Sarrette même, ce serait l’air Vive Henri IV qui aurait motivé l’arrestation 4 . On verra plus loin ce qu’il faut en penser.
Certes, ces deux versions seraient des plus acceptables, et l'histoire fournit nombre d’exemples significatifs, surtout pour la première. Depuis le banquet de Versailles (1 er octobre 1789), où les monarchistes donnèrent au chant de Grétry un sens politique, il fut suspect et d’autant plus funeste à celui qui le faisait entendre, que les temps étaient plus troublés. Aug. Challamel dit qu’il fut chanté lors de la conspiration des poignards (28 février 1791), que le premier vers servit d’épigraphe à un journal royaliste, et qu’aux paroles de Sedaine on substitua celles-ci :
O Louis ! o mon roi !
Notre amour t’environne.
Pour notre cœur c’est une loi D’être fidèle à ta personne....
dont le chanteur Clairval fut un des propagateurs 1 2 3 4 . Ajoutons que la Chronique de Paris , parlant de l’arrestation des personnes au „ service du roi, au Temple, inséra ces lignes : « On a entendu son valet de chambre siffler et chanter O Richard , d mon roi /* » ; enfin, l'auteur de la musique, Grétry, raconte, dans un mémoire écrit en l’an XIII et publié dans ces derniers temps, que l’on arracha la tête à un innocent perroquet « qui le chantoit tristement sur sa boutique dans la rue Saint-Honnoré ». Il ajoute qu’à une séance de la Convention, il entendit cette phrase : « Tu dis, collègue, que cet « homme n’est pas aristocrate. Et on lui a entendu chanter l'air « infâme O Richard , ô mon roi P ».
Il est donc parfaitement avéré qu’à un certain moment, cet air fut « un chant de mort pour celui qui l’osoit entonner », selon l’expression de Grétry ; toutefois, si le fait en soi est exact, rien ne prouve que Sarrette lui dut d’être inquiété. Si ombrageux qu’aient été
1. Le Constitutionnel y 2 et 3 septembre 1848, reproduit par le F'ujaro du 8 juillet 1877.