DERNIÈRES FÊTES DE
rapides des armées et à l'évacuation du territoire; mais, quand Chénier présenta son rapport, on proposa de reporter la solennité au 20 vendémiaire, pour qu’elle fût célébrée dans toute la République, et, sur l'observation d'un membre, que ce jour était déjà consacré à l’apothéose de J.-J. Rousseau, décidée depuis quelque temps, l'on tomba d'accord sur la date du 30 (séance du 7 vendémiaire).
Le 19 vendémiaire (10 octobre), le corps de J.-J. Rousseau fut reçu au Pont-Tournant par une délégation de la Convention, accompagnée de l’Institut national, qui jouait des airs du Devin clu Village. Le lendemain, jour de la translation au Panthéon, pour annoncer la Convention, l'Institut fit entendre une marche deX. Lefèvre et « J'ai perdu tout mon bonheur... » de Jean-Jacques; après l’allocution du président, ce fat, avec le concours des artistes du théâtre des Arts, l’hymne de Désorgues et L. Jadin, suivi de l’air de Rousseau : « Dans ma cabane obscure... », et le cortège se mit en marche. Pendant le trajet, l'Institut exécuta des airs du philosophe. L’entrée au Panthéon se fit aux sons de l’orgue, touché par Séjan, et, au moment où le corps franchit le seuil, l’Institut joua la romance : « Je Vai planté , je l'ai vu naître... », du défunt, puis YHymne à J.-J. Rousseau , de Chénier et Gossec, succéda au discours du président pour clore la cérémonie 1 .
Avec la fête de l’évacuation du territoire (30 vendémiaire-21 octobre), la dernière de l’année, lTnstitut reprit son rôle de second plan. Le goût n’était plus aux processions, dans lesquelles la Convention se donnait en spectacle; la trop grande longueur des cérémonies fatiguait le peuple sans l’amuser, les représentations théâtrales excitaient l’avidité des entrepreneurs, et une faible partie du peuple pouvait en profiter. Sur la proposition de Chénier, on les remplaça cette fois par des évolutions militaires, dont les élèves de l’École de Mars firent les frais. LTnstitut précéda la Convention sur le parcours de l’Ecole militaire au Champ de Mars, et dans le courant de la journée exécuta divers morceaux, parmi lesquels on mentionne le Chant du Départ et un nouveau chœur de Lesueur, le chant des triomphes de la France 2 .
1. Procès-verbal tle la Convention, mss. (Arch. nat., C, 320.)— Annales patriotiques du 21 vendémiaire an III (12 octobre 1794), p. 3125. — Rapport , par Lakanal. (Bibl. nat., Le 38 , 945.) — Le Moniteur , 20 et 22 vendémiaire.
2. Voyez les détails historiques et l’hymne de Lesueur avec l’analyse, dans Musique exécutée..., p. G9 et 8G.
L’INSTITUT NATIONAL DE MUSIQUE, 179é.
Voici terminée la relation des fêtes de l’année 1794. Elle est insuffisante à donner une idée d’ensemble de la pompe qu’elles occasionnaient et de leur caractère; mais elle est propre du moins à faire ressortir combien a été considérable la somme de travail fournie par Barrette et ses collaborateurs pour la partie musicale, dont les dépenses s’élevèrent à 33 546 livres. Dans l’espace de quatre mois et demi, il y eut neuf fêtes plus ou moins importantes, pour lesquelles quinze œuvres nouvelles furent composées, dont deux sont surtout remarquables : le Chant du Départ et 1 Hymne a l’Être suprême. Que de peines, que de soins ne fallut-il pas pour l’organisation matérielle, pour le recrutement des masses supplémentaires, pour diriger les études et veiller aux mille détails que comportait la préparation! Que de fatigues aussi pendant ces longues journées de fêtes, qui commençaient souvent à l’aube, sur la place de la Nation ou de la Bastille, pour ne se terminer que le soir, au Champ de Mars !
Et tout cela, bien entendu, en dehors du service courant de l’École et des travaux du Magasin de musique, que nous avons négligé de noter à leur date, pour conserver une suite nécessaire entre les diverses fêtes, ces solennités ayant d’ailleurs formé la part principale de la besogne, et l’ordre chronologique ne s’imposant pas rigoureusement alors que les faits n’ont entre eux aucun lien direct.
L’absence de toute organisation officielle n’était pas sans gêner quelque peu le fonctionnement de l’Institut dans ses multiples travaux. Pour parer aux inconvénients résultant de ce fait, Sarrette convoqua, en messidor (juin-juillet), tout le personnel et lui représenta qu’il était urgent de constituer, en attendant, une administration provisoire. Neuf membres furent choisis, qui se partagèrent la direction et la surveillance des différents services.
Pour les fêtes nationales, Gossec, Méhul et Chérubini étaient « chargés du choix et de la confection des morceaux » à exécuter, et d’en ordonner la copie après l’agrément de l’administration ; Delcambre s’occupait de la copie des morceaux adoptés; Devienne, F. Duvernoy, Ernest Assmann et Pagniez avaient à s’acquitter de tout ce qui était relatif à l’exécution, c'est-à-dire des transports d’instruments, de la réunion des artistes adjoints extraordinairement à l’Institut, etc. ; enfin à Sarrette incombait le soin « de correspondre avec les autorités, de transmettre les ordres, de veiller à leur exécution et d’indiquer la marche et les fonctions de.l’Institut » dans ces solennités.