‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 89 sur 149 · PROJET D’ORGANISATION · texte numérisé non relu

PROJET D’ORGANISATION

rapport, le poète du Chant du Départ prouvait que la solution 11 e dépendait plus que de la Convention; aussi, quand elle eut résolu que la susdite pétition serait renvoyée au Comité pour le rapport en être fait dans la décade, 011 put enfin espérer que la période d’attente et d’anxiété avait pris fin. Hélas! combien de délais ainsi fixés ont été dépassés! Il fallut encore plus de quatre mois pour parvenir au terme si ardemment souhaité. Pourtant la question était mûre, et les mesures longuement étudiées. Depuis quelque temps déjà, les Comités avaient été saisis par Sarrette et Gossec d’un plan d’organisation très complet sous le rapport de la division de renseignement et de l’exécution dans les fêtes nationales.

C’est un document fort précieux que celui-là, qui nous livre entière la conception des promoteurs du Conservatoire. Assis sur de larges bases, embrassant l’art dans toutes ses parties, donnant à l’enseignement son plus grand développement, ce projet marque un progrès considérable sur l'idée que l’on s’était faite jusqu’alors en France, des Écoles de musique. Nulle comparaison n’est possible, même avec les vues — pourtant nouvelles — exposées par Gossec, vers 1783, dont l’objectif était à la vérité plus particulier et plus circonscrit 1 . Vainement on essaierait de définir la part de collaboration de chacun dans un projet qui fut probablement établi avec le concours des compositeurs formant l’administration provisoire; mais ce 11 ’est pas se hasarder que de certifier que Sarrette 11 e s’est pas borné à y apposer sa signature. Si les musiciens ont apporté les lumières de leur expérience pour la partie technique, notamment Gossec, qui, dans sa proposition de réforme de l’École de chant de l’Opéra, a fait preuve d’une réelle entente des méthodes et procédés d’enseignement, le capitaine commandant la musique de la garde nationale n’a pas une moindre part dans les honneurs que méritent les auteurs d’un tel projet pour ce qui tient au côté administratif, à l’extension du rôle de l’Institut, etc. N'avait-il pas posé à peu près seul les bases de l’Ecole de musique de la garde nationale en 1792, alors qu’il ne pouvait faire appel aux conseils des maîtres célèbres qui n’y entrèrent que par la suite? Le document en question n’est point daté, mais nous présumons qu’il a été rédigé au moment où Sarrette fit constituer l'administration provisoire, en messidor, car les mêmes principes s’y retrouvent; en tout cas il 11 ’est pas anté-

1. Cf. notre brochure L'École cle chant de l'Opéra, chap. III.

rieur. Le voici doue dans son intégralité, nous pourrions presque dire dans toute sa nouveauté, puisqu’il est resté inédit jusqu’ici :

Projet cl'organisation de l'Institut national de musique dont Vétablissement a été

décrété par la Convention nationale, proposé aux Comités de Salut public et

de l'Instruction publique , par la réunion des artistes musiciens de la garde

nationale parisienne.

Cet établissement considéré sous deux rapports : instruction publique et exécution dans les fêtes publiques nationales et concerts pour le peuple, est composé :

D’une administration chargée de la police générale de l’Institut, de l’ordonnance du service des fêtes nationales, de l'ordonnance des concerts pour le peuple, de l’exécution des loix et arrêtés relatifs à l’Institut. Cette administration est formée par des membres pris dans le sein de l’Institut et nommés par lui, elle est d’ailleurs subordonnée à la surveillance immédiate de la Commission d’instruction publique;

Un secrétaire , un maître de musique compositeur et quatre adjoints compositeurs, chargés de la surveillance de l’enseignement;

Un premier clarinette conduisant l'orchestre, 124 musiciens professeurs , un bibliothécaire , un copiste.

Sous le rapport de l’instruction publique, l’Institut se divise en 4 sections principales, savoir :

Section i re : Solfège , sous la surveillance d’un adjoint compositeur. Cette section se divise en théorie raisonnée et pratique, démontrée en 18 classes dans chacune desquelles sont instruits 10 élèves. Nombre des professeurs et des classes : 18, des élèves : 180.

Section 2 e : Instruments , sous la surveillance d'un adjoint compositeur et du premier clarinette chargé de la conduite des répétitions de celte section.

La section des instruments se divise par genre et nature d’instrument, soit à vent, soit à cordes, en 97 classes, savoir :

Flutte : 8 professeurs et classes, 32 élèves ; clarinette : 26 professeurs, io 4 élèves; hautbois : 6 professeurs, 24 élèves; cor i er : 6 professeurs, 24 élèves; cor 2 e : 6 professeurs, 24 élèves; trompette : 4 professeurs, 16 élèves; buccini : 1 professeur, 4 élèves; trombone : 1 professeur, 4 élèves; basson : 18 professeurs, 72 élèves; serpent : 6 professeurs, 24 élèves; contrebasson : 1 professeur, 4 élèves ; instruments militaires tels que timbales, tambour, grosse caisse, etc. : 1 professeur, 12 élèves;

Violon : 4 professeurs, 32 élèves;, basse : 3 professeurs, 24 élèves; contrebasse : 1 professeur, 8 élèves; clavecin : 4 professeurs, 32 élèves.

Section 3 e : Chant, sous la surveillance d’un adjoint compositeur; cette section se divise en vocalisation (3 professeurs et classes, 3 o élèves), chant simple (3 professeurs et classes, 24 élèves) et chant déclamé (3 professeurs et classes, 18 élèves).

Section 4 e : Composition, sous la direction du maître de musique compositeur et sous la surveillance d’un adjoint compositeur. Cette section se divise

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