‹ BabbittChapitre 20 sur 56 · II · texte numérisé non relu

II

de campagne, noir et gris, un chien riche de loisir et de méditation, se grattait, grognait et dormait. L’éclatante lumiére du soleil inondait l’eau éblouissante, le bord des rameaux jaunes ou dorés, les bouleaux argentés et les fougéres des tropiques, et, de autre coté du lac, flambait sur les puissantes épaules des montagnes. Sur toute chose régnait une paix bénie.

Sans parler, ils restaient assis au bord de l’embarcadeére, balangant leurs jambes au-dessus de l’eau. L’immense douceur de cet endroit pénétrait Babbitt, et il murmura:

— Je voudrais rester ici, toute ma vie, a tailler du bois, assis la. Ne plus jamais entendre une machine a écrire... ou Stan Graff faisant ses embarras au téléphone... Ou Rone et Ted se chamaillant. Rester assis la, simplement... Ah! grand Dieu!

I] mit la main sur l’épaule de Paul.

— Qu’en penses-tu, vieux sommeillant ?

— Oh! c’est divinement bon, Georgie: cela donne une impression d’éternité.

Pour une fois, Babbitt le comprit.

Leur bateau suivit la rive sinueuse : au bout du lac, au pied d’une montagne, ils apercurent la petite maison centrale ot lon dinait, et, disposés autour en croissant, les pavillons, en poutres trapues, ot étaient les chambres a coucher. Ils débarquérent et subirent l’inspection critique des habitués, déja a VPhétel depuis une semaine. Une fois dans leur habitation, 4 vaste cheminée de pierre, ils se hatérent de revétir, comme disait Babbitt, « des nippes a la hauteur ». Ils reparurent, Paul en vieux costume gris et chemise blanche souple, Babbitt en chemise kaki avec veste et pantalon de méme teinte. Mais ce kaki était trop neuf, ses lunettes sans monture rappelaient un bureau de la Cité, et son visage n’était pas halé, mais avait le rose d’un citadin. Il apportait dans cet endroit une note discordante. Pourtant, avec une satisfaction infinie, il se donna une claque sur les jambes et langa:

— Voila qui s’appelle rentrer a son foyer, hein?

Ils se tenaient sur l’appontement devant l’hétel. Avec un clin d’ceil 4 Paul, il tira de sa poche une corde de tabac 4 chiquer — vulgarité interdite dans la maison Babbitt. I] en coupa un morceau, rayonnant et balangant la téte, tout en le mastiquant avec effort.

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