‹ Babylone et la ChaldéeChapitre 27 sur 92 · DE WARKA · texte numérisé non relu

DE WARKA

d'après le Plan de

W. K.Loflus, Esq.

WARKA

WARKA

Les ruines de Warka sont situées à une distance de quatre milles environ de la rive gauche de l'Euphrate, sur une banque de dix milles de largeur qui s'élève au-dessus d'une série d'ondulations, au milieu des marais formés par les débordements périodiques du fleuve. "Warka est inabordable pendant la plus grande partie de l'année ; mais, depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mars, le fleuve rentre dans son lit et en permet alors l'accès.

C'est pendant ce court espace de temps, et au milieu des plus grandes difficultés inhérentes à la nature du sol, que M. Loftus a pu accomplir ses explorations.

Du sommet de la ruine principale, située au centre de la colline, le spectateur n'a sous les yeux qu'une accumulation de monticules informes ; ils s'étendent à ses pieds sur une surface de plus de six milles de circonférence, terminée par les restes d'un rempart de terre élevé, sur certains points, à plus de quarante pieds de hauteur. Un ravin profond divise les monticules en deux parties égales. C'est au nord que l'on trouve le monument le plus considérable. Il porte le nom de Buvarieh.

LE BUVARIEH.

A première vue, cette ruine présente l'aspect d'un cône ; mais en Fexaminant attentivement, on voit que c'est une tour de plus de deux cents pieds de hauteur, construite en briques séchées au soleil.

En fouillant à sa base, on découvre de chaque côté un massif contrefort destiné à soutenir l'édifice principal. Les briques que l'on peut extraire de la ruine sont de différentes formes et de différentes dimensions, contrairement à ce que l'on peut observer dans la plupart des autres

ruines. Il est facile de conclure que la construction appartient à plusieurs époques. On y remarque déplace en place des couches de roseaux entre les couches de briques, comme il en existe dans d'autres constructions de la Mésopotamie et même à Babylone. C'est ce qui lui a fait donner le nom de Buvarieh, qui signifie en arabe « natte de roseaux. »

Le Buvarieh est situé à l'angle ouest d'un large enclos de trois cents pieds de long sur deux cent soixante-dix de large. Il touche du côté Sud- Est à la grande plate-forme qui porte l'ensemble des ruines. Les angles de l'édifice sont orientés vers les points cardinaux. C'est, du reste, la disposition générale des édifices de l'époque chaldéenne, et qui en forme, pour ainsi dire, une des dispositions les plus caractéristiques.

Sur ce monticule s'élevaient jadis deux temples, l'un dédié au dieu Anu, l'autre à la déesse Beltis.

Les inscriptions de leurs briques nous feront connaître les princes qui les ont élevés.

LE WUSVAS.

La seconde ruine est située à 840 pieds du Buvarieh, sur le côté nord-ouest de la grande plate-forme. L'ensemble est compris dans un rectangle dont les côtés mesurent 650 pieds de long et 500 pieds de large. Les angles sont orientés vers les points cardinaux. Le bâtiment principal était enfermé dans plusieurs cours élevées en terrasse, auxquelles on accédait par de larges escaliers. La partie la plus importante est située au sud-ouest.

L'architecture de ce monument présente une ornementation extérieure qui mérite de fixer l'attention. Les briques forment un système continu de rentrées et de saillies qui rompent la monotonie ordinaire des grandes .constructions chaldéennes. Rien de plus primitif, de plus désagréable que cette décoration, mais c'est précisément cette laideur qui affirme l'originalité du style.

Le nom de cette ruine est très-moderne. Un nègre qui portait le nom de Wuswas, séduit par l'appât des trésors qui devaient être cachés dans cet édifice, y entreprit des fouilles. Un jour il disparut sans qu'on n'ait jamais su ce qu'il était devenu. Les Arabes ont donné son nom à la ruine et ne s'en approchent encore qu'avec une terreur superstitieuse.

WARKA

Au nord de Warka, à deux milles environ, s'élèvent les restes d'une , colonne terminée par un dôme et qui porte le nom de Neffayj ; mais cette localité ne paraît pas avoir été encore explorée.

Parmi les différents débris qui ont été trouvés dans ces ruines, nous devons mentionner des tablettes d'une forme particulière. Ce sont des tablettes d'argile chargés d'une inscription en caractères cunéiformes et recouvertes d'une couche d'argile qui reproduit l'inscription intérieure. Ce sont, en général, des contrats d'intérêt privé dont nous aurons occasion de nous occuper lorsque nous mentionnerons les souverains clu règne desquels ils sont datés.

Ce qui frappe surtout l'attention, c'est le nombre prodigieux de tombeaux qui entourent ces ruines.

Depuis sa fondation jusqu'au moment de l'occupation Parthe, Warka paraît avoir été une immense nécropole où sont venus reposer les différents habitants de la Mésopotamie. Les anciens chaldéens enfermaient leurs morts dans des sarcophages en terre cuite qui dessinent, comme les caisses des momies égyptiennes, la forme des corps qu'elles renferment. Ces débris humains s'élèvent autour de Warka à plus de 60 pieds d'épaisseur, et dans cette épaisseur on trouve, à côté des morts des différentes époques, les restes de la civilisation à laquelle ils ont appartenu. Il faudrait percer cette couche immense pour arriver aux débris de l'époque primitive, et s'il est permis d'entrevoir au prix de quels travaux on pourrait l'atteindre, il n'est pas possible d'affirmer que les résultats sauraient répondre à tant d'efforts.

Warka est peut-être la localité la plus intéressante de la Chaldée. Il est certain que les ruines que nous fouillons aujourd'hui couvrent celles de l'antique Erech qui, d'après la Genèse, fut occupée par Nemrod. Cette ville a été, pendant longtemps, le siège d'une école d'érudits chaldéens, dont Pline et les historiens grecs nous transmettent la renommée, et dont les rois assyriens nous font apprécier la valeur. C'est dans les archives d'Orchôé qu'Assur-bani-pal a puisé les éléments de cette fameuse bibliothèque dont nous recueillons avec tant d'avidité les débris.

Les fouilles de M. Loftus ont mis au jour des spécimens des époques les plus différentes, depuis les textes des plus anciens rois de la Chaldée jusqu'aux légendes relativement modernes qui renferment le nom des Séleucides. Aussi, à chaque instant, nous rencontrerons le nom d'Orchôé comme

un des plus puissants jalons auxquels se rattache l'histoire de la Chalclée.

Malgré les efforts de M. Loftus, les fouilles qu'il avait entreprises et continuées pendant le court espace de temps où les ruines sont abordables, n'ont pas produit tout ce qu'il était en droit d'en attendre. Il déclare luimême que le sol de Warka ne peut pas encore être considéré comme exploré ; aussi il appelle de tous ses vœux de nouvelles recherches que la science continuera un jour, mais que sa mort prématurée ne lui a pas permis d'entreprendre.

Le nom antique de Warka se compose d'un monogramme que nous avons déjà rencontré dans le nom de Zerghul; mais ici, il est seul et suivi du déterminatif aphone propre aux noms de ville de la vallée du Tigre et de l'Euphrate. La prononciation antique du complexe devait être Uruk ou Arhu; mais, dans tous les cas, elle devait avoir une certaine analogie avec celle qui nous a été conservée dans la forme Erech ("pa) de la Genèse, l'Ope/ des Septantes et l'Opté-/) des Grecs.

Quelle qu'ait été la puissance d'Erech, nous ne trouvons qu'un seul prince qui puisse se rapporter à la période de son autonomie, et il nous reste à en examiner les inscriptions.

BEL1T-HASIHAT.

Ce prince est le père de celui dont nous avons quelques documents. Il n'est connu que parce qu'il figure dans les inscriptions de son fils.

SIN-GASIT.

Le nom de ce prince ne souffre aucune difficulté. La première partie se compose du monogramme bien connu pour représenter le dieu Sin, la seconde partie est phonétique.

SIN-GASIT.

Nous lisons d'abord sur des briques provenant du sommet de la ruine du Buvarieh :

« Sin-gasit, fils de Belit-Hasihat, roi (Sar) de Uruk, constructeur (Banuv) du Bit Anna. » *

[W.A.L,Ï, pl. 3, n° vin, 2.)

Sur des briques provenant de la porte principale de la ruine du Wusvas, on lit :

« Sin-gasit, le mâle puissant, roi (Sar) de Uruk, roi de Gananu (Amnanu S.), a construit ce palais pour sa royauté. »

[W. A. I. , pl. 3, n°vni, 2.)

M. G. Smith nous donne ainsi la traduction d'une inscription du même roi, qui se trouve sur un cône d'argile trouvé à Warka et qui a été publiée par M. F. Lenormant dans son Choix de Textes inédits.

« A Sar-turda son Dieu, à Belat-sunat (Bel Nasihal), sa mère Singasit, roi de Uruk, roi de Amnanu (Gananu) , seigneur du Bit- Anna, qui a construit le Bit- Anna, le Bel-Kirib, le Bel-Kibu, lib, tul lu Ka ne ne,

11 a construit pour la prospérité de son royaume, il a construit 18 segur,

12 mines de dukta, 10 mines de bronze, asni, cette maison. Il a

de l'argent, comme une montagne, 1 sekel d'argent. Son nom est proclamé celui qui donne le plaisir. »

(3m. Earl. p. 41, n° 20. — L. n., Choix de T., p. 153, n° 64.)

Il est assez difficile d'apprécier le caractère ethnographique des rois de cette époque. C'est dans la langue seulement que nous pouvons, jusqu'ici, puiser des renseignements à ce sujet. Or, le système graphique dans lequel les inscriptions sont conçues, peut nous laisser une grande incertitude. En effet, il est certain que nous pourrions comprendre des inscriptions tout entières, si elles ne renfermaient que des idéogrammes ou des allophones, et cependant nous n'aurions pas la plus légère indication sur la langue de leur rédacteur, puisque ces inscriptions auraient pu être tracées par tous les peuples qui faisaient usage du même système graphique, et qui les auraient comprises comme nous les comprenons aujourd'hui.

BABYLONB ET LA CHALDBE.

Mais je ne saurais trop insister sur ce point : si, dans une inscription de cette nature, il se trouve une expression phonétique, et surtout si cette expression comporte une flexion, ce mot suffit pour nous révéler immédiatement l'idiome auquel nous devons rapporter la rédaction du document.

Voilà pourquoi nous avons cru devoir appeler l'attention sur le mot banuv que nous lisons sur les briques du Buvarieh : ce mot est essentiellement sémitique et suffit à lui seul pour caractériser la langue dans laquelle sont conçues les inscriptions qui le renferment.

Dans tous les cas, et quelque soit Fidiome, nous n'hésitons pas à accepter pour le nom du souverain la lecture Sin-gasit, au lieu des lectures Sin-saclu, Sin-saïd qui reposent sur une fausse appréciation des caractères archaïques qui le composent.

Mytoie et la Chaldee. pl. iv. . Jm

Plan des Chambres du Monticule Ouest

MUGHÉÏR.

MUGHÉÏR.

Les ruines de Mughéïr sont situées sur la rive arabe de l'Euphrate, à peu près en face de Warka. Pendant les inondations occasionnées par la crue périodique du fleuve, Mughéïr est inabordable, excepté en bateau. L'aspect général de la contrée présente une série de tumulus ou de monticules ovales qui occupent une superficie dont le plus large diamètre, du Nord au Sud, mesure environ un demi-mille d'étendue.

Le nom de Mughéïr est particulièrement affecté à une tour de 70 pieds de haut qui s'élève près de l'extrémité Nord des monts. C'est une ancienne construction babylonienne qui se présente encore dans un état de conservation assez satisfaisant. Cet édifice est bâti en larges briques cimentées avec du bitume, et c'est cette circonstance qui lui a fait donner, par les Arabes, le nom moderne de Mughéïr, qui signifie « Bitume. »

Le monument se compose de deux étages construits sur le plan d'un parallélogramme rectangle, dont les plus longs côtés sont orientés N.-E. et S.-O. Un des angles regarde ainsi le Nord, comme dans 'tous les édifices d'origine chaldéenne. L'étage inférieur est supporté par des contreforts qui sont cachés par les décombres du côté du N.-E. et du S.-E.; il s'élève à 27 pieds de hauteur environ et ne présente qu'une entrée de 8 pieds de large au N.-E. Cette entrée^conduisait de la base à l'étage supérieur par une série de gradins qui ont disparu.

La partie supérieure a 14 pieds de hauteur et s'élève en retrait sur le mur inférieur.

La masse de l'édifice est construite sur une épaisseur de 10 pieds, moitié en briques séchées au soleil, moitié en briques cuites au four. Celles de l'étage inférieur sont plus petites que celles de l'étage supérieur et sont cimentées avec du bitume, tandis que celles de l'étage supérieur sont fixées avec du mortier. Il est évident que les deux étages n'ont pas été

construits à la même époque ; c'est, du reste, ce qui a été confirmé par les inscriptions. Les briques du premier étage portent le nom du père et celles de l'étage supérieur, celui de son fils.

En cherchant dans les décombres amoncelés au pied du premier étage, M. Taylor a découvert, parmi des débris de briques émaillées, les fragments d'un prisme chargé d'une inscription qui appartient à Nabonid et qui donne de curieux détails sur les travaux de reconstruction auxquels le dernier roi de Babylone s'est livré. Puis, en continuant ses fouilles, il a trouvé aux quatre angles de l'édifice quatre barils complets, déposés intentionnellement dans la maçonnerie et dont l'inscription se rapporte au même roi; nous les examinerons en temps et lieu.

Il est certain que les fragments du premier baril qui a été découvert, provenaient de l'étage supérieur. Deux ou trois vieillards des tribus de bergers, qui s'assemblent en hiver et au printemps autour des ruines, ont affirmé à M. Taylor qu'ils avaient vu jadis, au sommet du second étage, une sorte de chambre qui n'existe plus depuis 40 ou 50 ans. Cette assertion paraît, du reste, justifiée par les restes des briques émaillées et les fragments de diverse nature que l'on trouve auprès des murs ainsi que par les débris de plusieurs petites lampes d'argile.

Cet édifice était un temple dont nous retrouvons la mention dans les inscriptions des différents rois qui l'ont construit ou restauré.

Près du coin S.-E. de cette ruine on voit les restes d'un second monument qui repose sur une plate-forme de 400 pieds de circonférence, formée par un pavage de briques cuites, dont quelques-unes portent des inscriptions. La structure de cet édifice est très-irrégulière ; elle comprend plusieurs chambres de différentes grandeurs, pavées avec des briques cuites ; celles des murs sont remarquablement belles ; quelques-unes sont émaillées, et un certain nombre présente plusieurs lignes de caractères sur les côtés et sur la tranche.

Quelle est maintenant la ville antique qui se cache sous les ruines de Mugheïr? Le nom qui est écrit sur les briques de cette localité renferme encore le monogramme que nous connaissons déjà; il est précédé du signe qui signifie « frère » ahu ou « protéger » nasir; il est suivi du déterminatif ordinaire des noms de ville. La transcription du complexe est, du reste, assurée ; il se lit uru ; il ne saurait donc y avoir de doute sur son articulation phonétique, aussi on a identifié cette localité avec la ville qui est

URKHAM.

nommée dans la Genèse Ur-Kassdim ( QHtw-iïN ) , Ur des Casdéens, et qui, dès le temps d'Abraham, était appelée « la Grande Ville ». Elle était située sur les frontières du pays de Chaldée. Ur n'est pas mentionné parmi les villes dont les traditions de Bérose font remonter l'origine à l'époque antédiluvienne ; elle paraît d'origine plus récente que Babylone, Sipar, Larsam ; c'est elle qui nous a fourni les monuments les plus anciens ; ses rois avaient une influence considérable et nous en trouvons la preuve sur les monuments des autres villes de la Chaldée, où nous lirons leurs noms.

Ur a dû être le centre d'une navigation très-active dans la haute antiquité. Ses vaisseaux figurent dans une tablette du Musée-Britannique, à côté des vaisseaux du pays d' Akkad, de Dilvun, de Magan (Egypte), de Miluhi (Mérôé), de Nibi et de Khatti (Syrie). (W.A.I. II, 46, 1. c. 2, 1. 3- 10.) On voit ainsi que son commerce s'étendait au grand cabotage qui explorait, d'une part, les côtes du Golfe-Persique jusqu^à l'Inde, et d'autre part, les côtes de la presqu'île arabique jusqu'au nord de l'Egypte, en se reliant ainsi, parles caravanes, au commerce maritime de la Méditerranée.

URKHAM.

Les signes qui composent le nom de ce roi ne se prêtent pas à une articulation phonétique. Ils forment un idéogramme; et même la valeur du dernier signe qui, du reste ne se trouve que dans ce groupe et dans celui qui désigne les fleuves, est encore complètement inconnue. Il faut se résigner à accepter une articulation provisoire jusqu'à ce qu'on puisse lui donner son nom véritable.

M. Oppert a découvert dans la collection de M. L. de Clerc un cylindre qui fournit une lecture différente; le dernier signe serait expliqué par l'articulation bagas et le complexe donnerait alors ur ba gas kit. C'est par suite de ce document que M. F, Lenormant a présenté la lecture lih-bagas

qui ne nous paraît pas définitive. (Voyez, au surplus, L. n., Essai sur un document çhaldêen, p. 169.)

Le docteur Hincks avait cru reconnaître dans ce personnage, Arioch, de la Genèse (G. X. L), mais son hypothèse n'a pas été justifiée. La lecture Orcham, adoptée par Sir H. Rawlinson, s'appuie sur la valeur phonétique du premier signe, et, sur une tradition qui aurait besoin d'être expliquée. Quoi qu'il en soit, s'il y a incertitude sur l'articulation du nom, le personnage est un des plus connus.

Ce prince paraît être le plus ancien souverain de la domination sémitique ; le siège de son empire était à Ur, où il a fondé un temple en l'honneur du dieu Sin. Il a laissé des monuments de sa puissance dans beaucoup d'autres localités, à Niffer, à Warka, à Sinkéreh, à Zerghul. Il est impossible de préciser la date de son règne, mais, à cette époque, la Basse-Chaldée toute entière, semble avoir été soumise à son sceptre.

Voici les inscriptions qui sont parvenues jusqu'ici à notre connaissance.

Sur les briques de l'étage inférieur du grand temple de Mughéïr, nous lisons :

« Urkham, roi du pays de Ur, a construit le temple du dieu Sin. »

(W. A. 1. 1, pl. I, n° 1, L, 2.)

Cette inscription est répétée sur une large pierre en balsate noire provenant de la même localité.

Sur les briques du petit tumulus situé au Sud delà grande ruine, on lit : « Au dieu Sin, son roi, Urkham, roi de Ur, a construit le temple et la forteresse de Ur. »

(W.A.I. pl. 1, n°l, 3.)

La même inscription se trouve sur les briques du tumulus situé au centre des ruines.

Sur un cône en terre cuite trouvé dans les ruines du grand temple de Mughéïr.

« Au Dieu Sin, lumière du Ciel, fils aîné de Bel, son roi, Urkham, mâle puissant, roi de Ur, a construit le temple tim-ga-tu (le temple des assises élevées), le palais de son désir. »

(W. A. I. I, pl. n°l,4.)

Sur une brique provenant du. tumulus central :

« Au dieu Sin, le fils aîné de Bel, son roi, Urkham, le mâle puissant, le

URKHAM.

guerrier intrépide, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a construit le temple tim-ga-tu (le temple des assises élevées) , le palais de son désir. »

[W. A. 1. I, pl. l,n° 1, 5.)

Voici maintenant des inscriptions de diverses provenances : Sur une des briques de la ruine de Buvarieh à Warka, nous lisons : « A la déesse Nana, sa souveraine, Urkham, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a construit ce palais. »

{W. A.l. I, pl. i, n° 1, 6.)

Sur une brique de Sinkereh :

« Au dieu Samas, son roi, Urkham, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads a construit ce palais. »

{W. A. I.I, pl. i, n° 1, 7.)

Sur une pierre en balsate noire provenant des ruines de Niffer : « A la déesse Beltis, sa souveraine, Urkham, roi de Ur, rois des Sumirs et des Akkads, a construit ce temple . .... le temple de son désir. »

(W. A. I. I, pl. 1, n° 1,8.)

Sur une brique provenant du grand tumulus de Niffer, appelé Bint-el- Emir.

« Urkham, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a construit le temple de Bel. »

(W. A. I, I, pl. 1, ii°l, 9.)

M. G. Smith signale, sur une brique de Zerghul, une légende alors inédite et publiée depuis par M. F. Lenormant ; elle est ainsi conçue :

« A Sar-illi, son roi, Urkham, roi de Ur . . . .a construit le

à Zirgurla. »

(Sm. Earl. H., p. 35, n°. 17. L. n. Choix de T., p. 149, 60.)

Enfin, nous devons mentionner une inscription qui figure sur un cylindre, publié par Ker-Porter, et qui contient ces mots

« A Urkham, le mâle puissant, roi de Ur, Hassimir Patesi de. son serviteur. »

(Ker-Porter, vol. n, pl. 79, 6.)

DUNGI.

Dungi, le fils d'Urkham, a hérité de la puissance de son père. Ses monuments sont moins nombreux, mais rien ne nous autorise à croire qu'il ait laissé amoindrir, dans ses mains, l'empire paternel. Nous le voyons, au contraire, terminer les monuments inachevés et en fonder de nouveaux.

Sur les briques de la partie supérieure du mont central de Mughéïr, nous lisons :

« Dungi, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads. »

(W. A.I.I, pl. 2, n° 11,1.)

Sur une autre brique de la même ruine :

« Dungi, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a construit le Bit-Harris, le temple de son désir. »

(W. A. /.I, pl. 2, n° 11, 2.)

Sur une pierre de balsate noire trouvée dans les ruines de Tel-Ed à Warka, on lit :

« A la déesse Ninmurki, sa souveraine, Dungi, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a construit leBit-gilsa, le palais de son désir.

{W. A. 1. 1, pl. 2,n° 11, 4.)

Sur une pierre de balsate noire, de provenance incertaine :

« A la déesse Nana, sa souveraine, Dungi, le mâle puissant, roi de

Ur, roi des Sumirs et des Akkads, a réparé le Bit-Anna et en a construit

les grands contreforts. »

(W. A. I. I, pl. 2, n° 11,3.)

Sur une tablette en pierre noire du musée du Louvre, dont l'inscription a été traduite et publiée par M. François Lenormant :

« Dungi, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Quatre-Régions, a construit le temple »

(L. n. Revue arch. 1873, p. 76.)

DUNGrI. 77

Il doit exister plusieurs monuments analogues, car j'ai reçu, en 1870, une empreinte semblable, de M. Barré de Lancy.

M. G. Smith lit, sur un cylindre dont il n'indique pas la provenance, mais qui est évidemment le même que celui de la collection de M. de Clerc, dont M. Lenormant a donné la copie.

« A Sit-ti-ta-ud-du-a, roi du Bit sid-da de Zirgulla, pour la conservation de Dungi, le mâle puissant, roi de Ur, lib nir la gu za lal, fils de Ur-bagas (Uk-ba-gas), a fait une libation (?). Que la volonté de mon roi. . . . que son nom soit prononcé. »

(Sm. EarlH., p. 36, n° 8. L. n., Choix de T., p. 151, n° 62.)

Sur un poids de pierre en forme de canard « Dix mines de Dungi. »

(Sm. ibid.)

Dungi avait donné son nom à une ville mentionnée dans une tablette géographique publiée par le Musée-Britannique (W. A. I. II, pl. 60, c. 1, 1. 5), et nous voyons dans cette liste que le dieu Nebo est nommé Seigneur de Dungi.

Le nom de Dungi ne souffre pas de difficulté de lecture ; le premier caractère qui se présente sur les briques dans sa forme archaïque, a bien la valeur phonétique de dun. Cependant, il paraît avoir été interprété autrement par les Scribes de Nabonid, qui y substituaient un signe qui a la valeur de et; le nom serait alors Elgi.

Il ne peut cependant y avoir de doute sur l'identité du personnage exprimé par ces deux noms. Voici dans quelle circonstance le nom de Elgi nous est transmis.

Nabonid a fait des fouilles dans la Basse-Chaldée pour retrouver les noms des anciens rois et restaurer leurs monumènts. C'est dans une de ces explorations qu'il rencontre, àUr, les ruines du palais fondé par Urkham et continué par son fils ; il s'exprime ainsi :

« Le temple du roi du la Zigurrat du temple du Iz de

la Grande-Déesse, situé dans la ville de Ur, avait été commencé par Urkhain, un roi ancien ; mais celui-ci ne l'avait pas terminé ; Elgi (Dungi), son fils, en acheva la magnificence. »

(W. A. 1. 1, pl. 68, n° 1, c. 1, 1. 5, 18.)

Il est fâcheux que Nabonid n'ait pas indiqué la date du règne de ces deux princes ainsi que les rois d'Assyrie l'ont fait dans des circonstances analogues. Peut-être que cette date était déjà inconnue du temps de Nabonid, et cette omission nous fortifie dans l'idée que Urkham et son fils sont les plus anciens souverains, de la Chaldée. La nature des matériaux, le style des caractères, et la rédaction même du texte nous prouvent, du reste, qu'il doit en être ainsi.

M.F.Lenormant a démontré que les inscriptions de Dungi étaient écrites, malgré les nombreux idéogrammes ou allophones qu'elles renferment, dans la langue sémitique de la Chaldée , je n'hésite pas à étendre cette observation aux inscriptions de Urkham. Si le fils appartient à la race des Sémites, il est évident qu'on ne saurait en détacher le père. J'ajouterai une observation : c'est pour la première fois que nous rencontrons le titre de « roi des Quatre-Régions » .Sur la tablette publiée par M.F.Lenormant, le mot « quatre » y est écrit, comme sur celle dont nous avons l'empreinte, en caractères phonétiques, et le mot arba'iv ainsi tracé, bien plus que le mot dalum, que j'ai toujours considéré comme un allophone, ne laisse aucun doute sur le sémitisme de la rédaction.

Le mot « quatre » peut se trouver exprimé en caractères idéographiques et causer un certain embarras, mais l'hésitation cesse toutes les fois que l'idéogramme est accompagné d'un complément phonétique (ba). Cette simple désinence suffit, je crois, pour caractériser toute l'inscription.

ISMI-DAGAN.

La provenance des documents de ce prince et de son fils nous font penser que le siège de leur puissance était à Ur, bien que le titre de seigneur de Nipur précède celui de leur souveraineté à Ur. Nous ne connaissons, du reste, qu'une inscription chaldéenne d'Ismi-Dagan, et elle provient des briques du temple Sud du mont de Mughéïr. Elle est ainsi conçue :

« Ismi-Dagan, seigneur de Nipur, souverain de Ur, ut sa du de Eridu, maître de Uruk [le puissant monarque], roi de Nisin, roi des Sumirs et des Akkads, lefavori de la déesse Nana. »

(W.A. î. I, pl. 2, n°v, 1,2.)

GUNGUNUM.

GUNGUNUM.

Ce prince est fils d'Ismi-Dagan ; sur un cône en terre cuite trouvé dans les ruines de Mughéïr, on lit :

« Au dieu Samas le Pasteur (riu) vigilant de Sin, le fils de la Grande- Déesse la souveraine de ru tu du, son roi, pour la conservation des jours de Gungunum le héros puissant, roi de Ur, serviteur d'Anu, serviteur de Sin, Pasteur (riu) de Ur, fils d'Ismi-Dagan, roi des Sumirs et des Akkads. Il (Gungunum) a construit le Bit-hiliani, le Bit-gina, de Ur pour la conservation de ses jours. »

(W.A. L, I, pl. 2, n° vi, 1.)

Sur des briques du mur Est du mont des Tombes, à Mughéïr, on lit : « En l'honneur d'Anu, pour les délices de Sin, le Pasteur (riu) fils d'Ismi-Dagan, roi des Sumirs et des Akkacls. »

(W. A. I., I, pl. 2, n° vi, 2.)

Il ne peut y avoir de doute sur le caractère de ces deux rois. Le nom d'Ismi-Dagan est essentiellement sémitique; il a été rapproché, depuis longtemps , du nom d'Ismaël. Des circonstances topographiques indiquent, par la situation des monuments, que les constructions auxquelles il a attaché son nom sont postérieures à celles de Urkam ; il est du reste possible d'en préciser la date.

On trouve le nom d'Ismi-Dagan sur les briques d'un palais de Kalah- Serghat, l'antique El-Assar, en Assyrie, où ce prince avait construit un ' temple. Or, Tuklat-pal-Asar, un roi assyrien du xne siècle avant J.-C, fait mention de cette construction dans ses annales; voici les documents :

On -lit d'abord sur les briques de Kala-Serghat :

« Samsi-Bin, Patisi du dieu Asit (Assur) , fils de a construit

le temple du Dieu Asit (Assur). »

(W. A. I.,1, pl. vi, n°l.)

Le nom du père de Samsi-Bin est effacé sur la brique, mais Tuklatpal-Asar va nous le faire connaître ; il s'exprime ainsi dans ses annales :

« Dans ce temps-là, le temple d'Anu et de Bin, les Grands-Dieux mes Seigneurs, que Samsi-Bin, Patisi d'Assur, fils d'Ismi-Dagan, Patisid' Assur, avait construit 641 années avant moi était tombé en ruines... »

(W.A.I.,l, pl. 15, c. vu, 1. 60.)

Samsi-Bin était donc fils d'Ismi-Dagan comme Gungunum. Il se pourrait, sans doute, que deux rois, l'un d'Assyrie, l'autre de Chaldée, aient porté le même nom, mais cette bypothèse n'a jamais été admise . Il faut donc reconnaître qu'à cette époque, l'empire de Cbaldée était réuni à l'empire d'Assyrie sous le sceptre d'Ismi-Dagan et que le siège de sa puissance était à Ur, (ou peut-être àNipur?) A sa mort, l'empire s'est trouvé partagé entre ses deux fils : Samsi-Bin, le fondateur du temple d'Anu à Kalah-Sergbat, est devenu roi d'Assyrie, et Gungunum, le constructeur du Bit-hiliani de Ur, a continué à régner en Cbaldée.

Si on admet ces données, la date de ces événements se déduit naturellement des textes assyriens.

Samsi-Bin a construit le temple d'Anu 641 avant le règne de Tuklatpal-Asar (W. A. I., I, pl. 15, c. vu, 1. 6.) Tuklat-pal-Asar régnait 418 avantla xe campagne de Sennacbérib. (W. A. I., m, pl. 14, 1. 50.) Sennacbérib est monté sur le trône le 12 ab de l'année de Pakar-Bel, c'està-dire le 12 août 704 avant J.-C. Samsi-Bin régnait donc en Assyrie vers l'année 1771 avant J.-C. Si on admet 25 ans de plus pour tenir compte de l'âge de son père, le règne d'Ismi-Dagan se trouve fixé vers Tan 1800 avant J.-C.

GAMIL-SIN.

Le nom de ce roi est assez incertain. Le premier élément est exprimé par le signe Su, le second désigne le dieu Sin. A défaut d'une lecture possible, M. G. Smith lui donne le nom de Gamil-Sin porté par un person-

GAMIL-SIN. 81

nage qui figure dans une liste de noms propres, mais ce nom n'est pas autrement justifié. Les monuments de ce prince sont peu nombreux. On lit ainsi la signature d'un cylindre qui provient de Bagdad :

« A Gamil-Sin, le mâle puissant, roi de Ur, roi des Quatre-Régions, Amil-ana, l'écrivain de cette tablette, fils de Gandu, son serviteur. »

{W.A.I., T, pl. 3, n°xi.)

Nous devons remarquer que dans le texte, le mot arba (quatre) est écrit avec le complément phonétique bu qui nous paraît suffisant pour caractériser le sémitisme de l'inscription.

M. G. Smith publie la traduction d'une inscription inédite du même roi, qui est écrite sur un galet irrégulier de basalte, ayant servi à recevoir le gond d'une porte ; le texte en a été donné depuis par M. F. Lenormant; il est ainsi conçu :

« A Nugan, son seigneur, Gamil-Sin, le délice de Bel, roi de Nipur, dans lajoiede son coeur l'a béni, le.roi puissant, le roi de Ur, le roi des quatre régions qui a construit cette demeure. »

(Sm. Earl.H., p. 39, n° 16. L. n., Choix de T., n° 65, p. 152.)

IBiL-SIN.

Nous ne connaissons de ce prince que cette courte légende : « Ibil-Sin, roi de Ur. »

(W. A. /., III, pl. 38, 1. 64.)

Le nom de ce roi figure encore dans un fragment inédit d'une inscription astrologique où il est nommé Abil-Sin.

On connaît plusieurs personnages de ce nom dans les inscriptions. M. G. Smith a rapporté les deux formes au même roi, ce qui est très-possible ; mais rien ne vient donner à ce souverain sa date et la place dans l'histoire des rois de Ur, où il n'est pas encore autrement connu.

Le caractère des anciens rois de Ur, paraît plus défini que celui des rois qui régnaient probablement à la même époque dans les villes du Bas- Euphrate. Ils appartiennent tous à la domination sémitique, et sans aller chercher dans les inscriptions mêmes les symptômes qui pourraient nous donner des indices à ce sujet, leurs noms sont suffisamment caractéristiques à cet égard.

Cependant, il est certain que leurs inscriptions ne renferment rien de plus que celles des rois dont nous avons trouvé les monuments dans les autres localités du Bas-Euphrate ; mais il y a plus, car parmi tous ces débris, c'est toujours dans la couche inférieure que nous avons rencontré les monuments du prince que nous nommons provisoirement encore Urkham, et qui semble avoir étendu son empire sur toute la Basse-Chaldée. Les souverains particuliers de Rata, deUrucket même de Larsam, apparaissent alors comme des vice-rois qui auraient relevé du souverain dont la capitale aurait été à Mughéïr. Mais nous avons encore à étudier les documents qui nous proviennent des ruines de Senkereh.

SENKEREH.

SENKEREH.

Les raines de Senkereh sont situées à 15 milles au S.-O. de Warka, sur la limite extrême de la frontière du grand désert qui s'étend entre les inondations de l'Euphrate à l'Ouest et les marais du Shat-el-Khar à l'Est. Dans les saisons ordinaires, les eaux du Khar arrivent jusqu'à la base des ruines qui occupent un plateau circulaire de 4 milles et demi de circonférence. Le terrain s'élève graduellement, du niveau de la plaine, vers un monticule central qui atteint une hauteur de 70 pieds et qu'on aperçoit très-distinctement de "Warka et de l'Euphrate.

Autour de cette masse principale, on trouve plusieurs autres constructions qui attestent l'importance de la ville détruite.

La ruine qui couronne le sommet du monticule principal couvre un espace de 320 pieds de longueur sur 220 de large ; il est circonscrit par un mur de 4 pieds d'épaisseur, dont il est facile de suivre la trace, et sur les briques duquel on lit le nom de Nabuchodonosor.

L'édifice était orienté comme ceux de Mughéïr, c'est-à-dire que les angles étaient dirigés vers les points cardinaux; les murs n'ont plus que 4 pieds de hauteur environ et se poursuivent dans toute leur étendue. Il y. avait une entrée de 9 pieds de large au centre d'une des façades, elle était ornementée avec des niches analogues à celles qu'on remarque au Wusvas. Les murs avaient 5 pieds d'épaisseur et étaient soutenus par une masse de briques cuites au soleil.

M. Loftus trouva d'abord, sur la terrasse inférieure, un cylindre trèsabîmé, qui paraissait avoir roulé avec les briques du sommet de l'édifice. Bientôt après, à 3 pieds environ de la surface, M. Loftus découvrit un second cylindre plus petit, mais complet et très-lisible. Ce cylindre était

déposé à 5 pieds au-dessus du pavage, dans l'épaisseur du mur,, sans que rien n'eût pu indiquer sa présence.

Au sommet du monticule les ouvriers rencontrèrent une tombe d'une antiquité incontestable ; les briques portaient une inscription au nom de Urkham, le fondateur des monuments de Warka et de NifFer; en creusant on découvrit une seconde sépulture. Ces tombes étaient construites dans l'intérieur d'un mur de 5 pieds d'épaisseur, elles ne renfermaient rien de remarquable, car elles avaient été fouillées depuis longtemps. Les briques au nom de Nabuchodonosor indiquent que la partie supérieure de cet édifice a été construite sous son règne, tandis que la partie inférieure remonte à une antiquité beaucoup plus reculée.

On remarque autour de la ruine principale d'autres monticules qui indiquent la présence de monuments plus ou moins considérables.

El-Heimar, « le monticule rouge », est remarquable par la couleur des briques dont il se compose. On trouve dans la construction des murs de ce monument, comme dans d'autres que nous avons déjà signalés, des couches de roseaux qui alternent avec des assises de briques. Cet édifice porte également la trace de plusieurs restaurations successives, dont les dernières ont eu lieu sous le règne de Nabonid.

Les fouilles de Senkereh ont fourni des inscriptions d'un grand nombre de souverains de la Chaldée, depuis Urkham jusqu'aux princes du dernier empire. Senkereh paraît avoir survécu à la ruine de Babylone; un document qui porte le nom de Cambyse, permet de croire que cette ville était encore florissante sous les Perses. C'était, comme Warka, un lieu de sépulture très-vénéré dans la Chaldée; mais, sous les Achéménides, Warka prit un rang plus élevé et semble avoir eu le privilège plus spécial de servir de dernière demeure aux habitants de la Chaldée .

De Senkereh on aperçoit plusieurs tumulus considérables de l'autre côté des Shat-el-Kahr ; les plus importants sont Ablah, El-Assam, Tel-Sifr. Le nom Tel-Sifr dérive des nombreux objets en cuivre que les Arabes trouvent dans cet endroit. M. Layard y fit faire des fouilles et découvrit bientôt une collection considérable de chaudrons et de vases plus ou moins grands et de différentes formes, puis des marteaux, des tenailles, des doloires, des hachettes, un grand nombre de couteaux et de dagues. Ces objets n'étaient pas terminés et leur ensemble, leur quantité et leur

SIMTI-SITARHAK.

diversité paraît indiquer qu'il y avait là tout l'assortiment d'une fabrique d'objets de cuivre.

Le complexe qui exprime le nom de la ville antique renferme encore le monogramme que nous avons signalé à Zerghul, à Orchôé etàMughéïr; il y a évidemment une relation nécessaire entre les noms de ces quatre villes, mais l'explication de cette relation nous échappe et nous ne pouvons que la constater. L'idéogramme paraîtrait désigner la ville du Soleil, comme celui de Ur pourrait désigner la ville de la Lune ; dans tous les cas, la transcription ne souffre aucune difficulté, on l'a rencontrée dans de nombreux passages parallèles ou identiques, elle se lit en assyrien

Larsam; c'est la ville qui est désignée dans les fragments de Bérose sous le nom de Kà^ayja. ou Àay^apa comme la patrie de Xisythrus, le dernier des rois antédiluviens. Dans les textes du Musée-Britannique, où nous lisons le récit du déluge, nous voyons que Xisuthrus et son père sont originaires d'une ville qui se nomme Sourippak. Bérose, qui devait avoir cette donnée sous les yeux, a traduit en grec le nom de cette ville et nous permet de l'identifier ainsi avec Larsam dont nous trouvons aujourd'hui les ruines à Sinkereh.

Le culte de Samas a toujours été en honneur à Larsam ; il y avait un temple consacré à ce dieu sous le nom de Parra et qui fut construit par Urkham, il fut plus tard réparé par Hammurabi et Burnapurias, deux rois du premier empire deChaldée, Les rois du dernier empire y ont également travaillé. Nabuchodonosor en entreprit la restauration et elle ne fut terminée que par Nabonid, quelque temps avant la chute du grand empire. Ces restaurations successives nous permettent de suivre l'importance de Larsam aux différentes époques de son histoire.

Les souverains qui avaient leur résidence principale à Larsam ont été assez nombreux. Nous avons d'abord une génération de trois souverains

SIMTI-SITARHAK.

dont il est assez difficile de préciser l'époque, mais qui appartiennent certainement au premier empire de Chaldée. Le grand-père Simti-sitarhak n'est connu que par les inscriptions de son fils Kudur-Mapuk.

KUDUR-MAPUK.

On a essayé, mais en vain, de rapprocher ce nom de celui de Kodor- Laomer ; il est certain que ce nom est d'origine élamite, mais il n'est pas possible de rattacher ce prince à la dynastie des rois d'Elam qui avaient envahi la Chaldée et la Syrie au temps de Kodor-Laomer. L'inscription, du reste, ne contient que des idéogrammes ou des allophones et rien ne permet de se prononcer sur la nature de l'idiome qu'elle renferme; Elle provient des fondations de l'édifice situé au Sud du grand mont de Mugheïr ; mais on n'a pas encore découvert de briques portant son nom à Sinkereh, bien qu'il s'intitule « roi de Larsam». Voici ce document :

« Au dieu Sin, son roi Kudur-mapuk, souverain du pays de Martu (la Syrie), fils de Simti-sitarhak adorateur de Sin, son appui qui marche devant lui, a construit le temple Suprême (le Bit-rubmah) pour la conservation de ses jours et pour la conservation des jours de son fils, Zikar-Sin, roi de Larsam. »

(Tf. A. J., I, pl. ii, n°3.)

Il existe au musée du Louvre une statuette en bronze qui porte une légende analogue. Elle a été trouvée à Afadji, près Bagdad, et né donne rien de plus précis sur les rois dont elle reproduit les noms, si ce n'est que celui du fils de Kudur-mapuk, écrit phonétiquement., lève toute incertitude au sujet de sa lecture.

ZIKAR-SIN.

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