‹ Babylone et la ChaldéeChapitre 37 sur 92 · SIPPARA · texte numérisé non relu

SIPPARA

La colline de Suféira cache évidemment les ruines de l'antique Sippara. Mais, si nous pouvons incliquer l'emplacement que cette ville occupait jadis, aucun vestige de la cité détruite n'a encore été exhumé du tumulus qui la renferme .

L'histoire, de cette ville remonte aux époques fabuleuses, c'est à Sipar que, d'après la légende de Bérose, Cronos, le Dieu Suprême, annonça l'approche du déluge à Xisuthrus et lui ordonna d'enfouir les tables qui contenaient les préceptes de la révélation divine.

Il a dû exister à Sipar, de toute antiquité, une bibliothèque analogue à celle dont on a retrouvé les débris à Ninive, et cette circonstance a peutêtre valu à la ville antique le nom qu'elle a toujours porté. L'idéogramme qui la désigne emprunte un de ses éléments au nom de l'Euphrate, mais son expression phonétique paraît exprimer « la ville des livres » ("13°). C'est du reste sous le nom de IlavTtêiêXa qu'elle est désignée dans les fragments de Bérose. Abydène la nomme IïoXiç Imnctpwcùv « la ville des Sippares » et la Bible emploie également pour la désigner la forme du duel (DinsD) «les Sepharvaïm », qui signifie littéralement « les deux Sippares » . Nous savons par les textes antiques que la ville se divisait, en effet, en deux parties distinctes, séparées par l'Euphrate, ou plutôt par un canal qui se nommait le Nahar-Agané. Les deux villes avaient un nom différent; l'une s'appelait Sipar-sa-Samas, la Sipar consacrée au dieu Samas, qu'on identifie quelquefois avec le soleil; c'est celle qui est désignée dans les fragments de Bérose sous le nom de ïïbliç Wkiov 2i7T7tàpoiç ; l'autre se nommait Sipar-sa-Anunit, c'est la Sipar consacrée à la déesse Anunit, et elle portait particulièrement le nom d'Agané :

Dans des temps qui appartiennent à l'histoire, Sagaraktias, un roi dont le nom nous est transmis dans les inscriptions de Nabonid, avait construit

ZABUM.

à Sippara, dans la partie de la ville connue sous le nom de Agané, le temple Ulbar, consacré à la déesse Anunit. Il fit comme Xisuthrus apporter de Larsan à Sippara des tablettes mystérieuses, et les fit enfouir sous la première pierre de cet édifice. On supposait que ces tables contenaient la copie de celles qui avaient été déposés par Xisuthrus avant le déluge et le roi historique donna ainsi à la légende une consécration qui devait en perpétuer la tradition; mais avec le cours des siècles, les tables de Sagaraktias devinrent elles-mêmes légendaires. On les considéra comme les originaux, et, dès le xme siècle, Kurigalzu faisait des fouilles inutiles dans les ruines du temple Ulbar pour les découvrir. C'est seulement sous le dernier roi de Babylone que les tables de Sagaraktias ont été retrouvées.

Les souverains de Sipar remontent, ainsi qu'il est facile de le comprendre, à la plus haute antiquité. Voici les noms qui sont parvenus jusqu'à nous.

ZABUM.

Cet ancien roi de Chaldée ne nous est connu que par le passage de l'inscription de Nabonid où il est dit :

« Le temple du Jour, le temple de Samas, mon Seigneur, à Sippara et le temple Ulbar, d' Anunit, ma souveraine à Sippara, étaient délruits dans leurs fondations depuis Fépoque deZabum, un roi ancien. »

(W. A. I. I, pl. 69, 1.27-31.)

Quel est ce Zabum? M. F. Lenormant croit découvrir dans la forme assyrienne le nom de Xisithrus. Voici comment il essaie de l'établir.

Zabum, dit-il, est la lecture qu'ont adoptée MM. Oppert et Norris, mais elle ne répond à rien et cependant le vieux roi Babylonien fait certainement, d'après les allures de sa phrase, allusion à un personnage trèsfameux des temps primitifs. Or, quel peut être un tel personnage si ce n'est Xisuthrus? Si nous étudions le nom en question, nous nous rappe-

Ions que le second signe est polyphone et peut se lire Sir aussi bien que bu, quant au troisième, s'il a la valeur phonétique de um, il est l'idéogramme de « table » et se dit dip. C'est ainsi que nous arrivons à la lecture Sasir dip. Sasir est le participe kal d'un verbe susar, qu'il faut comparer à l'hébreu « construxit, collegit ». Saser-dip est donc « celui qui rassemble les tables » . Nom évidemment en rapport avec l'histoire de Xisuthrus et rendu par les Grecs sous la forme

liaiBpoç ou Sto-ou0poç. » Nous laissons à cette conjecture tout ce qu'elle peut avoir de spécieux, mais jusqu'ici rien ne vient l'appuyer.

Il y a là une lacune dans laquelle nous plaçons les deux noms suivants:

ai .

Page 1