NARAM-SIN
est écrite en caractères hiératiques et les derniers mots n'ont pu être compris que lorsque les inscriptions que nous avons citées sont venues les expliquer. Elle est ainsi conçue :
« Naram-Sin, roi des Quatre-Régions, conquérant de Apirak et de Magan. »
(W.A. I. I. pl. 3, n° VII.)
Le nom du prince, le caractère, l'inscription, tout indique la domination sémitique qui brillait alors. Naram-Sin avait étendu sa puissance audelà de la Chaldée. Nous nous sommes déjà expliqué sur la ville désignée sous le nom d' Apirak. Quant à Magan, c'est le nom antique de l'Egypte sur lequel il ne saurait y avoir d'indécision. Il n'est pas douteux qu'il y eut alors un grand empire, mais il ne nous est pas encore possible d'en indiquer l'étendue nila durée. Naram-Sin et son père sont désignés dans le texte de Nabonid comme rois de Babylone, et seraient alors les plus anciens rois de cette localité dont le souvenir nous ait été conservé jusqu'ici du moins. Dans tous les cas, à partir de cette époque, il n'est plus question de Sippara comme d'une ville indépendante, et son histoire va se confondre avec celle des autres villes de la Chaldée dans l'histoire de ce grand empire dont le centre devait être à Babylone.
Les fouilles que l'on a entreprises dans ces temps derniers, au milieu des ruines de Babylone, ne nous ont rien fait connaître de la ville antique; la plupart des briques qui sortent des anciennes constructions qu'on a explorées jusqu'ici, portent le nom de Nabuchodonosor; elles ne sont pas antérieures au vie siècle, c'est-à-dire qu'elles sont relativement modernes. Et pourtant Babylone avait déjà une longue existence. Cette ville éternelle était la patrie des rois antédiluviens dont les fragments de Bérose nous ont gardé le souvenir; c'est là que les compagnons de Xisuthrus, de même que les fils de Noé, se sont donné rendez-vous après le grand cataclysme qui les avait épargnés ; c'est là qu'ils ont construit des monuments, dont nous essayons encore de retrouver la trace.
Cependant, de toute cette longue période de grandeur et de gloire, pendant laquelle nous voyons au Sud, dans les provinces du Bas-Euphrate, des royaumes puissants s'élever, se ruer les uns sur les autres et étendre leur puissance jusque sur le sol de l'Assyrie , il ne nous est parvenu de Babylone que son nom pour marquer sa place dans l'histoire.
Le nom de Babylone, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est l'expression de la forme antique qui nous a été conservée par les inscriptions des différentes époques dans lesquelles nous pouvons le retrouver. C'est un idéogramme ou un allophone.
La transcription qui nous en est donnée parles livres de Moïse (Hs^ ), pas plus que celle (BacùXwv) que nous trouvons dans les fragments de Bérose ne sauraient exprimer l'articulation originale qui existait déjà alors que l'assyrien et l'hébreu n'étaient pas encore en usage dans la Mésopotamie.
L'idéogramme qui le représente encore pour nous, comme il le représentait pour ceux qui l'ont formé, se compose de deux éléments faciles à comprendre. Le premier signifie « porte, » il entre avec cette significa-
tion dans la composition d'un grand nombre de noms auxquels il suffit de faire allusion; le second est l'expression- du Dieu suprême, du Dieu qui dans le Panthéon sumiro-akkadien, occupe le sommet de la hiérarchie céleste et auprès duquel les dieux que nous connaissons déjà sont des divinités inférieures. La réunion des deux signes qui représentent le nom de Babylone, pourrait donc se traduire par ces mots « Porte de Dieu. » Les peuples touraniens qui ont les premiers écrit ce nom paraissent l'avoir prononcé Ka-Dingir ou Ka-Dingira, parce que Ra signifie « porte » et que la divinité suprême se dit Dingir dans leur idiome.
Mais lors de l'occupation sémitique, les Assyro-Chaldéens qui avaient accepté et les noms des Dieux et les noms des Villes avec les formes idéographiques qui les désignaient clans leur écriture, le traduisirent dans leur propre langue. Nous savons qu'ils le prononçaient Bab-Ilu, parce que le mot porte se dit Bah en assyro-chaldéen et que Ilu est le nom du Dieu suprême de la Chaldée. C'est, du reste, le mot qui, chez tous les Sémites, a toujours représenté l'idée absolue de la divinité; il est resté avec cette valeur dans le dogme des Sémites monothéistes et nous le retrouvons encore dans toute sa pureté dans la langue des disciples de Mahomet.
Peu à peu la signification première du nom de Babylone s'est effacée, car si les signes nous donnent, à toutes les époques, la représentation antique de Bab-Ilu, il vient un moment où elle ne paraît plus comprise : nous lisons alors, sur certaines briques, ce nom en un seul mot, Ba-bi-lu, comme nous lisons dans les inscriptions des Achéménides, B ab i r us , sans que cette articulation nous laisse soupçonner l'origine du nom, pas plus que nous ne pourrions la découvrir dans l'articulation que les Juifs et les Grecs nous ont transmises.
A côté de ces différentes formes, dont nous pouvons suivre la filiation, le nom de Babylone s'écrit encore par plusieurs composés idéographiques qui appartiennent à la langue d'une des occupations anté-sémitiques de la Chaldée, mais qui, aboutissant toujours à la même transcription assyro-chaldéenne, ne présentent sous ce rapport aucune difficulté.
Si le nom de Babylone est la seule chose qui nous reste de ses origines, il nous faut descendre bien loin dans l'histoire pour saisir les traces de son existence.
Il y a là une grande lacune. Les rois du Bas-Euphrate, quel que ait été
le siège de leur puissance, ne paraissent pas avoir étendu leurs conquêtes au-delà de Nipur. Pendant cette longue période, il y avait donc à Babylone une puissance capable de les contenir.
Les dernières découvertes de M. G. Smith nous font remonter à la plus haute antiquité ; il a présenté, dans son rapport à la Société d'Archéologie biblique du 7 juillet 1874, sur le résultat de ses nouvelles fouilles, un document d'un des plus anciens rois de Babylone.
Le nom de ce nouveau monarque est Agu, fils de Tassi-Gurubar, fils de Abi . . . , fils de Agu-rabi, fils de Ummih-zirriti, de la race de Sukamuna. Les noms de tous ces monarques sont du style le plus archaïque, et totalement différents des noms ordinaires que l'on trouve dans la période historique. Ce monarque prend les titres de roi de Kassu et d'Akkad, roi de Babylone, roi de Padan et d'Alman, roi des Guti, roi des Quatre-Régions. Agu raconte qu'il a repris les images de Marduk et de Zirbanit qui avaient été transportés dans la terre de Hani, située auN.-E. de Babylone; enfin Agu déclare, dans cette inscription, qu'il a restauré le temple de Bel à Babylone et que ce temple existait depuis longtemps avant lui.
M. F. Lenormant avait déjà signalé l'existence, au Musée-Britannique, d'une inscription dans laquelle figure un Sakkanaku de Babylone, qui porte le nom sémitique de Mutabil, et qui paraît remonter à une date aussi antique que celle des rois dont on trouve les noms sur les plus anciennes ruines de la Basse-Chaldée.
Nous sommes évidemment dans une époque très-reculée ; mais rien jusqu'ici, ne peut encore nous faire comprendre le temps qui sépare ces souverains de ceux dont nous allons nous occuper.
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SAGARAKTIAS.
Sagaraktias paraît le plus ancien roi de Babylone dont il soit possible de fixer l'époque, au moins approximativement ; il doit avoir suivi
SAGARAKTIAS.
de près les derniers rois d'Agané. C'-est là, en effet, que Nabonid, qui nous le fait connaître, a découvert l'inscription qu'il nous a transmise.,
Nabonid cherchait, à Agané, dans les fondations du temple Ulbar, les tables commémoratives que son premier fondateur y avait déposées. Après avoir rendu compte des travaux qu'il avait entrepris pour arriver à ce résultat, il découvre ces fameuses tables, et il en donne ainsi la traduction ou la copie :
« Sagaraktias, Pasteur véritable, roi de Bab-Ilu, Moi.
« Je dis ceci : le dieu Samas et la déesse Anunit m'ont appelé pour gouverner les pays et les peuples, ils ont rempli ma main des tributs de tous les hommes.
« Je dis ceci : Ce temple du jour, le temple de Samas, mon Seigneur, à Sipar, et le temple Ulbar d' Anunit, ma souveraine, à Sipar, ont été renversés jusque dans leurs fondements, depuis le règne de Zabum dans des temps antérieurs. J'ai déblayé les substructions. J'ai mis à nu les fondations, j'ai enlevé les amas de terre, j'ai fixé les parements, j'ai achevé les Usurat, j'ai rempli les fondations, j'y ai apporté de la terre nouvelle. J'ai applani les fondations et j'ai élevé au-dessus des fondations un temple à la gloire de Samara d' Anunit pour ma propre satisfaction. Ils m'ont accordé leur affection perpétuelle. Qu'ils prolongent mes jours, qu'ils me restituent à ma première vie et qu'ils multiplient, dans cette maison, les années de bonheur. Qu'ils préservent l'écriture de ce document et qu'ils rehaussent la gloire de mon nom. »
Nabonid ajoute :
« C'est ainsi que j'ai trouvé la date et le nom de Sagaraktias, roi de Bab-Ilu, mon prédécesseur, qui a construit le temple Ulbar à Sipar, en l'honneur de la déesse Anunit, et qui en a posé le timin. »
(W. A I, pl. 69, c. in, 1. 19, 32.)
TT< t^. £3Ff t~Z ■ HAMMURABI.
Après le nom de Elat-Gula, la dernière souveraine de la dynastie de Sargon l'ancien à Agané, nous voyons figurer, sur la liste des rois de
Chaldée, publiée par le Musée-Britannique, l'indication d'une période astronomique dont il est assez difficile de déterminer la portée (W. A.I, II, p. 65) puis la suite des souverains recommence, et nous voyons apparaître un nom, Hammurabi, qui appartient à une dynastie étrangère.
Ce prince, en effet, était originairement roi du pays de Kassu, en Elam, le Cissiens* des Grecs. Il arriva au trône de Babylone, peut-être par une alliance, car nous ne voyons pas, à cette occasion, la trace d'une occupation violente.
Babylone devint alors sa capitale et atteignit sous son règne un haut degré de splendeur.
Hammurabi étendit d'abord sa puissance sur . les deux vallées du Tigre et de l'Euphrate, puis après la défaite de Rim-Sin, le dernier roi de Larsam, il devint maître de toute la Chaldée.
Les renseignements que l'on possède sur son règne sont assez nombreux; quelques-uns sont très-précis. Nous avons publié, en 1863, les inscriptions qui étaient connues alors et auxquelles nous pouvons nous référer. La plus importante est écrite sur une pierre de gypse blanc, en beaux caractères archaïques ; elle fait partie de la collection du musée du Louvre. Voici ce qu'elle nous fait connaître :
« Hammurabi, roi puissant, roi de Bab-Ilu, roi des Quatre-Régions, qui attaque les ennemis de Marduk, le pasteur qui réjouit le cœur de ce Dieu, Moi.
« Nous disons : Les dieux Bin et Bel m'ont donné les peuples des Sumirs et des Akkads, pour régner sur eux, ils ont rempli ma main des tributs de ces nations.
« J'ai fait creuser le Nahar-Hammurabi, la bénédiction des hommes de la Babylonie, le canal qui conduit aux terres des Sumirs et des Akkads. J'ai dirigé les eaux de ses branches sur des plaines désertes, je les ai fait déverser dans des fossés desséchés, j'ai donné ainsi des eaux perpétuelles aux peuples des Sumirs et des Akkads.
« J'ai réparti les habitants du pays des Sumirs et des Akkads dans des bourgs étendus, j'ai changé les plaines désertes en terres arrosées, je leur ai donnéJa fertilité et l'abondance, j'en ai fait un séjour de bonheur.
« Nous disons ceci: Hammurabi, roi puissant, favori du Dieu Suprême, Moi!
« D'après les ordres impénétrables de Marduk le Redoutable, j'ai cons-
HAMMURABI.
truit un fort élevé, muni de grandes tours dont les sommets sont hauts comme des montagnes, à la prise d'eau du Nahar-Hammurabi, la bénédiction des hommes. J'ai nommé ce fort Dur-Ummu-banit, du nom du père qui m'a engendré. Je l'ai établi dans ces contrées dans le souvenir d'Ummu-banit, le père qui m'a engendré. »
(M. Inscr. de p. 13.)
Sur une tablette analogue du Musée-Britannique, on lit :
« A la déesse Nanna de Zirgurla, la souveraine des seigneurs, la gloire
du Ciel et de la Terre, sa souveraine, Hammurabi par Anu
et Bel, béni par Samas, qui réjouit le cœur de Marduk, les délices de la déesse Nana, le roi puissant, roi de Bab-ilu, roi des Sumirs et des Akkads, roi des Quatre-Régions (Arba, ba), que les grands Dieux ont remis dans ses mains.
« Lorsque Nana a remis le peuple des Sumirs et des Akkads sous sa domination, elle a livré ses ennemis dans ses mains.
« A ladéesse Nana, sa souveraine, qui le protège dans la cité royale de Zirgurla, il (Hammurabi), a construit le temple de l'esprit du pays, le temple son sanctuaire. '»
(W.A.l.,1, pl. 4, n° 15, 1.)
On a cru que cette inscription appartenait à la langue des Sumirs et des Akkads. Il est certain que l'aspect général permet de le supposer, et nous nous rangerions à cette opinion, si ce n'est que le complément phonétique du signe « quatre» ba, indique qu'il se prononçait arba, conformément à l'expression sémitique. L'inscription tout entière appartient donc à la même rédaction.
Le triomphe de Hammurabi sur les peuples des Sumirs et des Akkads, se rapporte peut-être à la défaite de Rim-sin.
Il existait à Babylone un temple dédié à Marduk, qui était appelé le Bit-Saggal.
Ce temple avait été fondé très- vraisemblablement par Hammurabi; c'est du moins à lui que M. G. Smith en rapporte la construction qui est mentionnée dans une inscription du Musée-Britannique ainsi conçue :
«..;.. Babylone les hommes il fit le Bit- Saggal dans les portes de l'abîme, il construisit un palais délicieux, il compléta ce palais avec des cris de joie, il éleva sa tête juqu'au ciel.
« Dans la porte de la mer (l'abîme ?) il a fait élever les
images de sa divinité.
« Il a élevé un autel splendide à Marduk et à Zarpanit, et il les a établis
solidement
il a ouvert son cœur.
. ' . . . . son bien
il a répandu la joie.
il a fait entendre la nuit et le jour.
il l'a établie à la tête du pays. »
(Sm. Earl. H., p. 56, n° 37.)
On a trouvé à Senkereh, à l'angle Nord de l'El-Heimar (le Monticule- Rouge), des briques au nom de Hammurabi. Elles portent la légende suivante :
« Hammurabi, roi puissant, roi de Bab-Ilu, roi des Quatre-Régions (arba, ba), a construit le temple du jour, le temple de Samas à Larsam. »
(W.A.I., I, pl. 4, rv° 15, II.)
Nous verrons que ce temple a été- réparé ou continué par un des successeurs de Hammurabi et qu'il y a laissé également des inscriptions qui portent son nom. Mais Nabonicl, le dernier roi de Babylone, a fouillé ce monument et il a découvert dans les fondations des cylindres que Hammurabi y avait déposés. Il est probable qu'il en avait copié le texte dans son inscription. Malheureusement le prisme de Nabonid nous est arrivé par fragments, et le passage qui concerne Hammurabi est très-mutilé ; il n'y a de lisible que ces mots :
« Pendant . . 700 ans (?) il ne fut rien fait . . . il fit un temple à
Samas sur la pierre (timin) angulaire de Hammurabi. . . .
j'ai construit un mur extérieur. J'ai consacré le temple, j'ai »
[W. A. I., I, pl. 69, C. ii, 1. 4.)
Il paraît résulter de ce passage que le temple de Samas avait été fondé au moins 700 ans avant Hammurabi. Il pouvait y avoir un chiffre avant le nombre des centaines, mais ce chiffre a disparu. Or, comme les fondations de l'El-Heimar portent le nom de Urkam, il s'ensuit que ce roi de Ur aurait régné au moins 700 ans avant l'époque de Hammurabi. Malheureusement cette époque n'est pas encore fixée, bien qu'elle doive être antérieure au xvie siècle av. J.-C.
HAMMURABI.
Hammurabi avait bâti un palais à Kilmad. On a découvert dans les ruines de cette localité, qui porte aujourd'hui le nom de Kalwada, près Bagdad, des anneaux de bronze que nous croyons provenir de l'extrémité d'un sceptre. Nous avons rapproché, au Musée-Britannique, ces objets des sculptures assyro-chaldéennes, et il nous paraît qu'il ne peut y avoir de doute à cet égard. La courte inscription qui les recouvre est ainsi conçue :
« Palais de Hammurabi, roi de. .... »
. , (W.A.I., pl. 4,-n0 15, 3.)
Mais ce qui nous donne les renseignements les plus précis sur l'histoire de ce monarque est écrit sur les nombreuses tablettes d'intérêt privé que M. G. Smith, a réunies et dont nous détachons la signature qui est datée d'un des principaux événements de l'histoire de ce prince. Elles nous fournissent les renseignements suivants :
« Mois sabatu (février), le 22e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le Roi, marchait triomphalement dans le service d'Anu et de Bel, il a renversé le souverain d'Elam et le roi Rim-Sin. »
« Mois nisanu (mars) de l'année pendant laquelle le Roi a marché triomphalement dans l'adoration d'Anu et de Bel. »
« Mois ulu (août), 10e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le Roi, proclame le culte de Urmitu. »
« Mois ulu (août), 21e jour de l'année pendant laquelle il (Hammurabi) a proclamé le culte d'Urmitu. »
« Mois samna (octobre) , 13e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi a été proclamé roi d'Urmitu. »
« Mois tebitu (décembre) de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a proclamé le culte d'Urmitu. »
« Mois sabatu (janvier) de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a proclamé le culte d'Urmitu. »
«Moistasritu (septembre), 4e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a proclamé le culte d'Urmitu. »
« Mois tebitu (décembre), 10e jour de l'année pendant laquelle. . . . d'Urmitu. »
Une autre série de tablettes est datée de l'année pendant laquelle Hammurabi a restauré le temple de Mit-Un is clans la ville de Kis. Hammurabi avait construit, auprès de ce temple, une zigurrat dédiée à Zamana. Cette tour est représentée aujourd'hui par les restes du mont Ohéimir, au Nord- Est de Babylone. La signature des tablettes est ainsi conçue :
« Mois airu (avril) de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a restauré le Bit-mit ur-ris. »
« Mois airu (avril), 23e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a restauré le Bit-mit ur-ris. »
« Mois ululu (août), 10e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi a restauré le Bit-urris. »
« Mois airu (avril) de Tannée pendant laquelle Hammurabi a restauré le Bit-mit urris, et a élevé vers le ciel le sommet de la grande tour de Zamana. »
« Mois addaru (février), le 4e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a restauré le Bit-mit urris, et a élevé vers le ciel le sommet de la grande tour de Zamama. »
Trois tablettes se rapportent à la décoration d'un ouvrage pour les dieux Anu, Anunit et Nana.
« Mois sabatu (janvier) , 13e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a orné le de Anu, Anunit et Nana et a restauré
le Bit-silim-kalamma . »
« Mois addaru (février) de l'année pendant laquelle Hammurabi, le roi, a orné le de Anu, Anunit et Nana, »
« Mois addaru (février) de l'année de Anu, Ananit et Nana. » Les dates suivantes se rapportent à une calamité, une inondation :
« Mois samna (octobre) de l'année pendant laquelle Mullias a été détruite par une grande inondation. »
« Mois tasritu (septembre) de l'année pendant laquelle Mullias a été détruite par une grande inondation. »
D'autres dates se rapportent à une digue que Hammurabi a construite :
« Mois tébitu (décembre) de l'année pendant laquelle il (Hammurabi) a construit le Grand-mur de Teara-Samas. »
SAMSU-ILUNA.
« Mois ululu (août) de l'année pendant laquelle Hamniurabi, le Roi, a construit la Grande-Digue le long du Tigre ; il a élevé son sommet comme une montagne, et il l'a appelé le Teara-Samas. »
Enfin deux tablettes se rapportent â la destruction des villes de Maïru, Malalnak et Kitu :
« Mois abu (juillet), le 13e jour de l'année pendant laquelle Hammurabi, le Roi, par l'ordre de Bel, a détruit les remparts de Mairu et de Malalnak. »
« Mois kiselevu (novembre), le 25e jour de l'année pendant laquelle, d'après l'ordre de Bel, les remparts de Kitu ont été détruits. »
(Sm. Earl. H., p. 58.)
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SAMSU-ILUNA.
Le nom de ce prince ne se trouve sur aucun des grands édifices de la Chaldée ; mais on le rencontre sur la liste des rois dont nous avons parlé {Sup., p. 98), en face du nom de Hammurabi.
Ces deux circonstances ont fait supposer que Samsu-iluna était le nom que Hammurabi avait pris lorsqu'il devint roi de Babylone, et dès lors que les deux personnages étaient identiques. Cette opinion ne nous paraît pas probable. Tant que nous n'aurons pas rencontré la mention d'un même événement attribué à un même roi dont le nom se présenterait sous deux formes différentes, nous continuerons à penser que sous deux noms différents il y a deux personnages distincts. L'état fragmentaire de la tablette ne nous permet de rien préciser à cet égard. Nous n'avons, pour ce prince, que les contrats d'intérêt privé dont la signature nous fait connaître les principaux événements de son règne.
« Mois airu (avril), 6e jour de l'année pendant laquelle [il a creusé] le canal de Samsi-iluna, le Nagab-nubsi. »
« Mois airu (avril), 12e jour de l'année pendant Samsi-iluna, le roi, a creusé le canal de Samsi-iluna, Nagab-nuhsi. »
« Mois abu (juillet) de l'année pendant laquelle Samsu-iluna, le roi, a creusé le canal de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi. »
« Mois ululu (août), 3e jour de l'année pendant laquelle le canal de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi a été creusé. »
« Mois ululu (août), 15e jour de l'année pendant laquelle le canal de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi, a été creusé. »
« Mois ululu (août), 30e jour de l'année pendant laquelle le canal.de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi, a été creusé. »
« Mois samna (octobre), 4e jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna, le roi, a creusé le canal de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi. »
« Mois tebitu (décembre) de l'année pendant laquelle Samsu-iluna, le roi, a creusé le canal de Samsu-iluna Nagab-nuhsi. »
« Mois sabatu (janvier), 5e jour de l'année pendant laquelle la rivière de Samsu-iluna, Nagab-nuhsi, a été creusée. »
Une autre série de tablettes est datée de la construction d'un rempart et d'un canal autour de la ville de Sargina.
« Mois tasritu (septembre), 8e jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna, le Roi, a construit, autour de Sargina, un rempart et un canal. »
' « Mois nisanu (mars), 5e jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna , le Roi , a construit , autour de Sargina , un canal et un rempart. »
« Mois ululu (août) de l'année pendant laquelle Samsi-iluna, le Roi, a construit, autour de Sargina, un canal et un rempart. »
« Mois tasritu (septembre), 8e jour de l'année pendant laquelle Samsi-iluna, le Roi, a construit un rempart et un canal autour de Sargina. »
La dévotion de Samsu-iluna au culte des divinités de Babylone apparaît par de nombreuses tablettes qui relatent que des Lamasi (des taureaux sculptés) ont été érigés en l'honneur de Samas et de Marduk. Ces statues étaient recouvertes d'or et placées soit dans le temple de Bit-Saggal, à Babylone, en présence de Marduk, soit dans le temple de Samas, à Larsa, en présence du dieu Samas.
Elles sont ainsi datées :
« Mois samna (octobre) , 10e jour de l'année de Samsu-iluna, le Roi,
SAMSU-ILUNÀ.
il a fait les images de Samas et de Marduk, il a recouvert ces images avec de l'or et les a placées dans le Bit-Parra, en présence de Samas et dans le Bit-Saggal en présence de Marduk.
« Mois tasritu (septembre), 10e jour de l'année pendant laquelle Samsu-iluna a recouvert les statues des avec de l'or. »
« Mois tasritu (septembre), 15° jour de l'année pendant laquelle Samsu-iluna a recouvert les statues des avec de l'or. »
« Mois tasritu (septembre) , 20° jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna a recouvert les statues de avec de l'or. »
« Mois samma (octobre), 20e jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna, le Roi, a recouvert les statues de avec de l'or. »
Deux tablettes sont datées sde l'année de l'avènement de Samsuiluna .
« Mois kisilivu (novembre) de l'année pendant laquelle Samsu-iluna, le Roi, s'est élevé au commandement de ces pays, par la volonté divine de Marduk. »
« Mois samma (octobre), 20e jour de l'année pendant laquelle Samsuiluna a accompli la volonté de Marduk. »
M. G. Smith cite encore quatre dates qui se rapportent aux événements du règne de Samsu-iluna, mais il déclare que les tablettes présentent de grandes difficultés de traduction.
L'une d'elles contient la mention suivante :
« Mois de nisan (mars) , le 20e jour de l'année pendant laquelle Samsu-iluna a dédié une statue ornée d'or et d'argent dans le temple de Marduk. »
Les deux autres ont trait à la dédicace d'un trône d'or que le roi a dédié au dieu Sin.
La quatrième est inintelligible.
Après les documents relatifs à ces deux rois, qui nous donnent des renseignements si précieux sur l'histoire de Babylone, nous trouvons une immense lacune, et pour la combler nous n'avons que les indications trèssommaires de la liste du Musée-Britannique, qui nous présentent une suite de noms que nous devons nous contenter d'enregistrer.
C'est d'abord :
Amidi-kaga, qui ne nous est pas autrement connu.
Kurgalzu, dont nous retrouverons un homonyme plus tard, car les monuments qui portent ce nom paraissent appartenir à une époque plus récente.
Sammas-siha. Celui-là même dont M. G. Smith cite une tablette qui est datée de son règne :
« Mois tebitu (décembre), 12e jour de la 12e aminée du règne de Sammas-siha, le Roi.
(Sm. Earl. H., p. 65.)
Le premier côté de la liste se termine par les noms suivants :
Ulam-buryas.
Nazi-hurdas.
Mili-siha.
Burnapuriyas.
Kar-bel.
Nous connaissons des monuments de Burnapuriyas qui paraissent appartenir à une époque postérieure, et, par conséquent, à un prince homonyme.
Viennent ensuite, sur le revers de la tablette, les noms suivants :
Milam mur bi.
Mili hali.
Mili sumu.
Mili an si bur ru.
Mili kit.
Nin gi ra bi.
Nim gira bi kit.
Nim gi ru bi pur yas.
Kadar-kit.
Nasi-sihu.
Nazi-purias.
BIN-SUM-NAZIR.
C'est après ces règnes, sur lesquels nous sommes privés de renseignements, que nous voyons des rapports suivis s'établir entre l'Assyrie et la Chaldée.
BIN-SUM-NAZIR.
(Vers 1500 a. J.-C.)
• Le nom de ce prince s'associe aux grands noms des rois d'Assyrie Assur-Narara et Nabu-Dayan, c'est ce qui permet d'établir un premier synchronisme, dont l'époque ne reste pas moins indécise.
KARA-INDAS.
(Vers 1450 av. J.-C.)
L'histoire de la Chaldée commence à devenir plus précise ; les documents vont nous guider. Kara-indas était contemporain de Assur-Belnisisu, roi d'Assyrie ; les détails de son règne nous sont fournis par une tablette qui établit le synchronisme des rois d'Assyrie et de Chaldée. Le passage qui le concerne est ainsi conçu :
« Kara-indas, roi de Kar-Dunias et Assur-Bel-nisisu, roi du pays d'Assur, ont fait un traité pour limiter leurs frontières. Ils se sont donné un gage l'un à l'autre pour respecter leurs frontières. »
(W. A. L, J1, pl. 65.)
M. G. Smith parle de deux inscriptions inédites du Musée-Britannique, qui se rapportent à ce roi de Babylone, et dans lesquelles il prend les titres
de roi de Kar-Dunias et de roi de Kassu. Le texte de l'une d'elles est ainsi conçu :
« A la déesse Nana, la Souveraine du Bit-Anna, sa Souveraine, Ka ra-indas, roi puissant, roi de Bab-Ilu, roi des Sumirs et des Akkads, roi de Kassu, roi de Kar-Dunias, a construit le temple de Bit-Anna. »
(Sm. Earl H., y. 67, n° 46.)
T E V >~n éQï — •
PURNAPURIAS.
Ce prince, le successeur de Kara-indas, était contemporain de Busur- Assur, roi d'Assyrie. La tablette des synchronismes continue ainsi :
« Busur-Asur, roi du pays d'Assur et Purnapurias, roi de Kar-Dunias ont fait un traité et ils ont réglé leurs frontières respectives. »
(W.A.I., II, pl. 62.)
Purnapurias avait élevé un temple en l'honneur de Samas, à Larsam, sur l'emplacement d'un temple construit par Urkham, ainsi que l'établissent les briques que Ton trouve encore dans ses fondations. Voici l'inscription de Purnapuryas :
« A Samas, le souverain du Ciel et de la Terre, le souverain puissant,
le rie Larsa, son roi, Purnapurias, roi puissant, roi des Sumirs
(ki-en-gi) et des Akkads, a réparé le vieux temple Bit-Parra, qui avait été construit dans les temps anciens, il l'a rebâti, il l'a élevé sur sa place. »
(W.A.1.,1, pl. 4, n°xin.)
Un passage de l'inscription mutilée de Nabonid contient un chiffre qui nous renseigne indubitablement sur la date du règne de Purnapurias. Nabonid paraît dire que la statue de Samas que Purnapurias avait élevée dans le fameux temple de Larsa, était restée abandonnée
KARÀ-HARDAS.
pendant 700 ans, jusqu'à ce qu'un roi, nommé Kmziru, en entreprit la restauration. Kmziru est certainement le XîvÇvjpoç du Canon de Ptolémée, qui monta sur le trône de Babylone 731 avant J.-C. Si les chiffres du fragment sont exacts, nous arriverions à la date de 1430 pour l'époque du règne de Purnapurias.
Les calculs qui établissent la date du règne de Busur-Assur, roi d'Assyrie, que nous voyons traiter avec Burna-purias dans la tablette des synchronismes, donnent une différence de 41 ans, et fixent le règne de Busur-Assur vers l'an 1390 avant J.-C.
KARA-HARDAS.
(Vers 1370 a. J.-C.) La tablette des synchronismes s'exprime ainsi :
« Au temps de Assur-ubalit, roi du Pays d'Assur, Kara-hardas, roi de Kar-Dunias, fils de Muballidat-Serua, fille de Assur-Ubalit, les hommes de Kassi se révoltèrent et le tuèrent. Nazibugas, un homme de basse condition, fut élevé au trône. »
(W.A.I., II, pl. 65, 1. 8 à 12.)
NAZIBUGAS.
La tablette des synchronismes que nous avons déjà citée, continue :
« Pour venger Kara-hardas, ils marchèrent vers le pays de Kar- Dunias, il tua Nazibugas, roi de Kar-Dunias, et plaça sur le trône Kurigalzu, fils de Purnapurias. »
( W. A. I., II, pl. 65, 1. 13 à 17.)
BABYLONfi ET LA CHALDBE.
KURIGALZU.
Kurigalzu que nous voyons, après une révolution sanglante, revenir enfin sur le trône de ses pères, a laissé son nom sur un certain nombre de monuments que nous allons examiner.
AKARKOUF.
Kurigalzu semble avoir fermé pour un temps l'ère des révolutions. Il est probable qu'il fit un traité avec l'Assyrie pour fixer les frontières réciproques des deuxEtats, car il construisit, sur la limite de ses domaines, une forteresse à laquelle il donna son nom, Dur-Kurigalzu. Les ruines de cet édifice, qui porte aujourd'hui le nom de Tel-Nimroud, sont situées à Akarkouf, à 20 kilomètres à l'ouest de Bagdad, sur la route qui conduit de Bagdad à Hillah.
L'édifice, qui pouvait être une tour, est construit sur une substruction gigantesque de 20 pieds de hauteur environ, en briques cuites, et se dresse, sur une longueur de 20 mètres, à 40 mètres de hauteur. La construction rappelle les procédés que nous avons déjà signalés. A l'intérieur, une masse de briques crues avec un revêtement en briques cuites. Chaque rangée est séparée par une couche de mortier, et, de distance en distance, une couche de roseaux s'étend souvent dans l'épaisseur totale du mur.
La ruine est entamée de toute part. Les briques crues ne portent pas d'inscription ; mais, autour de l'édifice, Sir H. Rawlinson a découvert des briques qui portent le nom de Kurigalzu.
KURIGALZU.
La présence des briques de ce roi, à Akarkouf, permet d'identifier cette localité avec la ville désignée dans les inscriptions sous le nom de Dur- Kurigalzu, qui figure clans les annales de Tuklat-pal-Asar, comme formant la frontière de ses Etats.
« Depuis le jour de mon avènement, j'ai régné sur le pays situé à partir de Dur-Kurigalzu , de Sippara, la ville du Soleil, de Pasil, qui est dans le pays de Duna, jusqu'à Nipur. »
C'est-à-dire sur toute la rive gauche de Skat-el-arab.
(Layard, pl. 27.)
L'inscription des briques d' Akarkouf est ainsi conçue :
« A Bel, souverain de la terre, son roi, Kurigalzu, Sakkanaku de Bel, a construit le temple de u Gai, le temple de sa prédilection. »
{W.A.I.,1, pl. 4, n° 14, 1.)
Sur des briques du mur extérieur du temple Sud de Mughéïr, on lit :
« A Sin, Kurigalzu, Sakkanaku de Bel, le roi puissant, roi des Sumirs et des Akkads, roi des Quatre-Régions, a relevé le Bit Rab-mah, l'antique maison qui avait été élevée dans des temps reculés ; il a restauré cette demeure. »
(W.A.I., I, pl. 4, n° 14, II et III.)
Nous avons vu précédemment que ce temple avait été élevé par Urkham. Il fut restauré plus tard par Ismi-Dagan, et plus tard encore par Kudur-mapuk, et enfin il a été reconstruit par Kurigalzu. On a trouvé dans les ruines des briques de ces quatre souverains.
Sur un ornement circulaire, on lit :
« Kurigalzu, roi des Nations (?) fils de Purnapuriyas, roi de Bab- Ilu. »
(Sm. Earl. H. p. o., n° 50.)
Sur l'œil d'une statue :
« A Marduk, son Roi, Kurigalzu, fils de Purnapuriyas, a fait (cette . statue). »
(Sm., Earl. H. p. o., n° 50.)
On sait, par l'inscription de Nabonid, que Kurigalzu avait entrepris, mais inutilement, de découvrir les fameuses tables du temple Ulbar, et
qu'il avait laissé, dans ce monument, une inscription dont Nabonid nous rapporte ainsi les termes :
« J'ai cherché ce timim (du temple Ulbar) et je ne l'ai pas trouvé. »
{W. A.Ï., I, pl. 69, c. ii, 1. 30.)
Après le règne de Kurigalzu, nous nous trouvons en présence d'une lacune. Nous ne connaissons rien des événements qui ont pu se passer alors jusqu'au règne de Tuklat-Samdan, roi d'Assyrie.
Cette lacune est au moins d'un demi-siècle. Pendant cet intervalle, il est certain que Babylone a passé sous la domination assyrienne, et c'est dans le texte des rois d'Assyrie que nous devons désormais suivre son histoire.