INSCRIPTION DES BRIQUES DE MUGHÉIR
«... Nabu-kudur-usur, roi de Bab-Ilu, restaurateur du Bit-Saggatu et du Bit-Zida, fils aîné de Nabu-pal-usur, roi de Bab-Ilu, a (construit) le temple nir na ik (le temple de la Grande Déesse), le temple de Sin qui est situé dans Ur, en l'honneur du dieu Sin, mon seigneur.
[W. A. /., I, pl. 8, n° 4.)
JÉRUSALEM
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Les inscriptions de Nabuchodonosor ne nous font connaître, jusqu'ici du moins, que les travaux de construction qu'il avait entrepris. En attendant que des documents historiques, analogues à ceux des rois d'Assyrie, nous racontent ses campagnes, nous sommes obligés d'avoir recours aux documents, qui nous sont fournis par les juifs et par les grecs.
Nabuchodonosor est peut-être, sous ce rapport, le prince le plus connu de l'empire de Chaldée. Un fait d'une grande importance s'est accompli sous son règne et l'influence que cet événement a dû exercer sur l'état de la civilisation du monde entier, ne nous permet pas de le passer sous silence. Je veux parler du siège de Jérusalem et de la captivité des Juifs, qui a suivi la destruction de la ville de David.
Il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur l'état de Jérusalem à cette époque, ne serait-ce que pour rapprocher les données qui nous sont transmises par la Bible, de celles qui nous sont conservées dans les inscriptions.
La ville de Jérusalem est située au point le plus élevé des montagnes de la Judée, sur les anciennes limites des tribus de Benjamin et de Juda. La montagne qui sert d'assiette à la ville descend en pente vers le Nord ; elle est entourée à l'Est, au Midi et à l'Ouest, de ravins profonds, au-delà desquels se trouvent de hautes montagnes. On y distinguait trois collines, l'une au S.-O., c'est le mont'Siom, le plus étendu et le plus élevé où se trouvait le fort des anciens Jébuséens qui ne fut conquis que sous le règne de David. En face de Sion, au N.-E. se trouvait une colline moins élevée, en forme de croissant, dont les Hébreux avaient pris possession dès les premiers temps de la conquête et sur laquelle la ville s'est agrandie de plus en plus du temps de David. Cette colline qui ne porte pas de nom spécial
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dans la Bible fat désignée par la suite sous celui d'Acra, à cause delà citadelle élevée par Antiochus Epiphane. Sion fut encore appelée la Haute- Ville, et Acra la Basse- Ville ; ces deux points étaient séparés par un vallon qui, courant du N.-O. au S.-E., vers la fontaine de Siloé aboutissait dans la vallée deKidron et s'appelait « le Vallon des Fromagers. » Au S.-E. d'Acra il y avait une troisième colline appelée Moria, sur laquelle était assis le Temple. Elle était d'abord séparée delà colline d'Acra par une large vallée , mais Simon Machabée, qui rasa la citadelle d' Antiochus, fit aplanir l'Acra et combler la vallée, de sorte que les deux hauteurs de Moria et d'Acra n'en formèrent plus qu'une seule. A l'Ouest du Temple, il y avait sur la vallée de Tyropeon un pont qui conduisait à l'angle N.-E. de Sion, où se trouvait une plate-forme appelée Xystus.
Les trois collines que nous venons de nommer formèrent, depuis David et Salomon, l'emplacement de la ville de Jérusalem. Quant au mont Moria, il n'avait été d'abord qu'une colline irrégulière, dont la surface n'aurait pas suffi pour toutes les constructions dépendantes du Temple. Salomon fit élever un mur du fond de la vallée de l'Est et remplir de terre tout l'espace intérieur pour augmenter ainsi l'aire de la colline. Dans la suite des temps, des constructions immenses furent encore entreprises pour l'agrandir et en soutenir les côtés. La surface ainsi encadrée formait un carré d'un stade en long et en large.
Au nord du Moria, il y avait une colline qui, sous Agrippa Ier, fut jointe à la ville par un agrandissement de son enceinte et qui s'appelait Betzetha, « ville neuve (?) ». La ville, de ce côté, était beaucoup moins fortifiée par la nature, aussi, de tout temps les troupes qui ont assiégé Jérusalem y ont pénétré du côté du Nord. Des trois autres côtés des ravins profonds la rendaient inexpugnable. A l'Est, on trouvait la vallée du Kidron ainsi nommée à cause du torrent qui la parcourt. On l'appelait aussi la vallée de Josaphat; elle a environ 2,000 pas de longueur et sépare Jérusalem de la montagne des Oliviers qui est à l'Est. Le ravin du Midi s'appelait la Vallée de Hinnom, ou gué de Ben-Hinnom. A l'issue de ces extrémités se trouve la source de Siloé ou de Guihon, au pied du Moria et au S.-E. du Sion. Le ravin moins profond de l'Ouest s'appelle la vallée de Guihon.
Les différents quartiers de Jérusalem furent, à différentes époques, entourées de murailles. Josèphe en distingue trois ; la description qu'il en
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donne a été bien des fois reproduite et commentée ; sans entrer dans les discussions auxquelles elle a donné lieu, nous la rappellerons ici.
Des trois murailles, la plus ancienne, dit-il, était inexpugnable, tant à cause des vallées et de la hauteur de la colline qui la dominait et sur laquelle elle était construite, qu'en raison des fortifications que David, Salomon et les Rois leurs successeurs avaient, avec grand soin et à l'aide de dépenses énormes, ajoutées à la force naturelle du terrain. Commençant du côté du Nord à la tour Hippicus et s'étendant vers le Xystus en rejoignant ensuite la Curie, elle venait aboutir au portique occidental du Temple , et elle séparait ainsi la Haute- Ville de la Basse. A l'Ouest, partant de la tour Hippicus, la muraille passait par un endroit appelé Bethso jusqu'à la porte dite des Esséniens ; puis, elle tournait auS.-E. et environnait tout le midi de Sion jusque vers la source de Siloam et de là déclinant ou reculant de nouveau en faisant face àTOrient et se dirigeant au-dessus de l'étang de Salomon, elle traversait le terrain jusqu'àla place appelée Ophla; enfin, elle venait aboutir au portique oriental du Temple, de sorte qu'elle enfermait outre le Sion tout le côté méridional du Moria.
La deuxième muraille, partait de la porte qui s'appelait Porte Gennatli (Porte des Jardins) , laquelle appartenait à la première muraille et entourant seulement le terrain placé au Nord, elle allait rejoindre la tour Antonia.
La troisième enceinte commençait à la tour Hippicus, à partir de laquelle se dirigeait du côté du Nord jusqu'à- la tour Psephine et passant ensuite devant les monuments d'Hélène, puis s'étendant à travers les cavernes royales, elle se courbait à la tour Angulaire dans le voisinage du Moulin du Foulon et, rejoignant l'antique péribole, elle se terminait contre la vallée nommée la vallée du Kidron.
Cette troisième muraille ne fut commencée que sous le règne d' Agrippa Ier ; elle comprenait le terrain où jadis les assyro-chaldéens avaient campé lors du siège de Jérusalem.
Les murailles étaient construites en zig-zag et couronnées par un parapet crénelé. Leur hauteur reste indéterminée, les chiffres de Josèphe ne peuvent être pris en considération ; il est certain que Josèphe a eu en vue plusieurs unités de mesures et qu'il a établi ainsi une confusion inextricable dans les résultats auxquels on' arriverait en les prenant pour base.
Quant aux rues de Jérusalem, la Bible n'en nomme qu'une seule, la
rue des Boulangers (Jérém. 37, 21). Il y avait devant chaque porte de grandes places qui servaient aux assemblées populaires.
Le principal édifice de l'ancienne Jérusalem était le Temple, fondé par Salomon sur le mont Moria, détruit par Nabuchodonosor, rebâti sous Zorobabel et restauré par Hérode.
Il est impossible d'en donner une description exacte, celle qui se trouve dans le premier livre des Rois (ch. vi et vu) et dans le deuxième livre des Chroniques sont fort incomplètes et souvent difficiles à concilier ; les nombreux termes d'architecture né sont guère plus faciles à comprendre dans la Bible que dans les inscriptions. Josèphe, auquel on est obligé d'avoir recours pour s'éclairer, ne paraît pas avoir suivi, dans la description, les deux sources auxquelles il faut cependant bien se reporter.
L'édifice était construit sur le modèle du temple portatif de Moïse, dont les proportions avaient été agrandies ; il se composait de deux parties, le Temple proprement dit et le Parvis.
Le Temple, bâti en pierres, avait 60 coudées de long de l'Est à l'Ouest, 20 coudées de large et 30 de hauteur. Devant l'entrée du Temple à l'Est, se trouvait un portique (■Kpovxoç) appelé Oulam dont la longueur qui était de 20 coudées, couvrait toute la largeur de l'édifice. Il paraît résulter d'un passage du livre des Rois (t. R. 7. 12) que le mur se composait de trois rangées de pierre de taille, surmontée d'une espèce de balustrade en bois de cèdre. Devant le portique, on plaça deux colonnes d'airain, creusées en dedans, de 18 coudées de hauteur et de 12 de circonférence. Ces mesures varient du reste dans le livre des Rois et dans le livre des Chroniques, ainsi que dans les indications qui se trouvent dans le livre de Jérémie. La description des chapiteaux est assez obscure. Il paraît que la surface était couverte de fleurs de lys en relief (1. R. 171. 1922). Sept chaînes, qui entouraient cette surface, y formaient une espèce de treillage (ibid. v. 07). A chacun des deux bords des chapiteaux, il y avait, sur une chaîne, cent grenades.
Le texte ne dit pas clairement de quelle manière les deux colonnes étaient placées ; on sait qu'il y en avait une au Midi et l'autre au Nord ; celle du Midi se nommait Yachin et celle du Nord, Boaz. Ces deux colonnes avaient été exécutées par un artiste phénicien nommé Hirom, et que Salomon avait fait venir de Tyr.
Le portique et les deux colonnes formaient la façade du Temple. Sur
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les deux côtés et sur le derrière, c'est-à-dire auNord, au Midi et à l'Ouest, on adossa au mur trois étages composés de chambres qui communiquaient entre elles par des portes et qui étaient destinées à recevoir les trésors du Temple.
L'entrée des étages était sur le côté droit, au Midi du Temple, à la chambre du milieu du rez-de-chaussée. Un escalier tournant conduisait de là aux étages supérieurs.
Au-dessus des étages, il y avait dans les murs du Temple des fenêtres fermées par un treillage. Enfin le Temple était couvert en bois de cèdre.
A l'intérieur, le Temple, de même que le Tabernacle de Moïse, était divisé en deux parties; le devant, le lieu Saint, appelé Hekal « le Palais » et le derrière appelé Débir « le Saint des Saints », il s'étendait dans toute la longueur de l'édifice. Il y avait sur les murs un lambris de bois de cèdre sculpté de chérubins (kirub), débranches de palmier, de coloquintes et de fleurs épanouies. Le plafond était en bois de cèdre et le parquet en cyprès, recouvert d'une forte dorure.
L'entrée du Débir était fermée par une porte en bois d'olivier sauvage, à deux battants, sculptée et dorée comme les lambris. Une porte pareille fermait le Hékal, mais les poteaux seulement étaient en bois d'olivier et les battants en bois de cyprès et tournaient sur des gonds en or.
Le Temple était entouré d'un double Parvis (II Rois, 21 5, 23, 12). Le livre des Rois ne décrit que le Parvis intérieur qui était environné d'un mur formé de trois rangées de pierres de taille surmontées d'une balustrade en bois de cèdre. L'entrée des deux Parvis était fermée par des portes recouvertes en airain.
Parmi les objets sacrés qui étaient renfermés dans le Temple, on trouvait au milieu du Parvis le grand autel d'airain. Puis, le bassin d'airain, immense hémisphère dont le bord, travaillé en forme de calices de fleurs de lys au-dessous desquelles couraient deux rangées de coloquintes, était soutenu par douze bœufs en airain, disposés trois par trois, suivant les quatre points cardinaux. Outre le grand bassin, il y en avait encore dix autres, cinq au Nord, cinq au Midi, de moindre dimension, placés sur des piédestaux en airain, ornés défigures de lions, de bœufs et de chérubins.
Dans le Hékal, devant l'entrée du Saint des Saints, se trouvait l'Autel des parfums, en bois de cèdre couvert de lames d'or, le Chandelier à sept branches et la Table des pains de proposition.
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Dans le Debir, le Saint des Saints, il n'y avait que l'Arche Sainte, aux deux extrémités de laquelle se trouvaient deux chérubins de bois d'olivier sauvage, couverts d'or.
Après le Temple, nous devons mentionner le Fort de Sion, conquis sur les Jébuséens par Joab, général de David, appelé depuis la ville de David ; il était protégé, au Nord, par un rempart appelé Milo. Vient ensuite le palais de Salomon, surnommé la Maison de la forêt du Liban, à cause de la grande quantité de bois de cèdre qui entrait dans sa construction.
Au moment delà conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor, la ville fut détruite de fond en comble; tous les palais devinrent la proie des flammes. Nous allons maintenant essayer de retracer les événements qui ont amené cette grande catastrophe. Mais, pour les bien comprendre, il importe de reprendre l'histoire de plus haut et de revenir sur les dernières années du règne de Nabopalassar.
Dans la ive année du règne de Joachim (606 a. J.-C), Néchao, roi d'Egypte, après avoir soumis successivement les peuples qui habitaient en deçà de l'Euphrate, crut pouvoir entreprendre le siège de Circésium (Karkamis). Mais, au même moment, Nabuchodonosor, alors prince royal de Babylone, associé au gouvernement de son père Nabopalassar, s'avança vers l'Euphrate et rencontra l'armée de Néchao près de Circésium; il la mit en déroute et obligea le roi d'Egypte à abandonner ses entreprises. Le peuple juif, qui avait tremblé pour sa propre sécurité en présence des conquêtes de Néchao, se trouva ainsi délivré de l'ennemi le plus imminent et célébra la victoire de Nabuchodonosor. Malgré cela, il n'était pas sans inquiétude sur la marche des Chaldéens.
Dans l'année qui suivit la défaite de Circésium, Nabuchodonosor s'avança vers les frontières de l'Egypte jusqu'à Peluse, il s'empara de la Syrie, sans toucher cependant à la Judée, et contraignit les Egyptiens à rentrer dans leurs frontières. C'est alors que la Judée, seule en présence de la puissance chaldéenne, commença à trembler pour sa propre sécurité. Les Rébachites qui, depuis Jéhu, vivaient sous les tentes delà vie nomade, furent obligés de se réfugier dans Jérusalem.
Le danger devenait si pressant que, dans le ixe mois (décembre) de la Ve année de Joachim on proclama un jeûne public pour implorer Jéhova contre les Chaldéens. Jérémie, prévoyant les dangers qui menaçaient sa
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patrie, profita de cette circonstance pour faire lire par Baruch, dans le Parvis du Temple, les livres qu'il avait composés l'année précédente contre le développement de la puissance chaldéenne sur laquelle les conseillers de Joachim semblaient fermer les yeux. Ces discours firent une grande impression dans le public. On en parla au roi qui fit saisir subrepticement les manuscrits de Jérémie; il les fit lire devant lui. Cette lecture exaspéra le monarque qui fit brûler aussitôt les livres du prophète; puis il ordonna l'arrestation de Jérémie et de Baruch, heureusement qu'ils parvinrent à se dérober à ses recherches.
Pendant sa retraite, Jérémie fit écrire de nouveau ses discours ; le danger devenait plus pressant; l'aveuglement du roi était au comble; les avertissements du prophète devenaient de plus en plus sinistres : Joachim devait périr dans la lutte et son cadavre devait rester sans sépulture.
Ce fut sur ces entrefaites que Nabuchodonosor, ayant appris la mort de son père (604), prit en toute hâte le chemin du désert pour retourner à Babylone (Bérose, Josep. ant. xn, 1, c. ap. 1. 19). Deux ans après, dans la vme année du règne de Joachim (603-602), Nabuchodonosor revint en Syrie, pénétra dans la Judée, la rendit tributaire et força Joachim à le reconnaître comme son suzerain. Dès cette époque, Nabuchodonosor fit emporter à Babylone une partie des trésors du temple de Jérusalem.
Trois ans plus tard, Joachim, comptant sur l'appui de l'Egypte, où régnait Psammis Ç¥àp.povQiç) , se révolta contre le roi de Babylone. Nabuchodonosor se préparait à marcher contre lui lorsque, suivant le texte biblique, Joachim se coucha avec ses ancêtres (II. Rois, 24, 6.). Josèphe prétend qu'il fut assassiné par ordre du roi deBabylone et que son cadavre fut jeté devant les murailles sans être enseveli, conformément aux prophéties de Jérémie. Cet événement, du reste, n'arrêta pas la marche de Nabuchodonosor.
Joakin, fils de Joachim, succéda à son père; il avait alors 18 ans, l'armée chaldéenne venait mettre le siège devant Jérusalem (598) . Nabuchodonosor y arriva en personne, et bientôt le jeune roi, après 3 mois et lOjours de règne, se rendit à merci. Les Chaldéens entrèrent dans la ville, s'emparèrent des trésors du Temple de Salomon et emmenèrent en captivité le roi et toute sa cour ainsi que 10,000 des principaux habitants, parmi
lesquels se trouvait le prophète Ezéchiel. Quant à Joakin, il fut enfermé dans une prison où il resta 36 ans, jusqu'à l'avènement d'Evil-Mérodach, fils et successeur de Nabuchodonosor.
Matthania fut nommé roi de Judée sous le nom de Sédécias.Ce n'était en réalité qu'un satrape de Nabuchodonosor; il avait 21 ans, sans expérience, sans jugement; il fut poussé à s'insurger contre le vainqueur et amena ainsi la ruine totale du royaume de Juda.
Dans la ive année de Sédécias, à l'instigation des Rois d'Edom, de Moab, d'Ammon, de Tyr, de Sidon, il s'était formé, autour du prince, un parti aveuglé par la haine des Juifs contre les Chaldéens et qui devait pousser le malheureux vassal aux conséquences les plus funestes.
Jérémie, tout en annonçant la ruine de la puissance chaldéenne, engageait, mais en vain, le peuple et les grands à attendre avec patience le moment opportun (Jér. ch. 27, 12-22) ; il y avait auprès de Sédécias le parti des impatients, et surtout le parti des intéressés qui, pour refaire leur fortune privée, ne craignaient pas d'exposer la patrie aux plus grands dangers; ils poussèrent aux résolutions extrêmes.
Le Prophète se multipliait en vain, mais sa voix, si elle était un moment écoutée, perdait toute influence en ne présentant la délivrance que dans un avenir éloigné. A ses prophéties on opposait d'autres prophéties, et l'audace d'un certain Hanania, fils d'Azzour, était plus populaire que toute l'éloquence du prophète.
Sédécias était quelquefois ébranlé par les paroles de Jérémie. Dans un de ses voyages, il emporta avec lui à Babylone un rouleau du prophète où se trouvaient retracées les prédictions qui devaient atteindre Babylone. On patienta; après ce voyage, les discussions politiques cessèrent et il y eut quelques années de calme. Nous arrivons ainsi à la ixe année de Sédécias.
A cette époque, Ezéchiel, prêchait en Chaldée et sur les bords du Chaboras, il avait atteint une haute importance parmi ses compagnons d'exil On s'assemblait autour de lui pour écouter ses discours, échos de ceux que faisait entendre Jérémie au milieu de Jérusalem, empreints des mêmes sentiments et de la même réserve à l'égard des Chaldéens.
Cependant Sédécias ne conserva pas longtemps ses bonnes dispositions à l'égard de son suzerain; il se laissa entraîner dans le parti aveugle; il entama des négociations avec l'Egypte, où régnait alors Apriès (Ouacpptç). Celui-ci promit son secours à Sédécias et, dès lors, le malheureux roi se
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crut assez fort pour briser le joug des Babyloniens. Il se déclara indépendant et refusa le tribut (vme année, 590) .
Les Chaldéens envahirent de nouveau la Judée dans la ixe année de Sédécias et, au commencement de janvier de l'an 589, le 10e jour du Xe mois, ils mirent le siège devant Jérusalem.
Jérémie, enfermé dans la Ville Sainte, continuait à donner au Roi les plus salutaires conseils et à montrer pour l'avenir les plus sinistres conséquences d'une défense inutile. C'est en vain qu'il conseillait une soumission volontaire et spontanée. Ses avis, que la plus vulgaire prudence aurait dû faire accepter, étaient rejetés, et il faillit payer de sa vie, au milieu d'un ignoble traitement, la sagesse de ses conseils.
La résistance fut héroïque. Pendant dix-huit mois, le courage des défenseurs de Jérusalem ne se démentit pas; ils succombèrent au nombre, à la faim et à la fatigue.
Le 9e jour du ive mois de la xie année de Sédécias (août 588), les vivres manquèrent et les Chaldéens entrèrent dans la ville dans la nuit du 9 au 10, du côté Nord. Sédécias s'enfuit avec quelques-unes de ses troupes par la porte du Jardin royal, situé à l'est de Sion et conduisant dans le vallon entre Sion et la place Ophla, en se dirigeant vers le Jourdain. Mais les Chaldéens se mirent à sa poursuite; ils l'atteignirent dans la plaine de Jéricho. Les troupes de Sédécias prirent la fuite et le malheureux roi tomba entre les mains des Chaldéens, qui le conduisirent à Bibla, quartiergénéral de Nabuchodonosor, sur le territoire de Hamath, où un affreux traitement l'attendait. Ses fils et les nobles de Judée qui l'avaient poussé à la révolte furent égorgés en sa présence. Quant à lui, le vainqueur lui creva les yeux et l'envoya chargé de fers à Babylone, où il fut enfermé dans un cachot. Jérémie, tiré de sa prison, fut traité avec les plus grands égards ; il resta à Mispah où il composa ses Lamentations sur les malheurs de sa patrie.
On délibéra sur le sort de la ville, et, un mois après, Nébuzaradan, chef des gardes du corps de Nabuchodonosor, entra dans Jérusalem. Il fit mettre le feu au Temple, au Palais du roi et aux principaux édifices. Les murailles et les fortifications furent rasées, et Jérusalem fut changée en un monceau de ruines.
Les habitants furent emmenés captifs. Nabuchodonosor en laissa seule-
ment quelques-uns pour cultiver les terres et mit à leur tête un nommé Guedalia, fils d'Achiaka.
Le système des transportations en masse était entré de bonne heure dans les habitudes des souverains de la Haute- Asie. C'était une conséquence du droit de la guerre qui conférait au vainqueur le droit de vie et de mort sur le vaincu. Au milieu delà barbarie dont le récit des conquêtes des premiers rois assyro-chaldéens nous donnent le détail, il y avait là, pour ainsi dire, un pas déjà vers des coutumes moins cruelles.
Du temps de Tuklat-pal-Asar, dans le xne siècle avant notre ère, il ne paraît pas encore établi. La guerre était alors sans quartier ; après la victoire, on passait les prisonniers par les armes et on élevait des trophées avec leurs têtes sanglantes sur les murs des villes détruites. Les cadavres des guerriers jonchaient les champs de bataille comme des feuilles d'arbre, et ceux qui n'échappaient pas à la mort cherchaient, souvent en vain, un refuge précaire dans les cavernes des rochers ou dans les roseaux des marécages, pendant que leurs habitations étaient livrées aux flammes.
Assur-nasir-habal, un siècle plus tard, nous présente déjà quelques exemples de ces transportations en masse. Nous voyons, en effet, que Assur-nasir-habal, après la prise de Damdamuna, la capitale d'itani, fils de Samani, fit sortir de la ville 3,000 prisonniers et qu'il les transporta à Amida (aujourd'hui Diarbekir).
Sous ses successeurs, les exemples paraissent plus nombreux ; mais sous le règne de Tiglat-Pileser, vers le milieu du vme siècle a. J.-C, ce système commence à être régulièrement suivi. Les fragments des inscriptions que nous avons citée nous en ont fourni quelques exemples qu'on pourrait multiplier.
Sargon (721 a. J.-C), paraît en avoir généralisé l'usage ; il soumet le pays d'Andia en Arménie, il en transporte les habitants et il les dirige sur les villes de la Syrie et de la Cornagène; plus tard, ce sont les nombreuses tribus du vaste pays de Gangum qu'il transporte au pays d'Assur ainsi que celles du pays de Karkamis. C'est à titre de faveur spéciale qu'il permet à une partie des habitants de Babylone de rester dans leurs foyers et de cultiver leurs terres. Les inscriptions nous apprennent qu'après la prise de Samarie, il réduisit en servitude 27,280 israélites et les transporta en Assyrie ; quelque temps après, il soumit des tribus arabes et les envoya à Samarie pour repeupler la ville détruite.
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Sennachérib et ses successeurs ne se sont pas départis de ces errements qui, en assurant l'unité superficielle des conquêtes assyriennes, y introduisaient après eux des éléments de dissolution dont on devait sentir plus tard l'influence.
Les bas-reliefs de Ninive nous représentent souvent des scènes de ce genre; on voit alors les malheureux captifs cheminant avec leur chétif mobilier porté par des chameaux, ou le plus souvent chargé sur des chariots qu'ils trament eux-mêmes péniblement.
Quand nous arrivons au règne de Nabuchodonosor, ce droit exhorbitant paraît réglementé. Dès son avènement, il s'occupe de faire préparer les lieux qui doivent recevoir les captifs ; aussi, après la ruine de Jérusalem, la transportation se fait d'une manière pour ainsi dire régulière et normale. La Captivité de Babylone, qui eut un si grand retentissement parla suite, n'était alors qu'un épisode des conquêtes assyro-chaldéennes renouvelé après chaque victoire.
La ruine de Jérusalem fut le signal de la soumission de toute la Phénicie. Les archives des Phéniciens concordent avec le récit de Bérose, qui ne nous a été conservé que très-sommairement, et avec les renseignements un peu plus étendus de Philostrate.
Après la soumission de la Phénicie, Nabuchodonosor reprit ses guerres contre l'Egypte, qu'il soumit à sa puissance et il étendit ses conquêtes sur le monde entier. Megastène prétend que Nabuchodonosor plus vanté qu'Hercule même, par les Chaldéens, avait soumis une grande partie de la Lybie, qu'il avait franchi les colonnes d'Afrique, qu'il avait conquis l'Espagne. Enfin, Strabon ajoute qu'il serait revenu par la Trace.
Que se passait-il dans Babylone pendant ces guerres lointaines ?
La prodigieuse activité du prince avait transformé la ville. Josèphe nous apprend que Bérose, dans son troisième livre des Chaldaïques, reprend les historiens Grecs, qui attribuent les constructions de Babylone à Sémiramis l'Assyrienne, et qui ont écrit faussement que ces constructions merveilleuses avaient été faites par elles.
Sémiramis et Nitocris paraissent aujourd'hui complètement étrangères aux embellissements de Babylone. Quoiqu'il en soit, il faut bien le
reconnaître, nous manquons de détails sur ce long règne, et lorsque nous retrouvons Nabuchodonosor au milieu de la ville qu'il avait bâtie, nous n'avons pour nous renseigner que les récits des exilés de Jérusalem. Les Livres de Baruch et de Daniel méritent surtout de fixer notre attention.
LE LIVRE DE BARUCH
Baruch appartenait à une famille illustre, il était fils de Nériah et petitfils de Mousias ; il se trouvait ainsi frère de Saraiah, surnommé le Prince de la prophétie. Il se lia très-étroitement d'amitié avec Jérémie dès le commencement du règne de Joachim, fils de Josias ; il le suivit comme son maître et lui servit souvent de secrétaire ; il partagea par la suite ses travaux et ses infortunes. Ses ennemis l'accusèrent d'user de son influence auprès de Jérémie pour l'intéresser en faveur des Chaldéens. Nabuchodonosor lui accorda, en effet, certains avantages ; il lui permit de rester avec Jérémie à Masphata, mais il fut force plus tard de se retirer en Egypte. Il y resta jusqu'à la mort de Jérémie II revint ensuite à Babylone, où il mourut la douzième année après la destruction de Jérusalem. Il est certain qu'il composa une grande partie de ses livres à Babylone, ceux qui nous restent sont datés du septième jour du mois de la ve année depuis la destruction de Jérusalem, par conséquent de l'an 583 a. J.-C. Cependant il est vrai que cette date est difficile à concilier avec certaines énonciations qui supposent une rédaction antérieure.
Baruch avait écrit en hébreu, mais le texte original a disparu depuis longtemps et ses récits nous sont conservés dans la version grecque qui a servi depuis à faire les versions syriaque et latine. Bien que les Juifs n'aient pas porté le Livre de Baruch dans leur Canon et que les Pères de l'Eglise ne se soient pas cru permis de l'y rétablir, l'opinion unanime, confirmée par les deux Conciles généraux de Florence et de Trente lui accordent l'autorité des Livres Saints.
Donc le septième jour du mois de la ve année depuis que les Chaldéens
LE LIVRE DE BARUCH
eurent pris Jérusalem et l'eurent brûlée, Baruch lut les paroles de son livre devant Jéchonias fils de Joachim, roi de Juda, et devant tout le peuple qui venait pour l'entendre ainsi que devant tous ceux qui demeuraient à Babylone près du fleuve Sodi. Après avoir écouté cette lecture, ils envoyèrent le livre à Jérusalem à Joachim, fils d'Helcias, fils de Salom, prêtre, et au peuple et aux prêtres qui étaient restés à Jérusalem, en les exhortant à prier pour la vie de Nabuchodonosor et, suivant le texte, pour la vie de Balthasar, son fils.
En échange de cette communication, Jérémie envoya une lettre aux captifs de Babylone pour les prémunir contre le culte des Dieux étrangers. C'est dans cette lettre, qui forme le chapitre V du Livre de Baruch, que nous trouvons sur le culte des divinités babyloniennes des indications que nous pouvons indiquer ici en supprimant bien entendu les critiques qui s'adressaient au culte des idoles .
3. — « Vous verrez, dit-il, à Babylone des dieux d'or et d'argent, de pierre et de bois que l'on porte sur les épaules et qui se font craindre par les nations.
7. — « La langue de ces idoles a été taillée par le sculpteur, celles mêmes qui sont couvertes d'or et d'argent n'ont qu'une fausse apparence et elles ne peuvent parler.
8. — « Comme on fait des ornements à une fille qui aime à se parer, ainsi après avoir fait les idoles, on les pare avec de l'or.
9. — « Les dieux de ces idolâtres ont des couronnes d'or sur la tête, mais leurs prêtres en retirent l'or et l'argent et s'en servent pour eux-mêmes.
10. — «Ils donnent de cet or à des impudiques et ils en parent des prostituées et après que ces prostituées le leur ont redonné, ils en parent encore leurs Dieux.
12. — « Après qu'ils les ont revêtus d'un habit de pourpre, ils leur nettoientle visage à cause de la grande poussière qui s'élève au lieu où ils sont.
14. — « L'un porte un sceptre comme un homme, comme un gouverneur de province, mais il ne saurait faire mourir celui qui l'offense.
15. — « L'autre a une épée du une hache à la main, mais il ne peut s'en servir pendant la guerre ni s'en défendre contre les voleurs, ce qui vous fait voir que ce ne sont pas des Dieux.
16. — « Après qu'on les a placés dans une maison, la poussière qui s'élève des pieds de ceux qui entrent leur couvre les yeux.
18. — « Ils allument devant eux des lampes et en grand nombre.
20. — « Leurs visages deviennent tout noirs par la fumée qui s'élève dans la maison où ils sont.
30, — « Les Chaldéens les déshonorent eux-mêmes ; lorsqu'ils ont appris qu'un homme est muet et ne parle point, ils l'offrent à Bel et lui demandent inutilement qu'il lui rende la parole.
42. — « On voit aussi des femmes ceintes avec des cordes; elles sont assises dans les rues brûlant (pour leurs Dieux) des noyaux d'olives.
43. — « Et lorsque l'une d'elles a été emmenée par quelque passant qui l'a corrompue, elle reproche à celle qui est auprès d'elle de n'avoir pas été jugée comme elle digne d'honneur, et lui dit que la corde dont elle est ceinte n'a pas été rompue. »
Quel appui les faits que nous venons d'analyser peuvent-ils trouver dans les découvertes modernes?
Il est certain que la description des divinités qui sont désignés dans le Livre de Baruch est d'une exactitude telle que nous pouvons facilement les reconnaître sur les monuments antiques. Les inscriptions sont remplies de descriptions qui nous parlent des statues des divinités et de leurs attributs ; les bas-reliefs de Ninive, de même que les gravures sur pierre que nous pourrions consulter, nous donneraient à l'appui de chacune des indications du Livre de Baruch, de nombreux exemples qui feront un jour l'objet d'une étude spéciale pour laquelle nous avons déjà recueilli un grand nombre de documents. Nous nous contenterons de signaler ici quelquesuns des faits les plus saillants.
Lorsque Baruch parle des matières précieuses qui entraient dans la composition des statues des Dieux, nous savons, par exemple, que For et l'argent n'étaient pas épargnés pour ce pieux usage, et si le prophète nous signale les dépradations qui pouvaient avoir lieu, nous avons à l'appui un document des archives du palais d' Assur-bani-pal stigmatisant l'infidélité d'un haut fonctionnaire ; il avait dérobé dix talents d'or qui lui avaient été confiés pour l'érection de la statue d'une divinité.
Si le prophète fait allusion aux ornements dont les statues des Dieux étaient chargées , nous avons encore à l'appui des textes d'une origine assyrienne .
LE LIVRE DE BARUCH
Un certain nombre de documents assyro-chaldéens nous apprennent que les statues de pierre ou de métal placées dans les sanctuaires des temples et représentant les Grands-Dieux étaient couvertes de vêtements enrichis d'ornements d'or, d'argent et de pierres précieuses. Ces vêtements étaient donnés par la piété des fidèles, quelques-uns étaient dus à la générosité des rois. Un fragment d'une des nombreuses tablettes d'Assur-bani-pal, qui a été traduit pour la première fois par M. Fox Talbot, nous renseigne suffisamment, malgré son état de mutilation, sur la richesse de ces ornements.
D'après les quelques lignes, malheureusement très-mutilées qui commencent la tablette, il est certain que Assur-bani-pal fit un grand nombre d'offrandes analogues aux différentes divinités adorées dans les temples de Babylone ; le reste de la tablette, la partie la plus lisible, parle des vêtements d'or qu'il fit exécuter pour les statues de Marduk et de Zarpanit et qui avaient été détruites jadis. Dans la seconde colonne de la tablette, on lit ainsi le détail des ornements :
« J'ai donné quatre talents, . . . pour le vêtement du dieu Marduk et de la déesse Zarpanit ; j'ai revêtu Marduk et Zarpanit d'un grand vêtement, d'un vêtement d'or. J'ai donné pour la statue de Marduk et de Zarpanit du marbre de l'Orient, de la pierre ka. . de la pierre
d'oeil de zatu, de la pierre zatu sutru, de la pierre oreille de zatu, de la pierre zatu.utkhal, de la pierre nommée œil de Milahi, de l'albâtre, de la pierre zallakru, dix pierres précieuses dont la renommée est grande. J'ai orné les vêtements d'étoffe de leurs Grandes Divinités, les tiares aux cornes élevées, les tiares de la puissance, les insignes de leur divinité, pour compléter leur costume. »