W.A.I. II
Suivant les paroles du prophète, ces ornements étaient donnés aux idoles comme à une fille qui aime à se parer.
Or, Hésichius cite un passage de Bérose où il est question d'une prêtresse du nom de Sarachéro, celle qui pare la déesse Héra. Il y avait donc là une cérémonie particulière. Cette cérémonie est représentée sur un grand nombre de cylindres assyro-chaldéens. Le Musée du Louvre en
possède un certain nombre qui ont été décrits par M. A. de Longpérier dans son catalogue des Antiquités assyriennes du Musée du Louvre; nous citerons, par exemple, les nos 447 èt 448 qui représentent deux épisodes de la toilette d'une Déesse.
On pourrait noter un grand nombre de monuments de ce genre qui reproduisent des scènes analogues, elles montrent successivement les différentes phases de la toilette et finissent par représenter la déesse dans un état de nudité complet.
Ces cérémonies paraissent se rapporter à la même divinité, et il est facile d'y reconnaître la déesse Zarpanit, dont le culte plus ou moins altéré a servi de thème aux cérémonies du culte de Vénus.
Il serait sans doute très-intéressant de suivre les différentes métamorphoses que cette idée a pu traverser, mais nous nous écarterions singulièrement de notre sujet ; il nous suffit de constater ici l'existence de cérémonies religieuses auxquelles le prophète faisait nécessairement allusion.
Mais si nous ne pouvons pas suivre le développement de ces mystérieuses cérémonies, nous pouvons du moins remonter à leur origine.
Un texte mythologique d'une haute importance nous en donne l'explication et leur restitue leur véritable caractère.
Le texte est disposé en versets divisés en deux parties symétriques qui correspondent aux deux parties d'un dialogue entre la Déesse et les différents personnages qui prennent part à la cérémonie.
La Déesse, d'un ordre secondaire, veut pénétrer dans le Pays Immuable; mais, pour en franchir les portes, il faut se soumettre à certaines formalités. On peut supposer que la cérémonie se passe dans un temple à étages, une Zigurrat analogue à celle de Borsippa. Chacun de ces étages est consacré à une Divinité particulière dont il est le sanctuaire et dans lequel on ne pénètre qu'après les cérémonies voulues. Après une invocation, le Gardien ouvre les différentes portes des sept étages et les fait franchir à la Déesse en la dépouillant de chacune des pièces de son costume, de sorte que, parvenue à l'étage supérieur, la Déesse se trouve entièrement nue et livrée à des Divinités spéciales qui font auprès d'elle l'office de Purificateurs. Puis la Déesse sort du sanctuaire en descendant chacun des degrés par lesquels elle a passé et reçoit des mains du Gardien les différents ornements dont elle avait été dépouillée.
LE LIVRE DE BARUCH
Nous ne chercherons pas à pénétrer ici le caractère mystique de cette cérémonie, nous nous bornerons à en extraire les détails relatifs aux différentes phases de la toilette de la divinité.
« Quand la déesse Istar se présenta à la porte du Pays Immuable, Elle parla ainsi au Gardien de la porte :
— « Gardien de cette entrée, ouvre-moi ta demeure.
« Ouvre-moi ta demeure, ouvre-moi pour que je puisse entrer, '
« Si tu n'ouvres pas ta demeure et si je ne puis entrer,
« Je vais assiéger la porte et je briserai ta demeure.
« Je vais attaquer l'entrée, je briserai la porte.
« Je ferai sortir les morts pour dévorer les vivants.
« Les morts détruiront les vivants.
Alors le Gardien ouvrit la bouche, il parla, il dit à la Grande-Déesse Istar:
« Arrête-toi, Déesse, ne secoue pas cette porte.
« Je vais aller consulter la Reine, la Grande-Déesse de la terre.
Le Gardien entra et dit à la Reine, à la Grande-Déesse de la terre:
« Ta sœur, la déesse Istar, murmure des malédictions.
« Elle blasphème contre toi avec de grandes imprécations. »
— Quand la Reine, la Grande Déesse de la terre entendit ces paroles, Elle pâlit, comme une fleur arrachée.
Elle trembla, comme la tige d'un roseau.
— « J'apaiserai sa colère, dit-elle, j'apaiserai sa furie, Je lui rendrai ses malédictions.
Allume un feu brûlant, allume de la paille qui s'enflamme. Qu'elle soit traitée comme les maris qui abandonnent leurs femmes. Qu'elle soit traitée comme les femmes qui abandonnent leurs maris.
Qu'elle soit traitée comme les jeunes gens qui mènent une vie déshonorée. Va, Gardien, ouvre-lui la porte.
Mais dépouille-là, comme les autres, dans tous les temps.
— Le Gardien s'en fut, et il ouvrit la porte.
« Entre, déesse de Cutha, tu en as la permission.
Puisse la souveraine du Pays Immuable se réjouir à ta présence. »
Elle se présenta à la première porte, et on lui enleva la grande couronne de sa tête.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu la grande couronne de ma tête?
— C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent pour la voir.
Elle se présenta à la seconde porte, et on lui enleva les anneaux de ses oreilles.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu les anneaux de mes oreilles ? « C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent pour la voir.
Elle se présenta à la troisième porte et on lui enleva les pierres précieuses de son cou.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu les pierres précieuses de mon cou ? « C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent pour la voir.
Elle se présenta à la quatrième porte, elle s'arrêta et on lui enleva les pierres précieuses de son diadème.
LE LIVRE DE BARUCH
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu les pierres précieuses de mon diadème? « C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent « pour la voir.
Elle se présenta à la cinquième porte, elle s'arrêta et on lui enleva la ceinture de sa taille.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu la ceinture de ma taille % C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent pour la voir.
Elle se présenta à la sixième porte, elle s'arrêta et on lui enleva les anneaux d'or de ses mains et de ses pieds.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu les anneaux d'or de mes mains et de mes pieds ?
« C'est ainsi, Déesse, que la Reine delà terre reçoit ceux qui viennent pour la voir.
Elle se présenta à la septième porte, elle s'arrêta, et on lui enleva le
dernier vêtement de son corps.
« Pourquoi, Gardien, m'enlèves-tu le dernier vêtement démon corps? « C'est ainsi, Déesse, que la Reine de la terre reçoit ceux qui viennent
pour la voir.
Après cette cérémonie, la déesse Istar descendit dans le Pays Immuable.»
Nous ne poursuivrons pas plus loin notre citation de ce curieux document. La déesse Istar, après avoir subi les cérémonies exigées, repasse les différentes portes qu'elle avait franchies et à chaque porte, on lui rend les ornements dont elle était revêtue pour se présenter de nouveau au séjour des immortels.
Un passage du livre de Baruch a déjà été rapproché d'une cérémonie qui nous est transmise par Hérodote et qui reste encore pour nous inexpliquée. Nous la reproduisons toutefois. Lorsque le prophète parle de ces
femmes environnées de cordes qui font l'objet de la convoitise des passants, il est certain qu'il fait allusion à la coutume ainsi décrite par Hérodote.
« Les Babyloniens ont une loi bien honteuse. Toute femme née dans le pays est obligée une fois en sa vie de se rendre au temple de Vénus pour s'y livrer à un étranger. Plusieurs d'entre elles, dédaignant de se voir confondues avec les autres à cause de l'orgueil que leur inspirent leurs richesses, se font porter dans le temple dans des chars couverts. Là^ elles se tiennent assises ayant derrière elles un grand nombre de domestiques qui les ont accompagnées ; mais la plupart des autres s'asseyent dans la pièce de terre dépendante du temple de Vénus, avec une couronne de corde autour de la tête. Les unes arrivent, les autres se retirent. On voit en tous sens des allées séparées par des cordages tendus ; les étrangers se promènent dans ces allées et choisissent les femmes qui leur plaisent le plus. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut retourner chez elle que quelque étranger ne lui ait jeté de l'argent sur les genoux, et n'ait eu commerce avec elle hors du li<eu sacré. Il faut que l'étranger, en lui jetant de l'argent, lui dise: « J'invoque la déesse Mylitta. » On, les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta. Quelque modique que soit la somme, il n'éprouvera point de refus, la loi le défend , car cet argent devient sacré. Elle suit le premier qui lui jette de l'argent, et il ne lui est pas permis de repousser personne. Enfin, quand elle s'est acquittée de ce qu'elle devait à la Déesse en s'abandonnant à un étranger, elle retourne chez elle. Après cela, quelque somme qu'on lui donne, il n'est pas possible de la séduire. Celles qui ont en partage une taille élégante et de la beauté ne font pas un long séjour dans le temple, mais les laides y restent davantage, parce qu'elles ne peuvent satisfaire à la loi ; il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. ...»
(Hér., i, cxcix.)
Nous n'avons relevé dans le Livre de Baruch que des constatations pour ainsi dire matérielles. Il nous a paru évident que les indications de Jérémie reposaient sur des observationspersonnelles.Leprophèteavaitsous les yeux, les images qu'il décrivait; les cérémonies auxquelles il se référait étaient les cérémonies qui se passaient en présence de ses auditeurs
LE LIVRE DE DANIEL
et auxquelles il suffisait de faire allusion, par un mot peut-être, pour être aussitôt compris.
Les découvertes modernes nous ont permis de reconstituer le cadre au milieu duquel toutes ces scènes pouvaient se passer et la parole du Prophète y trouve immédiatement son application. Plus tard, lorsque les faits ont changé, au moment de la délivrance des Juifs, un culte nouveau se répandra dans la Haute-Asie ; la religion d'Ormuzd deviendra alors la religion dominante et le culte contre lequel les Juifs auront à lutter sera le culte de Zoroastre, de sorte que si on voulait reporter la rédaction du Livre de Baruch à une époque postérieure à la fin de la Captivité, il n'aurait plus sa raison d'être, le prophète s'élèverait contre des idoles depuis longtemps renversées, et contre un culte qui n'aurait plus de croyants.
Le Livre de Daniel présente des faits d'une autre nature mais qui n'en sont pas moins aussi saisissants.
LE LIVRE DE DANIEL
Daniel était de la tribu de Juda et de race royale, il fut du nombre de ceux qui furent emmenés à Babylone, par Nabuchodonosor, la troisième année du règne de Joachim. Il avait alors douze ans et il fut choisi avec trois autres jeunes juifs de la même tribu, Ananias, Misaël et Azarias, pour être élevé à la cour de Nabuchodonosor et nourri aux dépens de ce prince; il y reçut le nom de Balthasar et ses compagnons ceux de Sidrach, Misach et Abdénago.
Le Livre qui porte le nom de Daniel et dont on a critiqué la rédaction, n'en renferme pas moins des détails précis sur la position des Juifs, pendant la captivité de Babylone, et ces faits paraissent aujourd'hui empreints d'une grande vérité.
Daniel est non-seulement un historien mais encore le premier des prophètes qui se soit livré à cet essor de l'intelligence dont l'Apocalypse est le dernier mot.
Tout ce que nous avons dit à propos du livre de Baruch sur les faits matériels que l'auteur inspiré avait constatés s'applique au livre de Daniel, mais comment expliquer ses visions ? — Il faudrait sortir des limites de
notre exposé pour justifier un texte auquel nous ne pouvons consacrer que quelques pages et qui ne sè présente ici que comme un épisode, Pour nous, Daniel est un des nombreux captifs que Nabuchodonosor avait emmenés à Babylone et son Livre n'a sa place dans notre exposé que par ce qu'il décrit ce qu'il a vu, les événements auxquels il s'est trouvé mêlé ; nous pouvons ajouter qu'il parle un langage qu'on ne comprendrait plus si ses paroles avaient été prononcées dans un milieu différent. 11 nous suffit donc de faire voir d'une part, que les faits qu'il décrit sont exacts ; d'autre part, que le récit de ses visions mêmes était conforme aux idées qui avaient cours de son temps.
Dès la plus haute antiquité, la magie a joué un grand rôle dans la Haute-Asie et particulièrement à Babylone. Les inscriptions qui proviennent de la grande collection du palais d'Assur-bani-pal, nous prouvent que la divination, sous ses différentes formes, était particulièrement honorée. Le quatrième volume de la publication du Musée-Britannique auquel M. Lenormant a eu le privilège de faire de nombreux emprunts en devançant la publication nous a déjà fait connaître cette partie importante de la civilisation chaldéenne. Or, Daniel était habile dans l'art de deviner les songes. Aussi, après ses premiers succès à la cour de Nabuchodonosor, il fut nommé gouverneur de la Babylonie et le chef des gouverneurs et des sages de Babylone.
Si le Livre de Daniel dans sa rédaction actuelle, avec les mots grecs qu'on rencontre çà et là, révèle une rédaction définitive postérieure même à Alexandre, nous pouvons constater que le fond remonte à une époque bien antérieure et rapporte des traits de la civilisation chaldéenne au temps de Nabuchodonosor avec une exactitude à laquelle une rédaction apocryphe n'aurait pu atteindre.
Ses écrits embrassent des faits qui se sont accomplis depuis la cinquième année de la captivité de Joachim jusqu'au règne de Cyrus, c'est-àdire une période de plus de quatre-vingts ans ; on croit généralement qu'il a vécu quatre- vingt;quatorze ans, jusqu'à la troisième année du règne de Cyrus.
Suivant la tradition des Mahométants, Daniel, après la Captivité, retourna en Judée et il fut nommé gouverneur de Syrie; puis il mourut à Suse, où sa tombe est encore l'objet de la vénération des pèlerins.
Le Livre de Daniel se divise en trois parties distinctes, — la première
LE LIVRE DE DANIEL
renferme les six premiers chapitres ; elle donne certains détails sur l'histoire de Babylone, depuis le commencement du règne de Nabuchodonosor jusqu'au renversement de l'empire par les Perses. — La seconde qui comprend les chapitres vin à xn, est relative aux visions de Daniel. — Enfin la troisième partie renferme trois épisodes historiques qui pourraient se rattacher aux faits de la première partie, celle de Suzanne, celle de Bel et la seconde délivrance du prophète ; mais cette dernière partie se rapporte à la vieillesse de Daniel et les faits ne se sont pas passés à Babylone. Cette partie n'avait pas chez les juifs la même autorité que les deux premières ; aussi elle a été omise dans leur canon et ne se trouve ni dans le texte hébreu, ni dans les Septante, ni dans le texte chaldéen, mais seulement dans la version grecque de Théodotion d'où saint Jérôme a extrait les chapitres qui la composent.
Un des faits les plus importants du Livre de Daniel, celui qui se rapporte au festin de Balthasar, trouvera sa place au moment où nous nous occuperons des derniers moments de l'empire de Chaldée.
L'opinion des Pères de l'Eglise a été très-parta'gée sur l'autorité qui s'attache aux Livres de Daniel. Africanus, Eusèbe, Apollinaire ne les ont point mis au même rang que les Livres Sacrés; mais, d'un autre côté, Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertulien et presque tous les anciens Pères les ont accueillis. Josias même, ainsi qu'Origène a soutenu la vérité historique des faits qu'ils racontaient. M. F. Lenormant a déjà prouvé que les découvertes modernes pouvaient jeter un grand jour sur cette question et donner à Origène l'appui de leur indiscutable authenticité.
Le premier chapitre du Livre de Daniel jusqu'au verset 4 du chapitre n est écrit en hébreu et les versets suivants jusqu'au chapitre vin sont écrits en chaldéen, le reste ne se trouve que dans la version de Théodotion.
La langue que l'on désigne sous le nom de chaldéen et dont les fragments de Daniel nous donnent un spécimen, était comprise à Babylone, mais ce n'est pas la langue que les inscriptions nous ont conservée. Les rapports philologiques que l'on peut établir entre ces deux idiomes sont faciles à saisir et peuvent parfaitement s'expliquer ; tous ceux qui se sont occupés de la traduction des textes assyro-chaldéens savent à quoi s'en tenir à cet égard; aussi nous n'avons pas besoin de nous livrer ici à une digression qui appartient à la philologie pure.
Nous allons essayer de mettre en relief les renseignements historiques que l'on peut tirer du Livre de Daniel.
Le chapitre premier du Livre de Daniel est consacré au récit des faits qui doivent précéder l'élévation du Prophète auprès deNabuchodonosor. Cette élévation a eu lieu à propos d'un songe qui tourmentait le Roi et dont lui seul a donné l'explication. Le récit du songe est compris dans le chapitre n. Voici ce que le Livre-Saint nous fait connaître :
La seconde année du règne de Nabuchodonosor, ce prince eut un songe dont son esprit fut troublé, et ensuite il l' oublia entièrement.
Le Roi commanda en même temps qu'on fit assembler tous les devins, les mages, les instructeurs et les Chaldéens pour lui déclarer quel avait été son songe ; ils vinrent donc et se présentèrent devant lui et le Roi leur dit : « J'ai eu un songe et je ne sais ce que j'ai vu parce que rien ne m'en est resté dans l'esprit qu'une idée confuse. »
Les Chaldéens répondirent au Roi en langue chaldéenne: « 0 Roi, vivez à jamais, dites à vos serviteurs le songe que vous avez eu et nous vous l'interpréterons. »
Le Roi répondit aux Chaldéens : « Mon songe m'est échappé de la mémoire, si vous ne me déclarez ce que j'ai songé et ce que mon songe signifie, vous périrez tous et vos maisons seront confisquées.
« Mais si vous me dites mon songe et ce qu'il signifie, je vous ferai des dons et des présents et je vous élèverai à de grands honneurs ; dites-moi donc et interprétez-moi ce que j'ai songé. »
Promesses et menaces ne purent avoir d'influence sur les Chaldéens, et Nabuchodonosor, dans un paroxysme de colère, ordonna de faire périr tous les sages de Babylone.
Daniel ayant appris la colère du Roi et le motif de son arrêt se présenta devant Nabuchodonosor ; il le supplia de lui accorder quelques instants pour éclairer les faits , puis, ayant prié avec ses compagnons de captivité, il se présenta de nouveau devant le Roi et il lui expliqua ainsi le songe qu'il avait eu :
31. — « Voici donc, ô Roi, ce que vous avez vu : Il vous a paru comme une grande statue, cette statue grande et excessivement haute se tenait debout devant vous et son regard était effroyable.
32. — « La tête de cette statue était d'un or très-pur, la poitrine et les bras étaient d'argent, le ventre et les cuisses étaient d'airain.
LE LIVRE DE DANIEL
33. — « Les jambes étaient de fer et une partie des pieds était de fer et l'autre d'argile.
34. — « Vous étiez attentif à cette vision lorsque une pierre se détacha d'elle-même de la montagne sans la main d'aucun homme, et, frappant la statue dans ses pieds de fer et d'argile, elle les mit en pièces.
35. — « Alors le fer, l'argile, l'airain, l'argent et l'or se brisèrent tous ensemble et devinrent comme les menues pailles que lèvent emporte hors de l'air pendant l'été et ils disparurent sans qu'il ne s'en trouvât plus rien en aucun lieu, mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui remplit toute la terre.
36. — « Voilà votre songe, ôRoi, et nous l'interpréterons aussi devant vous.
37. — « Vous êtes le Roi des Rois, et le Roi du ciel vous a donné le royaume, la force, l'empire et la gloire.
38. — « Il vous a assujéti les enfants des hommes et les bêtes de la campagne, en quelque lieu qu'ils habitent ; il a mis en votre main les oiseaux même du ciel et il a soumis toute chose à votre puissance ; c'est donc vous qui êtes la tête d'or.
39. — Il s'élèvera après vous un autre royaume moindre que le vôtre, qui sera d'argent, et ensuite un troisième royaume qui sera d'airain et qui commandera à toute la terre.
40. — « Le quatrième royaume sera comme le fer : il brisera et il réduira tout en poudre, comme le fer brise et dompte toutes choses.
41 . — « Mais comme vous avez vu que les pieds de la statue et les doigts des pieds étaient en partie d'argile et en partie de fer, ce royaume, quoique prenant son origine du fer, sera divisé, selon que vous avez vu que le fer était mêlé à la terre et à l'argile.
42. — « Et comme les doigts des pieds étaient en partie de fer et en partie de terre, ce royaume aussi sera ferme en partie et en partie faible et fragile. »
Nous ne poursuivrons pas plus loin notre citation, dans laquelle on croit lire à chaque mot, pour ainsi dire, la paraphrase d'un texte écrit sur cette argile qui nous a conservé le récit de la grandeur de ces royaumes de fer, d'airain, d'argent et d'or, qui ont été successivement anéantis.
Le second fait que nous devons signaler dans le Livre de Daniel est celui-ci :
Daniel nous apprend que le roi Nabuchodonosor fit faire une statue d'or qui avait 60 coudées de haut et six de large et qu'il la fit mettre dans la campagne de Dura qui était la province de Babylone.
Il envoya ensuite un ordre pour faire assembler les satrapes, les magistrats, les juges, les officiers de l'armée, les intendants, ceux qui possédaient les premières charges et tous les gouverneurs de provinces afin qu'ils se trouvassent au jour qu'on dédierait la statue qu'ils avaient dressée.
Ils se tenaient debout devant la statue et le héraut d'armes criait à haute voix: «Peuples et tribus de toutes les langues, on vous ordonne qu'au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de laharpe, du hautbois et des concerts de toutes sortes de musique, vous vous prosterniez en terre et que vous adoriez une statue d'or que le roi Nabuchodonosor a dressée. »
L'assemblée obéit excepté Daniel et ses trois compagnons, Sidrach, Misach et Abdénago ; leur Châtiment fut l'objet d'un miracle sur lequel nous n'avons pas à insister ici.
Ce que nous devons relever, c'est l'érection d'une statue colossale en or dans la plaine de Babylone. Non-seulement, ce fait n'a rien d'impossible, mais encore il a eu sa réalité. Les gigantesques sculptures de Ninive nous en donnent la preuve. Quant au métal employé dans cette oeuvre d'art, nous savons qu'il existait des statues analogues, celle du Sépulcre de Bélus avait quarante coudées, celle du Temple de Sin avait douze coudées et ce n'était pas assurément les seules statues qu'on ait élevées à cette époque. Enfin, nous avons déjà signalé {supra, p. 232), l'infidélité d'un fonctionnaire qui, chargé de l'exécution d'une statue d'or avait dérobé une partie de ce précieux métal.
Quant au lieu où cette statue avait été élevée, les recherches de M. Oppert ont établi que la ruine qui porte le nom de El Mokhattat, « la colline alignée » en serait le piédestal. Ces ruines présentent encore une élévation de six mètres sur quatorze mètres de base, le monument est orienté vers les points cardinaux et l'aspect du terrain est on ne peut plus propre à recevoir une statue colossale.
LE LIVRE DE DANIEL
Daniel nous parle encore d'un nouveau songe, sur lequel Nabuchodonosor l'avait consulté :
« Moi, Nabuchodonosor, étant en paix dans ma maison, et plein de gloire dans mon palais, j'ai vu un songe qui m'a effrayé, et étant dans mon lit les pensées et les images qui se présentaient à mon imagination m'épouvantaient.
« C'est pourquoi j'ai publié une ordonnance, pour faire venir devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me donnassent l'explication de mon songe. »
Après ce préambule, Nabuchodonosor raconte son songe et en demande l'explication aux devins et aux mages qu'il avait appelés, et parmi lesquels il avait compris Daniel. L'explication de Daniel nous le fera bientôt connaître, nous pouvons donc le passer ici sous silence. Le- texte biblique continue : .
« Voilà le songe que j'ai eu, moi, Nabuchodonosor roi. Hâtez-vous donc, Balthasar, de m'en donner l'explication, car tous les sages de mon royaume n'ont pu me l'interpréter ; mais pour vous, vous le pouvez, parce que l'esprit des dieux saints est en vous.
« Alors Daniel, surnommé Balthasar, commença à penser en lui-même, sans rien dire pendant près d'une heure, et les pensées qui lui venaient lui jetaient le trouble dans l'esprit ; mais le Roi prenant la parole lui dit : Balthasar que ce songe, ni l'interprétation que vous avez à lui donner ne vous troublent point, Balthasar lui répondit : que ce songe retourne sur ceux qui vous haïssent, et son interprétation sur vos ennemis.
« Vous avez vu un arbre qui était très-grand et très-fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, qui semblait s'étendre sur toute la terre, ses branches étaient très-belles ; il était chargé de fruits, et tous y trouvaient de quoi se nourrir, les bêtes de la campagne habitaient dessous, et les oiseaux du ciel se retiraient sur ses branches.
« Cet arbre, ô Roi, c'est vous-même, qui êtes devenu si grand et si puissant, car votre grandeur s'est accrue et élevée jusqu'au ciel, votre puissance s'est étendue jusqu'aux extrémités du monde.
« Vous avez vu, du reste, ô Roi, que l'un des vaillants et des saints est descendu du ciel, et qu'il a dit : Abattez cet arbre, coupez-en les branches, réservez-en néanmoins la tige avec les racines, qu'il soit lié avec le fer et l'airain parmi les herbes des champs, qu'il soit mouillé par la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages, jusqu'à ce que sept temps soient passés sur lui.
« Et voici l'interprétation de la sentence du Très-Haut, qui a prononcé contre le Roi, mon Seigneur.
« Vous serez chassé de la compagnie des hommes, et vous habiterez avec les animaux et les bêtes sauvages ; vous mangerez du foin comme un bœuf, vous serez trempé de la rosée du ciel ; sept temps passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut tient sous sa domination les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît.
« Quant à ce qui a été commandé, qu'on réserve la tige de l'arbre avec ses racines, cela vous marque que votre royaume vous demeurera après que vous aurez reconnu que toute puissance vient du ciel.
« C'est pourquoi suivez, ô Roi, le conseil que je vous donne : rachetez vos péchés par les aumônes, et vos iniquités par les œuvres de miséricorde envers les pauvres, peut-être que le Seigneur vous pardonnera vos offenses.
« Toutes ces choses arrivèrent depuis au roi Nabuchodonosor.
« Douze mois après, il se promenait dans le palais de Babylone.
« Et il commença à dire : N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire.
« A peine le Roi avait-il prononcé cette parole, qu'on entendit cette voix du ciel : Voici ce qui vous est annoncé, ô Nabuchodonosor, roi ; votre royaume passera en d'autres mains.
« Vous serez chassé de la compagnie des hommes ; vous habiterez avec les animaux et avec les bêtes farouches, vous mangerez du foin comme un bœuf, et sept temps passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut a un pouvoir absolu sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît.
« Cette parole fut accomplie à la même heure, en la personne de Nabuchodonosor. Il fut chassé de la compagnie des hommes, il mangea du foin comme un bœuf, son corps fut trempé de la rosée du ciel, en sorte
LE LIVRE DE DANIEL
que les cheveux lui crurent comme les plumes d'un aigle, et que ses ongles devinrent comme les griffes des oiseaux.
« Après que le temps eut été accompli, moi, Nabuchodonosor, élevant les yeux au ciel, le sens et l'esprit me furent rendus, je bénis le Très-Haut, je louai et glorifiai celui qui vit éternellement, parce que sa puissance est une puissance éternelle, et que son royaume s'étend dans la succession des siècles. »
Parmi les commentateurs de la Bible, il s'en est trouvé qui ont voulu, avec les meilleures intentions peut-être, donner une explication impossible de cette métamorphose, aussi contraire aux données de la civilisation assyrienne que contraire à celle de la civilisation hébraïque. Il y a là évidemment une allusion à un fait qui avait son explication naturelle au moment où il était entouré de tout ce qui pouvait le faire comprendre et qui reste inintelligible aujourd'hui. Quant à la valeur historique de ce document, nous pouvons nous en rapporter à Abydène, qui, d'après Bérose, raconte ce qui suit :
« Les Chaldéens disent que monté sur les terrasses de son palais, il fut tout-à-coup possédé d'un dieu, et prononça cet oracle : Moi, Nabuchodonosor, je vous prophétise, ô Babyloniens, le malheur qui va fondre et que ni Belus, mon auteur, ni la reine Beltis n'ont eu la puissance de persuader aux déesses du destin de me détourner. Un mulet perse viendra, ayant pour auxiliaires vos propres Dieux, il vous imposera la servitude. Son complice sera un Mède, dont l'Assyrie se glorifiait. Plut aux Dieux qu'il eût pu, avant de trahir ses concitoyens, périr englouti dans un gouffre ou dans la mer, ou se tournant vers d'autres voies, errer dans les déserts où il n'y a ni villes, ni sentiers foulés par le pied des hommes, où les bêtes fauves habitent librement et où volent les oiseaux, et seul être perdu dans les rochers stériles des ravins! Quant à moi, puissè-je atteindre un terme meilleur, avant que cette pensée n'entre dans mon esprit ! En disant ces mots, il disparut aux yeux des hommes. »
Mégastène raconte également que Nabuchodonosor, après avoir fait les grandes choses qui ont illustré son règne, fut incontinent saisi de l'Esprit divin, et qu'il disparut après avoir prédit ce qui devait arriver à sa postérité.
Tous les historiens s'accordent sur la durée du règne de Nabuehodonosor, et la fixent à 43 ans ; il mourut dans un âge assez avancé, qu'il est facile du reste d'apprécier.
Nabuehodonosor ayant régné 43 ans, et 35, ans depuis la prise de Jérusalem, arrivée l'an 18 de son règne, mourut dans l'an 562 avant J.-C. Il a dû se marier l'an 606, il était déjà chef d'armée, et ilàvait alors 22 ou 24 ans. Ces indications portent sa naissance à l'an 628 ou 630, et donnent à sa vie une durée de 70 ans.
E VIL-MÉROD ACH .
Hloocpov§à[xoç.
Après Nabuehodonosor, Polyhistor nous apprend que son fils Avil- Marudachus lui succéda et régna 12 ans (alias 2 ans). C'est celui que les Juifs nomment Ilumaruduchus (-jTnia^ny), le lïîoapovdâpoç du canon de Ptolémée. Nous n'avons aucune donnée assyrienne sur ce prince; on n'a, du reste, d'autres renseignements sur son règne que ceux qui nous sont donnés par la Bible dans le livre de Jérémie et dans le livre des Rois.
Ce prince traita les Juifs avec bienveillance. — La 37e année de la captivité de Joachim, roi de Juda, le 27e jour du 12e mois, Evil-Mérodach, qui était dans la première année de son règne, tira de prison Joachim; il le releva de cet abaissement où il avait été jusqu'alors ; il lui parla avec bienveillance; il le mit sur son trône, au-dessus des autres rois; il le combla d'honneur, tandis que le malheureux Sédécias mourait en prison.
Cependant l'agrandissement démesuré de l'empire chaldéen faisait prévoir sa chute ; déjà Ezéchiel la pressentait, il l'annonçait, et la puissance naissante des Mèdes et des Perses faisaient concevoir aux exilés de Jérusalem de légitimes espérances. Les livres de cette époque, qui pourraient nous donner quelques renseignements sur Fétat de Babylone et du monde, nous font défaut. Ceux qui sont parvenus jusqu'à nous ne renferment que des chants de regret et d'espérance, qui vont quelquefois jusqu'aux menaces contre la ville qu'ils avaient appelée jadis la Reine des nations.
N 1RGAL-SAR-U SUR.
NIRGAL-SAR-USUR .
Le règne d'Evil-Mérodach ne fut pas de longue durée. Bérose nous dit qu'il gouverna mal ses sujets et que son beau-frère Nériglissor (Nyipe^iççop) en prit occasion pour lui tendre des embûches ; il le tua, après deux ans de règne, et s'empara du trône. C'est le Ntpiy<xtjolcc<?aâpoç du canon de Ptolémée.