CHAPITRE V.^i
d'intelligents éloges. Pas plus le roi que le fayori, pas plus le favori que les universités ne devaient comprendre la portée de l'œuvre nouvelle. Distinguons cependant l'accueil que firent au Novum Organum sir Henri Wotton et sir Edouard Coke. Le premier, alors à Vienne, était un diplomate expérimenté qui cultivait les sciences de son temps, et qui reçut par les mains de Thomas Meautys, comme lui parent du chancelier, le livre « étemel bienfait pour tous les enfants de la nature et pour la nature elle-même qui n'eut jamais de plus noble interprète. » On voit par ces termes de sa lettre qu'il sentait toute la valeur d'un tel présent, et qu'il avait droit de s'enorgueillir d'une certaine fraternité d'études avec lord Bacon *. Quant à Coke, on montre encore àHolkham, en Norfolk, dans la bibliothècpie du comte de Leicester, son descendant, un exemplaire du Novum Organum^ et sur la page du titre ces mots : Edw, C. ex dono atuy torts ,* puis au*4essous, de la main du sévère magistrat, cette rude leçon en vers latins : « Conseil à l'auteur. — Tu entreprends de restaurer les enseignements des anciens sages-, restaure auparavant les lois et la justice. » Plus bas, et en vue de la vignette emblématique du navire franchissant les colonnes d'Hercule, l'inculte légiste avait écrit un distique anglais dont le sens est que le livre serait bon à mettre dans la cargaison du vaisseau de la folie ^, La vé«
i Tbê pride I takê in a certain congeniailty with yonr lordabip*! stadieg; Worki, t. VI, p. UO.
* Le distique anglais est nne allniion k une satire célèbre de Sébastien Brandt (1480), traduite en anglais par Aleiandre
iOO Vi£ de; BACOiN.
rite a dicté le conseil et le préjugé Tépigramme. Quoique le Novum Organum soit loin d'avoir obtenu dès le premier jour un succès égal à sa renommée , il rehaussa encore la position du chancelier. Jamais elle ne parut plus digne d'envie. Sa puissance n'avait d'autres limites que celle de son crédit auprès du marquis de Buckingham. Le roi louait ses œuvres et ses services; ses ennemis avaient éprouvé son adresse à les atteindre. Son activité, qui se montrait égale dans la politique, la justice, la littérature et l'intrigue , était partout dirigée par des facultés supérieures, et il était à la fois admiré pour ses talents, redouté pour son influence, aimé pour l'afTabilité de son accueil et l'agrément de sa conversation. Entouré d'une nombreuse clientèle, il vivait magnifiquement, soit à Gorhambury, où il avait appliqué les idées de son Esnai sur Vart des jardins *, soit à York House , la résidence paternelle dont il avait repris possession. C'est là que le 22 janvier 1621 , il célébra le soixan-
Barklay, en 1508, sous ce titre : The shjfp of folles of the world. Les vers latins sont comme il suit :
Auctori consiiinm Instanrare paras vetemm docamenta sophomm Instaura leges justitiamque prius.
(Éd. Montagu, t. XVI, part. II, not. BBB.)
1 Les dépenses de Bacon et de son père dans cette résidence avaient été considérables. Il avait des prétentions d'architecte. Verulam House était une construction dirigée par lui et par Dobson, le père du peintre. Nous en avons une descripUon détaiUée, ainsi que de ses jardins. Le tout ne paraît pas de fort bon goût, et fut détruit ou transformé peu d'années après sa mort. (J. Aubrey, Lives, t. II, part. I, p. 228-235.)