CHAPITRE V. — 1C
et ces condamnations , à leur tour, expliquent le Long Parlement.
Ce fut le moment de la plus haute fortune de Bacon *, et comme il lui resta toujours assez d'élévation d'esprit pour placer dans sa personne le philosophe audessus de tout le reste, il interrompit le cours des menées d'une lâche ambition pour travailler à l'honneur immortel de sa mémoire. Après quinze ans de silence sur les matières philosophiques, il donna au monde le livre dont la première ébauche datait de 4585, et qui sans cesse retouché, après avoir été recommencé jusqu'à douze fois , peut être regardé comme la pensée de sa vie. C'est le Novum Organum^ « celui de mes ouvrages, a-t-il écrit, auquel j'attache le plus de prix \ » En lui donnant ce titre, il annonçait hardiment l'intention de remplacer \Organon d'Aristote, c'est-à-dire de détrôner, en même temps que la logique, celui qu'il appelait le dictateur des sciences. En outre, la nouvelle logique n'était présentée que comme Tinstrument d'une vaste réforme et la seconde partie d'un plus grand ouvrage, dont le prologue, la préface et le plan général étaient compris dans le même volume, sous le titre mémorable d'Imtauraiio magna^. Le tout était dédié à celui qui rappelait Salomon par la sagesse, par la paix^ par le cœur et par les écrits. En allumant devant Jacques l" <( ce nouveau flambeau dans les ténèbres de la philo-
1 De Bell, sac, y Epist. ded., 3; Bouillet, t. IH, p. iOl.
* Instauratio magDa sive Novum Organum. Accedit paraseue (sic) ad bisloriaro naturalem et expérimenta lem. Fol , Lond., 1620.
Sophie, n il pensait accomplir la prophétie de Daniel : Muhi periransibunt et augeïniur scientia. Cette parole était fièrement gravée au bas d'un frontispice où Ton voyait un vaisseau près de franchir les colonnes d'Hercule. On doit trouver un peu d'étalage dans cette manière de philosopher. Mais Bacon pensait sérieuse* ment remplir une mission donnée par la Providence^ Quelquefois cependant il avait parlé de lui avec une modestie plus agréable : « Je ne suis, disait-il dans une lettre à lord Salisbury, qu'un sonneur de cloche qui se lève le premier pour appeler les autres à l'église ^. T» Mais l'âge et les progrès de la fortune avaient haussé son orgueil. Il n'éprouvait plus qu'une crainte, c'était de prendre son vol trop au-dessus de la tète des hommes ^. Dans les lettres qu'il joignit i l'envoi d'exemplaires àeVOrganum^ nous apprenons à connaître ses sentiments. Il fit hommage de son livre au roi, à Buckingham, aux Universités de Cambridge et d'Oxford. Celle-ci poussa la gratitude jus* qu'à nommer maltre-ès-arts le jeune homme qui lui apporta le livre de la part de Bacon *. Les réponses qu'il reçut contiennent plutôt des compliments que
< Nôtmm Organum, l, aph. 95^ cf. De Augm, 11^ X, et Redarg. philos., § 6â; BouiUet» t. I, p. 432; t. H, p. ^6 et 450.
* Works, t. V, lett. 78 et 82. G*est la pensée qu'exprimait Gampanella en jouant sur son propre nom. € Je ne suis que la cloche qui annonce une aurore nouvelle. »
* I hâve just cause to doubt that it flies too high over men's heads. Lett. à Lancelot Andrews, Bouillét, t. HI, p. 49â.
^ William Moyie, le 4 novembre 162i ; Athen. oxon., Fast,, t. V^part. I, p. 396; Works, t. V, lett. 242, t. VI. p. 252, 256.