‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 43 sur 112 · CHAPITRE Vi. — 1621. 10S · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vi. — 1621. 10S

graves projetés éprouvent quelques trépidations avant de se poser et de se fixer, ainsi, ce semble, par un effet de la Providence divine, cette monarchie, avant d'être fixée et consolidée dans Votre Majesté et sa royale descendance (et j'espère qu'elle y demeurera à jamais affermie), a dû subir tant de mutations et de vicissitudes, qui sont comme les préludes de votre stabilité'. » Ainsi Tœil même d'un homme de génie peut être fermé aux signes précurseurs des révolutions.

Bacon avait conseillé lui-même au roi la convocation d'un nouveau Parleihent. Il se flattait de ravoir préparée par sa manière d'administrer la justice. C'est sa plume qui traça la proclanlation adressée au peuple du royaume^.

Deux Parlements s'étaient succédé depuis Vavénement de Jacques I*', et leur conduite avait à peu près rassuré le roi qui se défiait de l'institution. Fondées sur des souvenirs nationaux, leurs justes prérogatives, à la fois obscures et sacrées comme tout ce qui vient du passé, étaient inconnues ou suspectes à un prince étranger, vaniteux et absolu comme un docteur, et qui se croyait le Salomon d'une nouvelle alliance. Infatué d'un pouvoir qu'il abandonnait presque tout entier au plus léger et au plus insolent des favoris, il était loin d'imaginer qu'il régnât au milieu du mécontentement général et que le mépris commençât à poindre sous le mécontentement.

En ouvrant la session , Jacques prononça un dis-

* De Augm,f \l, vu, 3; 1. 1, p. 137.

* Wtrkê, t. V, p. 535, 536.

m VIE DE BACON.

cours à sa manière (9 février 1621). U y parla de réconomie de son administration, pour appuyer une demande de subsides. Il se dit prêt au redressement de tous les griefs \ mais il avertit que quiconque faisait la chasse aux griefs et voulait se rendre populaire avait Tesprit de Satan. Son chancelier n'ajouta que peu de mots. Gomment parler en efiet après un prince qui avait fait entendre de tels oracles f Seulement, il devait à chacune des deux Chambres un conseil : «Connais-toi toi-même. Nosce te ipsum; et la première marque de cette connaissance de soi-même, c'est la modestie devant un si gracieux souverain. »

Et quand rOrateur à peine élu, suivant un usage encore subsistant , réclama au nom et en faveur des Communes, par humble pétition, leurs anciens et assurés droits et privilèges ', le chancelier, dont Tofiice était de répondre, prit soin, en lui notifiant l'acquiescement royal , de lui rappeler que « la liberté de la parole ne devait pas dégénérer en licence. » Mais pendant qu'il disait ces mots, il aurait déjà pu distinguer les regards sévères et menaçants d'Edouard Coke qui s'apprêtait à la vengeance.

Dès ses premières séances, en eflTet, le Parlement de 1621 proclama les griefs pubUcs^ Non qu'il s'agit

1 Depuis la sixième année de Henri VIll , il est d nsage que l*0ratear soit admis to lay daim, by humble pelUion, to their ancienê and undouàted rights and privilèges, et il parait que cette demande même choqua une fois Jacques 1^. Le chancelier ^ y répond : Uis Majesty mosê readily confirms, etc. (A prac^ tical treatise of ihe law, .. of Parliamcnt , Th. Erskine May , 2* éd., in-8, Lond., i851.)

* < Elle (la harangue du roi) avait fait quelque impression

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