CHAPITRE VI. —4621. H
rait son favori. Bacon lui écrivit qu'il lui adressait le gémissement de la colombe dont il prenait les ailes pour voler à lui, ces ailes qui, il y avait sept jours encore, lui semblaient devoir relever si haut. Dans cette lettre , il lui rappelle ses services, ceux de son père. Il est né un bon patriote^ il a grandi dans la Chambre des communes, et il faut maintenant qu'elle soit son tombeau. Quant au fait d'avoir été corrompu par des présents, le jour où le livre des cœurs sera ouvert, il espère que son cœur sera trouvé pur. Ce cœur n'a point été souillé par l'habitude coupable dé pervertir la justice inoyennant salaire. Mais il peut avoir été faible, il peut avoir eu sa part des abus du temps. Du reste, il s'en rapporte au roi sur ce qu'il doit ftiire pour sa défense^ il est dans ses mains comme de l'argile ' . Jacques ayant consenti à le recevoir. Bacon lui répéta que pour la corruption il était aussi innocent qu'aucun des enfants nés le jour des Saints-Innocents. 11 voulait dire (lui-même l'explique ainsi) que jamais la vue d'un présent n'avait déterminé une de ses sentences. Mais il était prêt, si le roi l'ordonnait, à se sacrifier pour Sa Majesté ; cependant il fit entendre qu'il vaudrait mieux dissoudre la Chambre : « Ceux qui frappent votre chancelier porteront leurs coups jusqu'à votre couronne, ajoutait-il -, je suis la première, je désire être la dernière victime^. » La dissolution tentait toujours le roi -, mais Williams représentait que le Parlement était dans son droit, et
> Leit. da 25 mars, Works, t. V, leU. 256.
• Wor*s, t. VI, p. 280-284.
4il VIE DB BACON.
qu'il agissait régulièrement. « En voulant sauver t quelques cormorans qui devaient rendre gorge de K ce qu'ils avaient dévoré, on ouvrirait l'éduse et nf. Ton se noyerait. »
Devant toute justice anglaise» la loi ouvre deux rôles àTaccusé, plaider coupable ou plaider non cou* pable, c'est-à-dire avouer ou nier le délit. Le gou* vernement fut d'avis que Bacon fit un aveu qui pourrait désarmer ses juges, et dont à tout événement les conséquences seraient adoucies par la protection royale» On prétend que Bacon s'y résigna par dévouement. Il aurait alors sacrifié son honneur à son maître *, ce serait la plus vile interprétation du ffloria m ob^mo. Le vrai, c'est qu'abandonné par la cou* ronne, il n'eut pas le courage de se défendre pour son propre compte, et de lui déplaire sans se sauver. U était hors d'état de détruire les faits articulés contre lui, et il n'avait ni l'énergie ni l'impudence qui guetroye contre la vérité* Son orgueil wéme préférait l'humilité d'un aveu, qu'il pouvait rendre touchant et presque digne encore, aux misères de la dénégation et de la chicane. 11 était d'ailleurs jusqu'au fond de sa pensée un adorateur du pouvoir, surtout du pouvoir royal. Dès que le roi n'étendait plus son sœptre devant lui, et qu'une autorité régubère s'élevait contre lui, le philosophe se sentait isolé et perdu. U manquait de la hauteur et des passions qui soutiennent la résistance et soulèvent contre la force. La force enfin^ on ne saurait trop le redire, quoi qu'il en coûte, la force cette fois était la justice. — Bacon se soumit.