CHAPITRE II
Pouvoir antiseptique de l’alcool et ds la poudre de Lucas-Championnière.
On sait, grâce aux travaux de MIQUEL (1883), de Gué- GUEN (1908) et de Masson (1910), que les corps antiseptiques peuvent, à des doses déterminées, arrêter le développement des microbes sans pour cela abolir leur vitalité. Dans ces conditions, les bactéries arrêtées dans leur développement sont encore susceptibles de le reprendre si on les replace dans des conditions normales d’existence.
MiQuEL (1883), l’un des premiers, attire l'attention sur les modes d’action des antiseptiques, et il distingue : 1° la dose d’antiseptique qui tue la bactérie; 2° la dose qui en suspend seulement les manifestations vitales.
GUÉGUEN (1908), nomme « pouvoir inhibitoire » la dose qui empêche la culture de se développer, et « pouvoir toxique » celle qui tue la bactérie ensemencée.
Masson (1910) calcule le pouvoir inhibitoire du bichlorure de mercure, du sulfate de cuivre, de l’acide salycihique et de la résorcine, sur le B. subtilis, le B. pyocyaneus de GESSARD, et le B. anthracis; c’est ce qu’il nomme « dose infertilisante ».
MACÉ (1913) apprécie l’action d’un antiseptique par deux moyens différents : 1° il fait agir l’antiseptique directement sur un microbe bien vivant, et note le temps que celui-ci met à dépérir, s’atténuer et mourir; des parcelles de culture en nature, ou des fils de soie imprégnés de cultures et séchés, servent à instituer son-expérience ; 2° il cherche à déterminer quelle est la proportion minima de l’antiseptique nécessaire pour empêcher le développement du microbe dans un milieu favorable, tout en lui laissant la vie.
J'ai déterminé la dose infertilisante et la dose toxique, pour la poudre de LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, autrement dit, j'ai fixé la dose de poudre nécessaire pour :
1° Empêcher tout développement :
2° Stériliser le milieu.
On sait qu’une bactérie peut s’accoutumer et s’adapter aux antiseptiques. Ainsi Kossrakorr (1887), et Mas- SON (1910) ont montré que le B. anthracis, dont la dose d'acide salycilique infertilisante est de 0 gr. 44 par litre de milieu, passe après adaptation à 1 gr. 02. Ceci étant établi, j'ai déterminé les doses infertilisante et toxique pour des bactéries non adaptées.
Pour l’expérimentation, je me suis inspiré des travaux de GUÉGUEN (1908) et de Masson (1910).
Méthode de Guéguen pour la détermination des pouvoirs antiseptiques.
Pour la détermination des pouvoirs antiseptiques, GUÉ- GUEN donne la formule de deux liquides :
1° Un milieu de culture liquide, « milieu normal », ainsi composé et dont voici le mode de préparation :
PODIONE Rs 20 grs.
Glucose En Cats 10 grs.
Chlorure de sodium ..... 5 grs.
Eau distillée’...,..,:.... 90 cm3 environ.
Dissoudre, neutraliser à la phtaleine, ajouter 41 cm° de soude normale et compléter à 1.000 em, stériliser à la température de 120° pendant vingt minutes;
2° Une solution au 1/100 dans l’eau ou l'alcool à 90°, suivant la solubilité de l’antiseptique à étudier. Cette dernière solution est stérilisée s’il y a lieu. Ensuite Gutf- GUEN y détermine le poids de cent gouttes à la température de 15° et il calcule le poids d’antiseptique contenu | dans une goutte.
Pour étudier les pouvoirs antiseptiques des corps mis en expérience, le « milieu normal » est distribué dans des tubes à essai, à raison de 10 centimètres cubes par tube ; puis on y ajoute un nombre déterminé de gouttes de la solution au 1/100 d’antiseptique, et l’on ensemence la bactérie à étudier. Le tout est porté dans une étuve ou une pièce réglée à la température de 22°. On observe quotidiennement. |
On note les résultats dans des tableaux dont chaque ligne horizontale correspond aux numéros des tubes, les verticales représentant des périodes de vingt-quatre heures. On constate qu’au bout de dix jours le nombre des cultures développées est généralement stationnaire.
Calcul du pouvoir infertilisant (dose infertilisante). — GUÉGUEN suppose que dans une série de six tubes, un à cinq tubes aient cultivé et que le sixième soit demeuré limpide; il en conclut que la proportion d’antiseptique contenue dans,le tube 6 représente la dose infertilisante. I! calcule ainsi le pouvoir infertilisant :
LE es
Soit : P le poids du tube plein, p le poids du même tube vide et sec, P — p exprime le poids du contenu :
Soit, d'autre part, À le poids d’antiseplique contenu dans une goutte de solution, n le nombre de gouttes employées ;
P — p exprimera le poids d’antiseptique nécessaire pour empéh n° cher tout développement dans un litre de « milieu normal»,
Calcul du pouvoir torique (dose toxique). — On opère Comme il vient d'être dit sur « milieu normal ». On considère l’inhibition comme réalisée dans le premier récipient demeuré limpide à la fin de l’expérience précédente. On ensemence alors une nouvelle série de tubes de « milieu normal » avec une goutte de chacun des liquides restés limpides dans la détermination du pouvoir infertilisant. Le premier des tubes qui ne se trouble pas renferme la dose toxique. On en déduit, par le même
Calcul que dans expérience précédente, le pouvoir toxique.
Modifications apportées à la méthode de GUÉGUEN. — GUÉGUEN prend comme base de ses calculs le poids des Substances employées; je préfère calculer les pouvoirs infertilisant et toxique sur les volumes des liqueurs, car ii est plus facile et plus rapide d’en mesurer 40 em° que de les peser. De plus, je compte le nombre de gouttes contenues dans un centimètre cube de liquide antiseptique; j'en déduis le volume des gouttes a Joutées au milieu de culture et la quantité d’antiseptique contenue dans une goutte. Je rapporte la dose infertilisante et toxique à un litre de milieu.
Calcul. — Soit V le volume du milieu normal, % le volume de la solution d'antiseptique ajoutée, p le poids d'antiseptique contenu dans celte solution ; la dose infertilisante ou toxique est donnée par
ormule suivante : ——— af \R EE),
Dee
GUÉGUEN (1908) et Masson (1910), s’appuyant sur les remarques de MINERVINI (1898) et de BERTARELLI (1900), relatives à la faible sensibilité des bactéries à l'alcool dilué, préparent des solutions d’antiseptique à 1/100 dans l'alcool. L’addition de ces solutions, par gouttes, au milieu, donne un liquide de titre alcoolique extrêmement faible.
Si les quantités d’alcool ainsi introduites dans les nilieux peuvent être sans importance dans certaines conditions et pour des bactéries déterminées, 1l n’en est pas de même pour les recherches des bactéries des poudres étudiées, qui sont souvent très résistantes et pour lesquelles on doit ajouter un volume assez considérable de solution alcoolique d’antiseptique; aussi, j’ai cru bon de tenir compte des doses infertilisante et toxique de l'alcool. De plus, pour atténuer, dans certains cas, le titre alcoolique des mélanges, j'ai préparé des solutions alcooliques d’antiseptiques au 1/20:
Je ne pouvais songer à faire une solution aqueuse ou alcoolique de poudre de LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, aussi, Je prépare une macération dans l’alcool à 90°, d’après la formule suivante :
Poudre de Lucas-CHAMPIoNNiËRE fraîchement préparée. 5 gr. MPOORO0 enr du à æ à 0 OS pour.--100;cm°:
Après cinq jours de contact, je filtre.
Cette macération contient l’iodoforme, l'essence d’eucalyptus et la plupart dés principes immédiats importants du quinquina et du benjoim.
Détermination des pouvoirs antiseptiques de l’alcool à 95°.
Le « milieu normal » est distribué, par dose de 10 em’, dans une série de trente tubes à essai de 15 à 17 centimètres de hauteur. Les tubes sont stérilisés à l'autoclave, à la température de 120°, pendant un quart d'heure. Après refroidissement, sont ajoutées, dans le : premier tube, 20 gouttes d'alcool à 95°; second, 25 gouttes; troisième, 30 gouttes, ainsi de suite en suivant la même progression pour arriver au trentième tube, dans lequel sont versées 165 gouttes. Les tubes sont ensuite ensemencés avec des cultures très jeunes, pour éviter, dans la mesure du possible, la présence de formes de résistance. Voulant éviter également de trop grands écarts, relatifs à la quantité le semence, se servir de la même boucle de platine. Pour ajouter le nombre nécessaire de gouttes d'alcool à 95° dans le milieu de culture, employer une pipette de 2 cm’ qui, tenue verticalement, fournit 50 gouttes par centimètre cube. Les tubes sont ensuite bouchés soigneusement avec du coton profondément engagé dans le tube et avec un bouchon stérilisé recouvert d’une coiffe en caoutchouc, pour empêcher l’évaporation de l'alcool. Ils sont mis ensuite à l'étuve, à la température de 37°, pendant dix jours.
Après ce temps, les tubes sont examinés, et les calculs faits suivant le procédé que nous avons exposé.
Voici les résultats obtenus ävec les diveïses espèces de bactéries mises en éxpérience :
1° Dose infertilisante et degré alcoolique du milieu qui s'oppose au développement :