CONSIDER ATIONS GÉNÉRALES ET CONCLUSIONS
Les pharmaciens se sont toujours intéressés aux conditions les plus favorables à réaliser pour assurer une conservation aussi parfaite que possible des drogues.
Les caractères organoleptiques sont restés longtemps les seuls utilisés pour établir l’identité ou le bon état de conservation d'un grand nombre de médicaments simples et composés. Pour donner à ces caractères plus de stabilité, on dessécha les drogues, on les mélangea à de fortes proportions de sucre, au vin, au vinaigre, etc. La dessication et le sucre s'opposent, en effet, à la plupart des fermentations microbiennes. Ces précautions ne suffireni pas; les changements de couleur des plantes, des teintures, des alcoolatures, etc., la formation de précipités au sein des liquides alcooliques, éveillèrent l’attention d’un assez grand nombre d'auteurs.
Des nombreux travaux suscités par ce sujet naquit la méthode de destruction des ferments solubles, dite méthode de stabilisation des médicaments, à laquelle ROURQUELOT (1), PERROT et Goris (2) ont attaché leurs noms.
(1) BourqueLor. — Stérilisation et dessiccation des plantes médicinales. Bull. de l’'Acad. de Méd., 31 janvier 1911, et Journ. Pharm., et Chimie, 7° série, II, p. 149, 1911.
(2) Perror et Gonris. — Stérilisation des plantes médicinales dans ses rapports avec leur activité thérapeutique. Bull. Sciences Pharim., n° 7, juillet 1909,
Quant à l’altération des préparations médicamenteuses par les bactéries, si on fait exception pour quelques-unes d’entre elles : extraits de Solanées dont la diminution du titre alcaloïdique est attribuée à l’activité des bactéries qui paraissent s’en nourrir; quelques eaux distillées fréquemment visqueuses ou pigmentées; gélatine dans laquelle on a caractérisé la présence de spores tétaniques; quelques saccharolés; on peut dire que l'étude des causes bactériologiques d’altération des médicaments est entièrement à faire.
L'introduction en thérapeutique des médicaments hypodermiques, intraveineuse, intramuseulaire et l'adoption de l’asepsie dans la pratique chirurgicale, commandèrent impérieusement au pharmacien la mise en œuvre des diverses méthodes de stérilisation. L'idée de l’état septique des médicaments est donc bien nette, et des travaux remarquables sont consacrés à l’étude des méthodes de stérilisation applicables à certains produits. C'est ainsi que nous connaissons, dans le détail, les méthodes à Suivre pour la stérilisation des objets de pansement et des divers médicaments injectables : méthodes qui doivent conduire à une abiose complète, en laissant aux préparations leur composition initiale et leur activité.
Les corps antiseptiques paraissent avoir été considérés comme stériles où comme peu susceptibles d’être des véhicules de bactéries vivantes. Il en est de même pour les médicaments composés, qui renferment à côté d’un ou de plusieurs antiseptiques, des corps et substances inertes. Quant aux médicaments considérés comme dépourvus de propriétés antiseptiques, ils ont été à peu près complètement négligés à ce point de vue.
L'emploi quotidien de médicaments pulvérulents, associés ou non à des corps antiseptiques, dans le traitement
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des plaies ou des surfaces irritées, m'a engagé à en faire l'étude bactériologique, sinon en ce qui concerne la nature spécifique de toutes les bactéries rencontrées, du moins au point de vue numérique et pour certaines d’entre elles au point de vue pathogénique.
J'ai fait des numérations de germes, quelques essais d’identifications et de résistance de quelques bactéries à l'égard des antiseptiques ou des mélanges antiseptiques. J'ai établi le-rôle joué par les poussières dans la contanunation des médicaments et fait une étude particulière de la poudre de LUCAS-CHAMPIONNIÈRE. Les principaux résultats obtenus peuvent se résumer ainsi :
1° Les médicaments pulvérulents prélevés dans les conditions ordinaires de l'exercice de la pharmacie, sont souvent riches en bactéries ou en germes bactériens vivants. Cette richesse et la nature spécifique des bactéries, varient évidemment avec les précautions qui entourent la récolte, la pulvérisation, la conservation et les manipulations,
2° Les corps suivants : chlorhydrate de cocaïne, chaux vive, hypochlorite de chaux, poudre de VINCENT, bi-iodure de mercure, bichlorure de mercure, turbith minéral, oxy- des jauné et rouge de mercure, proto-iodure de mercure, ont toujours été trouvés stériles. La vie des micro-organismes paraît impossible à leur contact, même à sec.
Il y a lieu de noter la stérilité habituelle de l'acide borique ;
3° L’atmosphère des pharmacies tient en suspension de nombreuses bactéries. J'ai isolé des poussières d’une pharmacie et je crois avoir caractérisé les spores tétaniques. Ces spores ont d’ailleurs été retrouvées dans un deuxième essai effectué sur les poussières d'un laboratoire, ;
L'apport constant, dans les officines, de produits biologiques en vue d’analyses et d'objets ayant séjourné aans les chambres de malades, est une cause importante de pollution;
4° Tous les microbes caractérisés dans les poussières de l’air, figurent ou peuvent figurer dans les produits médicamenteux souillés. Il est important de noter que certains d’entre eux ont un grand pouvoir pathogène (vibrion septique, bacille du tétanos, bactéridie charhonneuse), et Que la virulence des anaérobies peut être provoquée et exaltée, grâce à la présence simultanée de micro-organismes aérobies ;
5° Les médicaments pulvérulents non stérilisés appliqués sur les plaies, apportent donc avec eux des germes iroffensifs et des germes dangereux. Les premiers, s'ils sont aérobies, fixent l’oxygène de l’air et réalisent un milieu favorable à l’évolution des anaérobies : vibrion septique, bacille du tétanos, etc. ;
6° La résistance des bactéries aux antiseptiques énergiques est variable avec le corps et la bactérie considérés.
J'ai déterminé pour trois bactéries la dose infertilisante et la dose toxique de l’alcool et de la poudre de LUCAS-CHAMPIONNIÈRE. Les cultures vieillies et les spores persistent plus longtemps, comme on pouvait s’y attenare, que les cultures jeunes;
7° L’iodoforme est parfois le support de très nombreux germes vivants.
J'ai également rencontré une forme staphylocoque vivant dans l'essence d'Eucalyptus. Cette bactérie cultivée, vieillie et remise en contact de l’essence gardait sa vita- Eté pendant plus de six jours;
8° La poudre de LUCAS-CHAMPIONNIÈRE est souvent très riche en germes. Parmi les micro-organismes que j’en ai