HISTORIQUE
Depuis longtemps, les pharmaciens étudient les altérations que peuvent subir les médicaments. Ceux-ci, en effet, ne conservent pas toujours la composition chimique et les propriétés qu'ils possèdent immédiatement après leur préparation; ils éprouvent, sous des influences multiples, des modifications de nature diverse.
Les causes d’altération sont de trois ordres :
4° Chimique : oxydations ou réductions, formation de précipités, dégagement de gaz, etc. ;
2° Physique : action de la chaleur, de la lumière, ete. ;
3° Microbiologique ou cryptogamique.
Toutes ces causes d’altérations ont été longuement étudiées par de nombreux pharmacologistes. BrASo- LETTO (1832), le premier, décrit un certain nombre d’or. ganismes observés, soit dans les eaux distillées, soit dans différents liquides pharmaceutiques : solutions, mixtures, infusions, etc. Cet auteur considère ces organismes comme des Algues appartenant notamment au genre Hygrocrocis.
ViroN (1892), étudiant les altérations des eaux distillées par les micro-organismes, caractérise la présence de
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trois pigments fixes, produits de’ sécrétions d'organismes vivants. Il isole des eaux altérées, des microbes chromogènes susceptibles de reproduire, dans des milieux nutritifs convenablement choisis, les colorations observées.
La plupart des solutés médicamenteux : solutés d’alcaloïdes, d'acide borique, d’acide phénique, d’acide tartrique, etc., sont le siège d’un grand nombre de végé- {ations cryptogamiques. Les bactéries chromogènes ne se montrent qu’exceptionnellement dans les solutés; cependant BARNOUVIN (1896) observe des Leptothrix et des Micrococcus chromogènes dans des solutés de borate de soude. Dans une solution de chlorhydrate de morphine, un tiers du sel est détruit par des Champignons.
BIGINELLI (in Gosio 1898) montre que le Penicillium brevicaule absorbe l’arsenic comme un véritable aliment. Le développement de cette espèce produit un dégagement de gaz toxique, une di-éthylarsine.
GUÉGUEN (1899) étudie la liqueur de Fowler, les solutés de bromure et d’iodure alcalins, dans lesquels il trouve également une flore composée d’Aspergillus et de Penicillium.
RIBAUT (1908), dans son travail sur les altérations des extraits de Solanées, constate que, quatre ans après leur préparation, ils diminuent de titre alcaloïdique. Un extrait de belladone perd 45 % de sa quantité primitive, un autre 22 %; un extrait de jusquiame, 69 %; des extraits de datura, 8 % et 31 %. RIBAUT attribue cette destruction, parfois très avancée, des alcaloïdes, à l’action des microbes et des moisissures.
D'après HÉnissey (1909), les altérations les plus importantes des extraits pharmaceutiques sont celles qui: résultent du développement de Mucédinées et Bactériacées. Celles-ci se développent plus spécialement dans
Ses les extraits à réaction fortement acide; les autres extraits sont le plus souvent envahis par des bactériés. Cet envahissement des extraits par les micro-organismes a pour résultat de modifier la teneur des extraits en principes actifs, et par suite d’en changer considérabletnent la valeur thérapeutique.
Les saccharolés subissent des transformations sous l’influence des saccharomyces de diverses espèces, et des B. lacticus de PASTEUR, B. butyricus de PASTEUR, B. vis: COSUS, Leuconostoc mesenteroides, etc.
Les tablettes et pastilles se piquent souvent, c’est-à-dire qu’elles apparaissent comme parsemées de petites taches circulaires, trans'ucides, plus ou moins étendues. Cela tient à ce qu'il se développe alors des colonies de microorganismes qui intervertissent le sucre de canne et mettent en liberté du lévulose. Celui-ci attire l’humidité de l'air et donne aux petites taches dues aux colonies, l'aspect translucide observé: HURAUT (1852) a signalé ce genre d’altération, sans en saisir le mécanisme exact. Il pense néanmoins à l'existence de Cryptogames.
Les exemples d’altérations de médicaments par les micro-organismes que je viens d’énumérer, laissent deviner la fréquence de la souillure naturelle ou accidentelle des divers produits utilisés dans la pratique pharmaceutique. Les antiseptiques sont pollués au même titre que les autres produits, et la vie des germes dans ces milieux ne dépend que de leur sensibilité propre, ou de la présence de formes de résistance.
Je retrouve dans certains médicaments antiseptiques, les bactéries qu’on a déjà signalées dans les poussières qui nous environnent.
Je sais aussi que les bactéries qui pullulent dans les plaies de guerre, proviennent des poussières de la terre,
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des débris vestimentaires plus ou moins souillés, des débris excrémentitiels. On signale dans ces plaies la présence de la flore intestinale. La terre contient, en effet, une quantité considérable de bactéries provenant des matières fécales, des urines, des eaux ménagères, etc.
DucLaux (1893) écrit : « Tous les microbes doivent exister dans le sol, car d’où viendraient-ils ? Par conséquent, ils se rencontrent dans l’air et les poussières. On peut dire que la richesse en bactéries du sol est en dépendance directe de sa richesse en matières organiques, @t par conséquent beaucoup plus grande dans les couches superficielles. »
C’est à PASTEUR (1862) qu'il faut attribuer la démonstration rigoureuse de la présence des bactéries parmi les poussières organisées de l’atmosphère.
Dans l’Annuaire de l'Observatoire du pare Montsouris, MiQuEr. (1880) signale dans les poussières de l’air et de l’eau la présence du B. anthracis de DAVAINE, du B. subtilis et du B. septicus de PASTEUR. Il note soigneusement la nature des micro-organismes nés de l’ensemencement du bouillon neutre par une faible quantité d’air extérieur, et établit que sur 100 microbes recueillis, on compte environ : 66 Micrococcus, 25 Baciltus, 6 Bacterium, 1 à 2 vibrions. Les Bacterium et les vibrions sont donc rares, les Bacillus fréquents et les Micrococcus abondants.
SarTORY et LANGLAIS (1912), au cours de leur étude sur les poussières et microbes de l'air, trouvent un assez grand nombre de bactéries, pour la plupart saprophytes, mais aussi quelques espèces pathogènes. Les poussières véhiculent le B. anthracis, le vibrion septique, le pneumocoque. Les fragments de matières fécales desséchées, entraînés par le vent, apportent toute la flore intestinale :
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B. subtilis, B. megüätherium, B. mesentericus, B. lacticus, Proteus vulgatus, plusieurs staphylocoques et streptocoques pyogènes et des microcoques divers.
MACE (1913), dans son Traité de Bactériologie, au chapitre traitant &es bactéries du sol et de l’air, signale tous les micro-organismes trouvés par les auteurs; il cite B. perfringens, B. anthracis, B. septicus, bacille de KocH, bacille du tétanos, Pneumocoque et plusieurs sterptocoques et staphylocoques pyogènes. Lui-même isole plusieurs espèces provenant des matières fécales, telles que : B. typhosus, B. coli, B. mycoides, B. mesentericus, B. proteus vulgatus.
BURNET (1917), dans ses recherches sur les bactéries des poussières, isole un certain nombre de germes : B. subtilis, B. mesentericus, B. megatherium, B. mycoides, B. coli, Proteus, staphylocoques et streptocoques, tous microbes aérobies ou aréobies facultatifs. La flore des anaérobies est celle des sporulants, des putrifiants, se développant en tube de VEILLON en piqûre profonde, ou sous le voile formé par le B. subtilis ou le B. mesenterieus. Les bactéries isolées sont : Bacille de WELSCH ou B. perfringens, le B. sporogenes, B. de NICOLAIER où B. tetani. Ce sont les sporogènes qui dominent, parce que leurs spores sont très résistantes. BURNET isole le Bacille tétanique dans le tiers des cas, et dit qu’on le trouverait encore plus souvent si on le cherchait spécialement.
On a signalé, dans ces dernières années, un certain nombre de cas de tétanos, consécutifs à des injections sous-cutanées de solutions de gélatine employées comme hémostatiques. Levy et BRUN (1902), ANDERSON (1902) montrent que la gélatine commerciale peut contenir des spores tétaniques. De là la nécessité de soumettre les médicaments injectables à base de gélatine, à une stérilisation