CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Depuis l'ère pastorienne la pathogénie de la plupart
des infections a été complètement bouleversée. Cette révolution a gagné bientôt les autres domaines de la médecine, et 1l est certain qu’en face de la thérapeutique purement symptomatique, la médication pathogénique a pris, chque jour, une importance plus grande. , Mais toutes les maladies infectieuses n’ont pas bénéficié, au même titré, des recherches effectuées dans cé sens. Si la vaccination anticharbonneuse, le traitement - antirabique, la -sérothérapie antidiphtérique sont largement entrés dans la thérapeutique courante, on ne saurait considérer de même le traitement pathogénique de bien d’autres maladies infectieuses.
Nous nous proposons d'étudier, au cours de ce travail, les essais de vaccination contre les infections dues au pneumo ‘oque, ou au streptocoque. Ces agents patho-
Se
gènes, soit qu'ils provoquent des lésions primitives graves, en quelque sorte! spécifiques, telles que la pneumonie ou l'infection pucrpérale; soit qu'ils interviennent comme agents redoutables de complications secondaires, comme au cours de la grippe et des fièvres éruptives, leur action imposait la recherche d'une thé- -rapeutique plus active. l .
Jusqu'à présent, ces injections n ‘étaient l'objet, pour ainsi dire, que d'une thérapeutique purement symptomatique.. Les essais de médication pathogénique que l’on a pu tenter ensuite n'ont été dirigés, jusqu'à ces dernières années, que dans le sens de la sérothérapie.
Essais de thérapeutique pathogénique par la sérothérapie.
Depuis une trentaine d'années, des études nombreuses ont.été faites, qui tendent à obtenir une immunité passive dans les pneumococcies. En 1891, Bonome (1) posait le principe de l’immunisation par transfusion, à des: animaux sains, de sang et de sérum d'animaux précédemment immunisés.
Talamon et Frænkel (2?) constatèrent, au cours d’expériences, que l'injection, à des animaux, de cultures atténuées, ou à doses insuffisantes pour les tuer, les prémunissait contre l’inoculation ultérieure de cultures virulentes. a
Mosny (4) trouvait les essais de thérapeutique humaine, Jusüfiés par la démonstration. expérimentale de la spécificité de l’action des humeurs des lapins vaccinés ; les humeurs, seules, des lapins vaceinés. jouissaient de propriétés vaccinantes, alors que le sérum de Japins non vaccinés ne possédait. pas-les mêmes propriétés.
ÉRS) neE
Foa, Scabia, Emmerich, faisaient des expériences à l’aide de cultures virulentes ; Netter, Fowitzky, firent usage de souches de pneumocoques vivants et atténués. Avec l'appareil filtreur de Kitasato, on tenta la vaccination par cultures stérilisées. Mosny donna la préférence, sur les autres méthodes, à la vaécination partant de 1x macération filtrée d'organes de lapins morts de septicémie pneumonique. | … Les frères Klemperer observèrent que le sérum sanguin d’un pneumonique, ou la sérosité de vésicatoires prélevée chez des: pneumoniques, après la cerise, se montraient capables de vacciner les lapins ebmême de les guérir, quand on les avait, préalablement, infectés avec du pneumocoque virulent. Foa et Belfanti n’eurent que des insueccès par cette méthode.
La technique de l’immunisation passive a subi, ellemême, des variations nombreuses. Bossan (60) injecte du sérum de l’Institut Pasteur dans la trachée de malades atteints de pneumonie. Jusqu'à lui la voie SoUscutanée avait, seule, été employée. ;
Nobécourt (72) procède à des injections intra- se ales dans les pleurésies purulentes des nourrissons, et Mauriae (68) porte le sérum, directement sur la lésion, par des injections intra-pulmonaires.
Mac Guire et Redden (70) Wrailent la pneumonie grippale par des injections, intra-veineuses, de sérum de convalescents. , Truche et Cruveilhier (74) préconisent également la voie. intra-veineuse pour l'injection de sérum dans les pneumococcies,
En France, on a surtout fail usage de sérum de Truche et de l’Institut Pasteur ; en Allemagne, de sérum de Rôümer et. de Handel ; en Italie, de sérum de Pane et Bruschettini.
LAS Les résultats rarement nuls, souvent heureux, n'ont jamais été en aucun cas malheureux.
La sérothérapie apporte à l'organisme des substances ‘ de défense, immédiatement utilisables. Le prototype.
étant la sérothérapie antidiphtérique, les antitoxines
: contenues dans le sérum neutralisent, pour ainsi dire
instantanément, l’action de la toxine. L'efficacité de la vaccination passive en pareil cas est due au fait que le bacille diphtérique sécrète une toxine bien définie, qu'il a été facile d'isoler et d'étudier.
On ne peut en dire autant de la plupart des autres agents microbiens, pathogènes pour l’homme ; le pneumocoque et le streptocoque nous paraissent entrer dans cette catégorie. Non pas que nous voulions contester la valeur du traitement sérothérapique, au cours des infections dues à ces germes. Mais nous croyons que l’on doive expliquer tout autrement le mécanisme de leur action. Il n’est plus question de neutralisation de toxines pheumococciques et streptococciques inexistantes ou mal
définies, mais d’une action élective sur la mobilisation
des agents de défense, en particulier les :leucocytes. C'est du moins de cette façon que Besredka expliquait l’action du sérum antistreptococcique. On peut supposer aussi que l'injection de sérum, même normal, déclanche
dans l'organisme un déséquilibre humoral, aboutissant
à une réaction salutaire dont, nous devons l'avouer, nous ighorons le mécanisme intime. C’est ainsi que l’autosérothérapie, présentée par le professeur Audibert, a souvent fourni d'excellents résultats.
Mais cette action stimulante, exercée sur les éléments de défense, n'est-il pas plus rationnel de chercher à la provoquer par une vaccination active? Etant donné que, dans ces cas particuliers, il ne s'agit pas d’une action.
| PR es
antiloxique tmmédiale, la vaccination active présente ‘ l'avantage, nous semble-t-il, de laisser l'organisme: pos- ‘ Sesseur des substances de défense qu'il à lui-même
élaborées. | Celte action Vaecinante peut être utilisée soit à titre : prophylactique, soit à titre curatif. Nous envisagerons dans ce travail ce double point de vue,
| EST-IL POSSIBLE | DE CRÉER UN ÉTAT D'IMMUNITÉ ACTIVE CONTRE LE PNEUMOCOQUE OU CONTRE ÉE STREPTOCOQUE ?
On a recherché une base expérimentale aux éssais de vaccination active. Les résultats obtenus chez l’animal ont été différents, suivant que l’on étudiait le pneumocoque ou le streptocoque.