‹ Bagnes, prisons et criminels (volume 2)Chapitre 1 sur 45 · HOU · texte numérisé non relu

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RUK DK5 ORATILLIS&S, 34.

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Depuis de^ $ièoli9s ^lès législateurs de toutes les iiatioDS ^jdj^eot les lois ; elles deviennent suecessivement plus ou moins sévères , suivant l'état de la société sur laquelle on veut exercer leur influence^ pour empêcher le mal ou pour * le punir. Des esprits également éclairés

veulent un système de punition qui pei*mette toujours au coupable de compteur sur Toublî de ses fautes ^ ou des peîne«, qui ne laissent au condamné aucune es-^ pérance. NoUs ne voulons pas blâmer cette excessive sévérité; cependant le légiste, quelque élevée que soit sa positiou, ne doit jamais oublier les faiblesses de Tespèce humaine , mais bien suivre les préceptes de i'Evangile, et tendre une main secourable au malheureux qu'une vie Ufccè^iïse\a*.iépâTîS du reste de là. société-

Pour nous , %fui:9'yi3:^*é£u^ié avec line scrupuleuse attention les mœurs, les habitudes des prisonniers ^ nous croyons qu'il est toiijours possible de ramenei^ au bien ceux qui ne sont pas tout-à-fait gangrenés > entièrement corrompue.

G'^st d'après cette conviction que nous ayons appelé de tous nos vœux l'a* bolition de la /nurçrae^elque nous de«»

mandons aujQUFd'liui celle des peines infamantes.

^ La peine de mot t rencontre autant de partisans, que d'adversaires; et pour donner notre opinion à cet égaitl ^ nous devons avouer que par sentiment nous . voudrions qu'on pût Fabolir, mais que notre esprit n'est point encore certain que le moment en soit venu. Pour chan* ger raisonnablement cette partie de notre l^islatibn, il faudrait savoir si la crainte de la mort est moins puissante sur l'imagination des criminels ^ q^iie celle de tout autre châtiment qui là remplacerait; et comme^ dans cet ou«vrage, nous aurons plusieurs fois l'ocf-

casion de traiter eette matière^ nous soumettrons franchement au lecteur nos observations sur les ayantages ou les in-^ Gonréniens de cette peine.

Dans des écrits qui font lK>nneur à leurs auteurs, on demande Pexportatiod ou le système pénitentiaire ^ Temprisoti-' nement solitaire ou la colonisation ; et ce

qui nous paraît consolant pour l'huma-

nité , c'est que dans toutes ces publica*»

tions oa s'accorde à reconnaître que le système actuel d'emprisonnement est Ticieux, ne corrige pas, et devient plutôt pour ceux qui le subissent une école d'enseignement mutuel de perversité et 4jp dépravation.

Nous savons qu'il n'est pas facile de découvrir ce qu'il convient de faire des prisonniers dans l'intérêt de la société,

mais 5 pour èlre juste» il faut éyiter Tinfluence d'une excessive compassion ou d'une trop rigoureuse sévérité. Ap précier les nombreux et divers caractères des condamnés, parvenir à eonnaitre les véritables causes de leur immoralité , est un problème qu'on ne peut résoudre comme une question scientifique. D'un côté , les élémens de la proposition du problème sont connus; de l'autre 9 les termes en sont cachés soi* gneusement^et .cela par une ruse d'autant plus efficace qu'elle est pour le coupable le résultat d'une longue étude et d'une continuelle application. Arriver aux se<^ crets du cœur d'un homme placé dan»

cette position 9 déjterminer le point de départ du mal et le degré où il peut parvenir 9 voilà ce qu'il faut pour faire

de bannes lois et en rendre l'efi^t aussi utile aux honnêtes gens qu'aux crimi<^ itels. -

Cette vérité une fois admise ^ nous devons reeonnaître que, malgré les meilleures intentions , le législateur ne s'est jsunais assez livré à la reciierche de cette importante découverte. Bâtir des prisons solides , y loger pêle-mêle les condamnés ^ employer des chaînes ouïes cachots pour obtenir une espèce de discipline et d'obéissance : tel est en masse le système de détention en France et dans la plupart des pays de l'Europe.

Aussi tout s'améliore autour de nous, excepté la nombreuse classe des prisonniers^ dont on ne s'occupe pas, et qui pourtant est la plus dangereuse et la plus à craindre pour la moralité publique^

L' étude des gl^aods eoupables est ime soFte d^anatomie du cœur et de Tesprit qui ne s'apfMread pas par des lectures ou des théories^ ni par quelques ?isites dans les prisons^ L'homme qui a souvent trompé est toujours sur ses gardes; il est eonstaoïment comédien ^ et croit peu à Tintérèt qu'on lui témoigne; et je dois dire que, malgré mes fréquentes Visites aux bagnes et aux prisons ^ mon expérience ne sufEt pas toujours pour connaître la vérité ^ quoique les prisonniers sachent bien que leurs confidences^ dans aucun cas» ne sont révélées par moi; mais il est dans leur nature d'être dis^ simulés I et ce sentiment agit souvent sur leur esprit plus puissamment que la confiance qu'ils m'accordent.

On conçoit alors avec quelle attention ^

qualle prudeoee, quelle discrétion , il faut étudier Tintérieur d'uiie prison et les hommes qui s'y trouTent^ pour bien juger leurs moeurs , leurs habitudes ; et ce n'est qu'après une longue suite d'observations que Fon pourra déterminer quel serait le châtiment qui, en amé* Uorant le moral des condamnés, protégerait suffisamment la société. Le nombre des crimes diminuerait progressivement , et c'est le résultat que doit obtenir une sage législation.

L'examen approfondi de semblables questions exige une haute intelligence et des connaissances spéciales y que je suis loin de posséder; aussi n'ai-je prétendu rien prescrire. Je publie simplement les observations faites dans mes voyages et les entretiens que j'ai eus avec

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un grand nombre de criminels; c'est une histoire abrégée des prisons et des hommes qu'elles renferment » et si les premiè^^as éditions de mes écrits sur les mêmes matières n'étaient pas depuis long-temps épuisées » je n'aurais jamais songé à leur réimpression.

Si l'opinion publique daigne encore accueillir cet ouvrage » j'aurai la con* viction d'avoir bien employé les vingt plus belles années de ma vie 5 et c'est un bonheur qui suffit grandement à mon ambition , à mes espérances.

Neuilly, 6 décembre 1835.

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