SOISSONS
Il y a dans cette ville une maison d'arrêt.
Elle est, comme le sont ordinairement ces sortes de prisons, sans lits pour les passagers : une salle d'environ vingt pieds carrés, au rez de chaussée^ très humide et presque privée d'air , contient de la paille sur laquelle vingt ou vingtH^inq hommes prévenus, condamnés pour délits , pour crimes , couchent ensemble. Cette prison réclamait , lors de ma visite , un grand nombre d'améliorations.
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La maison de correction du département de l'Aisne fixa ensuite toute mon attention. Elle contenait à cette époque cent soixante-seize détenus : cent six hommes et soixante-dix femmes. Elle est assez vaste pour en recevoir davantage.
On a interdit 9 autant que possible , toute communication entre les individus de différens sexes; la chapelle même est préparée de manière à favoriser cette mesure d'ordre.
Les condamnés pour crimes et pour délits sont confondus. Je ne sais quels motifs ont empêché que, pour les travaux, les détenus plus jeunes fussent séparés des autres. *
Répandus dans les ateliers, ils sont employés à la préparation des matières, ou bien auprès des métiers comme apprentis, jusqu'à ce qu'ils puissent travailler eux-mêmes.
Du reste , il n'a été permis au directeur de la maison de distinguer les détenus que sous le rapport du travail et de la bonne conduite.
Toujours l'amélioration principale est négligée, celle de classer les prisonniers :
1" Par âge,
2^ Par crimes,
3* Par sexe : cet article seul est en vigueur.
Les détenus sont généralemeiit occupés, dans cet établissement , à la tisseranderie des étoffes en laine. Le salaire de leurs travaux leur est payé par quinzaine, sur le prix arrêté par la Commission administrative et charitable des prisons, conformément aux dispositions des articles 20, 40 et 41 du Code pénal.
Un règlement approuvé par le préfet fixe la marche et l'ordre à suivre pour le service intérieur de ladite maison.
Les peines qui sont infligées sont, corporellement , au profit de la caisse de charité et au profit de la masse du délinquant , de la soupe et des autres alimens , s'il y a lieu.
Il est formé, au moyen des amendes prononcées pour faits de contravention, un fonds de secours communs, sous le titre de caisse de charité.
Le règlement indique la manière d'administrer les fonds provenant de la caisse de charité.
A l'arrivée de chaque détenu , les effets d'habillement qu'il ne devra pas conserver dans la maison , ainsi que les bijoux et l'argent qui lui appartiennent, sont remis au directeur, qui en
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tient note sur un registre, et les dépose, avec une étiquette, dans un magasin, pour être restitués au propriétaire au moment de sa sortie.
Dans le cas d'évasion des détenus, les effets et le montant de leur masse passent de droit à la caisse de charité.
Indépendamment des registres d'écrou et de mouvement, dant la tenue est prescrite par d'autres règlemens , il est tenu par le directeur :
V Un registie des arrêtés et décisions du préfet ;
2" Un registre des punitions ;
3** Un registre contenant les comptes ouverts à chaque détenu , pour les effets par lui déposés à son entrée; les sommes qui seront portées à sa masse , et les sommes ou effets qui lui seront restitués à sa sortie, ou qui passeraient au compte de la caisse de charité, par suite de décès ou d'évasion;
4" Un registre contenant: 1** le compte des sommes appartenant à l'établissement, et provenant des retenues sur les salaires ; 2* le compte du montant général des masses des détenus, et 3" le compte de la caisse de charité.
L'entrepreneur des travaux de fabrications
est aussi l'entrepreneur du régime alimentaire , et généralement de toutes les parties du service de cette maison. A cet effet, il est obligé, par le cahier des charges, de fournir tous les jours à chaque détenu les alimens fixés par ce même cahier; d'entretenir et de renouveler le vestiaire et tous les objets nécessaires au service de cette maison, pour lequel service le gouvernement alloue cinq sous par journée de détenu , pour indemniser l'entrepreneur de ses fournitures.
L'entrepreneur est aussi tenu de faire exploiter, ou d'exploiter par lui-même , une cantine pour vendre des alimens aux détenus aux prix qui sont tarifés par la commission.
I/entrepreneur est obligé à la tenue des registres ci-après :
1 <» Un registre pour la tisseranderie ;
2** Un autre registre pour la filature des laines.
3** Un registre pour le peignage des laines.
Ces mêmes registres servent également de comptes ouverts aux détenus travailleurs;
4* Le contrôle annuel des détenus pour établir les états de trimestres;
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5** Le registre de situation journalière, relié par trimestres, pour servir ^e vérification à l'état du trimestre. Ces situations sont divisées de manière à connaître le nombre d'individus , hommes et femmes, par dortoirs, et les mutations de la journée ;
6* Un autre registre de situation, disposé de manière à voir, jour par jour et mois par mois, la force sommaire de population , hommes et femmes, en santé et aux infirmeries.
Tel est le régime intérieur de cette maison.
On voit que l'instruction , ce puissant moyen d'amélioration , n'entre pour rien dans les dispositions adoptées; cependant l'établissement d'une école serait peu coûteux , et les fruits que l'on pourrait en recueillir deviendraient le complément de ce qui se fait déjà pour changer les détenus; car le travail seul ne suffit pas, il faut aussi le remède moral : il encourage le prisonnier dans son désir de conversion, lui donne une nouvelle force pour supporter avec résignation des maux que la plupart dès hommes en liberté ne savent pas apprécier. Jj'instruction adoucit les mœurs brutales des criminels, corrige l'habitude des vices qui souillent chaque
nuit passée en commun , et qui, si souvent, achèvent de détruire leur faible santé. Avec son secours, le travail n'est plus une peine continuelle pour le condamné; elle élève son âme vers des idées plus dignes de l'homme; elle change enfin , comme par enchantement , la paresse, la débauche, l'ivrognerie, en travail sans contrainte, en sentimens honnêtes, en sage économie. Le cœur du coupable devient meilleur par degrés , et arrive presque toujours au repentir sincère et à la ferme résolution de rentrer dans la société pour ne plus la troubler par des excès ou des désordres honteux.
Remarquons que la plus grande partie de ces détenus ne sait ni lire ni écrire : quelle meilleure preuve des dangers d'une ignorance aussi complète? C'est le plus évident témoignage de l'erreur où sont les gens qui repoussent , comme un instrument malfaisant , l'éducation élémentaire, qui est pourtant le véritable auxiliaire des principes religieux qu'ils disent vouloir répandre parmi le peuple. Espérons que les sages aumôniers des prisons reconnaîtront cette vérité, et qu'ils en demanderont l'application générale en France.
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