‹ Bagnes, prisons et criminels (volume 2)Chapitre 43 sur 45 · SAINT-MIHIEL · texte numérisé non relu

SAINT-MIHIEL

Les bâtimens de cette maison ne laissent rieii à désirer pour la salubrité des chambres ; les cachots seuls devraient être plus aérés.

, Les prisonniers reçoivent chaque jour une livre et demie de bon pain et une soupe aux légumes. Cependant , comme j'en avais fait la remarque dans plusieurs autres prisons, la ration est quelquefois insuffisante pour des hommes d'un fort appétit. Les vétemens exigeraient aussi une attention particulière, car il est cruel de voir voyager en toute saison des malheureux presque nus, qui, ppur arriver à leur destination, ont cinquante, soixante, quelquefois deux cents lieues à faire. M. l'avocat Liouville, qui m'accompagnait, me fit remarquer un nommé Perlot , condamné aux galères perpétuelles, pour avoir donné d'un coup de cou-^ teau la mort à un homme avec lequel il voulait se battre* Ce condamné) âgé de vingt-sept ans^ était marié et avait un enfant en bas âge. Ses malheurs et un extérieur fort doux me prévinrent en sa faveur. Les détails que je reçus de

M. Liouville, son défenseur, paraissent démontrer que ce malheureux, étant dans un état d'ivresse , avait été provoqué par l'individu qu'il a malheureusement tué. Ce pauvre ouvrier, lorsque je soulevai les fors qu'il avait aux pieds, pour m'assurer de leur poids et voir s'ils n'étaient pas trop serrés , fut touché jusqu'aux larmes, et me fit les plus vifs remerciemens. A côté de lui étaient deux forçats libérés, condamnés également à perpétuité pour avoir volé pendant la nuit sur une grande route. Ces jeunes criminels, à peine âgés de vingt -un à vingt-cinq ans, parlaient de leur position avec une grande indifférence. Le moins âgé, à qui je demandais des détails sur sa jeunesse, me répondit avec sang-froid : « Je ne sais ce qui me pousse au mal depuis que j'ai Y âge de raison y mais rien ne me corrige; j'ai déjà été deux fois emprisonné à la maison de Clairvaux; j'y souffrais bien , mais les camarades que j'avais la première fois m'ont si bien appris le métier c^t ' c'est plus fort que moi , il faut que je vole. J'ai tort, j'en suis fâché, mais c'est mon sort d'être

ainsi. »

Je lui demandai s'il savait lire et écrire:

« Non , monsieur y si faisais été mains ignorant,, je ne serah pas aussi coupable, »

Ce jeune homme était blême et paraissait épuisé de fatigues ; la débauche des prisons était peinte dans ses yeux abattus et presque éteints; enfin ce malheureux n'avait plus la physionomie de son âge; c'était un cadavre prêt à descendi'e au tombeau.

J'ai vu aussi avec horreur dans une des chambres un pauvrefou, encore jeune, qu'il eût été bien plus humain de placer dans un hospice. J'exprimai au docteur Brion le regret de voir des aliénés dans une maison où ils ne peuvent recevoir les soins que nécessite leur position. Le concierge me dit franchem^t qu'il partageait cette idée, et que déjà il avait fait des observation&à cet égard; puis il ajouta:

cc.On m'a amené de^nièreme^t une femme qu'on voulait interdire comnae folle; elle l'était en effet, et, après bien des souffrances, elle est morte lé 26 . mai de cette année , c'est-àrdire apràs treize mois de détention. »

A côté de la chambre que je venais de visiter était un homme condamné aux travaux forcés à'perpétuitéppuravciir tué son maître.; Ce cri^

Page 1