‹ Bailliages de Versailles et de Meudon: les cahiers des paroisses avec commentaires accompagnésChapitre 51 sur 100 · AUTRE PLACARD · texte numérisé non relu

AUTRE PLACARD

Louis-Bénigne-François Bertier, etc. ;

Les recherches faites du nommé François Lefébure, soldat provincial de la levée de 1778, pour la paroisse de la ville de Poissy, ayant été inutiles, on ne peut se dispenser de le repu ter déserteur et de pourvoir à son remplacement sur ladite ville de Poissy, conformément k, etc., Nous ordonnons qu'au prochain tirage il sera procédé à la levée d'un soldat provincial sur ladite ville de Poissy, pour le remplacement de François Lefébure, et ce, indépendamment des soldats qu'elle doit fournir pour sa contribution à la levée du 5" sixième des dits soldats ; lequel soldat remplaçant sera néanmoins déchargé du service, dans le cas où, s'occupant de la recherche dudit Lefébure, il parviendrait à s'assurer de sa retraite et de sa résidence, et des moyens de s'en assurer ;

Mandons, etc. Rerlier.

L'exposé qui suit fera mieux ressortir les points obscurs qui peuvent se trouver dans le mémoire du vicomte de Noailles et dans les affiches de l'intendant Bertier. Il vaut mieux se répéter que d'exposer le lecteur à de fausses interprétations.

« Voici comment, écrit un historien de nos jours, se faisait le tirage : chaque subdélégation était subdivisée en cantons auxquels le subdélégué assignait un contingent particulier. — En hiver les communautés et subdélégués recevaient les ordres de l'intendant. Aux communautés il écrivait : « Nous ordonnons que tous hommes garçons et veufs depuis plus de deux ans, et sans enfants, se présentent au tirage. Les maires, etc., formeront un état des dits garçons et veufs de l'âge de 18 ans jusqu'à 40, et de la taille de 5 pouces au moins sans chaussures. »

Aux subdélégués il disait: « Veillez à ce que la répartition, soit proportionnée à la quantité de garçons avec le plus d'exactitude possible, gardez- vous d'étendre les exemptions par prétendue bienséance, parce que ces exemptions injustes donnent infailliblement lieu à des rébellions qu'on est obligé de punir, quoique intérieurement on ne puisse en désapprouver le motif... Les maires et syndics seront tenus de vous remettre une somme de trente-huit livres de France, immédiatement après le tirage pour chaque homme. »

Cette somme levée sur les communautés servait aux frais de l'équipement des hommes et du tirage.

Ce petit équipement comprenait un chapeau, une veste, une paire de souliers, une paire de guêtres, deux chemises de toile, et un havre-sac (ce qui prouverait que ces malheureux avant de partir étaient en guenilles).

Ceux qui demandaient exemption du tirage étaient les chefs d'industrie pour leurs meilleurs ouvriers ; des abbés ou des seigneurs pour leurs domestiques ou valets.

Ainsi le procureur de l'abbaye de Beaupré écrit po:ir indiquer le nombre de garçons du couvent, et demander s'il est nécessaire qu'ils se présentent : « Vous avez eu la bonté de les exempter d'aller à Lunéville, les années dernières, si vous vouliez bien encore les exempter cette année, vous obligeriez infiniment l'abbé et moi. »

L'intendant prononçait seul et en dernier ressort sur les demandes d'exemption, que les subdélégués lui adressaient avec leurs observations. L'honnêteté du subdélégué et de l'intendant ne sortait pas toujours intacte de ces épreuves. Car la faveur ou l'argent ou les dîners obtenaient tout ou beaucoup.

Les cas d'exemptions étaient indiqués dans deux ordonnances qui firent autorité jusqu'en 1789 (1).

L'ordonnance générale de 1774 portait que les ecclésias-

(1) J'ai compté dans Expilly 84 cas d'exemption.

tiques et gentilshommes qui feront valoir leurs fermes n'auront d'exempt que le maître charretier qui lient lieu de fermier.

Les valets à gages des ecclésiastiques, communautés, maisons religieuses, des gentilshommes, ceux des gouverneurs et commandants des provinces, ceux des secrétaires de S. M., des trésoriers de France, des chambres des comptes, soit en titre, soit vétérans, des commissaires des guerres, des trésoriers des troupes ; ceux des présidents, lieutenants généraux, particuliers, civils, criminels et de police, des gens du roi, procureurs de S. M. et de ceux qui vivent noblement, seront exempts, s'ils n'excèdent pas le nombre des domestiques que les maîtres ont ordinairement à Jeur service. — Seront aussi exempts :

Les magistrats de toute sorte, les fils de tous les officiers de justice et de finance, les employés des fermes, collecteurs des tailles, les préposés à la levée des 20", les subdélégués et leurs enfants ; les commis des bureaux des intendants, les employés des ponts et chaussées, les directeurs des postes, les courriers de la malle, les salpêtrieux, les gardes de haras, les médecins et chirurgiens, les maîtres d'école, pourvu qu'ils eussent plus de 30 ans, et fussent approuvés par l'évoque (lequel était libre de retirer son approbation); de plus en Lorraine et en plusieurs autres provinces : Un ûls ou valet d'un laboureur d'une charrue ; le fils ou valet d'un meunier à deux tournants ou de sa veuve ; le meunier lui-môme s'il payait 50 livres de subvention ;

Le berger d'un seigneur, ou de l'admodiateur, ou d'une communauté conduisant 300 bêtes blanches, ou vaches mères ;

Les négociants en gros payant 60 livres de subvention ;

Le facteur d'un négociant en gros, fût-il son fils ;

Les marchands et artisans des villes personnellement, et payant 60 livres de subvention ; un des fils de marchand payant 100 livres de subvention, si le fils était de la profession :

L'aîné d'une veuve payant 40 livres de subvention, tenant boutique et vivant avec elle ;

Les médecins, chirurgiens, apothicaires, majors, gardes chirurgiens et apothicaires, attachés aux hôpitaux militaires depuis 3 ans ;

Un garçon apothicaire d'une ville où il y a communauté de gens de l'art, ayant 30 ans et 3 ans d'exercice, si le maître ou sa veuve a' avait un fils de sa profession ;

Le fils d'un garde de pépinière royale ; et de la profession ; le directeur d'une forge ; le fondeur, martelleur, affineur, platineur étant aux ateliers depuis trots a»; le maître, un commis et un principal ouvrier dans les manufactures de laines ; les avocats des prévôtés seigneuriales, etc., etc.

(La Lorraine sous l'ancien régime, par l'abbé Mathieu.)

Voyons un peu ce qui se passait plus souvent qu'on ne pense à l'occasion des tirages :

J'emprunte à la Revue du département du Tarn, 1 er Novembre 1875, les faits suivants :

En 1788, il y eut procès-verbal d'insubordination contre les consuls de Vabre qui n'avaient pas dressé de liste. Du reste dans la montagne, les absents étaient toujours très nombreux. A Lacaune sur 99 inscrits, aucun ne répondit à l'appel, de même à Montcouyoul ; à Yiane, sur 47 inscrits, il y en eut 28 absents. — On réforma par défaut de taille plus de la moitié du contingent. Les exemptions étaient prononcées par le subdélégué, qui rayait de la liste les serviteurs et domestiques des établissements religieux, ceux des gentilshommes, etc. J'ajouterai que dans les premières années du 18 e siècle un évêque en Languedoc, intéressé dans l'exploitation d'une mine de charbon de terre, obtint de l'intendant l'exemption de la milice en faveur des ouvriers qui travailleraient à la mine ; de cette façon, on ne manquait pas d'ouvriers, et on les payait à prix réduits.

i*8 LE BAILLIAGE DE VERSAILLES.

L armée régulière.

On pourrait demander comment on formait l'armée proprement dite? Outre les miliciens incorporés dans les régiments pour fautes contre la discipline, c'était par les enrôlements volontaires ou forcés. Qui n'a entendu parler des racoleurs? Un colonel, un capitaine, avaient des sergents chargés de cette chasse à l'homme; tous les moyens étaient bons, toutes les fourberies étaient tolérées par la loi. Les campagnes en général ne se prêtaient guère à l'industrie des racoleurs ; c'était dans les villes qu'ils pratiquaient leurs séductions : ils affectaient la joie, le plaisir, payaient à boire, promettaient une vie charmante et libre au régiment, et quand ils avaient grisé quelques niais, ils leur faisaient mettre une croix devant leur nom, car souvent ces malheureux ne savaient pas lire, et ils se trouvaient enrôlés. Il arrivait que le zèle de ces sergents allait trop loin ; mais que d'ennuis pour les familles quand elles parvenaient à se faire rendre justice !

Il faut ajouter aussi qu'à ces régiments français on joignait aussi des régiments formés d'étrangers : des suisses, des allemands, etc. De sorte qu'on pouvait faire croire que, la milice n'étant pas considérée comme recrutement de l'armée, le peuple n'était pas soumis au service militaire, c'est-à-dire à l'impôt du sang ; et quand les hauts dignitaires du clergé et de la noblesse approchaient de la Majesté royale, et qu'ils défendaient leurs privilèges, ils se croyaient autorisés à déclarer bien

CAHIERS Dfî 1789. 129

haut : Le clergé défend la monarchie par ses prières ; la noblesse par son sang ; et le tiers-état par l'impôt.

Voici quelques témoignages trouvés dans les archives de l'Hérault.

Un Milicien de 45 ans.

A Mgr le marquis de Ladevèse, lieutenant- général des armées du roi, commandant en la province du Languedoc.

Monseigneur, Jacques Lépine, habitant de Montpellier, représente trèshumblement à Votre Grandeur qu'Estienne Lépine, son fils, n'a aujourd'hui que quinze ans et onze jours, qu'à un âge si jeune il a été embauché el engagé par le sergent de la compagnie de M. Valette, capitaine au régiment Royal- Roussillon, lequel sergent a baillé 12 liv. à-compte au jeune homme, dont (sic) le père offre de rendre au sergent ; mais comme l'ordonnance du roy ne permet d'envoyer que les jeunes gens de l'âge de 16 ans, et que celui-ci n'en a que 15 et H jours, ainsi qu'il est justifié par l'extrait baptistère ci-attaché, le suppliant a lieu d'espérer de votre justice, Monseigneur, que vous congédierez Etienne Lépine, son fils, et le renvoyerez dans sa pauvre famille qui ne saurait être plus pauvre, que cependant il fera le dernier effort pour rendre les 12 livres qu'on a données à son fils, et priera Dieu pour votre Grandeur.

Extrait du registre des baptêmes : L'an 1732, 27* jour de janvier a été baptisé paroisse Sainte-Anne, Etienne Lépine, né le 24 e dudit mois, son père maître moulinier en soye, etc

Montpellier, 1746. — Jacques Rampon, natif de Montpellier, représente que son fils, âgé de 14 ans a été suborné pour s'engager dans le régiment de Talaru, malgré qu'il

déclarât au sieur abbé de Montarnaud qui l'engagea pour la campagne de son frère, capitaine audit régiment, etc. Le jeune homme, ainsi que le prouve l'extrait baptistère, est né le 23 novembre 1732.

Montpellier, 23 mars 1743.

Un jeune homme, Roubieu, fait le pari de s'engager pour 20 livres. — On lui remet les vingt livres, il les garde quelques semaines et les rend ; mais le sergent prétend qu'il est engagé. — Le capitaine répond que Roubieu est bien engagé, « il aurait beau dire qu'il badinait, cette excuse ne me parait pas de mise et je crois que M. le marquis de l'Hôpital est fondé à le réclamer. »

Un enfant précoce.

Bien que le trait suivant ne rentre pas dans le cadre de la milice, néanmoins il m'a paru mériter une petite place dans ce commentaire qui regarde un des côtés de l'organisation militaire sous l'ancien régime . Le fait se passe quarante ans avant la Révolution ; mais on peut dire que c'est à la veille de 89, si Ton songe à l'immobilité et à la routine des choses d'alors :

Le marquis de Bombelles, commandant à Bilche, écrit au ministre de la guerre, 1756, (archives de Seine-et-Oise) :

Mon fils aîné, aide-major du régiment des gardes, est, comme vous le savez, doué de talents supérieurs qui, selon toute apparence, lui feront faire la fortune la plus désirable dans ce régiment. Mon aîné, du second lit, est, j'ose le dire, né avec les inclinations les plus heureuses qui font éclore chaque jour les talents les plus distingués ; mais il n'a que treize ans. Serait-il convenable de lui confier le commandement d'un régiment de deux bataillons, quoique j'aie en

vue un digne sujet très capable d'en faire un lieutenantcolonel ?

Qu'il devait être fier ce marquis de Bombelles d'avoir deux fils si éminemment doués !

Et Ton prétend que les papas du 19 e siècle ont dégénéré, par la faiblesse qu'ils témoignent en faveur de leurs enfants. Le bambin fut-il nommé colonel? Je n'ose l'affirmer ; mais c'était déjà quelque chose que le père osât faire semblable demande.

Je termine par cette note gaie les développements précédents sur un sujet douloureux.

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