AU CORPS MEDICAL
Je livre au Corps médical un nouveau moyen de guérison. Je le confie à son expérience, à ses lumières, à l'esprit de progrès qui le dislingue.
L'œuvre modeste des loisirs que m'ont faits les événements est achevée; celle du praticien commence.
Notre époque a été féconde en innovations de tout genre ; les plus brillantes n'ont pas toujours été les plus utiles ; la reconnaissance de l'humanité rangera parmi les meilleures celles qui touchent à l'art de guérir : la vaccine, la lithotritie, l'hydrothérapie, les prodiges de l'auscultation, presque aussi étonnants que les prodiges du chloroforme.
Il importe peu qu'une ou plusieurs de ces grandes découvertes aient été faites en dehors du Corps mé-
dical; il les a adoptées, cela suffit. L'Astronomie ne s'enrichit-elle pas d'une découverte faite par un médecin? Les sciences sont sœurs; elles s'éclairent et s'inspirent mutuellement; il y a entre elles un continuel échange de services.
Aujourd'hui, c'est l'observation météorologique qui vient en aide à la Thérapeutique.
Le traitement externe joue un grand rôle en médecine. Ce traitement, dans son application la plus large, comprend la balnéation, c'est-à-dire l'immersion de l'homme dans une masse d'eau suffisante pour l'envelopper.
Sous cette forme, le bain d'un adulte réclame deux ou trois hectolitres d'eau ; quantité qui ne permet d'administrer, de cette manière, que des liquides d'un prix peu élevé. Le prix de revient du bain d'eau minérale, par exemple, ou même d'eau de mer, à cinquante ou soixante lieues de la mer ou de la source minérale, effrayerait le malade le plus opulent.
Je m'étais demandé si l'immersion était bien le dernier mot du traitement balnéaire; je m'étais demandé si l'affusion, sous forme de précipitations d'une extrême ténuité, ne pourrait pas remplacer avec avantage l'eau stagnante de la baignoire. La nature, aussi, a son mode de balnéation, car l'eau est
également nécessaire à tous les êtres ; c'est à l'état de pluie que les nuages nous l'envoient.
Au point de vue de l'économie, le procédé de la nature offre une supériorité que j'oserai dire prodigieuse. Une forte pluie du ciel de Paris est celle qui verse, en une heure, sur une surface d'un mètre carré, douze à quatorze litres d'eau, soit trois ou quatre litres sur l'espace qu'occupe un homme assis. Personne, assurément, ne mettra en doute qu'un homme exposé nu, une heure durant, à une forte pluie, ne fût parfaitement baigné. Or, ce résultat serait obtenu avec trois ou quatre litres de liquide ; et la baignoire en exige deux ou trois hectolitres ! Quel exemple de l'infériorité des procédés humains, comparés aux nbénomènes de la nature !
Cet ordre d'idées me conduisit à l'exécution d'un appareil, destiné à reproduire artificiellement, dans une piscine ou dans une boîte à bain, le phénomène de la pluie. Il fallait, on le comprend, réduire l'eau en précipitations, sans la faire passer par l'état de vapeur, car vaporiser de l'eau minérale, ce serait la dépouiller des corps fixes qui en font la valeur médicinale, ce serai t la convertir en eau commune . Le choc ou une percussion quelconque fournit le moyen de briser de l'eau, de même que tout autre corps, et de la
transformer directement en pluie. L'art mécanique peut offrir une foule de combinaisons, également propres à atteindre ce but.
Rappelons ici que c'est à M. le docteur Sales-Girons qu'appartient l'idée première de poudroyer les liquides médicamenteux, en vue de l'inhalation, pour le traitement des affections des voies aériennes. L'innovateur qui oublie celui qui l'a précédé, mérite d'être oublié à son tour. Rendons au premier inventeur l'hommage qui lui est dû.
Le choc permet de pousser aussi loin qu'on le désire la division des corps solides ou-liquides. Malgré l'admiration dont je me sens pénétré pour les phénomènes météorologiques, objet de mes études favorites et qui, bientôt, je l'espère, aboutiront à une solution plus considérable que celle de la balnéation à l'Hydrofère; malgré cette admiration, dis-je, j'admets que l'homme, en imitant les procédés de la nature, peut souvent les perfectionner. Rien de plus variable que la pluie du ciel, dans ses caractères et dans ses effets. Autant le laboureur bénit la pluie fine, la bruine, dont l'eau s'infiltre lentement et profondément dans le sol et va abreuver jusqu'aux derniers filaments des racines des végétaux; autant il redoute ces pluies violentes, torrentielles, qui menacent
ses cultures et portent quelquefois la désolation jusqu'au sein des villes. Il y a aussi du bien et du mal dans l'eau qui nous arrive des nuages ; triste alternative de tout ce que nous voyons ici-bas.
Il s'agissait de copier la nature, lorsqu'elle fait bien, de faire mieux encore, en produisant des précipitations d'une ténuité excessive. Par suite de l'affinité que les molécules d'eau ont entre elles, chaque goutte pèse environ un dix-septième de gramme ; rien ne s'oppose à ce que celte goutte normale soit brisée mécaniquement en une infinité de petits globules presque imperceptibles ; c'est ce que faitl'Hydrofère; il réalise ainsi une de ces pluies également fines et intenses qui, pour parler le langage des paysans, bons juges dans une semblable question, pénètrent jusqu'à la moè'lle des os.
Cette poussière humide portera avec elle et distribuera sur le corps de la personne baignée, non-seulement les substances solubles , mais encore les matières pulvérulentes que le médecin aura prescrit de mêler à l'eau du bain. On obtiendra encore, de cette manière, une pluie minérale, en brisant directement de l'eau de mer, de l'eau de Yichy, de Condillac, de Barèges, etc., etc. Et comme la dépense
de liquide, pour un bain d'une heure, ne s'élèvera
pas au delà de trois à quatre litres, le malade pourra, sans sortir de la ville où il réside, se procurer le bienfait de la balnéation que son état réclame.
L'Hydrofère avait en sa faveur toutes les présomptions que la théorie peut fournir ; l'idée en était à peine ébauchée dans mon esprit, qu'un éminent hydrologue, M. François, ingénieur en chef des eaux minérales de France, lui donnait l'approbation la plus complète et la plus explicite, au point de vue des principes physiques et mécaniques. Plus tard, lorsque l'Académie de médecine était saisie de la question, le savant rapporteur de la commission nommée, M. Gavarret, comprenait, au premier mot, toute l'étendue de l'innovation que je venais lui exposer ; l'intuition est le privilège des intelligences d'élite.
Cependant, il était nécessaire d'expérimenter le nouveau système balnéaire sur des malades ; la théorie n'est pas toujours infaillible ; les esprits les plus perspicaces peuvent se tromper.
Les expériences furent entreprises à l'hôpital Saint- Louis, sous la direction d'un éminent observateur, M. le docteur Hardy.
Je dois laisser à M. Hardy et h M. Gavarret le soin de faire connaître les résultats obtenus. Je mets sous
les yeux du Corps médical le travail remarquable du praticien et les appréciations magistrales du professeur de physique, toutes les espérances que l'Hydrofère avait fait concevoir sont aujourd'hui converties en réalités. — L'Hydrofère guérit. — Là où le bain ordinaire ne réussit pas, le nouveau bain procure au moins une amélioration. Dans une expérimentation de six mois, il n'a pas échoué une seule fois; il a fallu, dans quelques cas, se contenter d'un demi-succès ; mais aucun essai n'a donné de résultat négatif.
Ainsi, labalnéation à l'Hydrofère passe du domaine de la théorie dans celui de la pratique; elle y passe, appuyée sur l'autorité des faits et sur les encouragements académiques.
Paris Ya posséder un premier établissement de bains, dans lequel seront successivement réunies les principales richesses hydrologiques de France et. au besoin, de l'étranger. Dans quelques mois, les villes les plus importantes des départements posséderont des établissements semblables. Chaque grand centre de population est en môme temps un grand centre de souffrances humaines; partout le remède sera placé à côté du mal.
L'efficacité des eaux minérales est connue. Des voix autorisées n'hésitent pas à s'exprimer ainsi :
« Parmi les moyens employés pour la guérison des « maladies chroniques, il n'en est point qui compte tent autant de succès que les eaux minérales na- « turelles. » (L'affirmation est nette; je l'emprunte au Traité des eaux minérales, de MM. Pétrequin et Socquet : ouvrage deux fois couronné par l'Académie de médecine.)
Aussi la consommation des eaux minérales, employées à l'usage interne, s'élève-t-elle, pour Paris seulement, à quelques millions de litres par an. Or, les maîtres de la science, Chomel le premier, enseignent, si je ne me trompe, qu'il convient mieux d'administrer les eaux en bains qu'en boisson ; tout au moins recommandent-ils de combiner les deux modes de traitement. Le système cutané n'a pas les répugnances, les délicatesses, les caprices de l'appareil digestif; il offre, au contraire, une tolérance que le médecin doit s'appliquer à mettre à profit. Trop souvent, l'estomac paie les frais de la médication destinée aux autres organes; jusqu'ici il a été un peu traité en serf; l'Hydrofère vient, sinon l'affranchir, du moins diminuer son labeur.
Les guerisons obtenues à l'hôpital Saint-Louis, au moyen des bains d'eau de Condillac, administrés à l'Hydrofère, attestent l'action des eaux, minérales
employées de cette manière loin des sources. L'eau de mer, essayée sur des scrofuleux, donne, à Saint- Louis, des résultats qu'envieraient les établissements thermaux les plus en renom. Cependant, j'admettrai volontiers que le séjour des eaux, l'air pur des montagnes ou les brises de la mer, peuvent être d'utiles auxiliaires du traitement balnéaire. Le repos de l'esprit, le grand air et le soleil conviennent à tous les états maladifs et à tous les genres de médication ; qui en doute? Mais ces conditions ne sont pas plus indispensables à l'action des eaux, qu'elles ne sont indispensables à l'action du quinquina. Le fiévreux, aussi, guérirait plus vitedans un pays sain; néanmoins il guérit au milieu de ses marais.
Les eaux minérales de Challes, de Vichy, de Condillac et l'eau de mer, produisent, à l'hôpital Saint- Louis, les effets physiologiques et les effets thérapeutiques qu'il était permis d'attendre de leur composition ; donc ces effets peuvent être partout obtenus. Toutes les objections s'évanouissent devant les observations de M. Hardy ; l'expérience a prononcé.
Mais le succès de la nouvelle balnéation, disons-le en terminant, dépendra surtout de la sagacité avec laquelle elle sera prescrite. L'instrument emprunte souvent une grande partie de sa puissance à la main
qui le manie ; cela est particulièrement vrai en thérapeutique.
Or, il faut qu'on le sache bien, l'Hydrofère est destiné à servir le savoir et non le savoir-faire.
Je n'admets pas la médecine sans le médecin. St tous les abus sont blâmables, ceux qui peuvent compromettre la santé, la vie des personnes, sont criminels. Le privilège attaché au diplôme intéresse la société tout entière. Aussi, pas un bain à l'Hydrofère ne sera-t-il administré sans ordonnance de médecin. Aussi longtemps que dureront mes droits d'inventeur, les droits du praticien seront respectés.
Je me préoccupe, sans nul doute, de l'intérêt financier de l'entreprise que je fonde; cependant, je me préoccupe plus encore d'un intérêt autrement sacré. J'admets la spéculation ; c'est elle qui pourvoit à la plupart des besoins de l'homme. Mais je la veux utile et morale.
Mathieu (de la Drome).
Les hôpitaux et autres établissements de bienfaisance qui voudront employer le nouveau système balnéaire, en recevront gratuitement l'autorisation.
Les demandes d'autorisation doivent Gtre adressées à MM. Bouvier et de Tournemine, 46, rue de la Victoire, à Paris.
HY.DROFERE
A Eau Minérale.
B Bain-Marie
C Tuyau d'introduction de. l'eau minérale
D Tuyau d'arrivée d'air, communiquant a une soufflerie
E Tuyau conduisant le courant d'air chaud àlaboite àbam
F Tube conduisant le liquide dans le courant d'air