FAITES A L'HOPITAL SAINT-LOUIS
Vers la fin du mois de juillet 1859, M. Mathieu (de la Drôme) nous exprima le désir d'expérimenter dans notre service, à l'hôpital Saint-Louis, un nouveau système de balnéation, qu'il nomme balnéation à YHydrofère et dont il est auteur. Nous crûmes devoir accueillir sa demande-.
Le bain à l'Hydrofère est un bain par affusion. La personne est assise dans une boîte analogue à celles dont on se sert pour les fumigations. Une lunette, pratiquée au couvercle, permet d'avoir la tête en de-, hors, si on le désire, faculté dont profitent, d'ailleurs, peu de malades. Un jet d'eau pulvérisée pénètre dans la boîte à la hauteur des genoux, s'élève, en se développant, vers le sommet de l'appareil, pour retomber
sur le corps, à l'état de poussière humide ou de globules d'une excessive ténuité; l'eau, dont un robinet règle l'écoulement , est brisée par un courant d'air entretenu au moyen d'une soufflerie qu'un homme fait mouvoir, pendant toute la durée du bain. L'auteur pense que le même homme peut alimenter à la fois dix boîtes de poussière d'eau et donner ainsi de soixante-dix à quatre-vingts bains par jour. L'Hydrofère reproduit le phénomène de pulvérisation que l'on observe près des cascades et des fontaines monumentales, lorsque le vent souffle avec force ; la cause et l'effet sont absolument les mêmes.
L'auteur s'est particulièrement proposé pour but l'économie du liquide. Le bain ordinaire exige deux à trois hectolitres d'eau ; pour l'eau commune, l'économie offrirait assez peu d'intérêt ; mais il en est autrement, lorsqu'il s'agit de bains composés, dans lesquels on fait entrer des substances d'un prix élevé, telles que l'iode, le mercure, ou des essences aromatiques. Il en est surtout autrement, lorsqu'il s'agit de bains d'eaux minérales naturelles ; ceux-ci, avec deux ou trois hectolitres de liquide, ne sont possibles que près des sources.
Ce nouveau système de balnéation est fondé sur l'opinion que, dans un bain quelconque, l'eau qui touche immédiatement le corps du baigneur est la seule qui agisse, soit comme topique, soit au point de vue de l'absorption ; tout le reste, dit l'auteur, est superflu. Il prétend même que la masse d'eau contenue dans une baignoire ne peut être qu'une gêne, notamment pour les organes de la respiration.
Partant de ce principe, il s'est appliqué à rechercher quelle était la quantité d'eau rigoureusement nécessaire pour baigner un individu pendant un temps donné , en substituant l'affusion sous forme de poussière humide, à l'eau stagnante de la baignoire. Ses calculs et ses essais l'ont amené à conclure que la dépense de liquide, pour un bain d'une heure, ne devait pas s'élever à quatre litres ; qu'ainsi, il était possible d'administrer des bains d'eaux minérales, au sein des villes, à des prix non exorbitants. Cette conclusion, il faut en convenir,'' était de nature à provoquer le doute, sinon l'incrédulité ; l'expérience seule pouvait révéler d'une manière certaine, ce qu'elle contenait de vrai ou d'erroné.
Il s'agissait d-e vérifier, d'abord, les effets physiolo-
giques du bain de poussière d'eau, et ensuite, s'il y avait lieu , ses effets thérapeutiques ; c'est ce que nous avons fait, au moyen des essais que nous allons rapporter sommairement.