‹ Bains à l'hydrofère [electronic resource]Chapitre 9 sur 10 · SÉANCE DU I" MAI · texte numérisé non relu

SÉANCE DU I" MAI

Après le dépouillement de la correspondance, la parole est donnée à M. Gay arrêt, pour la lecture du Rapport concernant la balnéation à l'Hydrofère.

M. le Rapporteur commence par rendre compte de deux appareils pulvérisateurs, propres à l'inhalation, qui ont été présentés à l'Académie. Ensuite il arrive au nouveau mode de balnéation proposé par M. Mathieu (de la Drôme), et s'exprime ainsi :

« M. Mathieu (de la Drôme) a aussi soumis au jugement de l'Académie un appareil de pulvérisation des liquides; mais, entre ses mains, le champ des applications thérapeutiques gagne considérablement en étendue et en importance. Dans sa communication, il ne s'agit plus de faire pénétrer quelques gouttes d'eau minérale dans les voies respiratoires. Disons-le tout de suite, M. Mathieu (de la Drôme) nous propose un

nouveau système de balnéation par affusion, dans lequel trois ou quatre litres de liquide, réduits en poussière dans son Hydrofère, remplaceraient les deux ou. trois hectolitres d'eau contenus dans une baignoire ordinaire.

« M. Mathieu (de la Drôme) est parti de cette idée que, dans un bain d'eau stagnante, la portion de liquide en contact immédiat avec le corps du baigneur est la seule qui exerce une action topique et fournisse des matériaux à l'absorption. Cela posé, il a cherché à entretenir à la surface de la peau une couche très-mince et incessamment renouvelée de liquide actif. L'appareil imaginé pour résoudre ce problème est très-simple et fonctionne avec une grande régularité.

« Le liquide, enfermé dans une boîte de cuivre, est très-finement divisé par un courant d'air fourni par une soufflerie fonctionnant sous une pression de cinq à six centimètres de mercure. Le baigneur étant assis dans une boîte de bois, analogue à celle dont on se sert dans les fumigations, le jet de gaz et de li-

quide divisé s'échappe par un orifice d'écoulement situé au niveau des genoux, s'élève obliquement en s'étalant et se résout en une pluie d'une excessive ténuité, qui arrose incessamment de haut en bas le corps du malade. Ajoutons que la tète peut, à volonté, être tenue en dehors de la boîte ou rester exposée à l'action de la pluie, dont il est facile de régler la température suivant les indications.

« Des expériences multipliées permettent d'affirmer qu'avec trois on quatre litres de liquide, l'Hydrofère de M. Mathieu (de la Drôme) permet d'entretenir, pendant une heure, une couche de liquide incessamment renouvelée à la surface du corps d'un homme. Avec ce système de balnéation, il sera don possible d'administrer, à très-peu de frais, des bains composés dans lesquels entrent des substances d'un prix élevé, telles que l'iode, le mercure, ou des essences aromatiques ; le médecin pourra, en tout lieu et en toute saison, soumettre les malades au traitement par les bains d'eau de mer et d'eaux minérales

naturelles. Il reste cependant une question à examiner : l'action des bains à l'Hydrofère est-elle la même que celle des bains ordinaires?

« Un de nos confrères, cbef de service dans les hôpitaux de Paris, qui occupe une haute position dans la science et jouit d'une autorité bien méritée, M. le docteur Hardy, a expérimenté le nouveau système de balnéalion. Ses observations ont été consignées dans un Mémoire présenté à l'Académie de médecine.

« Le médecin de Saint-Louis a commencé par étudier comparativement l'action physiologique du bain à l'Hydrofère et celle du bain ordinaire. De ses nombreuses expériences, qui ont porté sur des sujets de tout âge et de tout sexe, il résulte que les effets physiologiques de ces deux modes de balnéation ne diffèrent pas sensiblement ; les sensations éprouvées par le baigneur, l'influence sur le pouls et sur les urines sont les mômes. Le bain à l'Hydrofère a même un avantage : l'eau se renouvelant sans cesse entraîne

avec plus de facilité les squammes et les matières étrangères adhérentes à la surface de la peau.

« Avec l'Hydrofère de M. Mathieu (de la Drôme), M. Hardy a expérimenté des bains médicamenteux à l'amidon, au sulfure de potassium, à l'iodure de potassium, au deuto-chlorure de mercure, des bains d'eaux minérales naturelles et des bains d'eau de mer.

« Les affections cutanées soumises à ces traitements divers sont : le psoriasis, l'eczéma, le pityriasis versicolor et le prurigo. M. Hardy a, en outre, administré des bains d'eau de mer à -l'Hydrofère à un jeune homme do 18 ans, dont le cou était le siège d'engorgements ganglionnaires de nature scrofuleuse ; — à une femme de 27 ans , très-faible, très-débilitée, affectée d'ulcères de nature scrofuleuse à la partie antérieure du thorax, à la joue gauche, à la partie externe et supérieure de la jambe droite ; — enfin à un jeune homme affecté d'une nécrose à la main droite.

« Depuis l'époque où son Mémoire a été déposé,

M. Hardy n'a pas cessé un seul instant d'employer le bain à l'Hydrofère dans son service de Saint-Louis. Les observations recueillies par notre confrère sont assez nombreuses pour donner une juste idée de l'action thérapeutique du nouveau système de balnéation. Ajoutons d'ailleurs que les sujets mis en expérience étaient atteints d'affections graves, et que plusieurs avaient déjà été soumis au traitement externe ordinaire, sans éprouver aucun soulagement. Pour la plupart, ces malades ont été radicalement guéris ; quant à ceux dont la guérison n'a pas été complète, leur état a été profondément et très-heureusement modifié. Mais c'est surtout dans le traitement des maladies qui s'étendent à la face et au cuir chevelu, que la supériorité du bain à l'Hydrofère devient incontestable; il résulte, en effet, des expériences faites à l'hôpital Saint-Louis, que, loin de demander à tenir leur tête hors de la boîte, les malades aiment en général à l'exposer, comme le reste du corps, à l'action de la poussière d'eau.

« En présence de résultats aussi positifs, obtenus, pendant un hiver rigoureux, par un homme aussi autorisé que notre honorable confrère M. le docteur Hardy, lorsque d'ailleurs il est démontré qu'avec l'Hydrofère, trois à quatre litres de liquide suffisent pour administrer un bain médicamenteux ou un bain d'eau minérale d'une heure de durée, l'Académie trouvera sans doute que nous ne sortons pas des bornes de la vérité en disant, avec le médecin de Saint-Louis, que le bain à l'Hydrofère peut, avec avantage, remplacer le bain ordinaire, et en ajoutant que le nouveau système de balnéation proposé par M. Mathieu (de la Drôme), constitue une véritable conquête thérapeutique.

« En conséquence, votre commission a l'honnenr de soumettre les deux propositions suivantes à votre approbation :

« 1° Remercier M. le docteur Hardy de son intéressante communication, et déposer honorablement son Mémoire, ainsi que la note de M. Mathieu

(de la Drôme), dans les archives de l'Académie.

« 2° Voter des remerciments à M. Mathieu (de la Drôme), pour la communication qu'il a faite à l'Académie de son nouveau système de balnéation.

Ces conclusions sont adoptées par l'Académie.

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