I.A UNI
plant eu par les soins de M. A/.'inar et qui offre un<' délicieuse promenade. le propose de la nommer Vallée
drs }\urcs. C'est celle que les dames, trop souvent livrées au veuvage pendant leur séjour à Ludion, choisissent pour leurs eaus< ries les plus intimes.
On vient d'achever, en face de l'établissement thermal, la belle place du Quinconce, plantée de catalpas et de tulipiers, et au centre de laquelle se trouve un bassin en rocaille d'où jaillit un jet d'eau alimenté parles eaux mêmes de l'établissement thcrmalIK/est là surtout que se rassemblent les étrangers les plus élégants. Il y a des chaises, des marchands, des jeux, dis chanteurs, des acrobates, etc. Ce sont les Chanaps-Él$$ces de Ludion.
Dans son ensemble, Ludion est heureusement situé dans un bassin fertile que traversent les petites rivières de la Pique et de l'One, ici bordées de grands arbres, de prairies luxuriantes de verdure, là encaissées entre des montagnes couvertes d'une riche végétation. Au tond du val de la Pique, les cimes élevées du port de Vénasque dressent leurs crêtes blanches de neige; à coté, les flancs escarpés de Super-Bagnères olîïent, sous des ombrages touffus, un labyrinthe de sentiers sans nombre qui montent en serpentant et où les étrangers aiment à s'égarer. Ajoutez à ce tableau les cours, s, les rires, les jeux de ce beau monde, qui donnent la vie à cts superbes campagnes, à ces alentours pittoresques, et vous conviendrez avec nous que, durant la saison des eaux, Bagnères-de-Luchon n'a ritn à envier aux lieux les plus renommés, les plus aimes des voyageurs.
48 BAGNÈKES DE LUCHON.
Jtfoiiu n*eiits. — Il n'y a à Luchon aucun autre monument que les quelques autels votifs déjà cités. Il n'y a non plus aucune ancienne construction qui puisse offrir le moindre intérêt, si ce n'est toutefois l'église qui présentait naguère encore des formes architectoniques toutes particulières.
1/Église. — Cette église était certainement ancienne; cependant ses formes ne rappelaient ni les constructions romaines , ni le gothique , ni le moyen âge et moins encore la renaissance. Il eût été difficile de la rapporter à aucun ordre d'architecture connu, bien que quelques détails extérieurs la fissent considérer comme un ancien temple romain; mais tout démontre que cette église avait dans le principe été construite ou plutôt fortifiée dans le but de servir à la défense du pays, ce qui nous porterait à croire qu'elle avaii été bâtie ou tout au moins profondément modifiée par les Templiers. Sa voûte massive reposait sur seize lourds piliers qui en obstruaient tout l'intérieur, permettaient à peine à la moitié des assistants d'apercevoir le prêtre et l'autel, et en rendaient l'enceinte absolument insuffisante pendant la saison des bains.
Aujourd'hui l'ancien temple a fait place à une construction plus vaste et capable de contenir tous les étrangers. Toutefois on craint déjà qu'elle ne devienne bientôt également insuffisante : la vogue toujours croissante dont jouissent les eaux de Bagnèresde-Luchon, l'importance que la ville acquiert depuis plusieurs années et surtout le nombre de plus en plus grand de visiteurs qu'amènent les chemins de fer,
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nous semblent en effet pouvoir justitier une telle appréhension.
L'église nouvelle , construite d'après les plans de M. Loupeau, architecte, est un édifice dans le style romain. Sa voûte en ogive est large et bien aérée. Trois absides forment le chevet de la nef; la plus grande, au milieu, est occupée par le maître-autel qui est éclairé par cinq fenêtres ornées de vitraux représentant le Sauveur et les quatre Évangélistes-, dans celle de gauche s'élève un autel consacré à saint Jean-Baptiste et surmonté d'un vitrail dont le sujet est le Baptême de Jésus-Christ ; celle de droite renferme un autel à la Vierge, que domine un vitrail qui représente Marie couronnée par le Père éternel.
Au-dessus de la porte latérale, au midi, on remarque une rosace formée de vitraux représentant la Foi, Y Espérance et la Charité, et des médaillons où l'on reconnaît les figures bibliques de Moïse , de David , de Salomon, de Judith et de Suzanne.
Ces vitraux sont tous modernes. Il est regrettable qu'on n'en ait pas confié l'exécution à quelqu'un de ces artistes qui savent aujourd'hui si bien imiter l'antique, qu'il faut être très-connaisseur pour ne pas s'y méprendre.
A gauche de la grande nef, est un tableau de Caminade, dont le sujet est Jésus avec la Samaritaine.
Peintures. — L'intérieur delà nef est décoré de fresques dues au pinceau de If. Romain Caze, l'artiste à qui l'on doit aussi les peintures qui décorent l'établissement thermal. (V. page 38.)
50 BAGNE RES DE LfJCHON.
La plus importante de toutes ces peintures est celle qui couronne le maître-autel. On voit au centre du tableau la noble image du Christ; à droite sont groupés des anges les cheveux épars et dans l'attitude de la douleur; dans leurs mains sont les instruments de la Passion, la croix de bois, la couronne d'épines, la lance, le roseau et l'agneau sans tache; à gauche, d'autres anges, les yeux levés vers le ciel, paraissent dans l'extase de l'adoration; ils portent les objets nécessaires au sacrifice mystique, les encensoirs, la croix triomphale, les évangiles, les ornements sacerdotaux , le calice et l'hostie, l'eau et le pain bénits.
La peinture de la voûte de l'abside principale représente le Couronnement de Marie. Le Christ , assis sur son trône, tient dans ses mains une couronne qu'il abaisse au-dessus de la tête de sa mère agenouillée devant lui. De chaque côté sont deux anges tenant des cierges et des encensoirs. Sur une guirlande, on lit ces paroles du Cantique des cantiques : « Veni de Libo.no, sponsa mea, veni de Libano, veni, coronaberis. )) (Descendez du Liban, ma fiancée, descendez du Liban, venez recevoir la couronne).
L'intérieur de l'abside est décoré de cinq tètes d'anges-encadrées dans des médaillons : celui du milieu, l'Ange gardien de la Cité, tient dans ses mains une perspective de l'établissement des thermes; Gabriel, l'ange de l'Annonciation, porte des lis; Raphaël, le compagnon du jeune Tobie, le bâton des voyageurs ; Michel, l'épée avec laquelle il terrassa le démon; à Uriel, le messager envoyé par Dieu au patriarche Noé* le peintre a jugé à propos de ne prêter aucun attribut.
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Une troisième peinture représente sous une l'orme allégorique les Litanies de la Vierge : c'est la plus importante par le nombre des personnages.
Au sommet d'un gradin symbolique est placée la sainte Vierge avec Feulant Jésus; à gauche est l'archange Michel; à droite l'archange Gabriel; sur les marclies s'échelonnent des personnages qui figurent chaque verset des litanies par les attributs qu'ils portent :
Le premier porte une maison, domus aurea ; maison d'or); le second, une tour, turris davidica (tour de David); le troisième, une porte, janua cœli (porte du ciel) ; l'autre, une étoile , Stella matut'rna ( étoile du matin); l'autre, un miroir, spéculum justitiœ (miroir de justice); l'autre, des roses, rosa mustica (rose mystique'; l'autre, une tour d'ivoire, turris eburnea.
L'épithète de Virgo virginum (Vierge des vierges), est figurée par une Vierge ayant un lis à la main, près d'elle sont sainte Thérèse et sainte Claire; celle de Ilegiua martyrum (Reine des martyrs), est représentée par un groupe de femmes martyres parallèle à un groupe d'hommes martyrs.
Parmi les femmes on distingue sainte Catherine avec une couronne royale et une palme, sainte Marguerite d'Antioche aux pieds de qui le peintre a oublié de placer le dragon symbolique, sainte Agathe de Palerme , sainte Cécile un instrument de musique à la main; dans le groupe des saints martyrs, nous remarquons saint Gervais et saint Protais, deux frères natifs de Milan : ils se tiennent par la main ; saint Etienne portant dans sa tunique les pierres qui ont
servi à le lapider, et saint Laurent appuyé sur le gril sur lequel il a été brûlé vif.
Au bas des saints martyrs , on voit deux groupes parallèles , l'un de saintes femmes , et l'autre d'hommes, emblème de l'invocation : Regina sanctorum omnium (Reine de tous les saints). Les principales saintes sont : sainte Hélène debout et revêtue du manteau royal , et , agenouillées à ses côtés , sainte Véronique déployant le voile divin , sainte Madeleine la pécheresse, et sainte Marie, mère de Salomé, portant la couronne du Christ. Dans le groupe correspondant des hommes saints on voit saint Joseph, l'époux de Marie, saint Louis, le patron de la France, puis deux moines, dans les traits desquels il semble que le peintre ait voulu perpétuer le souvenir du curé de Ludion, M. l'abbé Vidaillet , et de M. Loupeau, l'architecte, auxquels le pays doit la réédification de son église.
Sur les premières marches inférieures on voit une pauvre créature prosternée : c'est le symbole du verset Refugium peccatorum (Refuge des pécheurs). .
Pour figurer le verset Consolât rix afflictorum (Consolatrice des affligés), l'artiste a peint une mère implorant Marie pour son enfant mort.
Un malade appuyé sur un bâton figure le Salus infirmorum (Salut des infirmes).
Saint Pierre , le prince des apôtres , saint Paul , l'apôtre des gentils, et les deux saints Jean, sont là pour symboliser le titre de Regina apostolorum ( Reine des apôtres).
Enfin , pour personnifier les prophètes dont Marie
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est la reine , tiegina prophetantm , viennent Isaïe et Jérémie.
On pourrait faire à ces peintures le reproche de n'être pas assez monumentales; l'exécution en est en général trop finie, trop délicate; aussi ne saurait-on les bien apprécier que de près; mais à la distance où le spectateur se trouve naturellement placé, les traits paraissent vaporeux et indéterminés, défaut capital pour des fresques ; enfin , il semble que les ombres et les contours ne sont pas assez accusés.
Ce qui nous a encore vivement frappé, et, nous devons le dire, vivement affecté, c'est de reconnaître que les marbres blancs qu'on a employés avec profusion dans cette église viennent tous d'Italie. En vérité, c'est là quelque chose qui peut paraître incroyable; car Luchon est à deux pas des carrières de Saint-Béat, dont les beaux marbres biancs, malgré quelques imperfections plus ou moins contestables , sont sans contredit une des gloires des Pyrénées, et les dignes rivaux des marbres italiens , contre lesquels ils soutiennent la lutte sans désavantage à toutes nos expositions de sculpture et d'architecture. C'est donc en toutes choses, on le voit, et pour toutes choses que :
Nul ne sera jamais prophète en son pays.
Musée pyrénéen. — Tout contre le Casin se trouve installé le Musée pyrénéen, musée complet, contenant, à peu près, tout ce qui se peut observer dans la chaîne entière des Pyrénées françaises et espagnoles :
d\ ' BAGNERES DE LUCHON.
Les antiques et les bas-reliefs, les costumes de chaque vallée, les armoiries des villes principales; ensuite les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les insectes, les papillons, les plantes, les roches, les minéraux, les fossiles, les marbres; enfin une série nombreuse de tableaux pyrénéens, de curiosités de toute espèce, anciennes et modernes (1), et de produits divers fabriqués dans nos montagnes, et qui y sont reçus en dépôt pour être vendus au profit des artistes et des fabricants.
Lorsque l'honorable M. West, ancien préfet de la Haute-Garonne, vint à Luchon, sa première visite, après les bains, fut pour le musée. Homme instruit, administrateur habile, il voulut tout voir, tout examiner, en sorte que deux heures s'écoulèrent rapidement au milieu de ces riches produits de nos montagnes.
« Je voudrais , dit M. West en terminant cette « séance , que tout voyageur, partant pour la tournée « des Pyrénées , commençât par visiter ce musée , « parce qu'il me semble que tout ce qu'on peut cher- « cher à voir et à connaître dans cette vaste chaîne « de montagnes se trouve ici tracé et parfaitement « classé. »
Il n'appartient qu'à un homme d'esprit et de savoir d'apprécier aussi exactement les choses qui ne sont pas à la portée de tout le monde.
Nous n'avons rien à ajouter à ces quelques mots de M. West, qui a saisi et rendu parfaitement l'esprit
(1) Voir le Livret du Mimée joint au Souvenir obligé de Luchon; on y trouvera des détails curieux sur toutes les pièces remarquables.
BIBLIOTHEQUE 1»ES PïREM-'i S. 55
dans lequel a été institué, à Luchon, le Musée pyrénéen , qui est en eiïet la plus riche collection connue des produits naturels et artificiels des Pyrénées.
Le Musée pyrénéen est ouvert tous les jours de 0 heures du matin à G heures du soir. On paye 1 fr. d'entrée; mais ce franc est remboursé sur les achats, pourvu toutefois que les objets achetés s'élèvent au moins à 5 fr. : on n'a donc que \ fr. à payer au lieu de 5, de sorte que la visite du musée se trouve alors gratuite. Lorsque plusieurs personnes sont ensemble (soit cinq, par exemple, qui auront dû payer 5 fr, d'entrée), il suffit que l'une d'elles achète un ou plusieurs objets s'élevant ensemble à 25 fr., pour qu'elle ait droit de porter en compte les 5 fr. d'entrée payés par sa société.
Les jeudis toute la journée et les dimanches de 2 heures à 6 heures, l'entrée n'est que de 50 centimes, remboursables sur 3 fr. d'achats.
Si l'on n'a rien à acheter, on conserve son billet pour le faire valoir un autre jour ou pour le donner; il est valable au porteur pour toute la saison.
Les personnes qui veulent étudier les collections ou faire de longues séances à la bibliothèque, peuvent prendre un abonnement à 5 fr. par semaine non remboursables.
JSâbSiotlièffoe des Pyrénées. — Collection d'ouvrages de toute espèce relatifs aux Pyrénées. C'est la plus nombreuse, la plus complète qui soit connue. Elle dépend du musée; elle offre aux savants, aux médecins, aux littérateurs, aux géographes, aux chro-
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niqueurs, aux historiens, etc., de précieux matériaux qu'ils ne trouveraient rassemblés nulle part ailleurs.
Relief des Pyrénées. — Tout le monde ira voir, dans une des salles hautes de l'établissement thermal, le relief des Pyrénées centrales exécuté par M. Lézat avec un talent au-dessus de tout éloge. Il est regrettable que ce relief n'ait pu être installé au Musée pyrénéen où était sa place toute naturelle. Ce relief est visible tous les jours; on paye 1 fr. d'en» trée.
Tir. — Un tir magnifique a été construit par M. Sapène (rue de la Pique, près du Musée). Des salles particulières y sont réservées aux dames. Billards ordinaires et anglais , toupies hollandaises , cors de chasse, cibles de tout genre, armes de toute espèce, offrent autant de distractions diverses aux amateurs ; les amateurs s'accordent à dire qu'il n'y a nulle part, en Europe, un établissement de tir aussi complet ni aussi parfaitement installé.
Casino. — Quelques pas plus loin est situé le Casino , établissement ouvert avec privilège de la commune et sous le patronage d'une commission municipale.
On trouve au Casino :
1° Plusieurs salons décorés avec un goût et une convenance que tout le monde admire , et réservés pour la conversation, pour la lecture des journaux, pour les séances littéraires et scientifiques , pour la