‹ Bains et courses de LuchonChapitre 20 sur 58 · INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE

musique de salon et les petites danses improvisées, enfin pour les bals proprement dits;

•2° Deux billards, avec estaminet et salle de jeu;

3° Un café-restaurant, dont les débuts ont pu laisser beaucoup à désirer, mais qui aura certainement la vogue toutes les fois qu'il sera dans les mains d'un fermier poli, intelligent et tant soit peu consciencieux.

On y jouit, en dînant , de la plus belle vue de montagnes qui soit à Luchon , charme assez vif, assez rare pour qu'il mérite d'être signalé;

4° Un grand parc pour la promenade et pour les enfants ;

5° Un théâtre assez bien monté ;

G0 Une salle de concerts offerte aux artistes qui sont de passage à Luchon.

Industrie. — On sera sans doute surpris de ne trouver à Luchon aucune espèce d'industrie, aucun de ces produits particuliers à chaque lieu, comme on en trouve partout en Suisse, et que l'on aime à emporter comme sovenir de voyage. Je dois cependant citer la fabrique de chocolat de M. Seube, dont les produits sont justement estimés, et que visitent avec intérêt même ceux qui ont déjà vu à Paris, à Lyon, les belles fabriques de chocolat pourvues de machines à vapeur, si propres, si élégantes. Ici c'est un manège à deux chevaux qui met en mouvement la meule à broyer. Je signalerai aussi deux petites brasseries, qui suffisent à peu près aux besoins du pays. Enfin on peut faire encore mention de la scierie mécanique de M. Colomic, près du musée, et d'une marbrerie assez mal montée, située

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près de l'allée des Soupirs. Là se borne la tableau àe l'industrie Luchonnaise.

On pourrait cependant agrandir ce tableau en y comprenant l'usine métallurgique établie à Saint-Mamet, à quarante- cinq minutes de Luchon. Cette usine, destinée au traitement des minerais de plomb argentifère des alentours, appartient à une compagnie concessionnaire de plusieurs filons divers répandus dans toute la contrée. Mais jusqu'ici la mauvaise direction donnée à cette exploitation et l'insuffisance des capitaux n'ont pas permis à cette entreprise de donner de brillants résultats. Maintenant qu'elle est passée en d'autre mains, elle pourra devenir prospère, si elle est habilement conduite.

Du reste, il y a de gros marchands à Luchon, et pendant la saison il y vient un assez grand nombre de marchands étrangers, de telle sorte que la ville n'est alors dépourvue de rien.

On trouvera à la fin de ce volume quelques indications et quelques renseignements, que nous avons admis comme pouvant être véritablement utiles en effet aux étrangers qui viennent passer une saison à Bagnères.

Moesis-g. Les Luchonnais sont très-religieux. Les fêtes et les cérémonies de l'Église sont suivies par eux avec empressement. Ils se rendent surtout en grand nombre aux enterrements, qui offraient naguère encore un usage particulier. Les parents du défunt déposaient quelquefois sur le cercueil une certaine quantité de pnin ou de froment que le prêtre bénissait et

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rftti était missit.M distrilui'' aux pauvres •. hélait comme un dernier banquet qne le mort offrait encore aux vivants et qu'il leur servait lui-même sur sa tombe.

Cet usage s'est conservé, toutefois avec une légère variante, dans quelques villages circonvoisins. Le jour de l'enterrement, les parents du défunt donnent à tous les invités un grand dîner, où bien souvent l'excès du vin finit par changer la tristesse en éclats de rire. Cette coutume rappelle ces peuples anciens qui pleuraient à la naissance d'un homme et riaient à sa mort.

Un usage patriarcal , qui subsiste encore dans" les localités environnantes, c'est la bénédiction des lits. Pendant la semaine sainte, le curé de l'endroit va de maison en maison, et promène l'aspersoir sur chaque couche nuptiale, pour appeler les bénédictions du ciel sur chaque ménage.

Jadis le curé recevait deux œufs par chaque bénédiction; mais cette offrande est aujourd'hui tout à fait supprimée.

Les Luchonnais sont peu superstitieux; mais en revanche on ne saurait se figurer l'épouvante que leur cause le moindre crapaud ou la moindre salamandre. « Pour un million, disent-ils, nous ne toucherions pas à ces bêtes venimeuses; » cependant de tous les batraciens, le crapaud et la salamandre sont assurément les moins offensifs. Les guides s'efforcent quelquefois de faire partager leur terreur aux étrangers ; enfin nous avons vu des hommes prendre la fuite devant un naturaliste qui dépeçait une salamandre.

Les Luchonnais sont très-bons patriotes ; ils n'émigrent point. Aussitôt qu'un incendie se déclare, ils

volent avec dévouement au secours de leur frère afiligé. Mais s'ils aiment vivement leur pays et leurs frères, on sera moins étonné d'apprendre qu'ils n'aient que peu de sympathie pour les étrangers, et que les voyages soient pour eux sans attrait; cela explique pourquoi on est encore si arriéré à Luchon pour une foule de choses dont les voyages seuls font sentir le besoin ou l'utilité.

Cependant les Luchonnais accueillent le nouvel arrivé avec le plus grand empressement. On l'entoure, on le presse au moment où il descend de voiture; on lui prodigue les plus gracieux sourires, jusqu'à ce qu'il ait désigné son logement, son traiteur, sa blanchisseuse, son guide, etc., etc.

En deux mots, le Luchonnais est charmant pour celui de qui il attend de l'argent à un titre quelconque; mais il reste fier et peu complaisant, même à l'égard de l'homme le plus distingué, lorsqu'il ne croit avoir rien à attendre de lui. Le Luchonnais ne tient aucun compte ni des titres, ni des talents, ni du savoir, ni de la position sociale de qui que ce soit; il ne considère et n'apprécie un étranger que selon la dépense qu'il fait à Luchon et alors seulement qu'il doit lui revenir quelque part de cette dépense. Connaissezvous quelque chapeau noir à Luchon, même depuis des années? n'espérez pas être salué par lui le premier, à moins qu'il n'ait quelque chose à espérer de vous. Au reste, n'attachez aucune importance à ce manque de déférence et de politesse, car il n'y a véritablement pas de mauvaise intention ; mais le montagnard n'est pas fort sur les questions de tact; et si

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vous éprouvez à Luchon quelque froissement de ce côté, soyez convaincu qu'il en serait de même sinon à Pau, à Bigorre, qui sont tout à fait transformés, mais à Baréges, à Cauterets, aux Eaux-Chaudes, etc., partout où se retrouve encore le naturel originaire des premiers habitants du pays.

Enfin, vous remarquerez le regard câlin, la voix mielleuse que prennent les enfants pour vous demander un petit sou. Remarquez aussi que ces gamins sont pour la plupart proprement vêtus ; néanmoins ils ne rougissent pas de demander l'aumône. N'est-ce pas là un abus criant? n'est-ce pas une honte pour les parents que de laisser ainsi leurs enfants prendre cette mauvaise habitude? Il faut laisser aux pauvres espagnols des montagnes cette manie de la mendicité, qui ne dénote que la bassesse et la misère.

Logements. — Traiteurs. — Médecins. — Visites. — Soirées. — Modes. — Costumes. — Plaisirs. — A ceux qui s'ennuient à Ludion. — Cadeaux de voyage.

Logements. — C'est sur le Cours d'Étigny que tous les étrangers cherchent à se loger. Aussi, pendant la saison, peut-on se croire sur un des boulevards de Paris ; on ne sera pas surpris d'y trouver les logements chers, ils sont souvent insuftisants pendant les mois de juillet et d'août. D'ailleurs ces maisons,

construites et meublées à grands frais, se trouvent à peine occupées deux mois de l'année. Les baigneurs doivent donc comprendre que, si l'on prépare pour eux de beaux appartements, il est juste que les propriétaires en soient dédommagés par eux.

Dans la ville, au contraire, les logements sont à un prix très-modique, même au plus fort de la saison. Une chambre qui, dans l'allée, coûte de 2 à 6 francs par jour et au delà, ne se paye en ville que de 50 centimes à 2 francs. Il faut dire aussi que les maisons de la ville sont en général meublées très-modestement. Néanmoins celui qui veut ménager sa bourse ne peut-il pas se loger dans la ville comme sur le Cours, puisque la journée se passera presque tout entière au bain, à la promenade, sur l'allée, ou en courses aux environs de Luchon ?

Nous pourrions citer les maisons les mieux tenues et les plus agréables, telles que celle de mademoiselle Sylvie Saccarère, celle de mademoiselle Julie Seube, les jolis chalets de M. Spont, etc.; mais nous préférons renvoyer le lecteur à la fin du volume, à notre chapitre des renseignements , où nous réunirons toutes les indications de ce genre, relatives aux logements, aux traiteurs, aux hôtels, aux marchands, aux guides, etc.

Traiteurs. —La nourriture est bonne à Luchon, mais peu variée.

Les hommes adoptent une table d'hôte, où pour 4 à 6 francs par jour on a le déjeuner et le dîner servis avec abondance et propreté. Les dames seules

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ou on famille s'entendent avec un traiteur qui leur l'ait porter leurs repas aux heures convenues.

Mais, depuis quelques années, les daines à Luchon, comme à Bigorre, comme à Cauterets, etc., prennent plac« aux tables d'hôte. Elles y sont infiniment mieux servies que chez elles, et, tous comptes faits, cela revient peut-être à meilleur marché.

Peu de familles font elles-mêmes leur ordinaire.

^Zcîleciais* — Une fois installe et pourvu de vivres, on doit songer à sa nymphe, mais tout d'abord au médecin. Comme je l'ai dit plus haut, les eaux de Luchon sont trop actives pour qu'on doive les prendre en bains, en douches ou en boisson, sans l'avis d'un médecin du lieu, et sans avoir pris de lui la marche à suivre dans l'entier usage des eaux.

On est dans l'habitude à Luchon de ne payer le médecin qua la fin du traitement. Cependant, quelques personnes déposent sur sa table, comme à Paris, l'honoraire de chaque consultation qu'on va prendre chez lui. Cet usage me parait plus commode et bien préférable.

Les médecins résidant à Luchon pendant toute la maison des bains , sont : MM. Barié, père et fils, Fontau,Pégot, Lambron, Spont, Chapelon, Mondon.

Visites, goirées. — Si l'on suppose qu'il doive se trouver à Bagnères quelques personnes de connaissance, il est facile de s'en assurer et d'en savoir la demeure; il surlit de se présenter chez le commissaire de police pour y parcourir le registre des

étrangers arrivés à Luchon depuis le commencement de la saison.

Voici quel était l'usage qui prévalait encore à Luchon, lors de la première édition de cet ouvrage, et que l'étiquette, qui malheureusement envahit tout, a fait peu à peu et presque totalement disparaître :

Chaque année plusieurs nobles ou riches baigneurs ouvraient leurs salons plusieurs fois la semaine aux personnes qui, par une [visite d'arrivée, leur avaient témoigné le désir d'y être admises. Il était reçu aux bains que l'on fît de semblables visites, même à des personnes dont on n'était nullement connu, et sans qu'il fût besoin de se faire présenter.

Les [personnes qui, par quelques visites faites à propos, savaient se ménager à Luchon une société suffisante et convenablement choisie, n'avaient plus rien à redouter des jours pluvieux. Ces petites sociétés particulières, au milieu desquelles se répandait d'ordinaire beaucoup d'intimité, rendaient le séjour de Bagnères extrêmement agréable. Chaque jour était marqué par quelque joyeuse partie, et les soirées étaient consacrées à la musique, au chant, à la danse ou à de folâtres jeux qui ne sont guère plus admis qu'aux bains, mais qui y sont très-bien venus. S'il survenait quelques jours de pluie, on les accueillait avec joie; car on avait besoin de se délasser, de faire plusieurs visites de politesse et d'amitié et de doubler les bains pour réparer ceux qu'il avait fallu sacrifier à de grandes courses.

Ces visites d'arrivée se faisaient en grande étiquette; maïs toutes les autres se faisaient ensuite

MODBS, COSTUMÉS. 65

presque sans gène, et rares ou fréquentes, selon le degré de sympathie qui s'établissait et se manifestait dès les premiers jours. On ne devait être ensemble que peu de jours, on ne devait peut-être plus se revoir après; on aurait eu grand tort d'employer en fastidieuses cérémonies un temps voué d'avance au plaisir.

Le bon ton et le savoir-vivre aux bains consistaient surtout à écarter rapidement et avec tact ce bagage de cérémonies dont les règles de la politesse imposent partout ailleurs l'incessant fardeau, de telle sorte qu'il s'établisse entre gens étrangers le même ton, la même familiarité qu'entre amis ou camarades.

Or, on se plaint partout, et à juste titre, que cette aimable sociabilité, qui fit toujours le premier charme des lieux de bains, se perde sensiblement chaque année, et qu'on ne sache plus où retrouver celte liberté d'agir, ce laisser aller d'autrefois, que l'homme des salons vient chercher avant tout dans nos montagnes, lorsqu'il peut s'arracher quelques jours des bras de ce rude étau, le monde, qui l'étreint l'année entière et dans lequel, à son retour, il sera forcé de se replacer lui-même.

Hlodes, costumes* — Les plus riches toilettes se montrent aux bains comme à la grande ville; c'est surtout à la promenade du soir que chacun lutte de luxe et d'éclat. Les visites de l'après-midi se font en demi-toilette; on va, ou du moins on allait, dans les salons et dans les réunions du soir, sans grande cérémonie; mais on réserve tous ses moyens pour la promenade qui suit le dîner et pour le dimanche à la messe

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de midi. C'est là que tout le monde se passe réciproquement en revue, se mesure, s'admire et se critique.

Le matin , c'est tout autre chose : c'est à qui sera plus négligé, plus déshabillé. Les jeunes hommes les plus fashionables se montrent à leur croisée, sur leur porte, vont au cabinet littéraire et jusqu'aux bains dans un accoutrement qu'à Paris ils n'oseraient pas montrer à leur portier. Les uns coiffés d'un bonnet de laine s'enfoncent quatre ou cinq fois dans leur manteau et disparaissent; on ne voit que leurs pantoufles rouges et leurs jambes nues. D'autres, au contraire, s'épanouissent dans le grand ramage d'une robe ridicule dont ils secouent les glands comme s'ils se donnaient de l'encens: faiblesses humaines!

Je dois dire, cependant, que ces sortes de travers, très-ordinaires autrefois à Luchon, sont à peu près perdus depuis la première édition de cet ouvrage. Est-ce un progrès? Peut-être non ; car le retour aux allures des grandes villes n'est qu'un indice, d'ailleurs trop certain, qu'on devient plus guindé, plus cérémonieux, et qu'on abandonne en même temps cette douce familiarité, cette simple et franche aisance qui faisaient le charme du séjour des montagnes et de la saison des eaux thermales : c'est donc là une tendance funeste.

Pour les courses à cheval : ceinture rouge obligée, feutre rond forme d'Auvergne, veste grise en coutil ou en velours noir, pantalons blancs ou rouges, gants serin ou chamois, chemise ouverte, fouet de postillon ou cravache à sifflet, etc. Tels se montrent dans les cavalcades de Luchon les lions de Paris.

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Je ne déuOUQe pas quelques écarts du goût, quelques ridicules ajustements qui apparaissent aux bains chaque année et par lesquels d'honorables personnes même S'obstinent à se signaler toujours. On en cause, on en rit : c'est une bonne fortune pour tout le monde.

Au reste, les excès du costume n'entraînent que de légers inconvénients. Que l'on soit gai, que l'on soit fou aux bains, c'est surtout l'essentiel. Si le costume s'en ressent un peu, qu'importe? c'est peut-être même chose nécessaire ; car saurait-on se livrer au plaisir sous l'habit ordinaire des affaires sérieuses? Non; tandis que l'étrangeté du vêtement autorise des

idées également étranges Et lorsqu'il est permis

de déposer un instant le masque de gravité dont la société couvre notre front, il n'est plus surprenant que, sans y prendre garde, nous nous montrions ce que nous sommes à peu près tous, vains, jaloux, têtus, fous ou bouffis d'orgueil.

D'ailleurs, il n'est vraiment que trois moyens de se distinguer dans le monde et de se donner quelque cé- Lébrité : l'habit, l'esprit ou la fortune. Chaeun a certainement observé que ceux qui s'adonnent au rôle de Narcisse jusqu'à se faire mannequins, ne sont habituellement, malgré le luxe dont ils s'entourent et les grands airs qu'ils se donnent, ni les plus chargés d'or, ni les plus largement dotés du coté de l'esprit. Les hommes à argent, les banquiers, les capitalistes n'affectionnent que leur paletot de bourse et leur robe de chambre bariolée; les talents, le savoir, ils les méprirent; ils vous diront que l'esprit court les rues.

Quant aux hommes véritablement pleins de science et de talent, ils sont toujours les plus insoucieux de leur toilette et toujours aussi les plus pauvres, à tel point que si quelqu'un d'eux se prend à vouloir gagner de l'argent, il n'est personne qui n'y trouve à redire. Ceux-là ne sont bien dans leur rôle qu'autant que par amour pour l'art ou pour la science ils se ruinent et meurent dans la détresse.

Plaisirs* — Le séjour de Luchon est le plus délicieux des Pyrénées pour ceux qui aiment les courses à cheval, et lorsqu'on est assez heureux pour rencontrer une série de belles journées. Il y a quelques années , lorsque le temps était pluvieux ou si l'on ne faisait pas de courses dans les montagnes , Luchon , quoique fort bien bâti, quoique entouré de promenades charmantes et de vallées ravissantes, inspirait communément aux étrangers un invincible ennui.

Il n'y avait aucun plaisir-, aucun agrément à Luchon, si ce n'étaient ceux que les baigneurs savaient euxmêmes s'y créer. Point de salle de réunion organisée pour la musique, ni pour la danse, ni pour les simples conversations; point de bal hebdomadaire; c'est à peine si, à force de soins, quelques messieurs parvenaient à organiser deux ou trois bals dans le cours de la saison ; point de spectacle; point de bibliothèque ni de musée où l'on pût trouver une distraction les jours de pluie. Tout l'attrait de Luchon était pour les impotents dans leur espoir fondé sur l'efficacité des eaux , et pour les touristes et les baigneurs amateurs dans les belles courses que l'on peut faire aux environs.

PLAISIRS f)!l

Heureusement tout cela est maintenant changé et sensiblement amélioré.

Les propriétaires des maisons les plus importantes ont presque tous réservé un salon qui permet à leurs locataires de s'y réunir et d'y introduire leurs amis. La musique, la danse, la conversation, le jeu, les amusements les plus variés y font passer de délicieuses soirées. Nous nous plaisons à constater que Mesdames Saccarère, Seube, Sarthe et Fabre-Nadeau ont été les premières à organiser dans leurs maisons ces réunions du soir et à réaliser ainsi le vœu que nous avions exprimé dans la première édition de cet ouvrage.

L'exemple donné par ces dames aimables et intelligentes a été tout naturellement suivi par beaucoup d'autres.

Enfin , le Musée pyrénéen , la Bibliothèque, le Casino, le Tir, etc., offrent un passe-temps précieux pour les moments perdus et une ressource immense pendant les jours de pluie. Je ne parle pas des cafés, des cabinets de lecture, etc.: ils abondent à Luchon et heureusement ils sont pour la plupart assez bien assortis.

A ceux qui s'emmieut à IiUelio?3. — Vous

êtes au milieu des montagnes; de toutes parts s'offrent à vos yeux des formes, des accidents de terrain, des phénomènes qui vous étonnent, que vous ne comprenez pas. La vapeur vous a subitement transportés dans un monde nouveau, dont le spectacle vous surprend, dont vous ne pouvez vous expliquer les lois, l'harmonie, les contrastes, le merveilleux enchaînement. De tout côté vous apercevez des causes et de-

IEJOUB \ LUCI10N.

effets qui sont pour votre esprit des sujets incessants de questions diverses auxquelles vous ne pouvez répondre.

Prenez un traité de géologie, élémentaire et philosophique; lisez-le et relisez-le : c'est certainement la lecture la plus opportune que vous puissiez faire au milieu des montagnes. Elle offre à la fois tout l'intérêt d'un roman et l'utilité d'une étude scientifique on ne peut plus facile et d'une application de tous les jours. Les grandes questions que traite la géologie élargiront le cudre ordinaire de vos idées, frapperont et occuperont votre esprit, d'autant plus qu'à chaque pas vous rencontrerez des objets et des faits qui seront pour vous la justification matérielle de toutes ces magnifiques théories. Les courses ne seront plus pour vous un simple but d'admiration poétique; en reconnaissant la solution de toutes ces questions muettes que la belle nature adresse en foule à votre esprit, vous y trouvei ez une source inépuisable d'intérêt et d'instruction.

En un mot, dès que vous serez pénétrés des 'principes de la géologie, vos promenades de chaque jour auront un charme que vous ne soupçonniez pas, l'eniiui ne sera plus possible pour vous à Luchon.

Et combien il est regrettable, en effet, nue les jeunes .uens ignorent en général le bonheur indicible que procure le culte si facile des sciences naturelles! On n'en verrait pas un aussi grand nombre livrés au dégoût, à l'oisiveté, à l'ennui le plus profond; cherchant, mai-, ne pouvant trouver dans les lieux publics que des distractions' monotones, des plaisirs sur lesquels ils sont déjà blasés et qui finissent par leur devenir insupportables; tandis que la nature inépuisable offre à tous ceux qui se prennent à l'observer, à l'interroger, un chas rue qui l'emporte bientôt sur les passions les plus vives, sur les habitudes les plus impérieuses.

> IDEAUX DE VOYAGE. 71

Rien n'égale, en effet, le bonheur du naturaliste, lorsqu'il se livre à ses explorations, à ses lectures spéciales, au classement de sa collection; et ce bonheur,

calme et durable, que ue traverse jamais aucune déception cruelle, aucune amertume cuisante, lui procure encore souvent la gloire de quelque découverte utile ou tout au moins une réputation honorable et Batteuse, quelquefois même une fortune brillante qui devient le prix d'une observation laite en courant sur des gisements que les habitants du pays foulaient aux pieds depuis des siècles.

(^ue celui qui s'ennuie, que celui qui se sent attristé par des chagrins ou par des malheurs qui paraissent irréparables, se livre donc en toute confiance à la lecture de quelques ouvrages faciles sur la géologie ou sur quelque autre branche de l'histoire naturelle. Axant un mois le calme sera rentré dans son âme, et bientôt il nous remerciera vivement du bon conseil qu'il aura trouvé dans ces quelques pages et que nous ne pouvions donner d'une manière plus opportune qu'au milieu des montagnes où tout engage le visiteur a observer et à rechercher les merveilles de la nature.

C*i«ïeià£;x de voyage. — Nous avons un autre conseil à donner et qui, au même titre, peut trouver ici sa place. Il s'adresse surtout aux mères et aux personnes qui veulent rapporter à leurs enfants ou à de jeunes amis un souvenir de leur voyage. Mais ce conseil a été déjà formulé dans la Réforme agricole en m bons termes, que nous ne saurions mieux faire que de le reproduire textuellement. :

« Rien ne fera plus de plaisir à un enfant, même à «■ une demoiselle, qu'une jolie petite collection de mi- « néraux, de roches, de coquilies, de fossiles, de « plantes, etc., bien rangée, bien nommée, bien clas-

72 SÉJOUR -A. LUCflON.

« sée. Plus qu'un jouet, plus qu'un bijou, plus qu'une « image, chaque échantillon excitera sa curiosité, gra-, « vera dans son souvenir une connaissance exacte, « précise, utilisable; l'habituera à remarquer partout « les produits de la nature ; lui procurera dans ses « promenades et dans ses voyages ces milles sources « de plaisir et de bonheur ignorées du public, dont a les naturalistes seuls connaissent tout le charme, « qui rendent observateur, perspicace, studieux, ré- « fléchi; qui repoussent les mauvais penchants, les « passions funestes, et les remplacent p>ar cet amour, « ce feu sacré de la science, qui, lorsqu'il se développe « dès le jeune âge, conduit infailliblement tantôt à la « fortune, toujours à la célébrité.

« Si l'on savait introduire dans l'éducation des de- « moiselles l'étude élémentaire de la géologie , qui « n'est autre chose que l'histoire du monde, bien au- « trement attrayante et utile que l'histoire des Grecs « et des Romains, les mères sauraient par elles-mêmes « combien un enfant peut éprouver de bonheur à dé- « faire et à refaire sa petite collection de minéraux ou « de coquilles, et combien ce jeu peut faire naître en « lui d'inclinations fécondes ; et alors que d'heureux « elles formeraient, que de malheurs elles prévien- « draient !

« Pour obtenir à cet égard un plein résultat, il faut « absolument une petite collection méthodique qui « transforme la science en un amusement et en rende « l'intelligence facile. 11 faut surtout que cette col- « iection soit exempte de toute erreur de classe- « ment et de détermination, chose fort rare, il est vrai « (car la plupart des collections qu'on trouve dans le « commerce et surtout clans les Alpes, dans les Py- « rénées, etc., fourmillent d'erreurs grossières); tou- « tefois nous pouvons indiquer la maison Élo-ffe, à

CADIAI \ DÉ VOYAGE. 73

« Paris ;i), comme oil'rant toutes garanties, et comme « étant la seule connue pour fournir des collections « parfaitement nommées. »

(1) On trouve au Musée pyrénéen, à Luchon, un dépôt de collections de la maison Élofle aux mêmes prix qu'à Paris, et notamment des collections spéciales de la géologie des Courses de Luchon.

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