‹ Bains et courses de LuchonChapitre 22 sur 58 · GUIDES. /O · texte numérisé non relu

GUIDES. /O

le guide ne connaît parfaitement et minutieusement les lieux, il est souvent impossible d'avancer ou de rétrograder sans s'exposer aux plus grands dangers ; et l'on se trouve dans l'alternative horrible de passer la nuit en plein air, au milieu de la montagne , exposé à un froid glacial , ou de s'engloutir d'un moment à l'autre dans quelque précipice, si l'on a la témérité d'avancer au milieu des ténèbres dans lesquelles on se trouve plongé.

A Cauterets , l'administration municipale a établi deux classes parmi les guides. Les guides de première classe ont seuls le droit d'accompagner les étrangers dans certaines courses désignées et reconnues comme les plus difficiles. Les guides de seconde classe ne peuvent s'engager que pour certaines courses dont on a dressé et affiché la liste. Cette mesure, que j'avais signalée dans la première édition de mes Bains et courses, a été adoptée à Luchon et mise en pratique depuis quelques années. Chacun peut voir affichés à l'établissement thermal le tableau des guides, le règlement auquel ils sont soumis, la liste des courses, le prix de chacune d'elles , etc. C'est là une excellente mesure.

Malheureusement, on s'est beaucoup relâché depuis quelques années ; et quoique le maire de Luchon ait élevé sensiblement en 1856 le tarif des courses, on a vu quelques guides se concerter et s'entendre pour exercer sur les étrangers une sorte de piraterie excessive. Plusieurs ruses, plusieurs prétextes étaient mis en usage. Le plus souvent, au lieu d'amener les chevaux à l'heure convenue, le guide attendait le mo-

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ment où les dames en costume d'amazone commençaient à s'impatienter du retard; il venait dire alors d'un air tout contrit qu'il n'avait pu trouver de chevaux, que tout était loué, et qu'on n'en pouvait plus avoir à aucun prix. Cependant il offrait d'aller en chercher dans un des villages voisins, mais à un prix tout autre, bien entendu. Pour épargner un désappointement à leurs dames, les messieurs acceptaient la plupart du temps et la nouvelle proposition et le nouveau prix : c'est ainsi que quelques guides sont parvenus à se faire payer leurs chevaux 15 et 20 francs!

Que l'administration, que les Luchonnais, que les guides eux-mêmes y prennent garde, dans leur propre intérêt! Un étranger volé et mystifié ne revient plus, et nous en avons vu souvent quitter Luchon très-exaspérés pour aller chercher dans les Hautes-Pyrénées et dans l'Ariége des lieux plus hospitaliers.

Nous devons dire aussi que des touristes plus habiles dans l'art de voyager se sont parfaitement tirés du piège qui leur était tendu. Ils promettaient le prix réclamé par le guide, ils souscrivaient à toutes ses exigences; mais, au retour de la course, ils prévenaient le commissaire de police ou le juge de paix, deux magistrats également honorables à Luchon, et qui l'un et l'autre ont toujours obligé les guides à se contenter du prix fixé par le tarif sans aucune espèce de bonification, quelque spécieux qu'en put être le prétexte.

Et bien plus, nous avons entendu plusieurs guides de Luchon, les plus consciencieux et les plus estimés, se plaindre eux-mêmes hautement de cette déloyauté de quelques-uns de leurs camarades.

A Ludion, les guides, à très-peu d'exceptions près, méritent pleine confiance sous le rapport de leur moralité; mais il en est plusieurs qui ne connaissent qu'imparfaitement les montagnes du pays et qui ne sont nullement pénétrés des exigences et des difficultés de leur utile profession.

Il serait vraiment nécessaire d'instituer à Ludion un cours d'instruction spéciale pour les guides ; car il n'en est aucun parmi eux qui sache tout ce qu'il devrait savoir et qui puisse être comparé à ces guides de la Suisse, si célèbres et si précieux pour les touristes. Toutefois, il y a bien cinq ou six guides, à Luchon, auxquels il ne manque qu'un peu plus d'instruction locale pour pouvoir rivaliser avec eux.

Un guide doit être gai, prévenant, causeur, conteur d'anecdotes ; il doit avoir quelque chose à dire sur chaque pierre , sur chaque arbre, et connaître parfaitement le nom de toutes les montagnes, de toutes les gorges et des moindres ravins. Il doit saisir dès les premiers pas les allures et les goûts de son voyageur pour s'occuper surtout de ce qui doit plus spécialement lui plaire ; il doit être jaloux de la beauté, de la richesse et du renom de ses montagnes. Loin de taire sur la route les curiosités qui s'y trouvent pour n'avoir pas à se détourner et à se retarder en les indiquant, le guide doit, au contraire, les rechercher, les multiplier s'il est possible, et être fier du plaisir qu'éprouve son voyageur à jouir de toutes ces surprises.

Et vous, cher voyageur, sachez bien vivre avec votre guide, surtout si vous devez faire avec lui de grandes

courses de montagnes. Si votre ton est hautain avec lui, il fera néanmoins son devoir envers vous, mais il ne fera que son devoir. Plus de ces causeries familières dans lesquelles l'homme des villes apprend tant de choses de l'homme de la montagne; plus de ces récits de chasse qui abrègent la route, de ces traditions populaires qui la poétisent , de ces mille petits soins qui la rendent facile: sans compter que dans les auberges vous vous apercevrez bientôt au mémoire de l'hôte qu'ayant parlé haut, on en a auguré que vous saviez payer cher.

Si au contraire vous faites votre camarade de votre guide, et soyez tranquille, car pour cela il ne croira ni que vous vous soyez abaissé jusqu'à lui , ni que vous l'ayez élevé jusqu'à vous, au sentiment de son devoir se joindra celui d'une reconnaissance qu'il vous prouvera bientôt par la confiance la plus entière et le dévouement le plus absolu. Alors ni lui ni la contrée n'auront plus rien de caché pour vous. Il vous confiera sos secrets de famille, quelque intimes qu'ils soient; il vous racontera les traditions de la contrée, quelque peu croyables qu'elles lui paraissent , et dans ces secrets de famille, dans ces traditions de la contrée, comme l'observe M. A. Dumas dans ses Impressions de voyage , vous découvrirez toujours un mystère du cœur ou de la nature. Puis, ne serez-vous pas satisfait, en quittant l'un de ces hommes dont la vie appartient à tout le monde, de laisser dans son souvenir quelque chose de plus que ce qu'y ont laissé et y laisseront les autres, et de savoir que si vous lui adressez un ami, il sera reçu le sourire de la cordialité sur les lèvres?

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Voitures. — Il y a environ cinquante voitures à louer à Luehon pour les courses et les promenades, les unes très-élégantes, quelques autres fort ordinaires, mais fort bonnes néanmoins pour le service des mon* bagnes. La seule chose qui manque à cet égard, c'est un tarif équitable qui puisse rendre contents et les voituriers et leurs voyageurs. Jusqu'ici les voîturiers paraissent très-satisfaits; ils ont quintuplé en quatre à cinq ans le nombre de leurs voitures; mais on n'en pourrait pas dire tout autant des voyageurs, qui se sont plaints très-souvent de certains chiffres par trop élevés auxquels on leur a taxé ces voitures.

Il y a maintenant une douzaine au moins de courses, de promenades et de grandes courses qui se font en voiture à la grande joie de tous ceux qui ne peuvent monter à cheval.

On ne doit pas s'effrayer des passages qui semblent dangereux à celui qui habite un p -iys plat, et qui ne sont rien pour les voituriers de Luehon, très-habiles d'ailleurs et très-prudents pour la plupart.

Cisaises à porteurs — La plupart des courses et des promenades peuvent se faire en chaises à porteurs, et, il faut en convenir, rien n'est plus délicieux que cette manière de voir et de parcourir les montagnes. Au reste les frais n'en sont pas excessifs, ainsi qu'on peut le voir par le tarif affiché à l'établissement thermal.

Chevaux. — Les chevaux de Luehon sont en général assez bons pour le rude métier qu'ils subissent. Ils ont le pas très-sûr. Il est infiniment rare qu'ils

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s'abattent et que leur pied soit en défaut dans les pas de montagne les plus difficiles.

Grâce à cette circonstance, il se forme chaque année h Luchon un nombre considérable d'écuyers et d'écuyères qui , tout glacés de frayeur à leur premier essai, sont, au bout de huit jours, les plus intrépides et les plus téméraires.

Pour aider les dames à vaincre plus facilement leurs premières frayeurs, je vais leur présenter, sur la manière de monter à cheval, les indications les plus élémentaires.

91 anière de monter à cite val. — Pour monter à cheval^ la dame se place à la gauche du cheval, prend avec la main droite la corne gauche de la selle, présente son pied droit au guide qui le prend de la main gauche et qui de la main droite soulève la dame sous l'aisselle pour la placer en selle à un temps donné. La dame met dans la fourche de la selle ta jambe droite et son pied gauche dans le sabot. r

Pour que la dame soit solidement et gracieusement assise à cheval, il faut 1° que son buste, au lieu de rester tourné de côté, comme il paraîtrait naturel d'après la manière dont elle est assise, soit retourné vers la tête du cheval. Pour cela la dame doit se placer carrément sur la selle et avancer ensuite son épaule gauche jusqu'à ce que ses yeux et la tête du cheval se trouvent sur la même ligne, et qu'elle voie entre les oreilles du cheval, comme les cavaliers. 2° La dame ne doit pas être trop enfoncée dans la fourche, mais le gras de sa jambe doit presser à la fois la fourche et le flanc du cheval. C'est de la bonne position dans la fourche que dépend toute sa solidité et sa force à cheval. 3° Les deux pieds doivent être tournés en dedans,

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