‹ Bains et courses de LuchonChapitre 26 sur 58 · LA · texte numérisé non relu

LA

ger à courir, le chemin e.st réparé chaque année. Au haut de cette rude montée , remarquez les grandes roches latérales qui sont à votre gauche. Vous distinguez sur ces roches de grandes surfaces polies, striées et sillonnées horizontalement. Ces roches polies et striées constatent de la manière la plus positive qu'il fut un temps, peu ancien dans la vie du globe, où le glacier du port d'Oo, que vous allez revoir tout à l'heure, relégué dans un petit espace au sommet de la montagne qui domine le lac, occupait la vallée tout entière qui ne formait alors qu'un immense glacier s'étendant jusqu'à Ludion, jusqu'à Cierp, jusqu'à Montrejau , où vous pourriez voir des traces irrécusables de la présence et de l'ancienne extension des glaciers. (Voyez les courses de Garen, du port de Vénasque, de la Maladetta, etc.)

Vous entendez le bruit de la cascade, vous en voyez le sommet écu niant qui apparaît dans le cœur de la montagne... la voilà tout entière, et à vos pieds ce lac célèbre de Séculéjo, La première impression est un saisissement profond. Mais aussitôt vous vous récriez contre la petite étendue du lac et contre la faible hauteur de la cascade ; néanmoins vous êtes de nouveau plongé dans l'admiration de ce magnifique ensemble d'écume, de bruit, de neige, d'azur, de monts noirs et de monts verdoyants.

Halte donc quelques instants pour laisser un libre cours aux premières émotions ; ce sont les plus vives...

Ensuite, prenez vos châles et vos manteaux pour aller à la cascade, et livrez vos chevaux au guide ou au fermier du lac; assurez-vous que le bateau vous sera

98 LE LARBOUST. — 3e COURSE.

réservé ; et si le besoin de manger n'est pas encore trop vif, faites tout d'abord la traversée du lac et votre pèlerinage au pied de la cascade. Au retour, vous déjeunerez ou vous goûterez en présence de ce tableau dont vous apprécierez mieux les détails et la magnificence. Alors le plaisir du repas sera doublé par une sorte d'enthousiasme qu'inspire sans peine une aussi belle nature, et qu'est impuissant à produire le plus grand luxe de nos tables, si souvent entaché d'égoïsme et d'orgueil.

Il est indispensable d'aller au pied de la cascade pour la juger, pour la connaître; vous le devez comme une réparation de l'outrage commis envers elle dans votre pensée, lorsque vous l'avez jugée moips volumineuse et moins haute que ne l'annonçait sa réputation. Vous devez aussi traverser le lac pour en apprécier la véritable étendue. Par là vous apprendrez à rectifier une illusion de vos yeux qui, en présence de ces masses énormes de montagnes, ne savent plus évaluer ni les hauteurs, ni les largeurs, ni les surfaces, ni les distances. La traversée du lac et la course au pied de la cascade me paraissent si indispensables, que si, par une raison quelconque, vous n'accomplissez pas toute votre tâche une première fois, vous ne devrez pas hésiter à refaire la course du lac.

A mon avis, celui qui s'arrête à la cabane du fermier, n'a vu que la plus faible moitié de ce qui est à voir. D'ailleurs cette traversée du lac en bateau est charmante et n'offre aucun danger; le bateau est d'une construction telle, qu'il ne saurait sombrer sans de puissants efforts réunis dans ce but. — N'oubliez pas d'emporter vos châles et vos manteaux.

Page 1