‹ Bains et courses de LuchonChapitre 25 sur 58 · LAC D'OO · texte numérisé non relu

LAC D'OO

les 8 heures et emportez des provisions pour déjeuner au bord du lac. Mais s'il faut vous résoudre à faire cette course par un temps découvert, déjeunez à Bagnères et ne partez que vers 11 heures ou midi, afin de n'arriver au lac ou du moins de n'en repartir que lorsque le soleil, abandonnant le bassin, permettra de contempler dans l'ombre ce magnifique tableau. Par trop de lumière, il perd la moitié de son effet. Vous ne pourrez, il est vrai, rentrer que vers T à 8 heures ; mais la route est si belle, qu'il n'en peut résulter aucun inconvénient. Seulement prévenez votre traiteur pour l'heure du dîner, et emportez un petit goûter, si mieux n'aimez manger une truite du lac, qui sera prise sous vos yeux. Le fermier du lac vous offrira d'ailleurs quelques provisions, mais à un taux élevé; vous devez vous y attendre.

En outre, un impôt est prélevé sur tous les visiteurs par le même fermier. C'est un prétendu droit autorisé par un arrêté du préfet, et en vertu duquel le dit fermier réclame 25 c. de chaque visiteur et autant de son cheval, pour le seul fait de leur passage devant le lac. De plus , il en coûte 50 c. pour l'avoine qu'il faut bien donner au cheval, et 50 c. ou 1 fr. pour le bateau; c'est donc au moins 1 fr. 50 c. que chaque visiteur doit au fermier; et pour peu qu'il touche à sa table ou à ses truites? les droits s'élèvent alors bien plus rapidement. Si je vous donne ici, cher voyageur, cette indication dès le départ, c'est pour que vous n'oubliiez pas votre bourse à Luchon. Je vous en donnerai encore une autre : c'est de ne rien commander au lac ni de n'y rien accepter sans faire prix d'avance. C'est là d'ailleurs une règle à observer à peu près partout dans les montagnes.

La course du lac est une de celles qui permettent le plus de lancer les chevaux au galop. Vous pourriez la

92 LE LABBOUST, 3e COURSE.

faire sans guide, tant le chemin est facile et tant il est connu des chevaux qui, d'eux-mêmes, vous porteront au lac, si vous les livrez à leur instinct et leur laissez le choix du chemin. Néanmoins, mieux vaut prendre un guide, ne fût-ce que pour prêter, au besoin, mainforte aux dames.

HARCHË* — 1° Be Bagnères au plateau de

la Saunère (page 86) 15 m.

2° Bu plateau de la Saunère à la chapelle Saint-

Aventin 'page 88) 40 m.

.j° Be la chapelle au village de Cazaux 25 m.

Apres la chapelle, on peut gravir une traverse assez rude, taillée dans des calcaires (.418 C-J, des calschistes (84 C.) et des marbres encore ignorés, encore inexploités, quoique foulés aux pieds depuis tant d'années, et l'on arrive au village de Saint-Àventin. De loin, chacun remarque la forme originale du clocher, construction ancienne qui ne manque pas d'une certaine élégance. C'est un type que l'on retrouve dans trois ou quatre autres églises du Larboust. A cette époque, les arts comptaient des prosélytes jusqu'au milieu des montagnes les plus reculées.

Voyez dans cette église deux bas-reliefs consacrés à la découverte du corps de saint Aventin, et deux autels votifs consacrés au dieu Abélion (le soleil des Gaulois) incrustés dans les murs du cimetière.

D'Aventin à Cazaux rien de particulier que l'aspect delà vallée, toujours varié, toujours gracieux.

Au moment de toucher aux premières maisons de Cazaux , on a l'habitude de laisser à droite la route de

, \ d oo. '.>:.)

Bigorre pour D'entrer qu'un peu plus bas dans le village, où les chevaux se dirigent infailliblement vers un abreuvoir qui leur est bien connu; mais c'est seulement au retour du lac qu'on devra leur accorder cette satisfaction. L'eau de cette fontaine est d'ailleurs excellente ; elle coule sous une croisée du quinzième siècle , portant un écusson soutenu par deux cerfs assez bien sculptés.

Mais pourquoi donc renonce-t-on à voir dans cette course la chose la plus curieuse qui soit dans le Larboust?

Peintures cnrieuses. — Au lieu de tourner a gauche, lorsque vous n'êtes qu'à vingt pas de Cazaux, suivez la route de Bigorre : elle vous conduit à l'église dont les murs et la voûte sont couverts d'anciennes et féeriques peintures, les plus grotesques qu'il soit possible d'imaginer.

Ce sont les traits de l'Écriture sainte, chargés au delà de toute expression. Nul caricaturiste aujourd'hui, même en se livrant sans mesure à son imagination , n'arriverait certainement jusque-là ; et cependant il n'est pas croyable que l'auteur de ces peintures ait eu la moindre intention de parodier les pieux sujets qu'il avait à traiter. Combien il est regrettable qu'un des derniers desservants de cette église ait fait badigeonner une partie considérable de ces peintures qui, disait-il, attiraient de profanes regards î

Et voyez si les indications des guides peuvent suffire à celui qui veut bien voir et bien connaître une contrée ! Presque personne n'avait, avant mes Bains et

94 LE LARBOUST. — 3e COURSE.

courses, visité ces peintures si curieuses ; cependant tous les baigneurs de Luchon font la course du lac, tous passent près de l'église. Mais soit que, parmi les guides, les uns ne pussent arrivera comprendre ce qui intéresse les étrangers, soit que d'autres voulussent s'épargner de faire les vingt pas de plus qu'occasionne la visite de ces peintures, aucun guide ne signalait jamais aux étrangers cette église de Cazaux. Pour moi, qui en douze ans ai fait plus de vingt fois la course du lac ou le voyage d'Arreau, je n'avais encore entendu ni guide ni baigneur parler de ces peintures , et c'est en explorant minutieusement le pays une dernière fois pour faire mon livre sur les courses de Luchon , que je les ai pour ainsi dire découvertes; car mon guide, connaissant même le but spécial de mes courses, me laissait encore passer devant cette église sans me les annoncer.

4° De Cazaux à Oo 45 m.

Tout le pays est couvert de gros blocs arrondis, entassés, et tout à fait étrangers aux montagnes environnantes. Tout le monde remarque ce beau fait géologique, tout le monde observe ces roches blanches roulées et pénétrées, en tout sens, de longs cristaux carrés. Cette roche est le granité gnêsiteux porphyroïde (28 A), les cristaux qui la pénètrent sont du feldspath. Les montagnes du port d'Oo, depuis le massif de Crabioules jusqu'à celui de Clarabide, sont formées de cette roche qui n'existe nulle part ailleurs, ni dans les Pyrénées, ni dans les autres chaînes de montagnes jusqu'ici décrites par les géologues. C'est donc incontestablement des mon-

lac ion. ys

Ugnes d'Oo que proviennent ces blues roulés. Mais quelle cause les a détachés de leur gîte et les a portés si loin? quelle puissance leur a fait franchir les montagnes et les vallées?... C'est là une des grandes questions de la géologie sur laquelle beaucoup d'opinions diverses ont été habilement émises, et que nul ne doit se permettre de résoudre d'un trait, comme il arrive trop fréquemment.

Pour discuter une question si importante et si com- , il faut parfaitement bien connaître les faits sur lesquels elle s'établit; et pour bien voir ces faits, il est nécessaire de parcourir le plateau de Garen qui domine à droite le village et la tour d'Oo; il est aussi couvert de ces mêmes blocs de granité porphyroïde. C'est donc à la course de la Moraine de Garen que je vous renvoie, cher voyageur, pour y discuter avec quelques détails la belle question des blocs roulés du Larboust, question qui vous intéressera vivement, je l'espère, ne fussiez-vous encore nullement initié aux observations géologiques.

Vous traversez au galop le village d'Oo, à moins que vous ne soyez curieux de voir à l'extérieur de l'église quelques caractères de haute antiquité d'assez bon style, ou même de visiter la tour carrée qui précède le village, d'où l'on a extrait quelques inscriptions déposées dans le Musée d'antiques de Toulouse Cette tour, comme celle de Saint- Aventin, comme celle de Castelviel, près de Luchon, et comme toutes celles du même genre qu'on rencontre dans une grande partie des Pyrénées, fut autrefois construite pour servir à des signaux qui remplaçaient alors nos télégraphes; inutile de dire qu'elle était beaucoup plus élevée.

<H> LE LARBOUST. — 3e COUllSE.

5° D'Oo au plan d'Astos au pied de la montagne. 45 m.

Large vallée, mais profondément encaissée, d'un caractère assez uniforme. C'est le vallon d'Astos. Quand on arrive aux granges d'Astos, on reconnaît sans peine l'emplacement d'un ancien lac maintenant comblé. On voit aussi le résultat de grands écoulements de roches latérales. C'est en petit le chaos de Gavarnie ; et l'on voit là aussi la principale cause du comblement du lac.

JLégeBifle. — Près de ces cabanes existait encore naguère une chapelle à la Vierge, objet d'une vénération profonde dans le pays et qu'une avalanche a malheureusement détruite. Là se rendaient à certaines époques de l'année tous les habitants du voisinage, et c'est là que saint Aventin manifesta pour la première fois la puissance qu'il devait à sa sainte vie.

Natif de Vénasque, Mounségnu dé sant Abanti, était pâtre de la commune d'Oo et gardait son troupeau dans le pâturage d'Astos, lorsqu'un jour de grande dévotion apparut un ours énorme qui jeta l'effroi parmi les personnes rassemblées devant la chapelle. Saint Aventin, seul, ne s'effraya pas et attendit l'animal de pied ferme. Celui-ci ralentit sa marche à mesure qu'il s'approcha du saint , finit par le regarder d'un air caressant et vint lui tendre une patte que le saint vit toute saignante et percée d'une longue épine. Il la retira. Aussitôt l'ours s'éloigna, mais lentement, respectant le pâtre bienfaisant, son beau troupeau et les habitants du vallon.

6° !>u plan d'Astos au lac V.v> m.

Belles cataractes: beaux précipices à voir: nul dan-

Page 1