Du bord du lac au pîed de la cascade
Allez jusqu'au pied de la cascade; a chaque pas elle paraîtra changer d'aspect. Arrêtez-vous souvent pour la cou : et pour l'écouter mugir, et lorsque
vous serez otrei dans le nuage humide que for-
me:.: se- vip-:ur= .1 :ées. vous rétracterez, je l'espère, re protestation.
cas d'emporter un souvenir de votre intrépide promenade. Vous le trouverez sans peine a vos i. Prenez un fragment de cette roehe argentée don: I gisent pai tout entre Le lac et la cascade.
le 196 B , tantôt VhyalotalieU argentin < 200 B , gras au toucher, doux et brillant a - roches de nos Pyrénées. Peutpréfèrerez-YOUS ces tourmaline* noires 112 A I ins un granité blanc a gros grains [13 A}? Il y en a de ti es-belles; et la tourmaline est une véri- , dont on ferait notamment de [ '/.[■:- ou .-s d'oreilles, si ces
forme- étaient encore portées. Vous y pourriez récolter aussi \apeamattte wrrét [67 A , un granité passant a la leptynite '16 A,, un micaschiste phylladien strié 26 B , une phyÙade satinée 15 B . ete. 1 ■
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102 LE LARBOUST. — 3f COURSE.
et blanches et la cascade qui l'alimente, les montagnes sombres qui l'entourent, les monts glacés qui le dominent, le bruit et le silence qui le couvrent ; votre âme est pleine de grandes et pieuses pensées; vous voulez quitter ces lieux dans un recueillement profond... Mais voici l'instant le moins poétique, selon Rabelais... Il faut payer... Affreuse fatalité qui nous poursuit partout, qui se montre à tous les moments de la vie, comme pour détruire, aussitôt que formées, ces douces illusions auxquelles se plaisent tant et le cœur et l'esprit! Et toutefois nul ne l'ignore, l'autel, le trône, le banc du ministre, la chaire du savant, le siège du juge, l'étude du procureur, le poste du soldat... jusqu'à la loge du portier ne sont occupés que moyennant salaire, comme le bureau du voiturier, le comptoir du marchand, la caisse du banquier, ou l'atelier de l'industriel. Mais qui eût pu prévoir que jusqu'au sein des montagnes, presque dans les entrailles du sol, dans ce profond bassin de Sécuiéjo se trouverait aussi la cabane du fermier pour prélever impôt sur l'admiration de la nature?... O sublime invention du 19e siècle! Je me trompe, môme en ceci nous sommes devancés : Caron, le vieux Caron nous reprend cette palme... Sous un tel précédent inclinons tout murmure. Payons au batelier ses droits, si longue qu'en soit la liste, et sauvons-nous, pour n'avoir rien à débattre avec un tel officier.
Et d'ailleurs, on ne gagne rien à lui disputer son butin. Chaque année, quelques personnes, d'un caractère moins souple que celui du commun des baigneurs, essayent de lui refuser ses droits, et pour le couvain-
lac d'oo. 103
cre lui développent de belles théories basées sur les plus grands principes de l'économie politique, de la Charte, du Code civil, etc. Sourd, et pour bien des raisons, à toutes ces démonstrations, le fermier suit ou fait suivre jusqu'à la ville les visiteurs insoumis et les assigne devant le juge de paix deLuchon, lequel condamne toujours le réfractaire à payer au fermier, outre ses droits, sa course et les frais du procès. — C'est que si, dans l'intérêt des étrangers, il a été statué qu'une barque, des provisions, un abri, des secours seraient constamment tenus au lac d'Oo à la disposition des visiteurs, il a bien fallu assurer à l'entrepreneur le juste dédommagement de son séjour au lac, de ses avances, de ses peines et de ses soins. Or, s*il arrivait que personne ne voulût user de la barque ni toucher aux provisions du fermier, il en serait pour les frais de sa cabane, de son bateau, etc. En imposant à tous les visiteurs une modique redevance pour la seule vue du bassin, on a sagement assuré un service nécessaire en ce lieu, bien qu'il soit libre à chacun de ne pas le mettre à piofit; au reste, c'est un ancien arrêté du préfet de la Haute-Garonne qui autorise et règle cette perception.
Je n'indique pas ici les récoltes que peuvent faire dans le Larboust les zoologistes, les botanistes et les minéralogistes, parce que j'ai déjà publié ces indications dans mes Expériences faites au lac d'Oo, opuscule que possèdent déjà la plupart des naturalistes qui viennent explorer les environs deBagnères.
Cependant on trouvera plus loin, à la course de Garen, à celle de Castel-Blancat, etc., un assez grand nombre d'indications très- intéressantes sur les ri-
iOV LE Z.ARBOUST. — 4e COURSE.
chesses botaniques et zoologiques de cette belle vallée centrale des Pyrénées.
ie COURSE. — LACS CHLACËS, PORT DOO.
Grande et -pénible course de sommets, un tiers à cheval, deux tiers à pied, 16 à 18 heures aller et retour.
Départ. — Choisissez le plus beau temps qu'il soit possible; si peu qu'il }r ait de nuages dans le ciel, différez cette course ou ne la faites pas du tout; vous auriez du brouillard sur le port, souvent même une tourmente aifreuse. D'ailleurs, à moins que vous ne soyez géologue , botaniste ou chasseur, toute autre course vous procurera plus de plaisir que celle du port d'Oo. — Provisions, rhum ou cognac, spadrilles, bâton ferré et un bon guide sont toutes choses nécessaires. — Départ à 4 heures du matin au plus tard, à moins qu'étant au lac d'Oo vous ne couchiez dans la cabane du fermier, pour repartir le lendemain dès la pointe du jour. Cette méthode est bonne, si l'on se condamne sans regret à une mauvaise nuit dans la cabaue.
3W&KCIIE, — 1" à De luchon au lac
d'Oo 3 h. »
(Voy. page 90 et suiv.)
On laisse les chevaux au lac d'Oo, quoiqu'à la rigueur on puisse très-bien les faire monter jusqu'au lac d'Espingo.
7° Du lac d'Oo au lac d'Espingo \ h. 30 m.
Longue et dure montée, sans intérêt. On peut gagner un quart d'heure et diminuer la fatigue de cette partie de la course en traversant le lac en bateau, pour monter par un sentier pratiqué entre la cascade des Esplugues et la grande cascade. Ce sentier est assez facile pour que les dames même puissent le suivre et nonter ainsi sans trop de peine jusqu'au second lac.
•■i A4 ! -, POR1 D*UO< lOo
Une jeune et intrépide Parisienne, qui fit cette ascension au milieu d'un cortège de joyeux cavaliers, donna son nom à la petite cascade des Esplugues; depuis on l'appelle cascade Clémentine.
Le second lac ( lac d'Espingo), dans un large bassin découvert et entouré d'un vaste pâturage, offre peu de curiosité. Il paraît peu profond ; on y pêche de grandes et bonnes truites.
8° Du lac d'Espingo au 3° lac » lo m.
Les cabanes d'Espingo, occupées par des pasteurs chargés de nombreux troupeaux, sont aussi très-souvent habitées par de jeunes filles du pays qui s'y établissent pendant deux ou trois semaines pour y prendre le petit-lait et en reviennent ordinairement fort bien portantes.
Au besoin on pourrait coucher dans ces cabanes d'Espingo, mais pêle-mêle avec les bergers et leurs pensionnaires, sans compter bon nombre d'autres habitants dont il serait plus difficile encore de s'isoler.
Le troisième lac [lac dé la coumo dé la baquo) n'offre non plus rien de particulier.
9 Du troisième lac au quatrième. ..... 1 h. »
Dure montée, roches nues, rien à voir. Le quatrième lac ( le lac du bout de la Coume de la Baque ) est tout petit et insignifiant.
10° Du quatrième lac au lac Glacé 2 h. 15 m«
Montée plus rude encore; il y a peu de passages aussi fatigants dans les Pyrénées.
106 LB LARBOUST. 4e COURSE.
Le géologue seul y voit avec intérêt la disposition du granité et ses relations ou ses mélanges avec le micaschiste, le gneiss et les phyllades.
Le cinquième lac (lac Glacé) est magnifique, il dédommage de la peine qu'il a fallu prendre ; malgré cela, je n'invite à cette course que les bons marcheurs, les hommes robustes et habitués aux grandes courses des montagnes.
En descendant presque au bord du lac, on voit à droite un filon de plomb sulfuré argentifère qui présente les caractères d'une mine précieuse, mais qui est là dans de mauvaises conditions d'exploitation.
li° Su lac Glacé au port d'Oo » 45 «a.
On n'a plus de montée rude à subir; mais on doit lutter contre d'énormes blocs détachés, contre des bancs de neige et de glace qu'il faut inévitablement franchir. Avec le bâton ferré et les spadrilles on n'a à craindre que îe désagrément de tremper ses pieds dans la neige.
On voit au milieu de ce désert glacé de belles touffes vertes à grandes fleurs rougeàtres. C'est la renoncule glaciale , plante fort rare qui n'existe dans les Pyrénées qu'à la Maladetta, à la tus de Maupas et sur ce point.
Voyez aussi la disposition de ces glaciers , les arêtes qui les partagent, hérissées de blocs de granité qui forment leurs moraines latérales. En avant, leur tranche est abrupte à cause de la disposition de la montagne : ce qui explique l'absence de grande moraine transversal et la chute perpétuelle de blocs rejetés sur les pentes
LACS PORT d'oO. 107
do la montagne par le glacier qui avance toujours. Question magnifique que celle de ces glaciers, leur marche incessante, leur retrait, leur mouvement continuel, leur pression et leur frottement sur la montagne, leur lente et perpétuelle fusion, moindre en hiver, abondante en été, réglant ainsi et assurant toujours le cours des fleuves, etc., etc., quel beau sujet d'étude ! mais je ne puis que l'indiquer dans cet opuscule. Voyez cependant à la course du port de Vénasque l'explication du mouvement et de l'action des glaciers.
Je le répète, la course du port d'Oo est pleine d'intérêt pour le géologue, pour le physicien, pour le botaniste, pour l'artiste même; mais le simple amateur n'y trouve que trop peu d'objets de curiosité pour qu'il ne doive guère braver la peine et le danger g, présente.
Au port, rien à voir. Vers l'Espagne, la vue est complètement bornée par une grande montagne décharnée ; du côté dp la France, la vue, également fort restreinte, s'étend néanmoins par un point sur la plaine; mais ce n'est là qu'une faible partie de ce que 1 on ■;!<«• couvre de tous les autres sommets.
SI e tous*. — - Du cinquième lac ai sixième lac » 50 m»
Du port il faut redescendre au lac Glacé; mais du lac Glacé on peut, et il vaut même mieux, en descendant, passer par un sixième lac également glacé, encore très-peu connu, et qui est le lac du Portilon.
108 LE T..UIBOU5T. — Ie COURS!!,
Pour cela, il faut passer par le pic du midi d'Oo { penne de Mountarguet.) Ce passage est difficile, j'en conviens; faites-vous prêter main-forte par le guide et repoussez vivement tout sentiment de frayeur.
Le sixième lac est plus grand que le cinquième, qui est le seul que l'on visite ordinairement, et il offre un spectacle plus merveilleux encore. Les couches de neige de plusieurs années que Ton y reconnaît distinctement laissent dans l'esprit un profond souvenir.
Du sixième lac (lac du Portillon) on descend sans trop de peine ni de difficulté au lac d'Espingo en deux heures; tandis que la descente en partant du cinquième lac est des plus pénibles et des plus dangereuses, si le guide n'est très-sûr de son chemin. Il faut encore du lac d'Espingo au lac d'Oo 1 heure, et du lac d'Oo à Luchon 3 heures.
CRYPTOGAM1E. — Les botanistes peuvent faire, en montant au port d'Oo et surtout entre le lac d'Oo et le lac d'Espingo; une riche récolte cryptogamique. MM. Moquin-Tandon et Sarrat y ont observé : grimmia alpestris et ovata, barbula aciphylla, racomitrium fasciculare et potensum , bryum turbinatum, platyloma, polymorphum, elongatum et mitants, barthramia ithyphylla, hypnum seligeri, uncinatum et cattiehrow, anœctangiwn compactwn, tayloria splachnoïdes, etc.
5e COURSE. — liES gVlNZiS &ACS.
Voyage pédestre des plus pénibles et des plus dangereux. —2a 3 jours.
Bcpart. — Un temps magnifique, un ciel irréprochable sont des conditions de rigueur pour ce voyage , auquel je n'invite personne ; qu'un père doit défendre à son fils ; qu'un
LES QUINZE LACS. trt'J
ami ne : Mirait conseiller ù son ami, à moins qu'il ne s'agisse de sevrer et de dégoûter une bonne fois quelque coureur extravagant et indomptable. — Spadrilles et souliers de montagne, crampons, bâton ferré, gourde, fusil, lunettes, provisions complètes pour trois jours, guide sur. — Mitchot est le plus capable de conduire au milieu de ce dédale de sommets et de précipices. Si vous ne pouvez l'avoir, prenez tout autre guide; mais adjoignez-vous un chasseur du village deGouaoux près d'Oo.
MARCHE. — Je dirai peu de chose de cette course qui, je l'espère, ne sera tentée que bien rarement.
1° à 6° De Luchon au lac d'Oo, à pied 3 h. 30 m.
(Voyez cette course, page 90 et suiv.)
7° à 11° Du lac au port d'Oo (6e lac.) page 105. . . 6 h. 12° Du port aux trois Gours Blancs (7e, 8e et 9« lac). 2 h.
On traverse îe glacier du Ceil de la Baque, et Ton rentre dans le glacier des Gours Blancs. Ce sont trois petits lacs qui se touchent et qui sont dans le site le plus sauvage , le plus désert qui soit possible. Restes de moraines, beaux exemples de rochers polis et striés par les anciens glaciers.
13° Des trois Gours Blancs au lac de I*oussioules (10* lac*. 1 h.
Beau lac très-vaste , de couleur noirâtre , dominé par une cascade et par des cimes glacées d'un bel effet.
Tout près de là une cabane vous offrirait au besoin un abri et peut-être aussi quelque laitage.
14° Du lac de Poussioules au lac de îa Cirque (11e lac). 23 m.
Passage dangereux au bord d'un affreux torrent. Lac peu important et d'un effet tout autre que le dernier; il est au milieu d'un pâturage, avec un courtaou.
510 LE LÀRBOUST. — oe COURSE.
Une cascade descend dans ce petit lac.
15° Du lac de la Cirque au pic de Court aou 45 m.
Il faut absolument gravir cette montagne pour redescendre dans le val de Ciabaride et remonter au gour de Cazoas.
Belle vue de sommets au haut du pic.
16° Du pic de Courtaou au gour de Cazoas (12e lac). 30 m.
Nouveaux effets de glaciers importants à consigner. Roches nombreuses en place et roulées.
Si la nuit approche , il faut se hâter de s'assurer un gîte dans les cabanes du voisinage ; elles sont occupées par des bergers espagnols. On y sera bien reçu ; mais on y sera mal couché. Du reste , il n'y a pas à choisir.
17o Du gour de Cazoas à la Porte d'Enfer 55 m.
Redoublez de soins et d'attention. Rien n'est plus affreux que tout ce qui reste de chemin à faire au milieu de ces roches schisteuses qui manquent souvent sous le pied et qui parfois sont couvertes d'un gazon court, dur et lisse, plus traître encore.
Cette Porte d'Enfer est un passage très-étroit, comparable à celui du port de Vénasque.
De là on aperçoit la vallée de Louron et quelquesuns de ses villages, ainsi que le Monné et les montagnes qui l'avoisinent.
18° De la Porte d'Enfer au lac du bout de la
Coume de Schourtigas (13e lac) 50 m.
Vous tournez à droite pour aller au bout de la Coume de Néré,
MORAINE DE G.VREX. i 1 I
Vous laissez à gauche les lacs et les cascades de Néré, môme de riches filons de plomb et d'argent. Renoncez à vous en rapprocher. Je vous le conseille ; ce serait prolonger par trop votre périlleuse entreprise et accroître beaucoup la fatigue et le danger.
19° Du lac de Schourtigas au col d'Esquierry. ... 40 m.
Vous voilà hors de danger. Mettez la main sur le cœur , et convenez qu'il vous tardait d'en être quitte avec ces groupes hideux de Clarabide et de Néré, riches de grandes beautés et de belles horreurs, j'en conviens, mais par trop sauvages, par trop inhospitaliers.
Pour embrasser d'un coup-d'œil ces affreuses montagnes que vous venez de parcourir, gravissez la crête d'Esquierry d'où vous verrez encore deux lacs (14e et 15e) et le curieux Echo de Néré.
Ensuite regagnez Luchon ou par le val d'Esquierry, le jardin botanique des Pyrénées, ou par le vallon de Gouaoux, si vous n'avez pas encore fait la course du Monségut.
(Pour cela voyez plus bas la course des lac3, pics, Echo de Néré.) 6e COURSE. — NÎORÂIftE DE GARES.
Grande promenade après déjeuner , à pied, à cheval, en voilure, 3 h. au pas de marche, aller et retour; 5 ou 6 h. au pas de promenade.