‹ Bains et courses de LuchonChapitre 43 sur 58 · LA CHAUMIÈRE · texte numérisé non relu

LA CHAUMIÈRE

Petite promenade du matin. — 40 à 50 minutes pour monter et descendre.

Derrière l'établissement thermal on voit un très-joli bosquet, création de M. Paul Roileau. C'est un véritable jardin anglais appliqué sur une montagne abrupte. Au lieu de gravir, on monte de zig-zag en zig-zag sans peine et sans fatigue; on a trompé la verticale, on s'est trompé soi-même; on a Luchon à ses pieds , et toute la vallée sous les yeux.

Un peu plus haut, à gauche, on rencontre un filet d'eau qui vous paraîtra sans doute indigne de toute attention: c'est la Fontaine oV Amour; en effet, je ne puis comprendre ce qui a mérité un tel nom à une déception aussi amère.

SÀI>'T-MÀMET. «257

Mais faites quelques pas encore à gauche; vous arrivez à une charmante maisonnette, connue sous le nom de la Chaumière. C'est une construction nouvelle, située on ne peut plus heureusement. De ce point le bassin de Luchon apparaît comme une merveille. On reconnaît parfaitement que c'est un vaste et ancien lac comblé par les avalanches et les alluvions.

La Chaumière est d'ailleurs un endroit délicieux pour se reposer, pour se rafraîchir, pour déjeuner; on y trouve du lait, des provisions, des vins et des rafraîchissements de toute espèce.

L'eau qui coule à la Chaumière aurait , ce me semble, beaucoup plus de droits à porter le nom de Fontaine d'Amour.

31» COUUSE. — SâlNT-MAlHET.

Petite promenade , 30 à 50 minutes aller et retour.

On dit que Saint-Mamet occupait autrefois le petit plateau qui est au dessus de la cascade de Monlauban, et que lors de la peste noire qui désola l'Europe, les habitants abandonnèrent le village et vinrent se bâtir de nouveaux abris dans le lieu où se trouve le village actuel. On y voit une assez belle fontaine dont chacun lira l'inscription toute récente d'ailleurs. On visitera aussi l'usine où se rassemblentles minerais extraits de l'Hospice et de Montauban. Cette usine avait été construite par M. le comte de Bast pour le traitement du minerai de cobalt qui s'exploitait et qui s'exploite encore dans la vallée de Gistain, sur le versant espagnol des montagnes d'Oo. On y fabriquait

258 VALLÉE D'àRàH . — 32e COURSE.

du bleu de cobalt ou bleu de Prusse, pierre d'azur. En 1789, au commencement de la révolution, le comte fut forcé d'émigrer ; la fabrique, à peine organisée, fut abandonnée et bientôt en ruines. Le précieux minerai de Gistain s'exploite encore ; mais il n'existe en France ni en Espagne aucune fabrique de bleu de cobalt, et, le croirait-on ? les Espagnols transportent leur mine de Gistain à Bordeaux, d'où elle est envoyée en Prusse pour y être traitée et convertie en bleus, que nous rachetons ensuite à un taux exorbitant. Le minerai de cobalt, dont il existe encore dans nos Pyrénées françaises plusieurs filons encore inexploités, comme tant d'autres matières minérales, a, en luimême, une très-grande valeur. Tel qu'il sort de la mine, avant d'avoir subi aucune espèce de préparation, il vaut déjà de 10 à 20 fr. le kilo, quelquefois même beaucoup plus, selon qu'il est plus riche en cobalt.

Il faut voir à Saint-Mamet les bords de la Pique et ses jolies prairies, une scierie de planches très-pittoresque, et l'église fort triste, fort mal construite, mais récemment décorée par M. Cazes de peintures que nous avons entendu critiquer, nous devons le dire, beaucoup plus souvent que louer.

32e COURSE. — CASCADE SI DOME.

Petite promenade après diner, 2 à 3 h. — Nulle précaution. Temps couvert.

1* De Luchon à Saint-Mamet (page 257) 15 m.

2° De Saint-Mamet à la cascade Sidonie 45 m.

On arrive bientôt en vue de la tour de Castel-Vieil. (V. page 155.) On suit la route qui tourne à gauche ;

VAL DE BURBE. 25'J

on entre dans le vallon de Burbe. On monte à travers des rochers de gneiss (30 A) et de granité (2 A^ aussi durs pour le peintre que pour le marteau du géologue. On laisse à droite les montagnes du Lis, de Vénasque et la Pique qui en découle. Enfin, on arrive à la gracieuse cascade Sidonie. C'est tout le ruisseau du vallon de Burbe qui franchit d'un bond un énorme rocher. Cette petite cascade avait un nom local trèsdisgracieux (Pich des Verges). Je l'ai dédiée à une aimable et belle luchonnaise, enlevée par laphthisie aux fêtes, aux caravanes, aux promenades, aux danses, aux soirées deBagnères, dont elle fut longtemps l'ornement et la joie. — En revenant à Luchon, voyez à cinq à six cents pas après la cascade un beau monolithe de granité, élevé sur le bord du chemin. Rarement on le remarque en montant. Mais on ne peut éviter de le voir en descendant. Dédié à une aimable toulousaine, l'amie de Sidonie, il est marqué d'un A au sommet : c'est Y obélisque d'Augusta.

33e COURSE. — VAL DE BURBE.

Grande promenade après déjeuner, à pied ou à cheval, 4 à 6 heures. Nulle précaution. — Temps couvert.

1°, 2° De Luchon à la cascade Sidonie (page 258) ... 55 m. 3° De la cascade au fond du vallon de Burbe 45 m.

Au dessus de la cascade s'ouvre et s'élargit le joli val de Burbe. Nulle part de plus riches prairies: nulle part de plus belle verdure. Une promenade à pied est délicieuse dans ce vallon ; si l'on est à cheval, on le brûle en un temps de galop.

260 VALLÉE d'ARAN. — 34" COURSE.

34» COURSE. — BOSOST.

Petite course de sommets, 8 à 10 h., haltes et repas compris. — Si l'on doit revenir par Saint-Béat, la course est alors de 13 à 15 heures.

Départ. — La course de Bosost doit être faite le dimanche, s'il se peut, ou un jour de fête : alors on atteint le but principal de cette course qui est de voir la population espagnole, ses costumes et ses usages. On devra donc partir à sept heures au plus tard de Luchon pour arriver vers les dix heures à Bosost et pouvoir y assister à la messe, ce qui est essentiel. Inutile de se'pourvoir de vivres. On déjeune assez bien à Bosost et surtout à Lez. Pas de difficultés de montagnes à prévoir ; en conséquence costume de promenade ordinaire, bonne chaussure. — Il est bon d'emporter quelque monnaie de billon pour la distribuer en Espagne où tout le monde à peu près vous demandera de lui donner un sou. Payez ce léger tribut aux gens de la vallée ; il y sera regardé comme un crime de causer aux étrangers inoffensifs le moindre désagrément. — Du reste, on n'est nullement inquiété par les Espagnols dans cette promenade. On peut toujours la faire en toute sécurité. Mais il faut se garder de porter des fusils de chasse ni aucune arme; on pourrait être désarmé par les carabiniers espagnols (les douaniers), et par eux retenu pour être conduit à Vielle, devant le gouverneur. — On ne doit pas non plus porter sur soi des pièces d'or; en rentrant en France on pourrait être fouillé par les carabiniers qui ont le droit de confisquer toute pièce d'or, l'exportation de ce métal étant sévèrement prohibée en Espagne ; mais il est très-rare que l'on soit inquiété de cette sorte. — Il faut aussi recommander au guide d'arrêter les chevaux à Bosost, devant la douane espagnole, pour s'y pourvoir d'un passavant et y payer le droit ordinaire de 50 centimes par cheval. Si l'on négligeait de s'arrêter devant la douane, aussitôt qu'on l'aurait dépassée de vingt pas seulement, on pourrait être très-désagréablement poursuivi parjles carabiniers. La douane est au milieu de la ville, sans enseigne apparente qui puisse la faire distinguer. Le guide doit donc être chargé de ce soin dès le départ, pour qu'on n'ait

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pas à s'en mettre en peine. Au reste, les guides de Luchon, n'ont pas besoin d'être prévenus à cet égard, ils savent à peu près tous les formalités qu'ils ont à remplir. — On a peu à galoper dans cette course , qui consiste presque tout entière dans la montée et la descente du Portillon : le guide doit donc être à pied et s'occuper de ceux qui * seraient en arrière et des chevaux que l'on abandonnera fréquemment pour monter ou descendre le Portillon plus commodément.

Un ciel pur n'est pas indispensable pour la course de Bosost; on peut la faire par un temps couvert sans perdre grand'chose du plaisir qu'elle doit procurer.

MARCHE. — li 2, 3o, de Luchon au fond du val de Burbe p. 259) 1 h. 30 m

4° Du fond de Burbe au Portillon 45 m.

On monte par une belle forêt de hêtres, de chênes et de sapins. On est bientôt au sommet du port trèsbien nommé Portillon; car il est loin d'être long et rude à gravir, comme le sont les véritables ports des Pyrénées.

Rien de remarquable au Portillon. On découvre quelques montagnes espagnoles, que l'on reverra bientôt comprises dans un tableau plus complet.

5° Du Portillon à la chapelle St. Antoine 45 m.

Nous sommes sur la terre d'Espagne : hâtons-nous d'arriver à la chapelle de Saint- Antoine, tout en admirant ces petites portions de la vallée d'Àran qui se montrent déjà, l'heureuse position de Bosost au pied de la montagne, celle de Canéjan, village aérien au fond de la vallée, etc.

Balte à la chapelle Saint-Antoine pour jouir de

cotte vue délicieuse. C'est un riche et vaste tableau.

262 VALLÉE D'àRÀN. — 34e COURSE.

La Garonne roule dans un lit sinueux et féconde toutes les terres qui la bordent ; on la suit des yeux jusques près de sa source, vers la droite, au milieu de mille prairies d'un vert inimitable. A gauche, Bosost et ses jolies toitures d'ardoises; Lez un peu plus loin, et vers le fond de la vallée, Canéjan, aux limites de l'Espagne. Le versant de la montagne qui porte Canéjan est espagnol, le versant opposé est français. Ainsi, de la chapelle Saint-Antoine, on saisit presque dans tout son ensemble cette magnifique vallée d'Aran, espagnolepar convention, maistoute française par le fait. Française, puisque ses eaux se versent en France et avec elles tous ses produits; française, puisque le langage Aranais n'est autre que le patois ordinaire des Pyrénées, avec les modifications qu'il présente d'une vallée à une autre vallée, et dans une même vallée d'un village au village voisin. Ce n'est donc que par un des caprices de la politique des nations que le sol sur lequel nous sommes se trouve soumis aux lois espagnoles, lesquelles n'y sont d'ailleurs que très-imparfaitement observées. On dit qu'il est question de rendre à la France cette vallée d'Aran qui est en effet la partie supérieure d'une des plus belles vallées de France, celle de la Garonne, contre une restitution semblable à faire par nous dans la Cerdagne (Pyrénées-Orientales).

Ce n'est donc pas du tout sous le beau le ciel d'Espagne que nous serons à Bosost; nous y retrouverons les mêmes nuages ou le même azur, en un mot les mêmes conditions météorologiques qu'à Luchon. Il

bosost. 263

en serait bien autrement, si, franchissant les véritables ports Pyrénéens, nous descendions vers les fleuves d'Espagne. Nous reconnaîtrions presque toujours un ciel, une terre, une chaleur tout autres.

6° De la chapelle St-Antoine à Bosost 30 m.

Si ce n'est pas la franche terre d'Espagne que nous allons parcourir, c'est du moins le haut d'une de nos plus riches vallées de France avec les modifications notables introduites dans le costume et les mœurs par une ancienne et longue occupation espagnole. — A Bosost, n'oubliez pas la douane espagnole; mais ne vous hâtez pas de mettre pied à terre ; car les rues sont pleines d'une fange noire qui les rend inabordables, excepté dans les temps les plus secs.

Le dimanche à Bosost. — Le dimanche, hors le temps des offices, les femmes sont aux croisées ou sur les portes. On distinguera quelques jolis visages, mais peu nombreux. Les hommes sont réunis au voisinage de l'église. Leur bonnet roug3 écarlate termine parfaitement leur haute et belle stature. Mais pourquoi semblent-ils en rupture complète avec le sexe ? Décidément c'est bien en France que la galanterie est la plus parfaite et la plus populaire.

Si l'on arrive pendant la messe, on se hâtera d'entrer à l'église. On y remarquera la même séparation des sexe? , usage d'ailleurs conservé dans beaucoup d'églises de France. Leshommes sontau fond de l'église, et les femmes tout près de l'autel. — Pour sonner l'élévation et la communion, au lieu de la simple clochette usitée dans nos églises, on a ici une grande roue portant tout autour un assez bon nombre de clochettes et mise en mouvement au moyen d'une ma-

26 i VALLÉE DARAX. — 34e COURSE.

nivelle. Ces cloches sont de différents tons et s'accordent ensemble; on fait tourner la roue; il en résulte une succession et une combinaison de sons assez harmonieuses.

Si, aulieu de faire la course de Bosost un dimanche, on y vient un jour ouvrable, le bourg paraît presque désert; on voit quelques femmes aux croisées, fort peu d'hommes dans les rues, presque pas de costume propre ou complet, partout une saleté misérable et dégoûtante. Le cordonnier, le boucher, le menuisier, les hommes et les enfants, les jeunes filles comme les vieilles femmes, les plus aisés comme les plus pauvres accourent sur le seuil de leur porte pour vous demander un sou.

Le dimanche, au contraire, tout le monde est propre et gracieux; on voit toute la population ; elle sourit à votre passage. Nul ne vient tendre la main. On aurait honte de paraître misérable aux yeux de la ville entière qui est sur pied. Quelques-uns seulement suivront votre caravane au dehors de la ville, ou seront accourus avant votre entrée à Bosost pour vous dire du ton le plus gai : Moussu, Madamo, dounan mè un soou.

Au sortir de l'église, on vous demandera trës-disgracieusement, et comme un droit consacré par l'usage, quelques sous pour l'église. Il va sans dire que vous pourriez les refuser. Du moins faites à ce rustre une leçon de politesse, qu'il aura déjà peut-être reçue cent fois et qu'il a cent fois oubliée.

Les» prêtres en Espagne et l'économie politique. — Il y a toujours sept prêtres à Bosost, quelquefois un bien plus grand nombre. Il y en avait quatorze en 4840. Cependant on ne compte que 400 âmes à Bosost; un prêtre suffirait donc pour le

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service spirituel; mais, je l'ai déjà dit, t3lle est l'organisation de l'Espagne. Comme la France, comme l'Angleterre, elle est pleine d'hommes qui n'ajoutent rien à la richesse publique, qui l'absorbent au contraire aux dépens du trop petit nombre de producteurs. Or, c'est là une infaillible condition de décadence et de ruine pour les nations. Tout peuple, au milieu duquel s'établit une classe nombreuse et prépondérante qui, ne produisant rien par son travail, absorbe au contraire et consomme les productions du pays dans une proportion plus grande que les producteurs eux-mêmes, est par cela seul inévitablement voué à des dissensions intérieures, à des embarras au dehors, à un affaiblissement progressif, à des révolutions sanglantes. Aussi, tout peuple, chez lequel se manifestent de semblables symptômes, doit-il compter, pour en arrêter le progrès, non pas sur la force des lois et l'appui de l'armée qui un jour ou l'autre failliront et seront impuissants , mais sur de larges organisations intérieures ayant pour but de rattacher à la production nationale les hommes mêmes qui s'en étaient le plus éloignés; car ceux qui étaient jusques là le fléau du pays en deviendront alors les fécondateurs, si on les intéresse habilement à tourner les ressources de leur esprit, de leur fortune vers les besoins de la production matérielle. Les véritables, les seuls éléments de la richesse publique, on ne saurait le méconnaître, sont les productions végétales, animales et minérales que la terre donne chaque année pour remplacer celles qui chaque année sont consommées et rendues au sol. Si le soin de cette production est livré à la partie la plus pauvre et la plus inintelligente de la nation, comment la fortune publique ne seraitelle pas tôt ou tard compromise? Gomment n'y au-

266 VALLÉE D'ARAN. — 34e COURSE.

rait-il pas un grand nombre de frustrés et de mécontents à la répartition d'une récolte incomplète et insuffisante ? Or, je l'ai démontré (4), l'industrie et le commerce ne produisent rien; ils servent à opérer une juste et large répartition de la richesse publique produite par le sol. Quant aux professions libérales, si honorées, si recherchées, si impolitiquement encouragées, elles ne produisent rien non plus, et elles prélèvent au contraire sur les producteurs un impôt énorme, dont les conséquences sont beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus funestes qu'on ne saurait le voir au premier abord...

Mais je ne puis développer ici, comme il conviendrait, un sujet aussi vaste et aussi sérieux. J'ai saisi cette occasion pour appeler sur une des questions actuelles les plus importantes, et, je crois, les moins comprises, l'attention des hommes graves et puissants qui viennent prendre à Luchon quelques jours de repos ; que ceux d'entr'euxqui sont jaloux d'administrer avec distinction, avec habileté et en vue du bien public, veuillent bien poursuivre l'examen de cette question capitale dans ma Géologie dans ses rapports avec l'agriculture et l'économie politique, où je l'ai traitée complètement. J'ai la conscience d'avoir exposé et démontré dans cet ouvrage des idées neuves, inspirées par les principes mêmes de la science, et capables de suggérer des pensées et des améliorations de la plus haute importance.

Bosost, comme toute la vallée d'Aran, offre quelques curiosités archéologiques, des bas-reliefs, des inscriptions, etc. Voyez surtout le portail de l'église, non pas celui qui donne sur la place, mais celui qui

(1) V. Géologie dam ses rapports avec l'agriculture et l'économie politique.

BOSOST. 267

touche aa clocher. Il est surmonté d'un bas-relief aux figures les plus monstrueuses, dans lesquelles on peut néanmoins reconnaître les Évangélistes.

Vous pouvez déjeuner à Bosost, mais faites votre prix; car dans la vallée d'Àran comme à Vénasque on abuse des étrangers. Vous ferez mieux d'arriver jusqu'à Lez pour déjeuner et pour voir en même temps l'établissement de bains, construit à neuf, avec goût et avec luxe.

7° De Bosost à Lez 45 m.

Visitez sur ce trajet le gouffre de Clèdes, où la Garonne se précipite avec fureur et semble se perdre au sein des rochers.

Voici Lez. Allez droit au château de If. le baron de Lez, le propriétaire des bains, où le fermier vous recevra et vous traitera avec empressement. — Cette habitation est au pied d'une de ces grandes tours carrées qui se retrouvent dans toutes les vallées pyrénéennes et qui servirent jadis à des signaux télégraphiques. Telles sont auprès de Luchon les tours de Castelvieil, de Castel-Blancat, d'Oo, de Moustajon, de Fronsac, etc. Cette tour de Lez, et elle n'est pas seule dans la vallée, démontre aussi qu'autrefois la vallée d'Aran ne faisait qu'un avec les autres vallées du versant nord des Pyrénées. Mais combien de péripéties n'a-t-elle pas eu à subir depuis des siècles! D'abord elle fut longtemps tributaire, tour à tour, du Comrninges et de l'Aragon ; longtemps elle a même appartenu aux deux royaumes à la fois, en ce sens qu'elle dépendait de l'évêque de Saint-Bertrand de

268 VALLÉE D'àRÀN. — 34e COURSE.

Comminges pour le spirituel, tandis que pour le civil et pour le militaire elle était complètement soumise à l'Espagne. En 1802, elle était totalement espagnole; sous l'empire elle redevint entièrement française; elle est rentrée sous la loi espagnole en 1814, et tout permet d'espérer qu'avant peu elle sera encore rendue à la France, à laquelle elle appartient par les lois mêmes de la nature, lois impérieuses dont la violation ne saurait être durable.

Ne négligez pas de visiter les bains, et de goûter l'eau minérale à laquelle il ne manque vraiment que quelques degrés de chaleur. Le site est d'ailleurs délicieux; vous ferez halte pour le contempler.

Ensuite faites dans une petite boutique de Lez votre provision de cigares de la reine ; ils ne coûtent que 5 fr. le cent. Les amateurs m'ont assuré qu'ils valent presque nos cigares français de cinq sous; mais n'oubliez pas de les déclarer à la douane française en rentrant à Luchon ; car l'on vous fouillera et Ton vous les confisquerait.

Retour. — A moins de faire la grande tournée par Saint-Béat (dans ce cas voyez la course suivante), vous devez rentrer à Luchon par la même route. Calculez votre temps; il faut quatre heures de Lez à Bagnères sans s'arrêter. Or, si l'on danse ce soir à Bosost (on y danse tout les dimanches et les jours de fêtes à partir de cinq heures environ), vous ne résisterez pas au plaisir de voir quelques moments les danses aragonnaises, un peu défigurées il est vrai, mais différant beaucoup de nos danses françaises. Il y a quel-

ques belles filles à Bosost et surtout de beaux bommes.

Cependant on peut monter de Lez à Bacanère et rentrer à Luchon par Artigues, Sodé et Juzet. On allongera d'une heure au plus. (Voyez la Course de Bacanère.)

35e COURSE. — SAIXT-BÉJLT.

Grande course desommets et de vallées, 13àl5 heures. — Temps couvert.

Départ. — Tout le monde devrait faire la grande course de Saint-Beat qui embrasse celle de Bosost et en grande partie les deux vallées de Luchon et d'Aran. C'est cependant une course longue et pénible que les malades et les personnes délicates ne sauraient subir impunément. Mais voici un moyen d'en diminuer la fatigue de près de moitié. Huit ou douze personnes s'entendent pour faire cette course le. même jour, louent une voiture à quatre ou à six places et autant de chevaux. La caravane ainsi divisée, moitié à cheval, moitié en voiture, comptant de part et d'autre le même nombre de dames, c'est de rigueur,'se met en marche par deux routes diamétralement opposées. Les chevaux, dont s'emparent les plus diligents, montent par le val de Burbe, le Portillon et descendent par Bosost, Lez et le pont du Roi jusqu'à Fos. La voiture, au contraire, quitte Luchon par l'allée de Paris, descend par Cazaux, Cierp et Saint-Béat pour remonter jusqu'à Fos, où tout le monde se retrouve, s'embrasse, se dit les impressions du matin et se sépare aussitôt, en changeant toutefois d'équipage, à la grande satisfaction de tous. Ceux qui étaient en voiture brûlent de monter à cheval pour parcourir la haute vallée d'Aran . Les cavaliers au contraire et les amazones du matin sont parfaitement aises de céder leur monture pour être carossés jusqu'à Luchon.

Nulle précaution particulière pour cette course. Choisissez seulement un temps nuageux. Indispensable pour d'autres courses, un soleil ardent rendrait celle-ci pénible, fatigante, monotone et l'empoisonnerait de poussière. Le lendemain d'un

270 VALLÉE D'àRàN. — 358 COURSE.

jour de pluie, et s'il se peut un dimanche ou un jour de fête, voilà ce qu'il faut saisir pour la grande course de Saint-Béat.

Ceux qui partent à cheval déjeuneront à Lez et n'arriveront à Fos qu'au bout de sept heures à sept heures et demie. Ceux qui partent en voiture déjeuneront à Saint-Béat et seront à Fos en cinq heures et demie. La voiture peut donc se retarder deux heures à Luchon après le départ des chevaux, à moins que les cavaliers ne renoncent à rien voir et n'aient pour but que d'arriver à Fos en cinq à six heures, chose facile d'ailleurs, du moins avec de bons chevaux, mais que je désapprouve complètement. — Comme je l'ai déjà dit, j'ai eu soin dans tout cet ouvrage, de mesurer le temps non seulement par la distance et le pas moyen des chevaux ordinaires, mais encore par l'attrait et l'attention que commande chaque localité.

Je trace pour les cavaliers l'itinéraire qui fait suite àBosost.

Pour la route de Cierp, prenez la même course à rebours.

En route les cavaliers à quatre heures, à cinq heures au plus tard. A six heures il n'est plus temps et l'on doit être condamné sans rémission à la voiture. — Malgré cette combinaison les personnes faibles et délicates, je le répète, doivent s'interdire cette grande course»

MARCHE. — 1, à 7°, de Luchon à Lez fpag. 259). 4 h. Déjeuner à Lez 1 h.

8° De Ler au pont du Roi 1 h. 30 m.

Remarquez la voûte large, élevée, hardie du pont de Pontaout (pont haut) et le chemin qui monte à Canéjan, village aérien par excellence, village espagnol, où se conserve encore une coutume religieuse qui caractérise bien la nation.

Fanatisme religieux. — A l'approche de la semaine de Pâques, on voit plusieurs hommes soutenir vivement leurs droits à une singulière prétention : il s'agitde savoir lequel on acceptera pour représenter le Christ dans les cérémonies de la Passion. Or, tout le bénéfice de cette préférence va être de

SÀlîfT-BÉAT. 271

procurer à l'élude la troupe une complète répétition des cruautés que Jésus-Christ eut à subir chez les Juifs, sans en excepter même le supplice de la croix. Ainsi, après l'avoir fouetté jusqu'au sang, après l'avoir couvert d'opprobres et l'avoir couronné d'épines, on le clouera par les mains sur un arbre en croix, mais très-positivement; seulement on lui fera grâce de la cheville qui transperçait les pieds. Au reste on a déjà vu à Canéjan, même à Bosost où cet usage subsistait encore naguère, des hommes mourir au milieu de ces tortures, auxquelles ils s'étaient soumis avec fanatisme.

La vallée se resserre de plus en plus au pont du Roi; il n'y a que la place du fleuve et la route. C'est un défilé qu'une poignée d'hommes peut défendre. Quant au pont, il est neutre et inviolable; il est dans la ligne qui sépare les deux nations : c'est un pont mitoyen.

9° Du pont du Roi à Fos 50 m.

Vous êtes en France; cependant le même défilé se prolonge encore longtemps entre des roches arides. Vous rencontrez la tour de Pomorin, puis le poste de la douane, et de nombreuses scieries de planches toutes pourvues de bois espagnols. — De beaux arbres ombragent la route ; nous voici à Fos.

La voiture n'est donc pas arrivée? Se sera-t-elle brisée sur la route? Quelqu'un est-il blessé? Quel malheur, grand Dieu! — Mais que dites-vous donc? il n'en est rien. La route de Luchon est magnifique; quelle voiture s'y est jamais brisée?... La voilà, dans un nuage de poussière... Entendez-vous ces cris

272 VALLÉE D'ARÀN. — 35* COURSE.

bruyants? est-ce le deuil ou le plaisir?... On demande vos chevaux. — Les chevaux! les chevaux I — Donnez-les au plus vite ; jetez-vous dans la voiture, virez de bord et au galop sur Bagnères, sans laisser le temps de la réflexion... Ces bons amis, je les plains de tout mon cœur, avec des chevaux harassés pour remonter le pont du Roi, Bosost et le Portillon jusqu'à Luchon ! En huit grandes heures ils n'en seront pas quittes!... Vous eussiez dû leur conseiller au moins de donner tout d'abord une première avoine... Et encore, vont-ils se perdre? sauront-ils suivre l'itinéraire à rebours?... Vous allez être à Luchon deux à trois heures avant eux. — Eh bien? n'est-ce pas fort juste? Ne sommes-nous pas partis deux heures plus tôt?

10° De Fos àSaint-Eéat 1 h.

Bassin large, fertile, populeux, animé.

Halte à Saint-Béat 1 h.

Vous devez faire halte à Saint-Béat. Vous vous reposerez, les chevaux se reposeront aussi, et vous prendrez tout le temps de voir le vieux château, l'église et quelques débris antiques disséminés çà et là. Visitez la carrière de marbre jaune (Brèche Nankin) de Saint-Martin, exploitée par les Romains de la manière la plus grandiose, comme vous le verrez, et aussi la carrière de marbre statuaire, la plus importante sans contredit qui soit dans les Pyrénées. En cinq minutes vous aurez vu la première; il faudrait deux heures pour voir la seconde; il vous suffira

d'examiner au pied de la montagne, au sortir de Saint -Béat, les magnifiques blocs qui en proviennent.

Sain t -Béat . — Saint-Béat, quelquefois appelé Clé de France, est une ville agréable, riche, bien bâtie, où l'on trouve des hommes distingués, de grandes fortunes et d'aimables personnes. Parcourez-la dans tous les sens; ce ne sera pas long et vous en aimerez le souvenir. Vous vous plairez à la décrire à votre ami, à votre enfant. — Pour rendre sensible votre description, vous prendrez un sablier, l'horloge de nos bons aïeux. — Vois-tu entre ces deux globes de verre le col étroit par où passe grain à grain le sable chronomètre ! Eh.bien 1 Saint-Béat est là. A peine si dans cet étranglement de la vallée il y a place pour deux rangées de maisons formant rue, et pour la Garonne, encore torrent, qui dispute à la ville le terrain-pied à pied, mais qui, en aval et en amont, se répand librement dans deux larges et fertiles bassins.

Ce n'est pas tout, je levai les yeux vers le pic le plus menaçant de ceux qui pendent sur cette gorge habitée. Quel fut mon étonnement à la vue d'une croix de bois debout sur la cime du rocher ! Je lui fis de loin mon humbe prière, persuadé qu'elle n'avait reçu aucune visite depuis celle du fervent chrétien qui avait osé l'y planter. Bien grande était mon erreur ; car à certains jours solennels1, des centaines d'habitants, divisés par pieuses escouades et chantant de saintes litanies, escaladent tout cet âpre calvaire, qui vu d'en bas semble le point de jonction de la terre avec le ciel. Après avoir adoré et prié, ils redescendent avec confiance, vont reprendre leurs travaux ordinaires, protégés qu'ils seront par ce signe rédempteur qui veille pour eux et qui retient dans le ciel ce rocher menaçant.

274 vallée d'aras . — 35e course.

Retour. — De Saint-Béat àCierp. ... 1 h.

Montagne de marbre statuaire baignée par un petit lac sans issue. — A droite, le pic de Gard aux sept pointes, je me trompe, aux. vingt-sept pointes. — On traverse le village de Marignac. — Bassin admirable de formes et de fécondité.

De Cierp à Ludion 2 h. 30 m.

Voyez plus loin la course de Luchon à Cierp.

GEOLOGIE. La course de Bosost et de Saint-Béat est une des plus intéressantes pour le géologue. Au sortir de Saint- Mamet on trouve une jolie variété de gneiss schisteux, passant au micaschiste (3 B), près de la fonderie. Au gneiss succède bientôt le granité jusqu'à la cascade Sidonie : c'est tantôt le granité à gros grains argenté (12 A), tantôt un granité gnésiteux commun (27 A). Le mica argentin y domine. A la cascade apparaissent les micaschistes (28 B) et les phyllades (42 B), qui régnent jusqu'au sommet du Portillon. Mais dans le vallon de Burbe, sur le versant de la vallée exposé au midi, on découvre plusieurs couches subordonnées de graphischiste, tantôt pur (18o B), tantôt maclifére (187 B), les mêmes d'ailleurs qui se voient en allant à l'hospice; c'est la continuation des mêmes couches. — On trouve aussi, en s'élevant dans les montagnes, à droite et à gauche, plusieurs variétés de phyllades maclifères (48 B) et de phyllades grenatifères (46 B).

Au Portillon, granité argentin (12 A) et commun (2 A) contre lequel s'apouient, soit sur le versant français, soit sur le versant espagnol, des micaschistes phylladiens maclifères à très-grosses màcles (30 B). — En descendant vers la chapelle Saint-Antoine, on retombe dans les micaschistes commun (6 B) et phytladien (25 B) jusqu'à Bosost. — De Bosost à Lez, gneiss et granité. Toute cette course est dans le terrain primitif et surtout dans le groupe du micaschiste. Charpentier avait compris tout ce terrain dans le micaschiste ; cependant le granité massif s'y observe en trois points, en face de Castel-

vieil, au Portillon, et après Bosost, avec un tel développement, qu'on ne saurait se dispenser de le reconnaître comme caractéristique de ces trois localités et de rectifier à cet égard la carte tracée par ce savant auteur.

De Lez à Fos, le micaschiste devient prédominant; on voit des phyllades et Ton trouve de beaux cristaux d'andalousite. De Fos à Saint-Béat, les phyllades régnent encore, font place au calcaire saccharoide, tandis que sur la rive droite du fleuve on reconnaît des grès et des schistes du terrain de transition dérangés par des diorites plutoniques (ophites de Palassou).

On connaît quelques bons gisements de galène argentifère, de blende, de fer carbonate, de fer arsenical et de manganèse, au voisinage d'Argut-dessus au milieu du terrain silurien.

Outre divers autres indices métallifères qui se montrent autour de Saint-Béat, j'en signalerai un surtout comme plus précieux encore et comme beaucoup plus rare, ce sont des veines et des infiltrations de soufre natif dans les fissures du marbre statuaire. Rapproché de plusieurs autres circonstances géognostiques du lieu, cet indice est celui qui pourra peutêtre appeler sur Saint-Béat le plus de fortune et de brillantes destinées.

11 me resterait à esquisser ici les traits géognostiques si nombreux, si variés, si complexes qui distinguent les montagnes de Saint-Béat, un des points les plus curieux et les plus riches de la chaîne; mais il faudrait plusieurs pages pour effleurer seulement la géologie de ce cantonnement, et je ne saurais résister alors à l'entraînement des nombreuses discussions qu'elle soulève. Je me borne à dire que les groupes du granité massif, du gneiss, du micaschiste, des phyllades, des calciphyres, du silurien, du dévonien, du grès bigarré et du lias s'y montrent avec leurs roches les plus caractéristiques et accompagnés de roches plutoniques nombreuses, variées, correspondantes à plusieurs âges et à plusieurs époques de dislocation (V. Tableau figuratif de la structure minérale du globe).

Toutefois il est un de ces points litigieux sur lesquels il ne m'est pas possible de garder le silence ; car il s'y rattache une des questions géologiques qui ont eu le plus de retentisse-

27G VALLÉE D'ARÀN. — 35e COURSE.

ment parmi celles qui intéressent les Pyrénées. Je veux parler de Tàge du marbre statuaire de Saint-Béat.

Le marbre de St-Béat ne saurait être classé dans le terrain jurassique. — 11 suffit de parcourir, au pied de la montagne et dans toute sa largeur, ce massif de calcaires saccharoïdes pour reconnaître, 1° que le marbre statuaire y est associé à un grand nombre de variétés diverses de calciphyres, à' hémithrènes, de dolomies, de calcaires saccharoïdes, etc.;

2° Que ces roches forment un ensemble de larges assises maintenant disloquées, mais reposant évidemment sur les terrains de granité et de micaschiste qui forment la base et Taxe de la montagne et que Ton voit d'ailleurs ressortir sur plusieurs points;

3° Que les roches qui forment le vallon de Marignac sont inclinées et dirigées de manière à recouvrir le massif des marbres ;

4° Que ces roches de Marignac sont des schistes, des grauwackes et des calcaires appartenant incontestablement au terrain silurien parfaitement caractérisé par des orthocères, par des spirifères, par le cardiola interrupta, etc., que j'y ai découverts et indiqués dès 1833, alors qu'on ne connaissait encore ces fossiles sur aucun point des Pyrénées, et que tous les géologues y ont retrouvés depuis ;

5° Enfin, que le marbre de Saint-Béat et les diverses roches calcaires qui l'accompagnent ont donc leur place très-exactement marquée à la partie supérieure du terrain de micaschiste, dans mon groupe des calciphyres, et par dessous le silurien.

On le voit, il ne saurait y avoir aucune incertitude sur l'âge et la position géologique de ce beau calcaire de Saint-Béat. D'ailleurs, à Sost, aux Chalets Sâint-Nérée, etc., on retrouve le même ensemble de calcaires saccharoïdes, de calciphyres, d' hémithrènes, de dolomies, etc., offrant absolument les mêmes variétés de roche avec les mêmes associations minérales, et se montrant exactement dans les mêmes conditions et dans les mêmes relations géologiques entre les roches granitiques et les schistes siluriens; en sorte que rien n'est plus certain ni mieux caractérisé que la position géognostique de ces marbres.

Néanmoins, entraînés par leur théorie du métamorphisme, théorie contre laquelle je n'ai cessé de protester depuis le jour mi .-lie tut exposée, pour la première fois, à la Société^géologique do France, théorie qui a induit de tous cotés les géoloques <t les ingénieurs des mines dans les erreurs les plus regret! ibli-s.MM. Elie deBeaumont et Dufrénoy, membres de l'Institut, inspecteurs généraux des mines de France, etc., ont classé le marbre de Saint-Béat dans le terrain jurassique!!

Les observations nombreuses, les indications précises que j'ai vivement opposées à plusieurs reprises à mes savants collègues de la Société géologique, n'ont pu leur faire abandonner cette opinion, quoique dénuée de toute espèce de preuves. Je crois même que mon insistance à cet égard, comme dans plusieurs autres discussions géologiques, et notamment dans celle du métamorphisme, où j'ai eu le grand tort d'avoir complètement raison contre les maîtres de la science les plus influents, n'a eu pour résultat que d'exciter contre moi une grande opposition parmi les nombreux disciples de ces professeurs célèbres. Toujours est-il que parmi les géologues, qui, depuis cette époque, ont écrit sur les Pyrénées, il en est un grand nombre qui, n'ayant peut-être que peu ou point étudié le terrain, mais forts de l'opinion soutenue par MM. Elie de Beaumont et Dufrénoy et peut-être anssi très-charmés de se comporter en disciples bien appris, jurant toujours par la voix du maître, ont répété que le marbre statuaire de Saint- Béat est une roche métamorphique! appartenant au terrain jurassique!! — Je le répète, c'est là une erreur manifeste.

Et je ne craindrai pas d'invoquer ici le témoignage et la bonne foi des géologues indépendants qui viendront visiter Luchon et qui prendront la peine d'étudier à fond cette question intéressante. Qu'ils s'installent pour trois à quatre jours dans un des bons hôtels de Saint-Béat, et qu'après avoir fait le tour du massif des calcaires, horizontalement et verticalement, ils complètent leur exploration en parcourant dans tous les sens (chose très-essentielle) le vallon d'Eup et ensuite celui de Marignac ; ils resteront alors convaincus de la manière la plus certaine que le marbre statuaire de Saint-Béat, pas plus que les calcaires saccharoïdes si divers qui l'accompagnent,

278 VALLÉE d'àran. — 36e COURSE.

ne sauraient en aucune façon être rangés dans le terrain jurassique ; qu'ils sont très-positivement inférieurs au terrain silurien, et que par conséquent ils ne peuvent être placés qu'à la partie supérieure des micaschistes.

Cette étude justifiera en même temps à leurs yeux la réfutation du métamorphisme que j'ai exposée rapidement dans la course de Super-Bagnères, théorie insoutenable à Ludion, où de tous les côtés surgissent les faits les plus plausibles pour la combattre et pour la faire déclarer inadmissible.

BOTANIQUE. — A Saint-Mamet : sedum hirsutum. — A la cascade Sidonie : anémone triloba, sedum telephium,caltha palustris, parnassia palustris. — Dans le val de Burbe : dentaria pinnata, aconitum Napellis, sohdago virga-aurea, campanula latifolia, lilium martagon , saxifraga umbrosa , cotylédon, leucanthemifolia, aatumnalis et aizoîdes. — Dans la forêt, au Portillon et jusqu'à la chapelle Saint-Antoine : euphorbia sylvatica, digitalis purpurea et hitea, atropa belladona, euphrasia officinalis , tormentilla erecta, passerina dioica, solidago virga-aurea, saxifraga ascendens pyrenaica et arenaria tetraquetra. — A Bosost, à Lez, jusqu'à Saint- Béat : les plantes communes de la vallée de Saint-Béat. — Dans la vallée, rien de rare; mais sur les montagnes si diverses qui entourent la ville, un grand nombre de bonnes espèces, notamment les saxifraga luteo-purpurea et aretioîdes qui ne sont encore connues que là.

La cryptogamie est assez abondante, surtout dans le val de Burbe. MM. Moquin-Tandon et Sarrat y ont observé un grand nombre de moussas, parmi lesquelles nous citerons seulement: sphagnum squarrosum, orthotrichum rupestre, dicranum congestum, squarrosum, Starckii, barbula tortuosa, hypnum undulatum, fissidens grandifrons, gymnostomum curvirostrum et polytrichum formosam.

36e COURSE. — LES VIEUX FORTS.

Promenade militaire après déjeuner, 2 à 4 heures; nulle autre précaution qu'une bonne chaussure.

1° Se Luchon à St-Mamet (page 257). ... 30 m.

%'■ De St-Mamet au pont de» Douanier». . . 15 m.

COURADILLES 279

Arrivés en face du pont de la Douane, parcourez ad libitum, dans tous les sens, ces rochers, ces monticules, ces tas de blocs roulés qui dominent de toute part et encaissent d'une manière si ondulée, si pittoresque la jonction des deux vallées de Burbe et de la Pique. Là étaient, dit-on, cinq forts dont je vous ai donné les noms et la position à l'occasion de la tour de Castelvieil(page 155), tout en prenant acte de mes doutes à leur égard.

Voyez, fouillez, discutez. Dans tous les cas vous découvrirez à coup sûr des sites charmants, des roches pittoresques, des abris, des ombrages délicieux, et, si vous êtes géologue, de magnifiques restes d'une grande moraine à plusieurs arêtes. — Voilà encore un de ces lieux à choisir pour de joyeux repas.

Ensuite vous prendrez le pont des Douaniers. Vous irez jusqu'aux roches à pic de Castelvieil, et pour rentrer à Luchon vous descendrez par de petits sentiers au mileu des prairies de la Pique, si vous n'aimez mieux rejoindre la route d'Espagne.

37e COURSE. — • PIC DE COURADILLES.

Course de sommets, à cheval. 8 à â heures (aller et retour). Beau temps.

MARCHE. — 1° De Luchon à Castelvieil (p. 51). 40 m.

2° De Castelvieil au pont de la Padet. ... 35 m.

3° Du pont de la Padet à l'Ourabio [ÏJ. . . . 30 m.

Laissez à droite le pontd'Arràbi qui vous conduirait dans la vallée du Lis.

(1) Ourabio veut dire point de partage : s'ourobia a drtto o a gaouch*, preudre à droite ou à gauche.

280 VALLÉE D'ARÀN. — 39e COURSE.

Lorsque vous êtes arrivé aux granges de l'Ourabio, deux routes se présentent à vous; évitez encore celle de droite, elle vous mènerait à l'hospice ; et il vaut beaucoup mieux monter parles Barguères et redescendre par l'hospice que de monter par l'hospice pour descendre par les Barguères.

4° De l'Ourabio aux cabanes des Barguères 1 h.

Après avoir passé les granges de Labat de dessus , on arrive aux cabanes des Barguères, qui forment un courtaou ou fromagerie.

5° Des cabanes des Barguères à l'Artigon 30 m,

L'Artigon est un autre courtaou.

6e De l'Artigon au clos de Baretgé 40 m.

Autre courtaou , entouré d'un vaste pacage, dont la moitié appartient à la France et la moitié à l'Espagne, et qui, plus d'une fois , a été le théâtre de luttes sanglantes entre les bergers des deux nations.

On laisse à droite les pâturages de Campsaure, qu'il vaudra mieux traverser en redescendant pour ne pas refaire le même trajet.

7° Du clos de Baretgé au sommet de Couradilles. 35 m.

Un chemin en zigzag, facile pour les chevaux, vous conduit bientôt au sommet.

De ce sommet on plonge dans les vallées d'Aran, d'Oueil, du Lis et dans celle de Luchon que l'on suit très au loin ; admirez et tâchez de reconnaître toutes ces montagnes qui forment un si riche tableau et dont

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