‹ Bains et courses de LuchonChapitre 45 sur 58 · SOURCES DE LA GARONNE · texte numérisé non relu

SOURCES DE LA GARONNE

Nous voici devant la source de la Garonne , source assez abondante, si on la compare avec les nombreux filets d'eau qui jaillissent et descendent de tous côtés des montagnes avoisinantes; mais en réalité faible et peu large, car, comme disent les Aranais, on peut la couvrir avec un pont d'argent , formé de trois piastres l'une soutenue par les deux autres. Elle n'offre donc aucun autre intérêt que d'être peut-être la source d'un des plus beaux fleuves de la France. Or, c'est là ce que nous lui contesterons; en effet, pourquoi considérer ce filet d'eau comme étant seul la source de la Garonne? Ne voit-on pas descendre de l'est et du sud plusieurs autres filets d'eau, qui ont les mêmes droits à ce titre, puisqu'ils concourent tous également, et même dans une plus grande proportion que celui dont nous venons de parler, à former la Garonne , et que c'est la réunion de toutes ces sources qui donne naissance au fleuve? Du reste, il en est ainsi de presque tous les grands cours d'eau qui sillonnent la surface du globe ; il n'en est qu'un bien petit nombre auxquels on puisse assigner une source unique; au contraire, ils proviennent habituellement du concours de plusieurs filets d'eau qui se réunissent et se confondent pour les constituer.

Retoill*. — De la Source à Vielle 3 h.

Vous revenez à Vielle par le même chemin.

Si vous aviez encore quatre heures de jour ou de crépuscule, vous pourriez dîner à la hâte à Vielle et rentrer le soir à Luchon par la route la plus courte ,

Las Bordes et le Portillon ; mais si vous devez visiter l'Hermitage et le Goueil de Joueou, il faut absolument coucher à Vielle.

De Vielle à l'Hermitage. . . » .» 4 h.

Vous passerez par la forêt de Varicaoude. (V. page 199.)

De l'Hermitage au Goueil de Joueou 40 m.

Le Goueil de Joueou (Œil de Jupiter) est aussi trèssouvent indiqué comme étant la source de la Garonne. Ce que j'ai dit tout-à-1'heure suffit pour combattre cette opinion, d'ailleurs peu soutenable, puisque cette source est loin d'être la plus éloignée de l'embouchure du fleuve. Toutefois on conçoit que le volume et l'aspect de cette source (Voyez page 198) l'aient fait distinguer de tout temps et aient porté quelques auteurs à la considérer comme la plus digne à tous égards de porter le nom d'un grand fleuve.

Du Goueil de Joueou au Pas de la IMounjoyo. . 3 h.

On redescend par le même chemin; mais, avantd'arriver à l'Hermitage, on se dirige, par le pâturage d'Aubert, vers"le col du Pas de la Mounjoyo, qu'on a déjà traversé en faisant la course du port de Vénasque.

Du Pas de la Mounjoyo à Baçnères de Luchon.. . 5 h.

Vous descendez jusqu'à la jonction du chemin de TEntécade , que vous suivez jusqu'à l'hospice de Luchon., et de là vous rentrez à Bagnèresen galopant. (Voyez page 174.)

MOUSTAJON. 28 S

. 40« COURSE. — MOCSTAJON.

Petite promenade, après dîner. — i heure au pas de marche, S à 3 heure- au pas de promenade. — Nulle précaution; évitez cette promenade, lorsque les routes sont couvertes de poussière.

1° De Luchon à Barcugnas 15 m.

Vous sortez par l'allée de Paris, toujours populeuse et bruyante. —Jusqu'à Barcugnas, rien à voir. — On visite souvent, je ne sais pourquoi, la petite église ou chapelle de Barcugnas. Je n'ai rien vu qui justifie cette curiosité. Encore si cette pauvre église possédait sa vieille cloche du xne siècle ! Elle en a été dépouillée en 1795. Cette cloche et celle de Saint- Àventin étaient les plus anciennes de la contrée. Sans le déplorable vandalisme de la révolution, elles auraient maintenant plus de 600 ans.

2° De Barcugnas à Moustajon 15 m.

On domine un peu la vallée de Luchon, du moins le vaste bassin de Bagnères, et l'on peut en apprécier plus exactement les formes. — Avant d'arriver au village., on découvre à gauche, presqu'au bord de la route, et confondu avec le rocher, un débris de tour carrée, analogue aux tours de Castelvieil, de Castel- Blancat et d'Oo : c'est encore une ancienne tour à signaux placée là pour correspondre avec Castelvieil d'une part et avec une tour maintenant détruite qui existait près de Cier sous Montmajou.

Moustajon n'offre aucune curiosité. Son église est misérable. En se tournant vers la montagne du Lis et de Vénasque, on a une belle vue de glaciers.

286 VALLÉE DE LUCHON. — 41e COURSE.

41e COURSE. — CIERP.

Petite course à cheval ou en voiture. — o à 7 heures. Nulle précaution. On ne fait guère cette course que pour galoper librement à cheval. — Temps couvert.

Ie De Luchon à Moustajon 30 m.

2° De Moustajon au pont de Cier 50 m.

C'est tout le bassin de Bagnères qu'on traverse d'un trait. On ne peut douter que ce ne soit là un ancien lac comblé.

Pourquoi n'y a-t-il pas dans les Pyrénées de grands lacs comme dans la Suisse ? — Les

Pyrénées n'offrent guère de lacs que dans le haut des vallées. On les y voit peu étendus, et incapables defoutenir à cet égard aucun parallèle avec les beaux et grands lacs de la Suisse. Or les lacs de la Suisse sont tous dans le bas des vallées; et Ton conçoit sans peine que dans les hautes régions des montagnes où les gorges se resserrent, où les sommets se pressent et surgissent de toutes parts, il ne puisse y avoir place pour de vastes lacs, pas plus dans les Alpes que dans les Pyrénées. Pourquoi donc les Pyrénées, où les petits lacs des hautes régions sont si nombreux, si variés, sont-elles privées de lacs étendus dans le bas des vallées? En voici la raison. Les études géologiques ont démontré que la chaîne des Alpes est beaucoup moins ancienne que celle des Pyrénées. On sait que, par des observations très-simples, les géologues déterminent exactement l'âge de chaque montagne, c'est-à-dire l'époque de son soulèvement (1). Or les lacs reçoivent chaque jour les sables et les débris de roches transportés par les eaux. Le Rhône, qui, lors des orages

(1) Voyez mon Manuel de Géologie, p. 19 et suivantes.

CIKRF. 287

et des grandes pluies, entre dans le lac de Genève tout trouble et chargé de limons, en sort néanmoins toujours pur et limpide. Ainsi, les alluvions tendent à combler les lacs peu à peu. Les lacs de la Suisse, comme tous les autres lacs, se remplissent donc de jour enigur, et il viendra inévitablement une époque où ces beaux réservoirs n'offriront plus qu'un vaste marécage, et ensuite des plaines fécondes. De tels lacs furent nombreux aussi dans nos vallées. Ils y sont comblés maintenant -, mais l'on reconnaît sans peine la place qu'ils occupaient et la grande étendue qu'avaient plusieurs d'entre eux. Remplis après des siècles, ils ont fait place à ces bassins, à ces plaines magnifiques, l'ornement et la richesse de notre chaîne. Quant aux lacs des hautes vallées, moins larges mais plus profonds, ils ne reçoivent que beaucoup moins de débris. Leur comblement est beaucoup plus lent; mais il n'est pas moins inévitable. Il n'y aurait donc plus de grands lacs dans le bas des Alpes, si ces montagnes étaient aussi anciennes que les Pyrénées. Du reste, on les voit hâter incessamment le comblement de leurs lacs, et il ne serait pas impossible de calculer et de prédire déjà l'époque de leur entière disparition.

Voyez, pour cette intéressante question des lacs et de leur comblement, les expériences faites au lac d'Oo et les conclusions qu'elles permettent d'établir à cet égard.

3° Du pont de Cier au pont de Guran 40 m.

La vallée se resserre. On reconnaît le barrage de l'ancien lac. — Montagnes et mamelons pittoresques — Visitez la belle forge de MM. Vergnes.

288 VALLÉE DE LUCHON. — 41e COURSE.

Une forge à la Catalane. — Le travail d'une forge est toujours une curiosité. Le plus souvent il procure des émotions profondes à celui surtout qui se borne à considérer des hommes vivant avec le feu, bravant sans cesse cet élément si redoutable, subissant sans se plaindre ses dures atteintes; et la pierre métallique livrée aux flammes, aux prises avec le feu, par lui mise toute en fusion, écumant, étince&Hit, vomissant ses laves et ses scories, ne livrant le fer qu'au milieu de sifflements affreux et en grondant un murmure horrible.

Ne quittez pas un tel spectacle avant son dénouement, avant que vous ayez vu extraire le massé, ce fer qui est né sous vos .yeux; il va paraître sous forme d'un globe éblouissant, comme le soleil au premier pas de sa carrière. Mais aussitôt, devenu la proie des hommes, vous le verrez perdre sa forme embryonnaire sous les coups d'un énorme marteau. Dès ce moment il entre dans la vie ; et que d'épreuves, que de transformations il va subir ! que de routes il va suivre, que de chemin il va faire avant qu'il ait atteint le terme de ses destinées; avant que dans les mains du laboureur il puisse assurer nos moyens de vie, avant que dans celles du chirurgien habile il serve à écarter la mort, que dans celles du soldat il doive la semer tout autour de lui, ou qu'entre les mains de chacun de nous il vienne mesurer les heures (1) de nos peines et de nos plaisirs, ces heures du jour et de la nuit si incertaines, si dissemblables... jusqu'à cette heure fatale où doit commencer l'éternité, le temps uniforme sans heures et sans fin!

Si l'on ne doit pas bientôt lever le massé, j'ai le temps de vous expliquer le rôle de ces nous forgeurs dont le sort vous intéresse peut-être sans vous paraître digne d'envie, et de vous dire aussi quel grand intérêt pousse les hommes à organiser et à poursuivre de si rudes travaux.

La forge marche nuit et joui1 sans aucune interruption. Il faut six heures pour une opération entière. Par conséquent chaque six heures on lève un massé. Aussitôt le massé enlevé et porté sous le marteau, on recharge le fourneau, c'est-à-dire qu'on y jette le minerai et le charbon nécessaires pour obte-

(1) On sait que dans les montres le grand ressort est toujours en acier.

cierp. 289

nir une nouvelle fusion et un nouveau massé. Là commence l'opération. Sept hommes sont nécessaires pour la conduire et la mener à terme : i° un foyer, c'est le chef de brigade chargé de gouverner le feu ; 2* un mailler chargé du marteau; on lui a livré le massé produit par la précédente fusion, il va l'allonger sous son marteau, le diviser, l'équarrir, lui donner les premières formes brutes exigées par la commande; 3° et 4a deux escola ou fondeurs chargés d'écouler les scories et d'assurer la bonne fusion. Ce sont là quatre maîtres forgeurs. 11 leur revient à chacun environ un centime par kilogramme de fer obtenu dans le massé. Il y a ensuite : 5° un valet du foyer, 6° un valet du mailler, 7<>un valet des escola; ce sont des aides forgeurs. Ils ne gagnent qu'un centime à peu près par trois kilogrammes de fer produit. Enfin, il y a encore le garde-forge chargé de l'emmagasinage du minerai, du fer et du charbon, et le commis de forge chargé des écritures, des ventes et des achats. Ils ont chacun des appointements fixes.

Tel est le personnel d'une forge à la Catalane. Mais après avoir obtenu leur massé au prix de six heures d'un travail pénible qui exige une attention, une activité et une habileté extrêmes pour être le plus productif qu'il est possible, les sept forgeurs ont besoin de plusieurs heures de repos. C'est donc une autre brigade qui va occuper le fourneau. Ainsi chaque fourneau exige deux brigades de sept forgeurs qui fonctionnent et se reposent six heures alternativement. La forge de MM. Vergnes a deux fourneaux; elle occupe vingt -huit forgerons.

Chaque massé donne en moyenne 160 kil. de fer, obtenus par 495 kil. de minerai et 520 kil. de charbon. Le minerai provient des mines de Rancié près de Vicdesos (Ariège), mines anciennes d'une très-haute importance, qui fournissent à plus de 60 fourneaux, c'est-à-dire environ 120,000 kil. de minerai par jour.

Ce minerai, très-intéressant au point de vue minéralogique, est un mélange de plusieurs espèces minérales, savoir ; fer hydroxydé fibreux concrétionné (hématite brune), fer hydroxydé massif, fer oligiste fibreux mamelonné (hématite

290 VALLÉE DE LUCHON. — 41e COURSE.

rouge), fer carbonate épigè?ie, manganèse oxydé aciculaireradié, manganèse hydroxydé terreux et manganèse métalloïde argentin, appartenant toutes aux époques silurienne, dévonienne et carbonifère, et toutes produites non pas par voie ignée, ainsi que l'ont pensé très à tort MM. Dufrénoy et Elie de Beaumont, mais bien par d'anciennes eaux minérales à l'état de concrétions stalagmitiques, comme le démon trent les formes mêmes de ces minéraux, aussi bien que la disposition du gîte lui-même, ainsi que je l'ai expliqué dans mon Cours de géologie agricole, pages 22 et 141.

Le charbon se fait partout dans les forêts de nos montagnes, qui sont déjà ruinées au loin. 11 n'y a plus de forêt dans la vallée de Vicdesos, dont la mine consume 453,000 kil. de charbon, c'est-à-dire 220 charretées par jour. Les forges, qui dans l'origine étaient toutes voisines de la mine, s'en éloignent de plus en plus maintenant et jusqu'à de grandes distances, le voisinage des charbons les dédommageant alors de l'éloignement de la mine.

Le prix du minerai et du charbon varie donc beaucoup pour chaque forge. Dans la vallée de Luchon, le minerai revient à 4 fr. 30 c. les 100 kil., et le charbon à 6 fr. 30 c. 11 faut donc pour un massé 22 fr. de mine et 33 fr. de charbon; de plus, il est dû aux forgeurs 9 fr. par massé. C'est donc 64 fr. que coûtent ces 160 kil. de fer, indépendamment des frais généraux dont je donnerai également bientôt un rapide aperçu. En général le fer est vendu 46 fr. les 100 kil., soit 74 fr. le massé. Il y aurait donc un bénéfice de 10 fr. par massé qui, quadruplé chaque jour (on obtient 4 massés par fourneau en 24 heures), s'élève à 14,400 fr. par année de 360 jours; j'admets 4 à 5 jours d'interruptions accidentelles. Les frais d'établissement pour un feu de forge à la Catalane ne dépassent pas, dans des circonstances ordinaires, 40,000 fr.; il faut tout au plus 30,000 fr. de fonds de roulement : ensemble 70,000 fr. L'intérêt de cette somme 3,500 fr., plus 1,400 pour le garde-magasin et le commis et 600 fr. au plus pour tous frais de bureau, de correspondance, etc., ensemble 5,500 fr. forment donc tous les frais généraux de l'entreprise. Les déduisant de 14,400 fr. produit brut de la forge, il reste un bé-

CIERP. 29i

néfice net de 8,900 lï\ par fourneau , lequel peut s'élever encore notablement, si le maître de forge sait découvrir autour de lui quelque minerai dont il puisse associer une proportion plus ou ntuin> grande au minerai de Vicdesos. On Ta dit avec vérité, beaucoup de mines d'or sont ruineuses, tandis que le fer enrichit presque toujours celui qui l'exploite.

Les forges à la Catalane diffèrent complètement de celles qu'on voit dans le reste de la France. Elles offrent le mode de traitement du fer le plus simple, le plus économique, mais seulement applicable à des minerais très-riches tels que ceux de Vicdesos, et absolument impuissant sur des minerais plus pauvres, comme le sont pour la plupart ceux qu'on exploite dans les autres parties de la France.

Au reste il y a beaucoup de gites de minerai fort importants au milieu des Pyrénées et qui jusqu'ici restent inexploités, les uns parce qu'ils ne sont pas propres aux forges catalanes, et beaucoup d'autres parce que les forgeurs des Pyrénées ne savent ni les traiter ni même les associer à leur minerai de Rancié. Mais il n'est pas douteux que la création et les besoins même des chemins de fer pyrénéens feront bientôt surgir de grandes usines à hauts fourneaux qui utiliseront tous ces minerais, dont quelques uns constituent d'ailleurs des gisements considérables et d'une très-grande valeur.

4° Du pont de Guran à Cierp 30 m.

Du pont ou de la forge on voit déjà le château de Guran, que tout le monde en passant sur la route était obligé de saluer, il n'y a pas si longtemps encore, sous peine d'être saisi et incarcéré à la geôle, au caprice du seigneur. Voyez plus bas la course du château de Guran.

Un peu plus loin, on visite, presqu'au bord de la route à gauche, une petite chapelle en ruines. On voit à l'intérieur des peintures très-bizarres, un peu dans le style de celles de Cazaux-d'Oo, et sur la petite

292 VALLÉE DE LUCHON. — 42e COURSE.

porte extérieure une pierre caractéristique de Torche des Templiers.

Beaux paysages, riches montagnes; la culture s'élève presque à leur cime. — Grands travaux le long du torrent pour une route nouvelle, qui doit affranchir de presque toutes ces montées et descentes entre Cazaux et Cierp.

Tout près de Cierp on voit une seconde forge à la Catalane avec une belle maison d'habitation qui semble enfouie dans la vallée. Cette position est originale. Elle était commandée par le besoin de surveiller les travaux.

Remarquez une grotte ouverte dans la montagne à gauche, et les plissements que la roche a subis par l'effet des soulèvements. Cette roche curieuse est un calschiste amygdalaire (86 C).

Halte à Cierp t 30 m.

Si votre promenade doit se terminer à Cierp, donnez de l'avoine aux chevaux; ils vous ramèneront plus gaiement à Luchon. — Vous aurez peu de chose à faire en attendant. Cierp, dont la position est magnifique, offre néanmoins peu de curiosités; on y voit de belles scieries de planches, et, tout proche, de grandes carrières de marbre.

42e COURSE.— St-BERTRAND-DE-COMlflIlVGES.

Grande course' de vallée. — A cheval, eu voiture, 10 à 14 heure». Temps couvert.

Départ.— La course de St-Bertrand-de-Comminges est celle où l'on a le plus de choses à voir, celle que le regret de n'a-

voir pas tout vu déterminera le plus souvent à refaire une seconde fois. 11 importe donc d'y consacrer une entière et longue journée. 10 à 12 heures suffiront à celui qui, insoucieux de toute observation, n'a pour but que de courir à cheval ou de prendre part à une partie nombreuse et gaie, lo à 16 heures seront insuffisantes à celui qui aime à tout voir, qui veut se faire des idées exactes et complètes sur le pays qu'il parcourt. Celui-là devra coucher à St-Bertrand et n'en repartir que le lendemain. Quant au savant, à l'artiste, à celui qui en dehors de l'art et de la science aime par instinct la belle nature et les objets de haute curiosité, celui-là n'emporterait que des regrets, s'il était forcé de voir à la hâte l'ancienne ville des Pompée, des César, la scène de hauts faits d'armes, le siège d'un évèque puissant, les débris de toute une histoire qui se perd dans les dates les plus anciennes. Il doit se fixer à St-Bertrand pour trois à quatre jours. Qu'il saisisse une de ces semaines pluvieuses où toutes courses sont suspendues autour de Luchon. Ces jours de pluie seront devenus pour lui les plus féconds en précieux souvenirs, et il se félicitera de rentrer à Luchon au premier beau jour pour y jouir de cet empressement fiévreux avec lequel on se jette alors dans les montagnes.

Ce qui précède démontre, même aux visiteurs ordinaires, l'importance de se mettre en route de très-bonne heure, à 4 ou o heures, à 6 heures au plus tard. — Nulle précaution particulière.

Aller à Saint-Bertrand et revenir à Luchon le même jour à cheval , c'est chose très-fatigante et au dessus des forces du plus grand nombre. Il est toujours mieux de prendre une voiture, ou tout au moins d'être plusieurs, moitié à cheval moitié en voiture, et de changer alternativement.

« MARCHE. — 1,2, 3,4°. De Luchon àCierpfp. 286). 2 h. 30 m.

Si les chevaux sont frais , ils gagneront sans peine une demi-heure.

Inutile de s'arrêter à Cierp. On doit arriver à Saint-

294 VALLÉE DE LUCHON. — 42e COURSE.

Bertrand sans relâcher. Ce n'est qu'une vallée à descendre.

Les voiturins de Luchon, très-bien montés ordinairement, descendent de Bagnères à Saint-Bertrand en 3 heures et demie. Il serait impossible aux cavaliers de les suivre ; je dois donc indiquer ici le temps qu'on met communément d'une distance à l'autre, laissant à chacun le plaisir de gagner , s'il le peut, une à deux heures dans ce long trajet.

5° De Cierp à Saléchan 1 h. 15 m.

Géologie du bassin de Cierp. — Après Cierp , à ce tournant où la Garonne vient battre contre la route, faites halte quelques instants pour observer sous son plus beau point de vue ce magnifique bassin de Cierp, son abondante végétation, ses grandes formes topographiques et sa richesse minérale qui se révèle aux yeux les moins exercés.

Chaque montagne est d'une couleur et d'une forme distinctes, accusant ainsi une roche et une terre végétale différentes. A gauche, tout près de soi, on voit la montagne grisrougeàtre de Chaum; elle est composée de gneiss (32 A), de granité (2 A) et de micaschiste (23 B). Derrière elle s'élève le blanc et beau massif du pic de Gard aux formes si déchirées, si pittoresques; le sommet est du calcaire compacte coquillier, la base du calcaire blanc (161 B) intercalé dans le granité et dans le gneiss. Vous voyez un peu plus loin un petit mont brunâtre mal arrondi, peu déchiré; on dirait une butte volcanique, isolée dans le bassin : c'est la butte de Gercy, formée de gneiss. Derrière elle, la montagne de St.-Béat en marbre statuaire (100 B), marbre précieux et célèbre. A sa droite, les montagnes noirâtres de Marignac formées de schiste et traversées par un dike platonique, énorme filon vertical tout formé d'ophite lamellaire bleuâtre (118 F). Ce mamelon fut jadis un volcan. 11 porte les ruines du vieux château de Saint-Martin, d'où il est facile de conclure que le volcan

est éteint depuis longtemps ; et, en effet, il est très-antérieur à l'apparition des hommes sur le globe. Derrière Cierp on voit ces nu mtagnes brunes de marbre gryotte (calschiste amygdalaire) (89 C); en avant un second m&ssiî de calcaire saccharoïde blanc et grisâtre (166 B) (blanc veiné, bleu turquin) reposant sur \e granité; enfin, ces montagnes rougeàtres qui sont au nord-ouest de Cierp, qui se prolongent jusqu'au rocher blanc grisâtre sur lequel vous vous trouvez placé, cher voyageur, et contre lequel la Garonne se consume depuis des siècles en efforts impuissants : c'est une pegmatite (63, 68, 69 A) passant quelquefois à un granité argentin (12 A), enrichie çà et là de grenat rouge, de tourmaline noire, d'amphibole blanc, etc. Tous les anciens âges géologiques sont représentés par ces diverses montagnes, toutes ont versé dans le bassin de Cierp le détritus de leurs roches qui, mêlés ensemble, ne pouvaient manquer de produire le sol le plus fertile, le plus inépuisable. Peu de lieux offrent autant de sujets d'études minéralogiques rassemblés en un si petit espace. Quinze jours suffiraient à peine pour explorer complètement les montagnes du bassin de Cierp. Je ne pouvais les laisser traverser sans les faire remarquer sous ce point de vue qui suffirait à lui seul pour les graver dans le souvenir. Mais ici j'éprouve le regret que mes lecteurs ne soient pas tous assez géologues pour que je puisse m'étendre comme il conviendrait sur cette curieuse enceinte du bassin de Cierp. Néanmoins je ferai encore une observation; elle achèvera, je l'espère, cher voyageur, de vous faire prendre en affection le bassin de Cierp. Puisse cette affection s'étendre aussi jusqu'à la géologie, et ensuite même jusqu'au géologue !

Forme de la vallée de la Garonne. — Vousavez lu dans les anciens auteurs, et entendu répéter par beaucoup de savants qui ne sont guère sortis de leur cabinet, que dans les vallées, les angles saillants correspondent aux angles rentrants; c'est-à-dire que là où le terrain fait sur un point une saillie vers la rivière, il s'enfonce de la même quantité du côté opposé, et réciproquement, de telle sorte que la vallée conserve toujours la même largeur, la même capacité, qu'elle soit droite et régulière ou qu'elle soit tortueuse et tout accidentée. La

vallée de Luchon vous paraîtra, sans doute, appuyer très-mal ce système ; car de sa source à l'Océan elle ne présente au contraire qu'une série nombreuse d'élargissements et de resserrements successifs. Ainsi de Bagnères à Cier-de-Luchon vous avez vu un long bassin horizontal de forme à peu près ovale . De Cier jusqu'à Cierp , la vallé s'est resserrée jusqu'à être tout obstruée par des roches qui obligent à gravir sans cesse des côtes rapides. A Cierp elle s'élargit de nouveau et forme un vaste bassin quadrangulaire. Ici nouvel étranglement jusques près d'Esténos où vous la verrez tout-à-1'heure s'étendre et s'élargir comme un pays de plaine jusqu'au delà de Bagiry. Là elle se resserre encore , mais beaucoup moins jusques près de Loures, où elle vous réserve une plaine magnifique, à peu près circulaire, le beau bassin de St.-Bertrand. Vient ensuite le long étranglement de Tibiran jusqu'à Montrejau où commence la vaste plaine de Valentine. Plus loin, l'étranglement de St.-Martory, auquel succède l'immense plaine de Toulouse qui ne se termine que vers Agen. Enfin, à Bordeaux, le magnifique bassin de la Gironde.

Que ce bel exemple de la véritable forme des grandes vallées, quoique poussé bien au delà des limites de notre promenade, suffise notamment pour rendre sensible le ridicule de tout système exclusif. 11 est vrai que quelques vallées de fendillement ou de soulèvement offrent la corrélation des angles saillants et rentrants; mais ce sont les vallées les moins nombreuses, les moins importantes. Les grandes vallées, celles quJ contribuent si notablement aux formes extérieures de notre planète, et qui sont à peu près toutes des vallées d'érosion à plusieurs étages, présentent, pour la plupart, des bassins et des étranglements successifs ; la correspondance des angles ne s'y montre que rarement et d'une manière évidemment secondaire. Au reste, il suffit de remonter à l'origine de ces grandes vallées pour comprendre que cette correspondance des angles ne doit s'y montrer qu'accidentellement et par exception (Cours de géologie agricole, pag. 369, 381 etc.), et pour comprendre aussi que les larges bassins ont tous été remplis par d'anciens lacs maintenant comblés.

On arrive bientôt au pont de Chaura. Au bout de ce

pont, M. Fontan a créé une plantation magnifique, riche de fleurs, d'arbres et d'arbustes d'une grande beauté.

Entre le pont de Chaum et Saléchan, on découvre dans la vallée de nouveaux aspects pleins de beauté, et l'on traverse le village d'Esténos.

6° De Saléchan à l'embranchement dlsaourt. ... 45 m,

Admirez ce nouvel élargissement de la vallée que je vous ai déjà annoncé , c'est le bassin de Saléchan , il est magnifique.

On traverse rapidement Bagiry et Bertren; on échappe à ce nouvel étranglement de la vallée ; on voit l'agreste château de Luscan, au milieu des roches, sur la rive droite de la Garonne, et l'on arrive à un nouvel élargissement de la vallée: c'est le bassin de Saint- Bertrand. Laissez la grande route, prenez à droite l'embranchement qui longe le rocher, vous gagnerez une demi-heure et un trajet beaucoup plus gracieux.

7° De l'embranchement dlsaourt à St-Bertrand. 45 m.

Vous suivez V Ourse, le délicieux ruisseau de la Barousse. Vous arrivez à Isaourt, village pittoresque, et vous traversez par le centre tout le bassin de Saint- Bertrand. Remarquez, à chaque pas, d'antiques débris, des restes du vieux Lyon de Comminges. C'est l'ombre de cette ville que vous venez visiter ; l'ancien , le véritable Lugdunum Convenarum est une ville morte, saccagée, détruite. Vous foulez aux pieds son tombeau; car la ville couvrait la moitié du bassin, et ce bassin la recouvre aujourd'hui : partout le laboureur, le planteur découvrent, en creusant le sol, quelque pan de

298 VALLÉE DE LUCHON. — 42e COURSE.

mur , quelque mosaïque , quelque pierre inscrite ou taillée qui en rappelle la grandeur passée. — Cette église, de si mince apparence, isolée au milieu du bassin, que vous allez rencontrer presque sur votre route, St-Just7 est entièrement bâtie en marbre blanc des débris d'un temple païen , qui dut être magnifique à en juger par la nature des matériaux dont il était construit et par le travail dont ces matériaux précieux sont enrichis.

Mais ayez garde de vous arrêter à tout; vous n'auriez plus le temps de voir Saint-Bertrand, à moins que vous ne deviez y passer la nuit.

Vous voici au pied du mont. Ce n'est qu'une côte à gravir, qui n'offre aucune difficulté; et, quoi qu'on ait pu vous dire, les chevaux et les voitures vous porteront jusques sur la place de l'église, comme le font du reste chaque jour les voiturins de Luchon.

Si vous n'avez que quelques heures à passer à Saint-Bertrand, il faut procéder avec beaucoup d'ordre pour atteindre à tout. Déjeunez à l'hôtel de Comminges. Ensuite, voyez :

L'Église. — L'église, la plus richement sculptée qui soit dans le midi de la France, est un véritable musée religieux de sculp* tare et d'archéologie.

Voici ce que vous devez y remarquer :

l°La porte d'entrée, ouverte dans cette immense tour carrée qui me paraît être une de ces tours à signaux que vous avez déjà rencontrées dans toutes les vallées de notre chaîne; 2° le crocodile de Saint-Bertrand, on vous dira son histoire ; 3° les tètes parfaitement sculptées qui ornent extérieurement tout le chœur, plusieurs ont été modelées pour le cabinet du Louvre; 4° la boiserie de l'orgue et celles de Y intérieur du chœur qui

sont admirables de sculpture, surtout l'arbre généalogique; 5° les figures en pied qui ornent les stalles du chœur ; le travail en est mauvais, mais la composition et le choix des sujets en sont très-curieux. Vous y trouverez notamment les sybiles de la fable, les sorcières célèbres, chacune avec l'attribut qui la caractérise; 6° le mausolée de Hugues de Châtillon, évèque de St.-Bertrand , qui acheva la construction de l'église. Ce monument en marbre statuaire est un des plus beaux qui restent de cette époque (4352). Le bas-relief qui l'entoure est très curieux; 7° l'autel de St-Bertrand, derrière le maître- autel, et les tableaux anciens dont il est entouré; quelques-unes de ces peintures sont estimées par les connaisseurs : elles rappellent la vie et les miracles de Saint-Bertrand ; 8° le basrelief qui forme une bordure derrière le maitre-autel ; c'est un chef-d'œuvre de sculpture sur bois : il représente les principales scènes de la Passion ; 9° les vitraux et les armes de Lyon de Comminges peintes à la voûte ; la hardiesse de la voûte est aussi bien digne de remarque; 10° le cloître et les tombeaux qui l'entourent; 11° à la sacristie : la chappe, la mitre et les pantoufles de Saint-Bertrand, beau travail de broderie fort ancien; la crosse de Saint-Bertrand, qui est une longue défense d'éléphant redressée, et non une corne de licorne comme on le croit très à tort; enfin l'anneau de Saint-Bertrand, orné d'un corindon presque brut d'un assez beau volume. Cet anneau donne une triste idée du talent des bijoutiers de cette époque. Pour voir ce pieux dépôt renfermé dans la sacristie et pour voir aussi le reliquaire de Saint-Bertrand , il est indispensable que M. le curé ou son vicaire soient prévenus. Ils se rendent toujours de bien bonne grâce à la demande qui leur est transmise à cet égard. On leur remettra, selon l'usage , une offrande pour la conservation de l'église ; car c'est surtout par les dons des étrangers que ce vaste monument, presque sans ressources d'ailleurs, échappe à la ruine qui le menace de jour en jour. Ne remettez qu'à M. le curé ou à son vicaire l'offrande que vous destinez à l'église de Saint-Bertrand; 12° enfin un grand nombre d'inscriptions répandues partout, à l'extérieur et à l'intérieur de l'église, sur le sol, à la voûte, dans les murs, sur les boiseries, dans le cloître ; il y en a plus

300 VALLÉE DE LUCHON. -— 42e COURSE.

de loO. On vous montrera les plus curieuses, celle-ci entre autres : A, D. 1334, 17 Kaïend. januarii, obiit Vitalis de Àrdengost clericus et presb. hujus ecclesiœ cujus anima requiescat in pace} amen.

Hic jacet in turba rosa mundi, non rosa munda. Non redolet, sed oîet quod redolere solet.

« L'an du Seigneur 1334 , le 17* jour des calendes de janvier, mourut l'abbé Vitalis d' Ardengost, curé de cette église. Que son âme repose en paix. Ainsi soit-il!

« Ci-gît dans la tourbe cette rose du monde, rose immonde. Elle n'a plus de senteur ; elle n'exhale plus que le parfum ordinaire des tombeaux. »

Cette traduction , j'en conviens , est loin de valoir l'original , dont l'esprit et la légèreté reposent sur un jeu de mots latin impossible à reproduire.

Toujours voit-on que Y abbé galant est un type déjà ancien , et qu'à la même époque l'esprit et la satire florissaient à Saint-Bertrand, qu'ils y exerçaient même un véritable empire, puisqu'ils s'inscrivaient jusques sur les pierres sépulcrales.

Au sortir de l'église, ou même avant d'y entrer , M. Caze père vous proposera son Musée , ses chapelets, ses fouilles, ses souscriptions, ses clefs de la grotte de Gargas, ses autels votifs, ses parchemins , ses médaillons secrets , ses brigands de la Barousse , brigands inventés par lui et qu'il exploite beaucoup mieux qu'aucun brigand n'a jamais exploité personne; ses vers patois, dont Dieu vous garde ! et encore, et encore...

Il faudrait avoir une grande opinion de soi-même pour espérer se soustraire à M. Caze; car il vous poursuivra dans la rue, dans l'hôtel, dans l'église, etc., jusqu'à ce qu'il vous ait d'une façon ou d'une autre; en un mot, malgré tout ce que vous pourrez faire, vous aurez à compter avec lui. Au reste, M. Caze est très-amusant, et, si vous vous exécutez de bonne grâce, vous pourrez n'en avoir nul regret.

1 k pins belle vne du monde. — On VOUS indiquera le petit pavillon de Cabiroles : c'est un des meilleurs points de vue du bassin de Saint-Bertrand. On est assez près pour

SAJNT-BERTRÀXD-DE-COMMI*GES. 301

distinguer chaque chose et assez haut pour tout voir à la fois. On ne peut se lasser de ce bassin , unique dans son espèce, oo l'on trouve réunis tous les détails et tous les accidents de topographie que ne présente ordinairement qu'une vaste et riche contrée, une grande ville détruite par le fléau des combats; son fort encore debout ; plusieurs villages avec leurs monuments antiques, leurs ruines, et des constructions nouvelles ; un château féodal dominant tout le bassin; des mines et des usines; des carrières de marbre; un lac, des ruisseaux, des rivières, un fleuve ; des coteaux et une vaste plaine toujours couverte da deux moissons à la fuis ; des routes parfaites qui se croisent dans tous les sens, et ces montagnes en cirque dont la silhouette est si gracieuse ; les unes cultivées jusqu'à la cime, d'autres couvertes de bois, d'autres arides livrées à la bruyère et aux troupeaux, d'autres rocheuses et entièrement nues; enfin ces échappées de vue qui laissent l'œil se perdre vers la basse plaine comme sur l'Océan.

On dirait un Musée Géographique, et un des plus riches de ce genre. Lorsque M. de Lamartine vint le visiter, il resta longtemps dans l'admiration : « C'est bien ici, dit-il, la plus belle vue du monde. »

Sera-t-on surpris de voir ce bassin si richement doté par la nature, autrefois surnommé le Jardin des Gaules, occuper dans l'histoire des pages brillantes et nombreuses ?

Si vous couchez à Saint-Bertrand, vous reviendrez librement le contempler encore demain de grand matin au moment de votre départ-, avant que le soleil ait dissipé les faibles vapeurs qui, la nuit, profitent de son absence pour descendre jusqu'aux pieds des monts et se nourrir du parfum des fleurs. Une demiheure, une heure ne suffira pas pour rassasier vos yeux, vutre àme, votre cœur de cet admirable tableau.

Archéologie. — Il vous reste à faire le tour des remparts de Saint-Bertrand, pour voir 1° le rocher de Matacan, d'où se précipita Gondebaud lorsqu'il se vit trahi par Gontran;

2° De larges et épaisses murailles romaines, dont vous remarquerez la forme, la structure et le ciment ;

3° A la porte de Cabiroles , trois curiosités archéologiques ;

4° La louve, signe caractéristique des villes romaines ;

5° Une grande inscription consacrée à César, ainsi conçue : IMP XXV GOS V P P CIVITAS CONVENE

qu'il faut traduire : « A l'Empereur, 25 fois consul, 5 fois père de la patrie, la ville de Comminges » ;

6° Enfin la taxe du poisson de par le chapitre de Saint- Bertrand, pour le carême de 1626, affiche gravée sur marbre :

Les truites 5 deniers la livre.

Les sièges 3 id. id.

Les loches 3 id. id.

Les cabilax 2 id. id.

La vie de gastronome ou de chanoine ne se passe plus à s bon compte aujourd'hui.

Retour. — Pour peu que les chevaux soient fatigués , ils mettront 5 heures et quelquefois 6 heures pour vous ramener à Luchon. Calculez en conséquence l'heure de votre départ. Aussi ne puis-je vous engager à aller visiter la grotte de Gargas, si vous devez rentrer le soir à Luchon ; car alors vous ne verriez la grotte et Saint-Bertrand qu'à la hâte et très-incomplètement.

Pour bien voir Saint-Bertrand, il faut un jour entier; et pour bien voir la grotte, il faut donc coucher à St- Bertrand; car il y a deux heures à passer dans la grotte, si l'on veut voir et tout observer ; plus deux heures pour l'aller et le retour de Gargas à St-Bertrand.

Quant à ceux qui se bornent à jeter sur toutes choses un regard superficiel, ils ont le temps de voir en un jour St-Bertrand, la grotte, etc., et encore d'écouter M. Caze pendant une heure ou deux.

Si de Saint-Bertrand vous allez à la grotte, voyez la course suivante. Vous trouverez à Saint-Bertrand des

GARGAS ET MONTREJAU 303

voitures, des chevaux, des guides pour vous y conduire. — Faites votre prix, assurez-vous des clefs, des bougies, etc.

43e COURSE. — GARGAS ET MOXTREJAU.

Grande course de vallées, à cheval ou en voiture. — Deux jours. Temps couvert.

La grotte de Gargas, véritable musée souterrain, est bien la plus belle et la plus riche des Pyrénées, celle où les formes minérales s'associent le mieux aux accidents de l'excavation pour produire les plus magiques effets et les apparitions les plus fantastiques. Mais que n'a-t-on songé à défendre cette grotte contre le vandalisme des visiteurs? car il n'est que trop vrai qu'elle a été dévastée de la manière la plus affreuse et la plus stupide. Stupide, puisqu'un grand nombre de ses ornements gisent en débris sur le sol, et qu'on ne les a donc abattus et brisés que pour le plaisir de les détruire.

Le premier jour se passera tout entier à Saint-Bertrand.

Le lendemain, levez-vous de grand matin pour revenir au soleil levant contempler à Cabiroles le férique bassin de Saint-Bertrand. A ce moment, la vue du bassin est si admirable, si délicieuse, qu'elle laisse bien loin toutes les curiosités archéologiques de la contrée : elle seule vaut alors le voyage de Luchon.

On peut très-bien faire à pied la course de Saint- Bertrand à la grotte ; mais on aura soin de s'arrêter un quart d'heure à la porte pour ne pas entrer tout suant; du reste on peut arriver jusqu'à la grotte à cheval.

De Saint-Bertrand à Gargas, vous verrez nombre de débris antiques, de restes d'aqueducs, une tour en ruines, le piédestal d'une statue de Minerve, aux pieds

de laquelle chaque voyageur en passant jetait une petite pierre, etc.; ensuite vous traverserez Tibiran. — Bientôt après vous serez à la grotte.

Grotte de Gargas. — Deux heures sont nécessaires, souvent même insuffisantes, pour visiter , voir et comprendre cette magnifique grotte de Gargas; je ne puis vous en décrire tous les accidents ; je me borne à fixer votre attention sur quelques traits généraux que présentent le sol , la voûte et les parois.

Le sol est tout formé d'un réseau stalagmitique. L'eau séjourne par petites flaques entre les mailles de ce réseau et présente à chaque pas un nouvel écueil. Or ce réseau qui retient l'eau n'a d'autre cause que cette eau elle-même qui, chargée de matière calcaire, la dépose lentement sur ses bords en se conformant à ses tendances cristallines rhomboédriques. De là les formes particulières et assez similaires des mailles de ce réseau... Et si je pouvais développer ici complètement l'explication très-longue dont ce fait est susceptible , je vous dirais comment de ce réseau il faut conclure à l'existence d'un dépôt de matières argileuses sous-jacent et renfermant selon toute apparence des débris fossiles de divers animaux, peut-être même de ces grandes espèces antédiluviennes dont les proportions gigantesques paraîtraient inconcevables, pour peu qu'il fût permis de les révoquer en doute.

La voûte est là très-élevée, là très-surbaissée, ici en dôme, en ogive, ou en forme de puits, etc , ailleurs presque horizontale comme un vaste plancher. C'est cette dernière circonstance qui est la plus incompréhensible. Quel est donc le support de cet immense couche calcaire horizontale? nulle part au monde ne se présente un fait plus extraordinaire ni plus contraire aux règles et aux usages des travaux souterrains. Je suppose qu'une seconde grotte existe par dessus ce plancher ; car il ne résisterait pas à l'énorme pression de la montagne s'il avait à la supporter tout entière. Quoi qu'il en soit, et si incompréhensibles que soient les moyens d'attache de ce plancher, il est certain qu'il est solidement établi et qu'on n'a point à craindre de le voir s'écrouler. Plusieurs fois on a tiré d&s

GARGAS ET MOUTREJÀU. 305

coups de fusil dans cette grotte , pour jouir du magnifique effet qui en résulte; c'est la meilleure épreuve à laquelle on pût la soumettre j épreuve dont les auteur* ne soupçonnaient pas le danger, et que je n'engage personne à tenter de nouveau.

Les parois. De tous les minéraux le carbonate de chaux est celui qui peut revêtir le plus de formes diverses; on peut dire qu'il en produit à lui seul un plus grand nombre que tous les autres minéraux ensemble. Mais jamais toutes ces formes ne se trouvent réunies dans un même lieu. Les vastes grottes sont surtout les laboratoires où la nature se plaît le plus à élaborer et à cristalliser le carbonate de chaux de mille manières; et chaque grotte a ses productions distinctes, ses formes caractéristiques. Quelle est la cause de ces différences? elles sont nombreuses et peu connues. Je suppose que la nature plus ou moins pure du calcaire dans lequel la grotte est creusée, la nature de l'eau qui s'infiltre dans le calcaire, la température moyenne du lieu, son élévation barométrique, le plus ou moins d'abondance des filtrations, la circulation plus ou moins rapide de l'air dans la grotte, etc., etc., sont autant de causes qui , se combinant et se modifiant de mille manières, produisent ces différences si tranchées que présente d'une grotte à l'autre le travail de la cristallisation. Les parois de la grotte de Gargas, aussi bien que la voûte et le sol, vous offriront une trentaine au moins de ces formes calcaires, sans compter des masses groupées avec bonheur et de manière à simuler un jeu d'orgues, un trône épiscopal, un lit de noces, une chaire, un autel, etc., etc., toutes choses auxquelles il faut prêter, pour les bien voir, une imagination tant soit peu complaisante, et qui seront toujours, quelle que soit la manière dont on les considère, de très-beaux ornements dans ce vaste musée souterrain.

Au sortir de la grotte, vous jouirez avec bonheur de la lumière et de l'air du dehors. Admirez la belle vue qui se présente devant vous, et montez jusqu'au sommet de la montagne pour jouir d'une vue plus belle encore.

306 VALLÉE DE LUCHON. — 43e COURSE.

Ici je pourrais vous conter de longues et jolies légendes sur la fée de la grotte, sur son enfant noir et son enfant rouge, et sur Gargas lui-même, le ravisseur et mangeur de femmes et d'enfants!... Mais ce serait m'écarter par trop du cadre de cet itinéraire limité aux alentours de Luchon. Vous les lirez plus tard dans un petit volume qui aura pour titre : Trois jours à Saint- Bertrand.

De Gargas vous aurez tout le temps d'aller à Montrejau , où vous déjeunerez parfaitement, et de rentrer le soir à Luchon ou d'arriver à Bigorre, si tel est votre but. Dans ce cas, je vous renvoie à mon Itinéraire de la grande tournée des Bains.

Parc de H. de Camon. — A Montrejau, visitez tout d'abord le parc de M. de Camon, le plus beau, le plus riche qui soit dans les Pyrénées. Les grilles vous seront ouvertes sans aucune difficulté, et vous éprouverez quelque plaisir à parcourir cette magnifique création, à reconnaître l'homme de goût, celui qui, possesseur d'une grande fortune, sait la dépenser noblement. C'est un vallon tout entier qui se trouve enclos dans ce parc ; pour le bien voir, vous devez descendre jusqu'au bassin des Cygnes.

M. de Camon possède encore une très-belle bibliothèque, de précieux tableaux, de riches écuries, en un mot tout ce qui distingue une grande maison. Il vous sera facile d'être admis à tout voir.

Ensuite, allez sur divers points aux deux extrémités de la ville, contemplez l'admirable chaîne des Pyrénées. Par une belle journée , c'est un magnifique tableau.

la càssêide. 307

Page 1