‹ Bains et courses de LuchonChapitre 49 sur 58 · BOURG · texte numérisé non relu

BOURG

Le» flammes de Si-Paul. — Les gens de St-Pnul disent que c'est Tàrne d'un vieil avare de Maylen qui ne craignant pas d'usurper sur les champs voisins, déplaçait les bornes pendant la nuit, enlevait même les récoltes. Depuis sa mort, son àme souffrante revient souvent dans sa maison, ouvrant les fenêtres et les portes avec fracas: si on l'interroge, elle demande qu'on fasse des prières et qu'on replace les bornes dans les endroits qu'elle indiquera par des croix de feu.

Voilà l'explication des plus savants de St-Paul. La mienne différera sans doute. D'ailleurs, c'est assez mon usage.

Il y a au dessus de Maylen une grotte profonde ouverte à fleur de terre comme une trappe. Cette grotte est remplie d'ossements ; plusieurs animaux tombent dans cet abîme, surtout en hiver, et y périssent. Une source coule aussi dans cette grotte, l'eau qui s'en échappe est précisément celle qui mouille le chemin à côté de Maylen. N'est-il pas naturel que la décomposition de ces animaux donne accidentellement naissance à divers gaz, notamment à de Ykydrogène phosphore; que ces gaz suivent la même voie d'infiltration que l'eau; qu'ils arrivent à l'air libre sur les mêmes points où l'eau apparaît; que là, s'enflammant ou développant simplement leur phosphorescence, ils se montrent lumineux, et qu'enfin devenant libres ils vacillent dans l'air au gré du vent et disparaissent ? Telle est d'ailleurs l'origine des feux follets qui se montrent dans les cimetières ; et l'on voit qu'il existe ici une cause parfaitement analogue.

52e COURSE. — BOIRG.

Petite course de vallée, à cheval. 6 à 8 heures. Nulle précaution. Un temps couvert est préférable. — Il suffit de se mettre en route à 10 ou 11 heures.

MARCHE. — 1, 2,3,4°. De Lucbon à Maylen

'pages 86, 88, 315, 316) 1 h. 45 m.

5o De Maylen à Mayrègne 40 m.

Rien de particulier. La vallée d'Oueil est à peu près nue et n'offre dans ses rochers aucun accident

318 OUEIL ET BAROUSSE. — 52e COURSE.

remarquable, en sorte qu'elle ne présente au promeneur qu'un faible intérêt, du moins jusqu'à Mayrègne. Mayrégne, le village le plus riche de la vallée, offre des traces d'ancienneté non équivoques.

6° De Mayrégne à Bourg 1 h. 40 m.

Une forêt de sapins forme du côté opposé un rideau jusqu'à Bourg et au dessus. Remarquez cette forêt, elle n'offre aucun mélange de hêtres, chose rare dans nos montagnes. On traverse Gobous; on rencontre plusieurs églises ou chapelles toutes misérables, mais toutes surmontées d'inscriptions ou de pierres grossièrement sculptées, d'une date déjà ancienne.

Bourg, autrefois chef-lieu de la vallée, est maintenant moins important que Mayrègne. L'auberge est un ancien château, offrant quelques bas-reliefs assez curieux. Il y a plusieurs autres maisons à trois étages qui annoncent un état de choses autrefois bien différent de ce qui existe aujourd'hui. Qui bâtirait maintenant une maison à trois étages dans toute la vallée d'Oueil? — Voyez aussi l'église : elle offre sur la porte une grande inscription du même style que toutes celles du pays, en langue et en écriture romanes indéchiffrables, un écusson effacé et diverses lignes dont on ignore absolument le sens. Remarquez la pierre elle-même, aussi respectable par sa dimension que par tout le bagage archéologique dont elle est chargée ; elle remonte à 1138.

M0NNÉ. 319

53e COURSE. — IWOXXÉ.

Grande course de nuit. — 10 à 12 heures.

Départ. — Cette course doit être faite pendant la nuit. On doit partir .'i heures avant le lever du soleil. En été, il faut être sur le pic une demi-heure avant le lever de l'astre, pour y jouir des magnifiques jeux de l'aurore, brûlants préludes aux feux du soleil levant. En septembre et en octobre, il suffit d'y être un quart-d'heure auparavant. Alors le crépuscule est moins long et la série des effets qu'il produit plus rapide. — 11 n'y a ni difficulté ni danger à faire cette course de nuit , même lorsque la lune ne devra nullement se montrer. Les chevaux de Luchon connaissent fort bien cette route et vous y porteront avec autant d'assurance que pendant le jour. Néanmoins, si la lune est absente, on peut, par excès de précaution, charger le guide d'une lanterne ou d'une torche qu'il portera en tète de la caravane. Pour peu que l'on soit nombreux, on fera bien aussi de prendre deux guides, pour qu'ils s'occupent des dames qui seront alors complètement rassurées. — La précaution la plus essentielle sera de mettre en croupe des manteaux ou des couvertures pour s'envelopper chaudement au sommet du pic. On sait que le moment le plus froid de la nuit est celui qui précède et qui suit le lever du soleil. — Une bonne lunette sera fort utile; un ciel pur est indispensable ; quelques légers nuages, quelques faibles vapeurs ne doivent pas inquiéter. Leur présence ajoutera, au contraire, aux effets de l'aurore et du soleil levant. — Si vous craignez d'avoir froid à cheval pendant la nuit, mettez deux chemises, deux pantalons, deux paires de bas : rien de mieux pour se garantir du froid en toute circonstance. — Tout étant disposé à l'avance, couchez-vous à 8 heures du soir ; on vous réveillera en temps utile et vous vous trouverez bien d'avoir donné trois à quatre heures au sommeil.

Si, esclave de la peur, de la paresse ou de l' indifférence, vous ne voulez point faire la course du Monné pendant la nuit, comme je le conseille, faites-la par un beau jour, sans nuage, un jeudi s'il se peut, pour voir ce jour là, jour de foire à

Arreau, du sommet du Pic, la place d'Arreau couverte de, capuchons rouges s'agitant comme les insectes que naguère on découvrit dans la lune, et qui étaient tous rouges, s'il vous en souvient. — Partez de 6 à 8 heures; vous déjeunerez à Bourg ou dans la prairie qui est au dessus.

MARCHE, — 1,2,3,4, 5, 6*. De Luchon à Bourg

(pages 86, 88, et 315 à 318) 3 h. 30 m.

7o De Bourg au port de Pierrefitte 1 h. 30 m.

Rien cle particulier que la petite cascade et le bassin très-gracieux que l'on trouve au sortir de Bourg. Une chapelle et l'arbre de Saint-Jean indiquent assez que c'est là un lieu de réunion privilégié.

Du port de Pierrefitte on voit le lac de Bordères et une partie de la vallée d'Aure.

8° Du port au sommet du Monné 45 m.

Montée rude; on la fait en vingt lacets que chacun trace à sa guise. On peut rester à cheval ; mais il vaut mieux descendre.

Au sommet du Monné. — Donnez toute votre attention à ces mille effets de lumière qui vont se succéder à mesure que le soleil s'élèvera lentement au dessus de l'horizon et qu'il changera l'angle d'incidence de ses rayons sur les glaciers et sur les plaines... Bientôt après, c'est du moins le cas le plus fréquent, il se formera quelques nuages qui sembleront s'exhaler des montagnes, et des vapeurs qui s'étendront sur toute la plaine comme pour jeter un voile dès le matin sur les innombrables iniquités des hommes. Vous reconnaîtrez bien alors que le moment du soleil levant

MONNÉ. 321

est le plus favorable pour jouir distinctement de ces grandes vues de plaines et de sommets que permettent quelques monts élevés, placés en avant de la chaîne, et notamment le Pic du Midi deBigorre et le Monné de Luchon. D'ici vous pourriez distinguer l'Océan ; mais ne vous attachez pas à ce seul objet de curiosité. Vos yeux doivent embra sser à la fois et successivement le ciel, la mer, la plaine et les montagnes; car nulle part vous ne serez en présence d'un spectacle plus magnifique, plus immense et plus rapide. Un quart d'heure après l'apparition du soleil, tous ces jeux de lumière seront terminés.

Braquez votre lunette sur la plaine pour y découvrir vos villes, vos terres, vos châteaux, ou sur Arreau qui est à vos pieds pour y voir les diligentes Louronnaises aux capuchons rouges , et sur les pics les plus aigus, sur les crêtes les plus déchirées, sur les monts les plus pittoresques.

Ensuite étudiez tout ce qu'enseigne ce tableau synoptique de la chaîne entière de nos montagnes. Vous voyez les deux extrémités des Pyrénées : l'une vers l'est s'arrête. à Perpignan et plonge dans la Méditerranée; l'autre s'étend à l'Ouest jusqu'à Bayonne, sur l'Océan, et se relève encore au-delà de nos frontières, se prolongeant en Espagne, toujours sur la même ligne, jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle en Galice, jusqu'au cap Finistère. Du Monné on ne voit pas cette partie toute espagnole de la chaîne; mais on reconnaît cette décroissance si remarquable des hauteurs depuis le centre, la Maladetta, jusqu'aux deux

extrémités qui s'inclinent et s'abaissent devant les mers. La chaîne se désunit à votre gauche; la plus belle partie se recule notablement vers le sud : c'est celle que vous voyez plus distinctement, vous y remarquez çà et là quelques massifs de monts très -élevés. Les glaciers ne se montrent que dans les gorges de ces monts superbes; leur ensemble dessine sous vos yeux le niveau des glaces éternelles. Observez surtout la disposition relative des crêtes, des gorges, des vallons, des chaînons latéraux, enfin celle des vallées longitudinales et des vallées transversales; vous resterez convaincu que la chaîne des Pyrénées a dû être originairement une seule montagne soulevée comme un long bourrelet entre la Méditerranée et l'Océan, et ensuite ravinée par les eaux, par elles décharnée en quelque sorte et divisée en ces mille montagnes qui se montrent ici sous vos yeux.

Retour. — Trois itinéraires. — Du Monné VOUS pouvez aller en 2 heures et demie déjeuner aux Chalets St-Nérée, d'où vous reviendrez à Ludion par Mauléon et Saléchan en 5 à 6 heures, ou par St-Bertrand en y consacrant la journée tout entière. C'est la plus jolie manière de compléter la course du Monné. (Voyez la course suivante.)

Si vous connaissez déjà la Barousse, reprenez pour descendre à Bagnères la même route, quoique elle soit un peu monotone. En 4 heures vous serez à Luchon.

Ou bien vous pouvez passer par le port de Pierrefitte et faire ainsi une course de plus sans beaucoup plus de peine ni de temps. Vous avez alors :

Bu Monné au port de Pierrefitte 20 ra

De là , vous voyez encore le lac de Bordères et la vallée de Barreilles,

Page 1