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Le dimanche, au contraire, tout le monde est propre et gràcieux ; on voit toute la population; elle sourit à votre passage. Nul ne vient tendre la main. Il aurait honte de paraître misérable aux yeux de la ville entière qui est sur pied. Quelques-uns seulement suivront votre caravane au-dehors de la ville, où seront accourus avant votre entrée à Bosost pour vous dire du ton le plus gai : Moussu , Madamo , dounammé un soau.
Au sortir de l’église on vous demandera trèsdisgrûcieusemcnt et comme un droit consacré par L’usage quelques sous pour l’église. Il va sans dire que vous pourriez les refuser. I)u moins faites à ce rustre une leçon de politesse qu’il aura déjà peut-être reçue cent fois et qu’il a cent fois oubliée.
Il y a toujours sept prêtres à Bosost, quelquefois un bien plus grand nombre. Il y en avait quatorze en 1840. Cependant on ne compte que 400 âmes à Bosost; un prêtre suffirait donc pour le service spirituel. Mais je l’ai déjà dit, telle estl’organisation de l’Espagne. Comme la France, comme l’Angleterre, elle est pleine d’hommes qui n’ajoutent rien à la richesse publique, qui l’ab-
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sorbent au contraire aux dépens du trop petit nombre de producteurs. Or , c est là une infaillible condition de décadence et de ruine poulies nations. Tout peuple au milieu duquel s’établit une classe nombreuse et prépondérante qui ne produisant rien par son travail, absoibe au contraire et consomme les productions du pays dans une proportion plus grande que les producteurs eux-mêmes, est par cela seul inévitablement voué à des dissenlions intérieures, à des embarras au-dchors, à un affaiblissement progressif, à des révolutions sanglantes. Aussi, tout peuple chez lequel se manifestent de semblables symptômes , doit-il compter pour en arrêterle progrès non pas sur la force des lois et l’appui de l’armée qui bientôt failliront et seront impuissantes, mais sur de larges organisations intérieures ayant pour but de rattacher à la production nationale les hommes même qui s’en étaient le plus éloignés; car ceux qui étaient jusque-là le fléau du pays en deviendront alors les fécondateurs, si on les intéresse habilement à tourner les ressources de leur esprit et de leur fortune vers les besoins de la production matérielle. Les véritables, les seuls élémens de la
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richesse publique, on ne saurait le méconnaître, sont les productions végétales, animales et minérales que la terre donne chaque année pour remplacer celles qui chaque année sont consommées et x'endues au sol'. Si le soin dé cette production est livré à la partie la plus pauvre et la plus inintelligente de 1a nation, comment la fortune publique ne serait-elle pas tôt ou tard compromise ? Comment n’y aurait-il pas nn grand nombre de frustrés et de mécontens à la répartition d’une récolte incomplète et insuffisante ? Or, je l’ai démontré (1) , l’industrie et le commerce ne produisent rien ; ils servent seulement h opérer une juste et large répartition de la richesse publique produite par le sot. Quant aux professions libérales , si honorées, si recherchées, si impoliliquement encouragées, elles ne produisent rien non plus , et elles prélèvent au contraire sur tes producteurs un impôt énorme dont les conséquences sont beaucoup plus nombreuses , beaucoup plus funestes qu’on
ne saurait le voir au premier abord Mais
je ne puis développer ici, comme il conviendrait,
(i) V. Géologie dans ses rapports avec V agriculture et l'éconami-e politique.
BOSOST.
un sujet aussi vaste et aussi sérieux. J’ai saisi celle occasion d’appeler sur l’une des questions actuelles les plus importantes et je crois les moins comprises , l’attention des hommes graves et puissans qui viennent prendre à Luchon quelques jours de repos j je les supplie au nom des intérêts de la France qui sont en leurs mains, de poursuivre l’examen de cette question dâns ma géologie dans ses rapports avec l’ agriculture et l’économie politique où je l’ai traitée complètement; car j’ai la conscience d’avoir exposé et démontré dans cet ouvrage des idées neuves, inspirées par les principes même de la science et capables de suggérer des créations et des améliorations de la plus haute importance.
‘Bosost, comme toute la vallée d’Àran , offre quelques curiosités archéologiques, des basreliefs, des inscriptions, etc. Voyez surtout le portail de l’église, non pas celui qui donne sur la place mais celui qui touche au clocher. Il est surmonté d’un bas-relief aux figures les plus monstrueuses , dans lesquelles on peut néanmoins reconnaître les évangélistes.
Vous pouvez déjeuner h Bosost, mais faites votre prix , car dans la vallée d’Aran comme à
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Vénasquc on abuse des étrangers. Vous ferez mieux d’arriver jusqu’à Lez pour déjeuner et pour voir en mènie-lemps l’établissement de bains, construit à neuf avec goût et avec luxe. 7.° De Bosost à Lez 45 m.
Visitez sur ce trajet le gouffre de Cledes, où la Garonne se précipite avec fureur et semble se perdre au sein des rochers.
Voici Lez. Allez droit au château de M. le baron de Lez, le propriétaire des bains, où M. Badin, son fermier vous recevra et vous traitera avec empressement. — Cette habitation est au pied d’une de ces grandes tours carrées qui se retrouvent dans toutes les vallées Pyrénéennes et qui servirent jadis à des signaux télégraphiques. Telles sont auprès de Ludion les tours de Castel viel , de Caslelblancat, d Oo , de Moustajon, de Fronsac, etc. Celte tour de Lez , et elle n’est pas seule dans la vallée , démontre aussi qu’aulrefois la vallée d’Aran ne fesail qu’un avec les autres vallées du versant nord des Pyrénées. Mais combien de péripéties n at-elle pas eu à subir depuis des siècles! D’abord elle fut long-temps tributaire, tour à tour , du CoJiiminges et de l’Aragon : long-temps elle a
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même appartenu aux deux royaumes à la fois, en ce sens qu’elle dépendait de l’évêque de S.‘- Bertrand de Comminges pour le spirituel , tandis que pour le civil et pour le militaire elle était complètement soumise à l’Espagne. En 1802 elle fut totalement espagnole; sous l’empire elle redevint entièrement française; elle est rentrée sous la loi espagnole en 1814, et tout permet d’espérer qu’avant peu elle sera encore rendue à la France , à laquelle elle appartient par les lois même de la nature, lois impérieuses dont la violation ne saurait être durable.
Ne négligez pas de visiter les bains, et de goûter l’eau minérale à laquelle il ne manque vraiment que quelques degrés de chaleur. Le site est d’ailleurs délicieux, vous ferez halte pour le contempler.
Ensuite faites dans une petite boutique de Lez votre provision de cigares de la reine ; ils ne coûtent que 5 fr. le cent. Les amateurs m’ont assuré qu’ils valent nos cigares français de trois et quatre sous.
RETOUR. — A moins de faire la grande tournée par S. '-Béat ( dans ce cas voyez la course suivante) vous devez rentrer à Luchon par la
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