COURSE
encore qu’une curiosité négative. Ainsi furent
r GUr °n§,ne Luchon> Barèges , Saint-Sauveur Caulerels , les Eaux-Bonnes, etc., tous lieux fliain tenant enrichis, ornés et passés à l’étal de villes ou de lieux de plaisir. Des baignoires en bois sous un toit de chaume, quelques granges pour l’habitation des cultivateurs, voilà ce que furent long-temps tous nos illustres bains, voilà ce que sont encore les bains Saint-Nérée. Mais
voyez combien celte haute et large prairie qui
domine les bains se prête à recevoir les arbres,
les fleurs et celte bourgade de chalets que je
vous ai décrite. A votre nouveau voyage, dans
deux ou trois ans, vous aurez quelque plaisir
à voir une transformation totale s’être opérée
dans ce lieu maintenant désert et qui bientôt
sera peuplé, et paré de pavillons aux mille couleurs.
En arrivant au chalet (1) du garde, vous avez sans doute commandé le dîner; hâtez un premier tour dans la prairie, votre table sera bientôt
11) Les 5 ou 6 châlets qui entourent les brins, anciennes granges indignes du nom de c/nUel, ne sont qoe provisoires; vous avez vu au musée de Saint-Bertrand les jolis modelés sur lesquels seront construis les nouveaux châlets.
LES CHALETS S.'-NÉrÉE.
servie. — Mais vous laisserez-vous Irailcr pour un jour comme on doit vous traiter aux Chalets? Accepterez-vous la vie de berger, la cuillère et la fourchette de bois, que nulle bouche n’aura cependant encore souillée, le plat de terre, le verre vert, et pour la nuit, si vous devez la passer aux Chalets , la couche en branches de sapin dont la douce élasticité l’emporte sur celle des meilleurs lits de vos hôtels ?
Si vous le préférez, on vous traitera comme à la ville, service complet, argenterie, sauces, ragoûts, lits de plume et de crin. Mais si vous n’êles venu aux Chalets que pour y subir une dix mille et unième représentation de votre monotone vie de tous les jours, il n’était pas la peine d’arriver jusque-là.
Acceptez donc de bonne grâce , bien mieux demandez avec acclamation, pour un jour, la pure vie du pâtre montagnard, purgée seulement de tout ce qu’elle a de sale et d’ignoble. Soyez berger pour un jour, mais berger à la rose ou à la fleur d’oranger, berger ù gants jaunes et en bas de soie.
Vous vous coucherez deux, quatre , six, côte à côte dans le même chalet, sur les branches
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du même sapin, mais sans fromage, sans moutons , sans chèvres avec vous dans la même chambre, et sans une multitude d’autres animaux, dans tous les plis, dans tous les coins.
Votre repas sera ordinairement composé de gibier, de poisson , de laitage, de légumes, de fraises des bois , etc. . . Serez-vous très-malheureux? Vous ignorez encore que le val des Châlets est un pays de prédilection ; que c’est l’endroit le plus giboyeux de toute la contrée; que les chasseurs viennent s’y installer des semaines entières et y font à tout propos leurs plus délicieuses parties. Le lièvre de montagne et la perdrix rouge n’y sont pas rares; les palommes et le coq de bruyère y séjournent toute l’année. Les grands oiseaux de proie, et dans la forêt plusieurs bêles rares, le chat sauvage , la marte, le putois, le blaireau, le renard, l’écureuil, etc. s’y rencontrent fréquemment. Vous ignorez aussi que les truites y sont plus belles et plus exquises qu’en aucun autre lieu. Le docteur Fontan, pêcheur aussi habile que savant chimiste, qui, de Perpignan à Bayonne, a porté toujours ensemble ses réactifs dans toutes les sources minérales et sa ligne dans tous les ruisseaux, dans tous les
LES CHALETS S.(-NÉuÉE.
torrens, m’a déclaré que les truites du val des Chalets sont les meilleures des Pyrénées. Venez voir comme elles sont jolies dans leur petit réservoir. Ignorant leur arrêt de mort elles joueront sous vos yeux, incapables de supposer que c’est précisément vous , mangeur barbare, qui demanderez qu’on les fasse frire.
Ap rès le dîner, montez au châlcl des Sorcières, buvez quelques verres à la Source de la Faim , qui est au-dessous du chàlet; vous serez bientôt prêt à faire un second repas si cela peut vous être agréable, ou à prendre un bain si ce n’est déjà fait. De celte fontaine qui sort du granité vous aurez en outre une jolie vue du pays et des Chalets. — Vous vous ferez conter la légende des pierres folles et des plantes enragées qui environnent le Chalet des Sorcières... dont Dieu vous garde !
Visitez aussi la roche damnée h 300 pas dans le bois, au-dessus du Châlet des Chasseurs. C’est un énorme bloc erratique , 1 un des plus remarquables qui soient dans les Pyrénées, témoin irrécusable du grand déluge des géologues. Escaladez ce bloc, vous aurez une charmante vue de toute la vallée.