‹ Bajazet; tragédieChapitre 111 sur 161 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

ROXANE, ATALIDE, ZATIME.

ROXANE

Madame, j'ai reçu des lettres de Tarmée ^, 1165

De tout ce qui s'y passe êtes-vous informée ?

ATALIDE

On m'a dit que du camp un esclave est venu 2 : Le reste est un secret qui ne m'est pas connu.

ROXANE

Amurat est heureux : la fortune est changée.

Madame, et sous ses lois Babylone est rangée 3, 1170

i. Voilà les deux rivales aux prises. C'est un duel, où Roxane prend l'offensive.

2. Ce calme joué contraste avec ses craintes réelles, que nous connaissons par les vers 1124-5fô.

3. « Bagdad capitula devant une batterie de brèche formidablement construite par l'Italien Micaël, qui servait comme ingénieur dans l'armée d'Amurat. Les assaillants occupèrent rapidement les principaux édifices de la ville, parmi lesquels le couvent des capucins. Micaël, fermement attaché à la religion catholique, intervint pour faire évacuer la maison couventuelle, qu'il rendit à ses propriétaires légitimes. Il en fut récompensé par des lettres de noblesse que lui conféra le roi Louis XIII, sur la proposition du cardinal de Richelieu, à qui le père Joseph avait demandé cette faveur pour reconnaître le service rendu à son ordre. J'ai tenu à citer cette preuve des relations continues que la politique des rois de France entretenait avec l'Empire ottoman, car on s'explique ainsi qu'une pièce turque se soit fait écouter et applaudir à l'hôtel de Bourgogne en 1672. »

A. ViTU, Le Figaro, 4 avril 1887.)

AT ALI DE 1

Hé quoi, madame! Osmin...

ROXANE

Etait mal averti ; Et depuis son départ cet esclave est parti.

C'en est fait.

ATAUDE, à part.

Quel revers!

ROXANE

Pour comble de disgrâces 2, Le Sultan, qui Tenvoie, est parti sur ses traces.

ATALIDE

Quoi! les Persans armés ne l'arrêtent donc pas? 1175

ROXANE

Non, madame : vers nous il revient à grands pas 3.

ATALIDE

Que je vous plains, madame! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire !

ROXANE

Il est tard de vouloir s'opposer au vainqueur.

i. Var. Atalide, à part (4736). Racine, et en général les auteurs dramatiques du xvn« siècle, ne prodiguent pas les indications scéniques. Le jeu de l'acteur leur parait suffisamment indiqué par le contexte. D'ailleurs, la tragédie classique étant un genre calme, où les grands mouvements, les gestes excessifs, les attitudes mélodramatiques sont inconnus, l'acteur se passe fort bien de ces avis de l'auteur sur le geste à faire, lexpression à rendre et à prendre, l'intonation à trouver. Plus la tragédie s'éloignera de son caractère primitif, pour se rapprocher du drame, plus aussi les indications scéniques deviendront nécessaires pour guider l'acteur à travers les séries complexes de cris, de grands gestes, de pleurs, que comportera son rôle. Voyez les drames de Sedaine, de Diderot, surtout de Beaumarchais {Eugénie^ les Deux Amies). L'auteur, en mettant une phrase dans la bouche d'un personnage, n'oublie jamais de lui donner en même temps la manière de la prononcer :

Eugénie, avec L'expression de la colère que le respect réprime ; M™" Murer, du ton de quelqu'un, qui croit en dire assez; le baron, du ton d'un homme que ce mot de milord ramène à d'autres idées., etc., etc.

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