ACTE IV, SCÈNE V
Tu pleures, malheureuse I Ah ! tu devais pleurer^ 1310
Lorsque, d'un vain désir à ta perte poussée, *
Tu conçus de le voir la première pensée.
Tu pleures 2 ! et Tingrat, tout prêt â te trahir.
Prépare les discours dont il veut féblouir^ ;
Pour plaire à ta rivale, il prend soin de sa vie. 1315
Ah! traître ! tu mourras!... Quoi! tu n'es point partie''?
Va. Mais nous-méme allons, précipitons nos pas :
Qu'il me voie, attentive au soin de son trépas^.
Lui montrer à la fois, et Tordre de son frère ^,
Et de sa trahison ce gage trop sincère''. 1320
Toi, Zatime, retiens ma rivale en ces lieux^.
Qu'il n'ait, en expirant, que ses cris pour adieux.
Qu'elle soit cependant fidèlement servie^;
Prends soin d'elle : ma haine a besoin de sa vie.
Ah ! si pour son amant facile à s'attendrir ^0, 13^
La peur de son trépas la lit presque mourir,
Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelle ^^
De le montrer bientôt pâle et mort devant elle.
De voir sur cet objet ses regards arrêtés
Me payer les plaisirs que je leur ai prêtés 12 ! 1330
i. Enéide, IV, 596 :
Infeljx Dido, nuncte fucta iinpia tangunl?
Tum decuit, quuin sceptra dabas.
2. Répétition qui soutient le mouvement de la période, mais qui sent un peu la rhétorique.