ACTE IV, SCÈNE VII
Prince aveugle ! ou plutôt trop aveugle ministre, 1386
Il te sied bien d'avoir en de si jeunes mains,
Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes desseins i,
Et laissé d'un vizir la fortune flottante
Suivre de ces amants la conduite imprudente 2 î
OSMIN
Hé ! laissez-les enAre eux. exercer leur courroux : 1385
Bajazet veut périr, Seigneur, songez à vous.
Qui peut de vos desseins révéler le mystère, Sinon quelques amis engagés à se taire ?
Vous verrez par sa mort le Sultan adouci.
ACOMAT
Roxane en sa fureur peut i-aisonner ainsi : 1390
Mais moi qui vois plus loin ; qui, par un long usage,
Des maximes du trône ai fait Papprentissage ;
Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans.
Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants,
Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace 1395
Un homme tel que moi doit attendre sa grâce,
Et qu'une mort sanglante est Tunique traité
Qui reste entre Tesclave et le maître irrité.
OSMIN
Fuyez donc 3.
ACOMAT
J'approuvais tantôt cette pensée :
Mon entreprise alors était moins avancée*; 1400
Mais il m'est désormais trop dur de reculer.
Par une belle chute il faut me signaler.
Et laisser un débris^ du moins après ma fuite, Qui de mes ennemis retarde la poursuite.
Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner^ ? 1405