‹ Bajazet; tragédieChapitre 63 sur 161 · ACTE II, SCÈNE I î · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I î

S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vie i.

Vous pouvez me Tôter, elle est entre vos mains : Peut-être que ma mort, utile à vos desseins, De riieureux Amurat obtenant votre grâce, 545

Vous rendra dans son cœur votre première place 2.

ROXANE

Dans son cœur? Ah! crois-tu, quand il le voudrait bien^.

Que, si je perds l'espoir de régner dans le tien.

D'une si douce erreur si longtemps possédée,

Je puisse désormais souffrir une autre idée, 550

Ni que je vive enfin, si je ne vis pour toi *?

Je te donne, cruel, des armes contre moi •"»,

Sans doute ; et je devrais retenir ma faiblesse ^ :

Tu vas en triompher. Oui, je te. le confesse.

J'affectais à tes yeux une fausse fierté "^ : 555

De toi dépend ^ ma joie et ma félicité :

De ma sanglante mort ta mort sera suivie.

Quel fruit de tant de soins que j'ai pris pour ta vie!

Tu soupires enfin, et semblés te troubler ^ :

Achève, parle.

i. « Le poète a très bien saisi et rendu dans ce personnage non seulement l'amour oriental, mais le caractère particulier de la sultane Roxane. Tout au plus en a-t-il un peu transformé la sensualité en sauvagerie pour l'idéaliser. Jl' a donné le mouvement à des eaux stagnantes et fétides, et il en a fait un torrent afin de les purifier. » (E. Desghanel, Racine, ï, p. 280.)

2. Nouvelle preuve du dédain de Bajazet pour la mort et de son courage. (Cf. vers 519.)

3. « Quand la célèbre Clairon prononçait ce vers, son accent^ son geste, ses yeux, toute son action dans cette seule exclamation Aà/ expnmaient le couplet entier, au point qu'avec un peu d'intelligence on aurait deviné tout ce qu'elle allait dire. » (La Harpe.)

4. Roxane, par un revirement bien féminin et bien passionné, réfute ellemême les arguments qu'elle émettait plus haut, et que Bajazet n'a pas daigné repousser.

5. Var. Un point au lieu de la virgule, à la fin de ce vers, dans les éditions 1672 et 1676.

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