‹ Bajazet; tragédieChapitre 69 sur 161 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Je me plains de mon sort moins que vous no pensez i.

La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces;

J*osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces; 610

Et l'indigne prison où je suis renfermé

A la voir de plus près m'a même accoutumé;

Amurat à mes yeux Ta vingt fois présentée :

Elle finit le cours d'une vie agitée.

Hélas ! si je la quitte avec quelque regret... 615

Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet ^

Des cœurs dont les bontés trop mal récompensées

M'avaient pris pour objet de toutes leurs pensées.

ACOMAT

Ah ! si nous périssons, n'en accusez que vous,

Seigneur : dites un mot, et vous nous sauvez tous. 620

Tout ce qui reste ici de braves janissaires 3,

De la religion les saints dépositaires ^

Du peuple byzantin ceux qui plus respectés ^

Par leur exemple seul règlent ses volontés,

Sont près de vous conduire à la Porte Sacrée 625

D'où les nouveaux Sultans font leur première entrée 6.

Hé bien, brave Acomat, si je leur suis si cher,

Que des mains de Roxane ils viennent m'arracher.

Du Sérail, s'il le faut, venez forcer la porte '^;

Entrez accompagné de leur vaillante escorte. 630

i. a On voit qu'il ne veut pas avouer la véritable raison de ses refus, son amour pour cette même Atalide, promise au vizir en récompense de ses services. Ainsi le même homme qui croirait faire une lâcheté d'épouser Roxane quand il lui doit tout; cet homme qui a des scrupules si déplacés, ne s'en fait aucun de tromper depuis si longtemps et cette même Roxane et un serviteur aussi fidèle que lo vizir. Il faut 1 avouer, tout cela est faux et petit. » (La Harpe.)

2. Il allait se trahir et dévoiler son secret. Il explique autrement son regret. sans nommer Atalide.

3. Sur les Janissaires (cf. note du vers :29). Il n'en reste plus beaucoup, puisqu'ils sont à Bagdad (cf. vers 30).

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