‹ Bajazet; tragédieChapitre 81 sur 161 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Si VOUS preniez, Seigneur, plus de soin de lui plaire ; 730 Si vos soupirs daignaient lui faire pressentir i Qu*un jour...

Je vous entends ; je n'y puis consentir.

Ne vous figurez point que, dans cette journée, D'un lâche désespoir ma vertu consternée 2 Craigne les soins ^ d'un trône où je pourrais monter, 735 Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace; Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race. J'espérais que, fuyant un indigne repos, Je prendrais quelque place entre tant de héros. 740

Mais, quelque ambition, quelque amour qui me brûle, Je ne puis plus tromper une amante crédule ; En vain, pour me sauver, je vous l'aurais promis ; Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis. Peut-être, dans le temps que je voudrais lui plaire, 745 Feraient par leur désordre ^ un effet tout contraire; Et de mes froids soupirs ses ^ regards offensés Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés ^. O ciel! combien de fois je l'aurais éclaircie. Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ; 750

Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse!

Je me parjurerais! Et, par cette bassesse...

Ahl loin de m'ordonner cet indigne détour, 755

Si votre cœur était moins plein de son amour, Je vous verrais, sans doute, en rougir la première^. Mais, pour vous épargner une injuste prière. Adieu : je vais trouver Roxane de ce pas.

Et je vous quitte.

i. Jargon précieux,

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