SCÈNE III
ATALIDE, ZAÏRE
ATALIDB
Allons, retirons-nous, ne troublons point leur joie ^.
ZAÏRE
Ah ! madame, croyez. . .
ATALIDE
Que veux- tu que je croie 2?
Quoi donc! à ce spectacle irai-je m'exposer^? Tu vois que c*en est fait, ils se vont épouser; La Sultane est contente: il l'assure qu*il l'aime. 905
Mais je ne m*en plains pas, je Tai voulu moi-même. Cependant croyais- tu, quand, jaloux de sa foi, Il s'allait plein d'amour sacrifier pour moi; Lorsque son cœur, tantôt m'exprimant sa tendresse, Refusait à Roxane une simple promesse; 910
Quand mes larmes en vain tâchaient de l'émouvoir; Quand je m'applaudissais de leur peu de pouvoir. Croyais-tu que son cœur, contre toute apparence. Pour la persuader trouvât tant d'éloquence?
Ah! peut-être, après tout, que sans trop se forcer, 915
Tout ce qu'il a pu dire, il a pu le penser.
Peut-être en la voyant plus sensible pour elle. Il a vu dans ses yeux quelque grâce nouvelle; Elle aura devant lui fait parler ses douleurs ; Elle Taime; un empire autorise^ ses pleurs : 920
Tant d'amour touche enfin une âme généreuse.
Hélas! que de raisons contre une malheureuse ^î
i. Var. Allons, retirons-nous, no troublons point sa joio. (1672-87.) I^ur est bien plus expressif. Ce pluriel isole Atalide dans son infortune.