ACTE III, SCÈNE IV
Rappeler tout Tamour que j'ai pour Atalide^?
Cependant quand je viens, après de tels efforts,
Chercher quelque secours contre tous mes remords 2, 1000
Vous-même contre ppi je vous vois irritée,
Reprocher votre mort à mon âme agitée ;
Je vois enfin, je vois qu'en ce même moment
Tout ce que je vous dis vous touche faiblement 3.
Madame, finissons et mon trouble et le vôtre. 1005
Ne nous affligeons point vainement l'un et l'autre *.
Roxane n'est pas loin ; laissez agir ma foi ^ :
J'irai, bien plus content et de vous et de moi.
Détromper son amour d'une feinte forcée,
Que je n'allais tantôt déguiser ma pensée ^. 1010
La voici.
ATALIDE
Juste ciel! où va-t-il s'oxposer?
Si vous m'aimez, gardez de la désabuser''.
1. Voilà qui suffit à défendre Bajazet du reproche qui lui a été fait d'être un casuistc, de pratiquer la restriction mentale. Non, Bajazet ment, et il le sait, et il en rougit (991), il en est confus (993) et il se condamne sévèrement (995). C'est par amour pour Atalide qu'il s'est résigné à cette honte, et cet amour l'absout.
2. L'accueil sévère et immérité que reçoit Bajazet, au lieu des consolations qu'il venait chercher et auxquelles il avait droit, le rendent sympathique, comme il arrive toujours à la scène pour tous les personnages victimes d'une injustice.
3. On n'aurait pas cru la douce Atalide si rancunière, si obstinée dans son erreur. Bajazet voyant sa première justification infructueuse, aura recours à un autre moyen plus énergique et plus sûr.
4. Parce que nous referions une scène de dépit amoureux tout à fait déplacée ici. « Je vous demande, Monsieur, si à ce style, dans lequel tout le rôle de <-e Turc est écrit, vous reconnaissez autre chose qu'un Français qui appelle, sa Turque madame^ qui s'exprime avec élégance et douceur ? Ne désirez-vous rien de plus mâle, de plus fier, de plus anime dans les expressions de ce jeune Ottoman qui se voit entre Roxane et l'empire, entre Atalide et la mort ? » (Voltaire, ï^etlre à M. de la ^oue, 3 avril 1739.)