‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 10 sur 40 · DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

Le traitement de la paralysie par les eaux minérales s’adresse surtout à celles qui sont la conséquence d’une hémorrhagie cérébrale. Pour nous rendre un compte exact de ce qui se passe à la suite de l’usage des eaux minérales et de celles de Balaruc, en pareil cas, examinons attentivement les causes de ces paralysies.

Sous l’influence de très-nombreuses causes qu’il est inutile d’énumérer, un vaisseau vient à se rompre dans le cerveau, il se fait alors un épanchement plus ou moins considérable de sang. La paralysie, consécutive à cet épanchement, occupe habituellement le côté du corps opposé. Il y a quelques rares exceptions, surtout dans les cas où l’apoplexie se fait dans le cervelet. Une infiltration de la partie cérébrale voisine est la conséquence de cet épanchement. An bout de quelque temps, peu long en général, la partie fibrineuse et solide du sang extravasé se sépare de la partie liquide. Par suite d’un travail d’absorption, qui commence, en général, vers le troisième jour après l’attaque et va plus ou moins en augmentant, le liquide infiltre de plus en plus la pulpe cérébrale. Il finit enfin par disparaître, la partie solide se concrète de plus en plus pour former une petite masse d’abord noirâtre, puis rougeâtre, et qui finit par devenir pâle et complètement décolorée. Après un temps plus ou moins long et suivant la grosseur du caillot sanguin, un travail

de résorption s’opère qui fait disparaître ce caillot, devenu corps étranger, et la cicatrice, si rien ne s’y oppose, vient terminer la scène morbide. Les parties environnant le foyer hémorrhagique, sous l’influence de mouvements fliixionnaires ou de l’irritation produite par la présence du caillot sanguin, deviennent de plus en plus molles, et c’est ainsi que se forment ces ramollissements plus ou moins étendus qui, d’effet de l’hémorrhagie cérébrale, peuvent devenir cause de nouveaux épanchements.

Quelquefois le caillot sanguin s’enkyste, le ramollissement s’empare d’abord de sa partie centrale pour en envahir peu à peu la masse totale ; la résorption se fait ensuite lentement, et les parois. du kyste se rapprochent de plus en plus pour se juxtaposer complètement par l’addition d’une quantité plus ou moins grande de tissu cellulaire, qui constitue ainsi une cicatrice plus ou moins épaisse, plus ou moins dure. A la suite d un pareil désordre dans les centres nerveux, est-il étonnant que les nerfs qui en émergent pour aller porter le mouvement à la périphérie, et ceux qui s’y concentrent pour leur apporter nos diverses sensations subissent un trouble considérable dans leurs fonctions*? La conséquence immédiate de cette lésion organique des centres nerveux, c’est la paralysie. Quand on est en présence d un pareil symptôme, il faut ordinairement songer à une maladie du cerveau, de la moelle ou des nerfs. Quelquefois cependant, c’est une manifestation d un trouble fonctionnel. Nous étudierons ces paralysies dans le paragraphe suivant.

La paralysie peut porter sur la motilité ou sur la sensibilité, quelquefois sur les deux en même temps, c’est le cas le plus ordinaire dans les paralysies consécutives aux lésions organiques. Lorsqu’elle occupe une moitié du corps ou les deux membres inférieurs, elle est symptomatique d’une lésion matérielle du cerveau ou de la moelle épinière et porte alors le nom de hémiplégie ou paraplégie. Dans ces divers cas, elle est plus ou moins complète, plus ou moins subite.

Paralysie du mouvement. — La diminution ou l’abolition de la motilité, c’est à-dire de la faculté de ' se mouvoir, est le caractère essentiel de la paralysie ; c’est la définition qu’en a donnée Boerhaave et qui est encore admise de nos jours : Impotentia mirabilis exercendi motum. Malgré la volonté la plus absolue, malgré l’action des excitants quelquefois les plus énergiques, la fibre musculaire reste immobile. Le membre paralysé est atteint de mollesse, de flaccidité anormales, et cette mollesse et cette flaccidité tendent à augmenter plus la paralysie devient ancienne. Si le malade veut fléchir le bras paralysé, il s’épuise en vains efforts : le membre reste lourd et inerte, il pend le long du corps, et pour lui imprimer un mouvement quelconque, il est obligé pour cela de se servir du bras

resté sain. Si l’on applique la main sur la partie anté-

rieure du membre pour constater les contractions du biceps, on ne sent absolument aucun mouvement fibrillaire ; le muscle, au lieu de se durcir et de prendre plus de volume, reste flasque et aplati, tellement

qu’on ne se douterait pas de sa présence si on n’avait pas un terme de comparaison sur le membre opposé, et tout cela malgré les efforts les plus violents du malade. On peut dire que, dans ce cas, le membre n’est plus sous l’empire de la volonté. La perte complète du mouvement se reconnaît donc à l’immobilité et au relâchement des muscles paralysés.

La perte du mouvement peut ne pas être aussi complète, le malade peut alors faire exécuter au membre quelques légers mouvements. Dans ce cas, si on applique la main sur le membre atteint de paralysie incomplète, on sent une légère ondulation, une légère augmentation de volume, ou un léger déplacement du muscle, surtout s’il est superficiel.

Les mêmes phénomènes de paralysie du mouvement peuvent se rencontrer, et se rencontrent en même temps aux membres inférieurs. Les malades atteints d hémiplégie, une fois la période aiguë de la maladie passée, lorsqu’ils veulent se tenir debout, ne le font qu’avec la plus grande difficulté, et encore avec l’aide d une forte canne ou d’un solide appui ; s’ils marchent, ils trament la jambe impotente, en lui faisant décrire sur le sol un demi-cercle dont le rayon tend à diminuer de plus en plus en avançant dans la convalescence. Ils ne peuvent fléchir le membre, qui leur paraît alors trop long ; ils ne peuvent soulever la pointe du pied, qui n’abandonne jamais le sol, et c’est là une cause assez fréquente de chute.

Paralysie de la sensibilité. — La sensibilité est

souvent abolie dans les membres paralysés, quelquefois elle n’est que diminuée. Dans certains cas, qui ne sont point rares, elle reste intacte, quoique la motilité soit abolie. Elle peut être générale ou partielle, complète ou incomplète. Si la paralysie est complète, la peau seule n’est point insensible, mais les parties profondes, les muscles le sont également ; on peut alors impunément pincer, piquer, enfoncer même des aiguilles dans les membres, sans que le malade témoigne de la douleur par des mouvements instinctifs pour fuir l’instrument qui le blesse. Si la paralysie est incomplète, le malade a conscience, il sent la douleur occasionnée par l’enfoncement d’une aiguille à travers les tissus. 11 est bien rare que la paralysie générale de la sensibilité persiste longtemps, la mort ne tarde pas à enlever les sujets. La sensibilité peut rester intacte dans un membre absolument privé du mouvement ; ces cas ne sont pas rares. Elle peut n’occuper que quelques faisceaux musculaires, ou que des portions limitées de la peau, mais ce n’est pas le cas habituel dans les paralysies suites d’une lésion organique des centres nerveux.

La perte de la sensibilité accompagnant la plupart du temps l’abolition du mouvement dans les muscles de la vie de nutrition, j’ai cru devoir, pour éviter du reste des répétitions , réunir dans un même paragraphe tout ce qui concerne les paralysies des organes. Pas plus que les muscles de la vie de relation, les muscles de la vie de nutrition ne sont à l’abri des paralysies. Les organes sont atteints dans leur sen-

sibilité et leur motilité ; les paralysies de l’oesophage , de la vessie et du rectum ne sont point chose rare , mais ce n’est que lorsqu’elles ne sont qu’incomplètes qu’elles sont passibles d’un traitement par les eaux minérales. Ne voit-on pas chez certains paralytiques les difficultés qu’ils ont pour la déglutition des liquides? En général, les muscles de la vie de nutrition étant presque toujours disposés autour d’organes creux, on s aperçoit facilement qu’ils sont paralysés lorsque les matières solides ou liquides qu’ils contiennent sont retenues pendant un temps insolite, ou rejetées prématurément.

Ne voit- on pas, en effet, à la suite d’une attaque de paralysie, ces constipations opiniâtres, ces rétentions d’urine que l’on est obligé de combattre par des sondages fréquents, ou bien, au contraire, ces diarrhées ou ces incontinences d’urine qui font le désespoir des malades qui en sont atteints. La langue est souvent frappée de paralysie ; sa sensibilité spéciale est souvent diminuée, et même complètement abolie. Les malades ne reconnaissent aucun goût à leurs aliments, n ont pas la sensation du chaud et du froid, et il arriverait de très-graves accidents de brûlures si les personnes qui les accompagnent n’y prenaient pas garde. Elle est également gênée dans ses mouvements de déglutition et de phonation. Les malades ne peuvent articuler aucun son, ils ne peuvent quelquefois se faire comprendre, malgré tous les efforts qu’ils puissent faire. S’ils veulent sortir la langue de la bouche, ils sont obligés quelquefois de faire de violents

efforts, l’organe dépasse l’arcade dentaire et les gencives, tout en tremblotant, et sa pointe est déviée à droite ou à gauche, selon le siège du foyer apoplectique. Quelquefois elle est déviée du côté paralysé* Les muscles des joues sont également atteints dans leur sensibilité et leur motilité ; les traits sont déviés ; ce symptôme est surtout apparent sur les muscles orbiculaires des lèvres ; un côté de la. face n’agissant plus, les muscles similaires du côté opposé, continuant à fonctionner et ne trouvant pas de résistance, entraînent la bouche de leur côté. Que de difficultés ne rencontre pas le paralytique dans l’action de siffler ou de souffler une bougie, par exemple ! La surdité et l’amaurose peuvent, enfin, être les conséquences d’une attaque de paralysie.

De même que l’hémorrhagie cérébrale donne naissance à un appareil symptomatique si compliqué, dont nous venons de donner les principaux caractères, de même les paralysies entraînent à leur suite des modifications, soit dans la vitalité, soit dans la nutrition des organes qui en sont atteints.

Nous allons rapidement décrire les troubles de la circulation et de la nutrition qui viennent compliquer la scène morbide ; il faudra en tenir compte, en effet, lorsque nous poserons les indications thérapeutiques que réclament les paralysies.

Température. — Lorsque la paralysie date depuis déjà longtemps, la température du membre malade paraît être moins élevée que celle du membre sain ;

cette opinion n’est pas universellement admise. Depuis déjà bien longtemps, on a étudié la marche de la température dans les paralysies ; Boerhaave pense qu’elle peut rester stationnaire, et semble faire de son abaissement une complication fâcheuse. Après lui Abercrombi, Frank, Tood et les médecins contemporains ont continué ces études thermométriques, si en honneur de nos jours, et les résultats ont varié d’après les expérimentateurs. Cependant la plupart constatent une diminution de chaleur dans le membre impotent. On comprend aisément que cette déperdition de calorique doive être très-facile dans un membre qui ne peut se soustraire rapidement aux causes de refroidissement. Les malades eux-mêmes accusent la facilité avec laquelle ils se refroidissent, et toutes les difficultés qu’ils éprouvent à se réchauffer.

Troubles de la circulation et de la nutrition. — La circulation artérielle paraît languissante lorsque la paralysie n’est pas de date récente. Si on explore le pouls, on sent que les pulsations sont moins fréquentes ; Fondée sanguine frappe moins le doigt explorateur ; le pouls est moins fréquent et moins vibrant sous la pression ; tout annonce une décroissance dans l’intensité de la circulation .

Pour que la nutrition des parties à travers lesquelles circule le sang puisse se faire d’une manière normale,

1 influx nerveux est indispensable à l’extrémité capillaire des vaisseaux; or, si par l’effet de la paralysie cet influx nerveux vient à manquer, on comprendra

facilement que la nutrition doive souffrir d’un pareil état morbide. L atrophie plus ou moins complète des muscles est un effet à peu près constant de la paralysie. Tout le monde connaît les effets de l’immobilité trop prolongée : la dégénérescence graisseuse en est la conséquence. Les muscles deviennent flasques, s’amincissent jusqu’à n’avoir que l’aspect d’une membrane ou d’un cordon fibreux ; la matière colorante se résorbe , et 1 on a peine à reconnaître la structure musculaire. La graisse se sécrète en grande abondance, et finit par prendre la place de la fibre musculaire , il y a alors ce que l’on est convenu d’appeler atrophie musculaire a.\ec dégénérescence graisseuse.

Quelquefois, sous l’influence d’une paralysie prolongée, les membres s’œdématient et sont le siège de douleurs quelquefois très-vives ; les muscles se rétractent et donnent naissance à de nouveaux symptômes, que nous allons passer rapidement en revue dans le paragraphe suivant. Lorsque la paralysie ne porte que sur la sensibilité, ces troubles de circulation, de nutrition, sont bien moins prononcés, ce qui prouve que le mouvement joue le principal rôle dans les actes de la nutrition en général.

Contractures. — Les attaques de paralysie sont très-souvent accompagnées de contractures. Quelquefois ce symptôme apparaît dès le moment même de 1 attaque d’apoplexie et se prolonge plus ou moins de temps ; cest ce que les auteurs appellent la contracture précoce ; quelquefois, au contraire, elles appa-

raisseni plusieurs semaines après l’accident, c’est la contracture tardive. Nous ne nous occuperons pas de la contracture qui précède quelquefois la flaccidité musculaire ou qui suit la résolution des muscles dans tout le côté frappé de paralysie et qui accompagne rictus apoplectiqu'e, cette complication apparaissant dans un moment où lâ médication thermale ne peut être employée.

La contracture, nous dit le D»” Straus(l), est une contraction tonique, persistante et involontaire d’un ou plusieurs muscles. Les muscles de la vie de relation et de la vie de nutrition peuvent en être éga-^ lement le siège. M. le D*" Bouchard (2) en a donné, dans \e^ Archives générales de médecine, un si remarquable tableau clinique, que je ne puis mieux faire que de le mettre sous les yeux du lecteur. Si l’on examine un hémiplégique, nous dit -il ( quelle que soit la cause de la maladie, ramollissement ou hémorrhagie cérébrale), un ou deux mois après le début des accidents, on constate que la flaccidité complète des membres paralysés a fait place à un état nouveau, la contracture. Elle survient presque fatalement dans toute hémiplégie ancienne et persistante. Elle débute habituellement par le membre le plus paralysé, le membre supérieur, et ce sont les muscles de l’avant-bras qui en sont d’abord le siège. Les doigts se fléchissent ainsi que le poignet, l’avant-bras se met en pronation

(1) Des Contractures . — Thèse d’agrégation. Paris, 1875.

(2) Des Dégénérations secondaires de lam.oelle épinière. 1866.

et se fléchit sur le bras ; en même temps l’humérus se rapproche du tronc, et le membre supérieur offre une attitude comparable à celle d’un bras maintenu en écharpe. Quelquefois, au contraire, le coude est étendu, l’avant-bras habituellement en pronation, la main fléchie à ang'le droit, les doigts repliés dans la main ; le membre supérieur en entier est placé en rotation en dehors.

• Le membre inférieur peut se prendre plus tard, et à un degré moins prononcé. Les articulations de là hanche et du genou sont quelquefois fléchies, mais le plus souvent elles sont dans l’extension. Le pied est habituellement étendu sur la jambe, presque toujours la pointe en bas et le talon en haut ; quelquefois , mais très-rarement, la pointe en haut etJe talon en bas, et les orteils sont fléchis sur laplante du pied. Il serait trop long d’énumérer ici les causes de ce symptôme, cependant on le rencontre habituellement dans les cas où la paralysie s’accompagne de phénomènes d’irritation ou d’inflammation, ou bien à la suite d’une paralysie ancienne avec atrophie musculaire.

Avant de poser les indications que réclame un consensus si complexe de symptômes, étudions d’abord les rapports qu’ils ont entre eux.

Les phénomènes symptomatiques de la paralysie sont directement liés au siège de la lésion cérébrale. C’est ainsi que nous voyons toutes ces variétés dans les manifestations. Tantôt la sensibilité fait tous les frais de la maladie, ce cas est très-rare. Tantôt, c’est le

cas le plus habituel, perte absolue du mouvement avec conservation ou simple diminution de la sensibilité. Tantôt c’est la face qui est atteinte d’un côté; l’œil, la langue, d’autres fois, sont les organes dont la paralysie peut être complète. Les paralysies étant la conséquence de la déchirure cérébrale, bien entendu dans les cas qui nous occupent, les symptômes varient d’après le siège de la déchirure, d’après les fonctions de la partie cérébrale atteinte.

L’intensité et la durée des symptômes sont également sous l’influence de l’étendue de la lésion cérébrale. Plus le foyer apoplectique sera considérable , plus il occupera des parties les plus utiles à la vie, plus l’intensité de l’appareil symptomatique sera complexe, plus la paralysie sera complète. Au fur et à mesure que le foyer apoplectique, soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement bien ordonné, soit enfin sous l’influence d’un temps plus ou moins long, vient à diminuer, nous voyons les symptômes diminuer de plus en plus. D’après les autopsies faites plus tard chez les personnes autrefois paralysées et guéries des suites de l’apoplexie, on a trouvé des cicatrices complètement formées. Il est incontestable aussi que, si le foyer est considérable, la résorption du caillot sanguin sera beaucoup plus longue. Les phénomènes d’inflammation nécessaires à la cicatrisation , étant plus intenses, pourront donner lieu à un ramollissement plus ou moins étendu,

On voit donc que la paralysie n’est que la conséquence de la lésion de l’encéphale , de la déchirure

ou d’une forte hypérémie de la pulpe cérébrale. Si la ionlés primitive est de peu d’importance, si la cicatrisation se fait rapidement, la paralysie disparaît vite ; mais, dans le cas contraire, la paralysie, d’effet de la lésion cérébrale , devient cause de nouveaux symptômes.

Tout ce qui précède s’applique également aux paralysies suites de lésion organique de la moelle épinière; ainsi, par exemple, aux myélites chroniques suites de chute ou de coups violents portés sur. l’épine dorsale, aux paralysies suites d’épanchement de sérosité dans le cerveau. — Ici, il n’y a pas de caillot sanguin, mais un épanchement plus ou moins considérable de liquide qui agit par compression de la pulpe cérébrale.

Indications thèra^peutiques. — Les indications thérapeutiques que réclament les paralysies symptomatiques d’une lésion cérébrale se rattachent à plusieurs chefs. Les unes sont dirigées contre le phénomène initial , la lésion organique ; les autres contre les symptômes qui en sont les conséquences immédiates, la paralysie; les autres, enfin, contre les symptômes qui n’en sont que les conséquences médiates, c’est-à-dire l’atrophie musculaire, la dégénérescence graisseuse, la contracture.

La première indication thérapeutique s’adresse à la lésion initiale, au foyer apoplectique qui tient toute la symptomatologie sous sa dépendance. Pour que la cicatrisation de la déchirure cérébrale se fasse, il faut nécessairement un certain degré d’inflammation, sans

lequel tout travail réparateur est impossible. Il faut donc, tout en combattant le flux sanguin qui se fait dans la partie lésée du cerveau , il faut surtout le modérer, il faut le maintenir dans de justes limites. C’est ainsi que, pendant les premiers jours qui suivent l’accident, après la saignée préconisée par les uns , combattue par Trousseau comme inutile, mais heureusement pratiquée chez certains sujets pléthoriques, on emploie les purgatifs. Ce traitement de la première heure est encore indiqué alors que tout annonce un commencement de réparation dans le cerveau. C’est, du reste, celui qui est employé pendant presque tout le temps que durent les symptômes de paralysie, seulement à des degrés divers, et c’est le seul qui donne quelques succès.

En suivant cette dernière méthode, nous avons à notre disposition un médicament à double effet : 1° il agit comme dérivatif ; 2° il favorise la résorption de l’épanchement cérébral, en affamant les vaisseaux par les spoliations successives qu’il fait subir à la masse du sang.

Par son action irritante sur le tube digestif, le purgatif surexcite la sécrétion des innombrables glandes de l’intestin ; pour arriver à ce résultat, il se fait un afflux sanguin très-considérable dans la circulation intestinale ; les vaisseaux hémorroïdaux se congestionnent quelquefois, et c’est un cas très-heureux ; cette congestion se fait au détriment des vaisseaux céphaliques, et nul doute que, si ce moyen thérapeutique est employé d’une manière méthodique , l’on

n’arriveàun bon résultat. En un mot, on diminuera les chances de congestion céphalique, ou du moins on modérera, en laissant dans la partie lésée unecircular tion assez active pour terminer la cicatrisation. C’est là l’action dérivative que l’on cherche.

Mais là ne se bornent pas les bons effets du purgatif dans le cas qui nous occupe ; en suractivant les fonctions des glandes intestinales, la sérosité sécrétée sera puisée dans la masse du sang ; le liquide qui circulera dans les vaisseaux sera moins considérable , la tension intravasculaire sera diminuée ; l’on éloignera ainsi les causes d’un nouveau raptus vers le cerveau. C’est ce que jappelfe l’action spoliatrice, et qui rend de trèsgrands services. Mais pour arriver à cette action spoliatrice, la sécrétion exagérée des glandes intestinales, en tirant du sang une grande quantité de sérosité , affamera les vaisseaux. Nous ne devons pas ignorer que dès que la masse de sang qui circule dans le système artériel vient à diminuer, cette portion est vite remplacée par les liquides de l’organisme. Une conséquence heureuse de ce fait, c’est l’accélération de la circulation interstitielle des organes ; et enfin, cornmp conséquence ultime, la résorption du caillot sanguin se fera d’une manière plus énergique, et la cause primordiale de la paralysie tendra de plus en plus à disparaître. On voit donc que nous avons un moyen très- énergique pour combattre la lésion céphalique ; l’action des purgatifs est indéniable.

La médication purgative remplit donc la première indication thérapeutique ; elle agit directement sur la

lésion de l’encéphale, mais elle n’est point exempte de dangers, il faut l’employer avec de grandes précautions, surtout dès le début. Il faut modérer son action irritante sur l’intestin, car si on l’exagérait, ne pensant qu’aux bons effets qu’on en peut obtenir, on pourrait, par action réflexe, donner naissance à un nouveau raptus sanguin vers le cerveau. Le ramollissement qui entoure la partie lésée , mais en voie de cicatrisation, le mauvais état des vaisseaux sanguins, dans certains cas, favoriseraient un nouvel épanchement de sang. Pour éviter ces rechutes, nous avons donné, dans le chapitre III, les conseils nécessaires pour faire un bon usage des eaux de Balaruc.

Deuxième indication thérapeutique. — Nous avons déjà vu que 1 intensité de la paralysie était en raison directe avec l’étendue du foyer apoplectique ; or, si par la médication purgative nous diminuons l’étendue de la lésion primordiale de la paralysie, celle-ci devra suivre également une marche décroissante ; c’est ce qui arrive dans la plupart des cas. 11 arrive quelquefois que, dès le début de la paralysie, les fonctions ont été si profondément troublées que, malgré la cicatrisation du foyer apoplectique, elles ne se relèvent que d’une manière très-incomplète, et que l’on est obligé surtout dagir directement sur elles pour leur rendre tout ce qu il est possible de leur faire récupérer. C est surtout dans ces casque le traitement par les eaux minérales est puissant, et l’on peut croire que la somme de torpeur qu’aura laissée après elle une apo-

plexie, soit dans l’action cérébrale elle-même, soit dans les nerfs considérés comme agents de transmission, soit enfin dans les muscles et dans l’épanouissement du système nerveux, cédera complètement à l’usage de ce moyen énergique.

Vouloir, pour guérir une paralysie , ne s’adresser qu’au symptôme lui-même, c’est s’exposer a de graves mécomptes, bien plus, à de très-grands dangers. Que prouve, en effet, l’anesthésie et la perte de la motilité dans un membre, si ce n’est que, sous l’influence de la déchirure cérébrale, il s’est opéré une solution de continuité entre les nerfs qui vont s’épanouir dans les membres paralysés et le centre nerveux. Si la cicatrisation de cette déchirure est longue à se faire, les nerfs resteront longtemps lésés dans leurs fonctions ; ils resteront peut-être, même la cicatrice terminée, mauvais conducteurs de l’influx nerveux; les muscles auront perdu l’habitude de se contracter, et si ces phénomènes persistent, de graves lésions de structure apparaîtront, qui rendront impossible la moindre contraction fibrillaire. Il serait donc illusoire de s'adresser à la paralysie' d’une manière directe et spéciale. 11 faut remonter à la cause. Non-seulement ce serait une méthode illusoire, mais même dangereuse, surtout si on l’appliquaitdèsles premiers jours. Quels sontles moyens les plus propres à exciter les contractions musculaires et rendre aux membres paralysés l’intégrité de leurs fonctions ? Ce sont des moyens stimulants plus ou moins énergiques, tels que la noix vomique, la strychnine, l’électricité, etc., etc. Ces divers médicaments, parleur

action directe sur le système nerveux en général et sur l’épanouissement des nerfs, excitent leur pouvoir moteur, les contractions musculaires en sont la conséquence. Les muscles des vaisseaux sanguins ne restent point étrangers à cette action, et la circulation devient plus active, la nutrition se fait dans çle meilleures conditions et la vie paraît revenir. Cette médication, qui remplit bien la deuxième indication pour le traitement des paralysies, ne peut pas être employée seule et surtout dès le début des accidents.

L’excitation produite à cette époque de la maladie pourrait donner naissance à une excitation réflexe qui pourrait amener un raptus du côté du cerveau, la paralysie pourrait être aggravée par une seconde hémorrhagie cérébrale, occasionnée par le traitement. Tout le monde connaît, en effet, la mobilité des mouvements fluxionnaires et leur disposition à se porter vers le cerveau, chez les paralytiques. Ce n’est que lorsqu’il s’est écoulé quelque temps depuis le début de la maladie, lorsqu’on voit que les phénomènes paralytiques ne font point de progrès vers la gyérison en rapport avec la cicatrisation probable du foyer apoplectique, qu’il faut employer la médication stimulante, lentement, et surtout lorsqu’on a déjà fait usage de la médication purgative et révulsive.

L’immobilité, bien plus que l’anesthésie, étant une des principales causes de l’atrophie musculaire, de la dégénérescence graisseuse, on comprendra que, par la stimulation, on puisse s’opposer avec succès à l’invasion de ces lésions de texture, en activant la nutri-

tion, la vitalité et le mouvement des membres paralysés.

Les indications thérapeutiques que réclament les paralysies peuvent être réunies sous deux chefs principaux : 1° il faut, par une médication révulsive, modérément conduite , détourner les mouvements Iluxionnaires qui pourraient survenir vers la tête, diminuer la tension artérielle, amener la résorption du caillot, cause de la paralysie, en affamant les vaisseaux par des spoliations successives, opérées sur la masse du sang.

2° Il faut, par une action légèrement stimulante, attaquer les fonctions elles-mêmes, qui sont profondément troublées et qui ne sortent que très-lentement de la torpeur dans laquelle les a plongées la rupture cérébrale survenue après Thémorrhagie primitive.

Les eaux chlorurées sodiques sont les mieux indiquées dans ces cas, non point en vertu d’une spécialisation réelle, mais parce qu’elles remplissent parfaitement le but que l’on se propose d’atteindre.

Balaruc tient le premier rang dans cette classe d’eaux minérales, et elle le doit à ses propriétés purgatives et stimulantes. Cette dernière action, tout en s’adressant énergiquement à la périphérie, réagit trèspeu sur le centre nerveux. Elle le doit aussi à ses propriétés résolutives, qui sont la conséquence de la suractivité vitale qu’elle fait naître. C’est une source des plus richement minéralisées ; elle est fortement salée, magnésienne et cuivreuse ; il est facile de s’expliquer ses effets purgatifs. Si l’on peut, en général,

préjuger 1 action thérapeutique d’une eau minérale par la nature des principes qui entrent dans sa constitution, il s’en faut que cette notion soit suffisante pour préciser les cas dans lesquels on doit en faire usage. On doit se rappeler, en effet, que nos procédés d’analyse retirent les principes minéralisateurs, non à l’état de composition, mais bien à l’état d’isolement, et que ce n’est que par un calcul purement hypothétique que nous sommes obligés de reconstituer les acides et les bases, puis les combinaisons que ceux-ci sont déjà supposés former entre eux. Nos moyens d’analyse, quelque précis qu ils soient, n’ont pas encore atteint les derniers degrés de perfection, et rien ne prouve que les progrès de la science ne nous révéleront point un jour les causes de quelques effets thérapeutiques non encore expliqués.

L’expérience clinique est ici d’accord avec les connaissances chimiques que nous a fournies l’analyse. Depuis bien longtemps déjà, l’eau de Balaruc est réputée pour ses effets purgatifs dans les maladies des centres nerveux, et ses bons effets thérapeutiques connus ont pré, cédé de bien longtemps nos connaissances chimiques. Mais si l’on est d’accord sur l’efficacité de l’eau de Balaruc contre les paralysies, l’époque de la maladie pendant laquelle on doit faire usage de cette eau a été le sujet de nombreuses controverses. Cette question fut vivement discutée en 1856, au sein de la Société d’hydrologie médicale de Paris. Dans cette mémorable discussion, MM. Régnault, Caillat, tous deux médecins à Bourbon-l’Archambault;

M. Le Bret , ancien inspecteur de Balaruc , sont d’avis que la guérison est d’autant plus certaine que la médication par les eaux chlorurées sodiques est appliquée à une époque plus rapprochée de l’accident, sans tenir compte de la constitution du sujet, de l’intensité de la maladie, des complications qu’elle peut présenter. L’action résolutive de l’eau minérale, disent-ils, se montrera bien plus vite, et sera bien plus efficace sur un caillot sanguin qui ressemble à de la gelée, que sur un caillot organisé et enkysté. D’autres praticiens plus prudents, et entre autres MM. les Renard, alors inspecteur des eaux de Bourbonne ; Villaret , médecin attaché à l’hôpital militaire de la même station balnéaire, sont d’avis d’attendre que toute manifestation de congestion active soit passée. Il y a danger, disent-ils , dans l’emploi prématuré des eaux chlorurées sodiques.

Nous rapprochant de l’opinion de MM. Renard et Villaret, nous pensons que si le malade se rend à Balaruc dès qu’il peut entreprendre le voyage, c’està-dire très-peu de temps après le début des accidents, nous pensons que, dans certains cas inhérents aux sujets , la stimulation pourrait être trop active, et qu’il pourrait être difficile de la modérer. Vu la mobilité des mouvements fiuxionnaires et leur instabilité, nous craindrions que la susceptibilité nerveuse fût trop vivement impressionnée par le traitement , même le plus simple, et nous craindrions enfin que, par action réflexe, il se formât un nouveau raptus vers le cerveau. Nous pensons que l’on ne doit faire

usage de l’eau de Balaruc que lorsque les symptômes de paralysie paraissent diminuer. Les symptômes suivent la même marche rétrograde que la lésion , si la sensibilité revient, si quelques mouvements réapparaissent dans un membre paralysé, on doit en conclure que la lésion centrale diminue d’étendue, que la cicatrisation se fait. Dans ce cas, l’usage de l’eau de Balaruc sera suivi de succès. Par ce moyen on viendra en aide au travail réparateur, s’il ne peut s’accomplir en entier par les seuls efforts de la nature. L’inflammation adhésive, indispensable au travail cicatriciel, sera maintenue dans de justes limites par l’effet dérivatif du traitement, et les mouvements fiuxionnair'es vers le cerveau, si fréquents alors, seront détournés. Le moment où la médication par les eaux de Balaruc sera jugée nécessaire, variera d’après les conditions spéciales au sujet et d’après l’étendue et le siège de la lésion ; mais on peut dire qu’en général le moment le plus opportun est du quatrième au sixième mois du début de l’accident, pour les affections paralytodées, du dixième ou du douzième mois pour les paralysies plus complètes. — Rien d’absolu cependant, et encore faudra- t-il dans ces cas user des plus grands ménagements, employer le traitement le plus doux, celui dont les phénomènes réactifs sont le moins à craindre.

§ JJ. — Paralysies symptomatiques d’une diathèse ou d’un

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