‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 11 sur 40 · ÉTAT DYSCRASIQUE DU SANG · texte numérisé non relu

ÉTAT DYSCRASIQUE DU SANG

Si la médication par les eaux de Balaruc revendique à bon droit la cure des paralysies suites d’apoplexie du cerveau ou de la moelle, il ne faut pas croire qu’elle soit inefficace contre' les affections paralytiques du système nerveux. Ainsi les paralysies par asthénie locale ou générale, celles qui sont sous la dépendance d’une altération morbide de la crase du sang et dites pour cela paralysies dyscrasiques.,' celles qui sont la consé- ■ quence d’une intoxication saturnine, alcoolique ou autres, enfin tous les cas morbides qui ne sont pas bien déterminés et que l’on comprend sous le nom générique de paralysie fonctionnelle, sont traités avec succès par les eaux de Balaruc. L’action de ces eaux est ici bien moins incontestable que dans les cas de paralysies suites d’apoplexie, elle peut être partagée, suivant les individus, par des eaux minérales n’appartenant pas à la même classe.

Il est des cas où la paralysie ne peut se rattachera aucune altération anatomique appréciable et qui contre-indiquent la prescription des eaux chlorurées actives de Balaruc. Par là nous entendons la paralysie hystérique et, d’une façon générale, toutes celles dans lesquelles l’état névropathique prédomine (1).

Les nerfs ne sont point à l’abri des atteintes de

(l) Le Bret. — Dictionnaire général des Eaux minérales, p. 214.

V affection rhumatismale. Dans certains cas, la nature même de Faffection est manifeste par ralternance des localisations sur le système nerveux ou sur les articulations. En général, c’est le froid qui est la cause de ces paralysies, voilà pourquoi on les appelle a frigore ; elles ne présentent rien de spécial ni de remarquable. Elles apparaissent quelquefois dans un membre ou dans un organe à la suite de névralgies rhumatismales longtemps persistantes ; on dirait que, par la multiplicité des atteintes de cette diathèse dans la même région, le système nerveux a perdu ses propriétés motrices et qu’il est devenu mauvais conducteur de l’influx nerveux. Quelquefois, au contraire, elles apparaissent subitement sous l'influence d’un violent refroidissement. On n’est point d’accord à savoir si ces symptômes sont purement fonctionnels ou s’ils sont la conséquence d’une altération morbide. Nous ne devons point chercher ici à discuter les raisons que l’on a fait valoir en faveur de chacune de ces deux opinions ; nous ne pouvons que constater que ces paralysies, de nature rhumatismale, sont plus rares qu’on ne le croit ordinairement et sont très-souvent guéries par les eaux thermales.

La syphilis peut porter également son action sur les diverses parties qui composent le système nerveux, et peut produire toutes les variétés des affections nerveuses, depuis la simple névralgie jusqu’à la paralysie la plus complète de la sensibilité et de la motilité. Dans les périodes secondaire et tertiaire de la syphilis, nous trouvons des névralgies de toute

espèce, des troubles de la sensibilité, des hyp.éresthésies, des analgésies.

Ces différents troubles sont quelquefois symptomatiques d’une compression produite par une gomme ou une exostose ; mais, dans certains cas, ces troubles de la sensibilité sont complètement dynamiques, sans altération appréciable. Lorsque, sous l’influence de la diathèse syphilitique, la sensibilité est atteinte et surtout diminuée, il est extrêmement rare qu’il n’en soit pas en même temps de même de la motilité. Quoi quil en soit, les paralysies syphilitiques sont fréquentes, les unes sont symptomatiques, soit d’un épanchement, soit d’un exsudât dans les centres nerveux, ce sont les plus nombreuses ; les autres sont simplement dynamiques ou sans lésion apparente. Comme pour les paralysies rhumatismales, les symptômes des paralysies syphilitiques n’ont rien de spécial, il faut, pour arriver à un diagnostic certain, se baser sur les antécédents et sur les phénomènes concomitants.

Paralysies imr intoxication. — L’étude des substances toxiques nous a fait connaître la pathogénie de bien des affections attribuées autrefois à des causes que la science actuelle refuse d’admettre. Ainsi, tout le monde sait à quels accidents de coliques et de paralysies sont sujets les ouvriers qui se servent des sels de plomb? Les peintres en bâtiments, qui respirent pendant longtemps un air surchargé de molécules de ces sels, sont atteints des mêmes affections morbides.

Le sujets qui sont dans l’habitude de boire

outre

mesure, les ivrognes de profession sont victimes d’une intoxication par l’alcool, caractérisée dès le début par un tremblement des extrémités, auquel succède bientôt la faiblesse des membres et enfin leur paralysie plus ou moins complète; les causes de ces paralysies ont été parfaitement étudiées de nos jours, et l’accord est à peu près complet entre les observateurs sur l’action délétère de ces poisons. M. Lancereaux a prétendu que, dans la paralysie saturnine , il y avait une altération dans la structure des nerfs ; cette opinion est restée isolée et n’a pas été admise; car, lorsque la paralysie se généralise, il faudrait aussi admettre que la lésion de structure, se généralise, ce qui est loin d’être vrai. On préfère admettre, qu’au contact d’un sang altéré par un poison quelconque, la substance nerveuse a perdu la propriété de transmettre l’influx nerveux.

Paralysies ]par altération morbide du sang. —

11 n’est pas de praticien qui n’ait observé des troubles du mouvement ou de la sensibilité après de longues et abondantes pertes de sang, provoquées par des lésions organiques de l’utérus, par exemple, ou à la suite d’accouchements laborieux ou de quelque autre opération chirurgicale. L’influence du sang sur le système nerveux a de tout temps- été reconnue. Sanguis moderator nervorum, a dit le Père de la médecine, et ' cet aphorisme est encore vrai de nos jours. Dans la chlorose, le sang, ne possédant plus ses qualités phy- | siques et chimiques normales, voit son influence dimi-

nuer, et de là 1 apparition de tous ces phénomènes nerveux, dont le nombre n’a d’égal que leur variété et leur bizarrerie. Les globules rouges diminuent de nombre, le fer qu ils contiennent diminue également, et l’eau du sérum augmente en proportion. Les conséquences de cette modification sont l’asthénie générale et certains troubles dans les synergies nerveuses. On dirait que ce système est excité d’une manière incomplète, ou est excité par un sang trop faible et qui n a pas assez d’action sur lui ; apparaît alors l’anesthésie portant sur la sensibilité (analgésie) ou bien sur la motilité, et nous trouvons alors chez les malades tous les symptômes d un affaiblissement musculaire prononcé, des paralysies partielles ou générales.

Indications thérapeutiques. — Quelles sont les indications que réclament toutes ces espèces de paralysies dont la pathogénie est si différente ? On peut dire que les unes sont spéciales à certains cas, ainsi, par exemple, aux paralysies suites de chlorose et du scorbut, et que les autres sont communes à toutes les espèces de paralysies dont nous venons d’esquisser la pathogénie. Ainsi l’on peut dire que dans toutes paralysies, qu’elles soient la conséquence d’une diathèse rhumatismale ou syphilitique, ou bien d’une intoxication par les sels de plomb ou par l’alcool, il faut :

1« épurer l’économie, 2° l’exciter pour activer l’épuration et les fonctions nerveuses. C’est donc là une indication commune à toutes ces paralysies, sauf à celles qui sont une conséquence d’un état morbide,

tels que la chlorose, le scorbut. Ne voyons-nous pas, en effet, ces lésions, soit fonctionnelles, soit effet d’une altération morbide, n’être que la conséquence de l’intoxication par un virus, comme dans la syphilis, ou bien d’un poison, tel que les sels plombiques ou l’alcool absorbés en trop grande quantité 1

En même temps, il est un fait digne de remarque, c’est que ces troubles de la sensibilité et delà motilité n’apparaissent, en général, que lorsque la diathèse ou le poison morbide ou autre a pris droit de cité dans l’économie depuis déjà un certain temps. 11 est bien rare que ces symptômes apparaissent comme phénomènes de début d’une affection diathésique où d’une intoxication.

Quelle est alors la conséquence de la présence prolongée de cet ennemi, diathèse ou poison dans 1 économie? C’est l’affaiblissement en général. Cet affaiblissement est aussi augmenté par 1 action dépurative de la médication. Ne faut-il pas purger plusieurs fois, pendant les traitements plus ou moins longs que 1 on fait suivre aux syphilitiques et aux rhumatisants ? On peut donc dire que pour les paralysies suites d’une diathèse rhumatismale, syphilitique, ou bien suites d’une intoxication par l’alcool ou les sels de plomb, il faut : 1° épurer le sang, 2” fortifier, en général, l’économie et la stimuler en même temps.

Pour les paralysies de nature chlorotique ou scor- '■ butique, il n’y a pas d’épuration à obtenir, il faut • tonifier, il faut reconstituer l’économie et rendre au j sang sa richesse en globules et sa plasticité normales

L’eau de Balaruc ne remplit-elle pas ces diverses indications par sa thermalité et sa minéralisation? Par les purgations fréquentes, et dont on pourra cependant modérer l’intensité, n’est-on pas en droit d’obtenir une épuration du sang par les spoliations successives qu’on lui fait subir ? En même temps, ne poura-t-on paS; par l’emploi méthodique de l’eau à l’extérieur, stimuler les fonctions du système nerveux un instant engourdies? Cette stimulation de locale et périphérique deviendra générale, et les fonctions reprendront leur activité, primitive. Pour les paralysies suites de chlorose, pour ces troubles de la sensibilité et de la contractilité que l’on trouve dans la troisième période du scorbut (1), la principale indication est de tonifier l’économie. L’eau de Balaruc, à très-petite dose, remplira cette indication primordiale, et, par sa légère stimulation locale et générale, suractivera les fonctions assimilatrices ; le sang, en retrouvant sa plasticité normale, calmera les troubles du système nerveux, dont il redeviendra le modérateur, et l’équilibre, un instant rompu au détriment du système sanguin, sera rétabli. On sait que la santé parfaite coïncide avec l’équilibre parfait entre ces deux systèmes.

(1) Voir le remarquable travail de M. le D*’ Le Bret : Mémoire sur le scorbut de V armée d’ Orient, observé et traité à l’hôpital thermal de Balaruc. — Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, IS.")?.

— sa-

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