AVANT-PROPOS
La faveur avec laquelle la première édition de ce livre a été accueillie par les nombreux malades qui se rendent tous les ans auprès de nos eaux, et la distinction (1) flatteuse qu’il m’a valu de l’Académie de Médecine, m’ont engagé à en faire paraître une seconde édition , pour faire de plus en plus connaître cette station thermale et les vertus curatives de cette eau
minérale, qui jouissait autrefois d’une très-grande réputation.
En offrant ce travail au monde médical, je n’ai pas la prétention de donner un livre complet sur les Eaux minérales de Balaruc-les-Bams ; mon rôle est beau-
(1) Médaillé d’argent décernée par M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, sur la proposition de l’Académie de Médecine de Paris.
- Rawort officiel sur le service des Eaux minérales de France pendant l’année 1876, par Poggiale.
coup plus modeste. Placé par la confiance de l’Administration à la tête d’une station thermale de premier ordre, chargé seul du service médical de l’hôpital civil et militaire qui se trouve auprès de ces thermes, je comprends toute, la^reçponsgbilitè qui m’incombe, et le seul but que je poursuis actuellement est de poser les indications thérapeutiques auxquelles répond l’usage de l’eau thermale de Balaruc. C’est un chapitre d’un ouvrage complet, que je me propose de publier plus tard. C’est le chapitre des indications thérapeutiques. Quoique Balaruc ait rendu de signalés services, le nombre des médecins qui ont écrit sur cette station thermale n’est pas très-considérable. Le plus ancien ouvrage que nous possédions est celui de Nicolas Dortoman, professeur de l’Université de Médecine de Montpellier, en 1579. En 1737, dans ses Mémoires pour l’histoire naturelle de la province du Languedoc, Astruc consacre aux bains de Balaruc plusieurs chapitres, dans lesquels il nous donne le plan de la station du temps de Dortoman et celui de son époque; il nous décrit avec détail la source et les moyens balnéothérapiques employés; il consacre quelques pages aux curiosités naturelles des environs. Dans ces mémoires, il constate le passage des Romains en ces
lieux par la découverte des vestiges des nionuments, d ûcc-volo, de médailles du 13as-Empire.
« Je n en ai point vu, nous dit-il, de plus ancienne qu’une de celles qu’on connaît sous le nom de Colonia Nemausensis et qui sont fort communes dans le Bas- Languedoc. »
Il émet, enfin, 1 opinion qu’ils ne connaissaient pas la source thermale. Nous verrons, au contraire, que la découverte récente d’une magnifique piscine en marbre blanc atteste que les vainqueurs dü monde
connaissaient et appréciaient les vertus de ces eaux minérales.
Plus tard, en 1773, le docteur Farjon fait paraître une brochure qui a pour titre : Essai sur, les eauæ thermales de Balaruc, où l’on assigné leurs vertus la manière dont on les emploie, les préparations nécessaires avant leur usage et les maladies auxquelles elles sont utiles. L’an VIII, le citoyen Pouzaire fait paraître son Traité analytique et Observations pratiques sur les eaux minérales de Balaruc, contenant l’origine et la découverte de ces eaux thermales, leur nature- et leur analyse, leurs propriétés et la manière den user, avec certain nombre d’observations de guérisons merveilleuses opérées par ces mêmes eaux.
En 1839, M. le docteur Rousset publia son premier opuscule sur les eaux thermales de Balaruc-les- Bains , confprenant l’état actuel de l’établissement , des divers modes d’administration des eaux et de leur puissance virtuelle. En 1844, le même auteur nous donne le compte rendu des paralysies, des affections paralytodées, impotence, etc., etc., observées et traitées dans l’établissement thermal de Balaruc. En 1857, M. le docteur Le Bret, alors médecin inspecteur de cette station thermale, ayant eu à traiter, à la suite de la glorieuse campagne de Crimée, un grand nombre de soldats malades, fit paraître un excellent mémoire sur le scorbut de l’armée d’Orient observé et traité à l’hôpital thermal de Balaruc. M. le docteur Crouzet , mon prédécesseur médiat, qui a su pendant longtemps attirer sur lui l’attention de l’Académie de Médecine pour ses tres-remarquables rapports annuels sur l’usage de l’eau de Balaruc, n’a pas encore fait paraître le fruit de sa vaste érudition et de ses études consciencieuses et incessantes. Espérons, pour les progrès de la science hydrologique, que cet éminent praticien comblera bientôt cette lacune. Qu’il me soit ici permis de le remercier publiquement dès témoignages de sympathie qu’il n’a cessé
de me prodiguer et des excellents conseils qu’il n’a cessé de me donner. Grâce à sa bienveillance, j’ai pu largement puiser dans ses notes encore inédites, j’ai pu compulser les nombreuses observations prises à Balaruc depuis l’année 1844 jusqu’à nos jours. J’ai pu ainsi me faire une opinion et la bien établir sur des observations prises par mes éminents prédécesseurs : MM. de Laurês, Cornac, Le Bret, Crouzet. J’ai pu ainsi continuer la série non interrompue des observations prises par les inspecteurs de cette station thermale, depuis cette époque jusqu’à nos jours. Enfin, pour compléter la liste des auteurs qui ont écrit sur Balaruc, citons le travail de M. l’abbé Bousquet (1874), qui présente un intérêt tout particulier, au point de vue archéologique seulement.
Balaruc a longtemps joui d’une très-grande réputation, et les malades qui accouraient auprès de ces thermes étaient bien plus nombreux autrefois qu’aujourd’hui. Les causes des maladies heureusement traitées à Balaruc sont cependant peut-être plus nombreuses aujourd’hui. Pour éviter desdépenses, quelquefois trèsconsidérables, de loyer dans les grandes villes, ne voiton pas une foule de gens se loger dans des quartiers resserrés, dans des appartements petits et étroits, où le
jour et la lumière sont parcimonieusement donnés V Cet encombrement dans ces quartiers froids et humides, souvent malsains; une nourriture pauvre, misérable, en rapport avec le logement ; avec cela un travail quelquefois pénible et fatigant, toutes ces causes réunies ou isolées ne favorisent- elles pas les manifestations de la scrofule? Le genre de vie actuel des classes aisées, la bonne chère, la spéculation qui a pris de nos jours de si grandes proportions, les déceptions sans nombre qui assaillent ceux qui se livrent aux affaires industrielles et commerciales ; le désir effréné d’arriver très-rapidement à la fortune, aux honneurs, et très-souvent suivi d’insuccès : toutes ces causes ne favorisent-elles pas souvent les congestions, les apoplexies cérébrales? Serait-ce, par hasard, parce que les propriétés thérapeutiques de ces eaux auraient diminué, ou bien parce qu’on se serait aperçu de nos jours qu’elles ont été autrefois exagérées, ou bien, enfin, parce qu’on aurait trouvé actuellement des sources dont les vertus curatives seraient supérieures à celles de Balaruc? Non certainement, les eaux de Balaruc sont aujourd’hui ce qu’elles étaient autrefois, et leur usage sagement ordonné est suivi de nos jours des mêmes résultats. Elles peuvent
avantageusement lutter avec toutés les eauk de leur classe , et remplacer toutes 'lés eaux thertnales de rAllemagne, autour desquelles on a fait un grand renom depuis quelque temps. Après les néfastes événements de 1870, pourquoi des coeurs vraiment français iraient-ils demander aux sources de l’Allemagne et à leurs établissements des guérisons que les eaux de France peuvent leur procurer? Si le nombre des malades qui fréquentent Balaruc est moins considérable de iios j ours qn’autrefois, cela tient à ce qu’au près de cette station thermale on n’a rien Sacrifié à\ï
luxe et au plaisir ; on n’y trouve pas , en effet , d'ès bals, des casinos, des cafés-concerts, ët nOüs sommés ainsi faits qué nous sacrifions quelquefois au luxe ët au plaisir les chances de guérison que nous ofee tel ou tel établissement balnéaire.
11 ne faudrait pas croire, cependant, que l’on ii’â rien fait à Balaruc pour l’agrément du baignèur ; briy a créé un pàrc assez vaste, où lés malades péiivêHIt rester toute la journée à l’abri du soleil, en face dii magnifique étang de Thau, sur lequel on petit faire , le soir, de délicieuses promenades. Les grands travaux que l’on a faits à Ba,laruC portent surtout sur la partie balnéaire de l’étùblissè'ment. Sous là direction
de M. Jules François, inspecteur général des mines , on a construit à neuf les piscines, les salles de douches. Les cabinets de bains sont vastes et spacieux , qualités indispensables dans un établissement dans lequel on ne traite, en général, que des malades dont il faut ménager la susceptibilité cérébrale. Une autre cause du délaissement dans lequel se trouve Balaruc, c est quil ny apas un livre moderne pour rappeler à l’attention des médecins cette station thermale , et pour leur rappeler surtout les indications thérapeutiques auxquelles elle répond. Au moment de l’ouverture des saisons thermales, les malades s’empressent de consulter leur médecin pour savoir auprès de quelle station minérale ils doivent se rendre pour confirmer le traitement suivi pendant le reste de l’année, et si les médecins ordonnent moins Balaruc, c’est qu’ils sont moins familiarisés, de nos jours, avec le nom et les vertus thérapeutiques de cette antique station. Rien ne les leur rappelle, ni monographie moderne, ni articles de journaux. C’est donc pour attirer l’attention de nos confrères sur nos eaux minérales et pour bien rappeler les indications thérapeutiques auxquelles elles répondent, que je fais paraître ce travail. Voilà mon but. Quelle voie ai -je suivie pour arriver à ce résultat ? La voici :
J’ai étudié avec soin Faction physiologique de Feau de Balaruc, j’ai appliqué ces données à un groupe de maladies qui présentent des indications thérapeutiques en rapport avec elles. Il ne m’a pas été difficile alors de constater que ces eaux devaient être très-heureusement employées contre les paralysies, les atrophies musculaires, Fataxie , les scrofules, etc. L’analyse clinique et l’étude analytique des actions physiologique et thérapeutique sont tombées d’accord avec l’ancienne réputation de cette station thermale.
J’ai fait suivre cette étude d’un chapitre consacré aux contre-indications.
Depuis l’occupation romaine jusqu’à nos jours, il n’y avait à Balaruc qu’une source thermale, qui a fait la fortune et la réputation de la contrée. A la suite de démêlés survenus entre M. Fayard , ancien propriétaire, et certains habitants du pays, la bonne harmonie qui régnait entre eux a cessé d’exister. C’est alors que la Commune fit creuser le puits communal , qu’elle afferme pour la somme de deux cents francs Fan. L’autorisation d’exploiter cette source date
de l’année 1869. Les premiers travaux pour la construction de ce puits commencèrent en décembre 1867, et Feau fut administrée gratuitement jusqu’au moment
où r^utorisation ministérielle fut donnée. La profondeur du puits est de 3"*, 70. Sa largeur moyenne est de 2"*, 25. L’orifice a environ 44 centimètres. L’analyse chimique de l’eau faite par M. Chancel date de la fin de l’année 1868. Son débit est peu considérable.
Plus tard, M. Bidon, industriel du pays, voulut aussi avoir sa source d’eau minérale et la trouva dans un terrain vague qu’il possède à Balaruc : il fit construire un établissement sur le lieu même. L’autorisation ministérielle fut signée le 4 octobre 1873 et fut signifiée au maire de la commune le 17 du même mois. Ce n’est donc que du P*’ mai 1874 que date l’exploitation légale de cette source. On a fait l’analyse de ces différentes eaux, et MM. Béchamp et Chancel 0ht trouvé qu’elles ressémblent à l’ancienne source, au point de vue de leur minéralisation , quoique leur tem-
pérature fût, pour celle du puits communal , de 24° ; de la source Bidon-, do 19° à 20°, et de l’ancienne source, de 47°, 5 à 48° centigrades.
L’analyse chimique, quelque importante qu’elle soit, ne saurait être l’indice absolu de l’action physiologique et surtout thérapeutique d’un agent aussi complexe qü’urie eau minérale. Elle dissocie les éléments minéralisateurs ; mais après avoir effectué leur isolement,
elle est, le plus souvent, impuissante à indiquer le mode de combinaison préexistant.
Si, comme le prétendent certaines gens intéressés,
l’eau thermale de l’ancienne source perd de ses pro-
priétés quand on la fait refroidir pour tempérer, dans les bains , la chaleur native de l’eau minérale , alors que doivent perdre les autres sources pour descendre à la température qu’elles ont à leur point d’émergence, si elles proviennent, toutefois, de la même source que l’ancienne.
De deux choses l’une , l’eau des nouveaux puits provient de la même source que l’ancienne, et alors il n’y a aucun profit pour la science et les malades à ce qu’on multiplie le nombre de ces sources. Le débit de l’ancienne est assez considérable pour sufiSre bien au-delà à tous les besoins du service; Rappelonsnous que journellement la source ancienne déverse plus de 100,000 litres d’eau thermale dans l’étang de Thau.
L’eau de ces puits n’a pas la même origine, et alors, avant d’en fixer les propriétés, il faut tout attendre du temps et de l’expérience clinique. .
Dans une station hydro-minérale, la multiplicité des sources et des établissements balnéaires est avantageuse sous plusieurs points de vue :
1° Au point de vue des sources. — Les sources qui constituent par leur réunion une station hydrominérale ont en g'énéral un fond commun , une minéralisation se rapprochant plus ou moins les unes des autres, mais elles se différencient entre elles parla quantité de telle ou telle substance minéralisatrice, par la prépondérance de l’une sur l’autre et par leur thermalité. Cette multiplicité est donc avantageuse, car on peut, suivant les tempéraments, suivant les constitutions, suivant le degré de chronicité de la maladie, ordonner un traitement approprié. — Ne voit-on pas souventtelle eau minérale être plus ou moins bien supportée par des estomacs débiles que telle autre de la même station? Le lïiédecin aura donc entre les mains une série de moyens thérapeutiques qu’il pourra approprier à tous les cas ; il pourra augmenter ou diminuer à son gré l’intensité du traitement ; il pourra enfin les administrer simultanément ou graduellement.
2° Au point de vue du nombre des établissements balnéaires. — La multiplicité des sources crée la multiplicité des établissements balnéaires , d’où l’augmentation du nombre des cabinets de bains, de salles de douches, etc., etc. — Le service se fera plus
rapidement et l’on ne verra pas les malades être oblio‘és de se lever avant le soleil pour. pouvoir prendre soit un bain, soit une douche dans la matinée, et s’exposer ainsi aux intempéries. — • La concurrence fera que les propriétaires de ces établissements seront intéressés à perfectionner de plus en plus leurs moyens balnéothérapiques.
3° Au 'point de vue du nombre des hôtels. — S’il y a plusieurs sources d’eau dans une même station thermale, s’il y a un plus grand nombre d’indications thérapeutiques à remplir, le nombre des malades devra augmenter. Si chaque source a un propriétaire différent et un établissement balnéaire spécial , chaque propriétaire, pour augmenter la valeur de sa source et en tirer un plus grand profit, voudra avoir un hôtel spécial. — La conséquence favorable aux baigneurs de cet état de choses sera la destruction du monopole. — La concurrence forcera les propriétaires à apporter plus de soins au confortable et au luxe de son hôtel, et de là la 'prospérité de la station. 11 n’en a pas été ainsi pour Balaruc ; les deux établissements qui s’étaient créés, non en vue du bien-être du malade ni pour répondre à de nouvelles indications thérapeuti-
ques, mais bien pour faire une concurrence plus ou moins loyale à M. Fayard , n’ont pas prospéré, et il devait en être ainsi. Loin d’augmenter la réputation de Balaruc, ils lui ont porté un coup dont, j’espère, les nouveaux propriétaires sauront effacer les traces. Chose étonnante^ la décadence de la station a coïncidé avec la création de ces divers établissements !
Le puits communal et la source dite Bidon furent, en effet, exploités par des industriels n’ayant pas assez de ressources pour mener à bien une pareille enfreprise. -T--T L établissement consacré à chacune de ces deux sources était à l’état embryonnaire , l’administration de 1 eau et son mode de chauffag'e trop fantaisistes pour obtenir des résultats sérieux ; aussi le public les a-t-ili abandonnés , avec juste raison, et M. Bidon se. vit-il oblig-é de mettre en vente et sa source et son établissement. — M"*® Fayard le lui acheta en 1878.
Quant au fermier du puits communal, quoique la rétribution quïl donnait à la Commune ne fût pas considérable (90 francs l’an) , son établissement était fréquenté par trop, peu de monde, pour qu’il pût continuer une pareille industrie, aussi ne s’est-il pas présenté à la dernière adjudication du puits faite par la Commune
en décembre 1880, et a-t-il préféré convertir son cabinet de bains et sa salle de douches, qui constituaient son établissement balnéaire , en une salle de caféconcert. — Fayard s’est chargée de l’exploitation de l’eau du puits communal.
Tout ce que j’ai dit dans mon travail doit donc se rapporter à la source ancienne, la seule dont les aetions physiologique et thérapeutique m’ont été clairement démontrées par le grand nombre de malades que j’ai eu à traiter par ces eaux, soit à l’établissement, soit à l’hôpital ; la seule dont l’usage prolongé
pendant plusieurs siècles a rendu de très -grands services, et qui a fait la célébrité du nom de Balaruc.
On se rend à Balaruc en voiture particulière, en partant de Montpellier ; le trajet s’effectue en deux heures et demie. On peut aussi prendre le chemin de fer jusqu’à Cette ; là, on trouve un service de bateaux à vapeur très-bien organisé, qui trois fois par jour fait le service de l’étang de Thau en touchant à Balaruc. La traversée s’effectue en un quart d’heure environ.
On travaille actuellement à un chemin de fer qui doit relier Cette à Montbazin en côtoyant l’étang de Thau. — Une gare desservira spécialement la station de Balaruc-l'es -Bains et ne sera située qu’à quelques
mètres de l’établissement. — Un service d’omnibus transportera dans quelques minutes les malades auprès de la source. — On pourra donc se rendre à Balaruc en chemin de fer sans transbordement , dans un avenir peu éloigné.
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